bannière etoffe

Pendant le confinement dû à la pandémie de coronavirus COVID-19 je libère l’intégralité de mon livre L’étoffe dont sont tissés les vents sur les ondes en accès libre.  Pendant la durée du confinement, je publierai un chapitre par jour. Restez connecté(e).

Retour au sommaire


&
PREMIERE PARTIE
LE MONDE

Vent — [ vã ] n. m. Déplacements naturels de l’atmosphère ; mouvement de l’atmosphère ressenti au voisinage du sol ; déplacement d’air ; air déplacé.[i]

Le souffle de l’auteur :
« le plein rendement des mots »

Damasio en effet, s’approprie la langue pour en faire, selon les mots de Gilles Deleuze, une « sorte de langue étrangère qui n’est pas une autre langue ».[i] Bref, il la fait sienne dans « une appropriation singulière qui s’appelle le style. »[ii] Un style qui frappe immanquablement le lecteur. Incroyablement riche, l’écriture d’Alain Damasio cherche à transmettre par le style autant que par les sens. Reprenant à son compte l’expression de Mallarmé, il extrait « le plein rendement des mots », c’est-à-dire qu’il exploite la langue dans toutes ses dimensions.[iii], [1]

Le texte-flux

Pour atteindre son ambition d’écrire « au plus haut, au plus vivant »,[iv] Damasio recourt à toute la richesse de la langue française – qu’il enrichit au passage de ses propres apports. Il sculpte le roman, paragraphe par paragraphe, dans l’idée que chacun se tienne seul « comme un bloc souple de vie », [v] avec le rendu ciselé et autoporteur que l’on connaît.

Selon ses propres mots :

« A quoi bon ne pas se servir de la puissance souple et ramifié de la syntaxe ? A quoi bon ne pas comprendre qu’un « i » est un clou sonore, la voyelle de la stridence, des hautes fréquences, de la minutie, qui déchire, strie, perce ? Et que le « on » est un phonème sombre, lourd, sourd, qui jette sa masse de ténèbres et de lenteur dans les mots ? Les peintres ont la couleur et le trait. Les sculpteurs ont la matière, la masse et le volume. Nous, nous avons le matériel sensible le plus pauvre de toutes les disciplines artistiques, le plus cérébral du coup, alors il faut l’utiliser dans toute sa richesse sonore, articulatoire et même optique en réfléchissant à l’impact des hampes et des jambages sur la lecture. « Paléolithique » n’a pas le même rythme visuel que « marmoréen ». « Femme » ne dit pas la même chose optiquement que « fille » avec son double « l » enlevé. »[vi]

Partant de là le roman tout entier se déploie phoniquement, rythmiquement, grammaticalement autant que sur le plan narratif. Vocabulaire, typographie, syntaxe, rythme… tous les aspects de la langue sont mis à contribution pour faire sentir comme le texte et le langage sont des flux, comme l’est le vent qu’ils décrivent et dont ils partagent donc les propriétés.

En maître de la métaphore filée à l’échelle d’un roman entier, Alain Damasio met dans les bouches de ses personnages les clés de compréhension indispensables pour saisir l’ambition littéraire de ce travail d’écrivain. L’intra et l’extradiégétique se confondent alors, et parfois les discussions des hordiers parlent directement du livre qu’on a entre les mains.

Écrire le vent, écrire avec le vent

C’est le sens des partitions de vent que ) Sov transcrit dans son carnet de contre. Ces fameuses transpositions qu’il fait tout au long de la Trace sont une écriture, ni plus ni moins, qui cherche par définition à « décrire exhaustivement le vent » avec « vingt et un signes seulement “tous empruntés à l’écriture courante” » (p. 476) de la même manière que l’écriture parle du monde avec un nombre très réduit d’unités signifiantes (les lettres), en jouant de leurs variations. Plus encore, l’aspect visuel des signes utilisés par le scribe cherche à évoquer graphiquement les formes de vents :

,           ralentissement
;          ralentissement avec effet turbu-lent
’           accélération (salve)
“ ”       rafale simple
ˆ          rafale chargée de matière
.           arrêt, pause (vent nul)
( )        début et fin d’accalmie
…        traîne granulaire en fin de rafale
!          blaast
:          grain
¨          turbule
`          bourrasque
?          contrevague
°          trombe, tourbillon
o          petit vortex
O         grand vortex
—        effet venturi[2]

En combinant ces éléments, ) Sov peut transposer n’importe quelle forme de vent rencontrée – du moins parmi les six connues initialement lors de leur départ d’Aberlaas. Ici le Furvent tel que transcrit à la page 467[3] :

Sans le moindre mot, cette transposition typographique évoque déjà les hurlements du Furvent avec ses nombreux points d’exclamation et ses « O » majuscules comme autant de bouches ouvertes. Et cette évocation se poursuit jusque dans les noms des vents eux-mêmes, chacun évocateur à sa manière (« Zérifine » ne laisse pas la même sensation que « Crivetz » ; le « Furvent est un mot-valise composé de « fureur » et de « vent »). A ce titre, Alain Damasio révise le postulat linguistique selon lequel le signifiant (lettre, mot, ponctuation) serait arbitraire et sans rapport avec la chose signifiée. Il fait « concorder le signe et le réel, ici imaginaire ».[vii]

Le fait que le vent se traduise sous forme ponctuée est un indice crucial sur l’ambition littéraire de La Horde du Contrevent : le roman porte un discours sur l’écriture et l’acte d’écrire. ¿’ Caracole nous met sur la voie alors que ) Sov lui enseigne la notation du vent, via un jeu poétique.

« L’eau coule, en boucle calme. Plus ronde que l’air, une larme s’enroule. » (p. 473)

Et ) Sov de répliquer :

« T’appelle ça une transposition ?
– Certes !
– Où sont les virgules, les apostrophes, les salves ? – Dans la phrase. Lis. »
(p. 473)

Lancé sur le ton de la facétie, cet indice est à prendre au pied de la lettre. Le haïku écrit par le troubadour est bien une transposition, à laquelle il ajoute des mots. Il peuple de sens l’espace laissé libre dans les creux de la ponctuation, ici utilisée pour retranscrire un léger slamino (vent calme, liquide comme l’indique le choix des mots du troubadour qui utilisent le champ lexical de l’eau). Il met ainsi en évidence la subtile omniprésence d’une trame rythmique qui double le monde. La ponctuation est un mouvement, un vent qui « plie » le sens de la matière, les mots. Tout comme ) Sov, le lecteur est d’abord attiré par elle, la matière, au point d’en occulter ce qui la lie, l’articule, c’est-à-dire la rythme.

¿’ Caracole dédie un conte entier à cette notion au chapitre XI. L’Outre et le Lorsque, en détaillant sa logique du pli inspirée de Deleuze. « Le pli c’est ce miracle à partir d’une matière uniforme (prends le papier si ça t’aide) de séparer deux zones tout en les articulant – par ce bord commun. […] Rythmer, c’est apprendre à plier dans le mouvement, sans le rompre. » (p. 260) Il introduit la notion littéraire et extradiégétique « d’animal syntaxique », ces opérateurs du pli permettant d’articuler deux propositions l’une avec l’autre en les liant : le Lorsque, le Puisque, l’Autour, les Vers, l’Ornicar, l’Afinde, le Sibienque, le Quoique… changés en animaux pour les besoins du conte. La démonstration qui s’ensuit illustre la rythmique permise par ces « animaux » à partir de deux phrases prémonitoires : « L’air se vitrifie » et « Caracole meurt » (p 259) permettant ainsi à Alain Damasio de boucler la boucle en mettant dans la bouche de son personnage une leçon de rythme littéraire.

Car de rythme, La Horde du Contrevent n’est faite que de ça ! De modulation d’une substance brute (le vent, l’imagination, le langage) utilisée pour sculpter un univers, une métaphore, un récit. Le troubadour utilise un cheminement inverse et nous montre comment, privée de matière, la phrase conserve son rythme essentiel. Ponctuer c’est plier l’écoulement du langage, c’est faire ressentir son tempo, comme on ressentirait la douce caresse d’un choon ou la bourrade usante d’un crivetz. Ponctuer, c’est donner à la phrase un souffle.

Et ¿’ Caracole d’enfoncer le clou face à ) Sov, dévoilant en même temps l’exploit littéraire d’Alain Damasio :

« Pourquoi tu n’en profites pas, par-dessus [la notation ponctuée du vent], en même temps, pour faire des phrases qui contiennent la ponctuation dont tu as besoin. Ce serait prodigieux ! Comme un cryptage !
[…] — Trouver ces mots qui conviennent, avec les bonnes lettres, il faudrait un temps fou ! Rien que les i et les j, ça rajoute des turbules partout…
— Ça n’en rajoute pas : elles sont partout. Sauf qu’aucun d’entre vous ne les sent… »
(p. 472)

Cet exercice rythmique poétique est réitéré sur la totalité de l’ouvrage. Il insuffle à chaque scène un air singulier selon les personnages impliqués, les narrateurs en présence, le lieu et la dynamique narrative recherchée. Qui n’a pas senti l’épuisement humide de la Flaque de Lapsane, pris panique à la Tour Fontaine ni serré les dents dans Norska ? Dans La Horde du Contrevent, la recherche du bon mot est associée à l’exigence du juste tempo.

Mais le cours donné par ) Sov à ≈ Coriolis et ¿’ Caracole (et au lecteur) au chapitre III. Le cosmos est mon campement n’est qu’une première approche du sujet, une récitation de bon élève, classique, issue de son apprentissage. La suite du récit apportera d’autres formes de notations, plus libres, plus visuelles, mélangées au langage courant et aux sigles des hordiers, brisant les connaissances théoriques par un apport de l’expérience directe.[4], [5] La notation évoluera pour tenir compte de nouvelles réalités, le scribe gagnera en expérience et le livre comme son carnet de contre s’affranchiront des règles orthodoxes de la notations de l’Hordre.[viii]

Par exemple lorsque les compagnons meurent et sont dispersés aux quatre vents, leur langue articulée, littéraire, construite, bref l’écriture narrative se mêle à la poésie typographique qui évoque et fait ressentir le flux primitif. Ainsi la mort de ˆ Tourse l’autoursier donne-t-elle à voir, en conclusion d’une scène éprouvante en Extrême-Amont, l’envol d’un oiseau typographique.

« ˆ Vole, vole Schist, vole encore pour moi mon esclame… Vole à travers ma fatigue, par la grille de mes côtes – déplie dans le granit tes ailes de la falaise et fuit – coupe droit dans l’épaisseur du ciel et reviens-nous – reviens au poing me dire ce qu’il y a de l’autre côté du bleu, sur l’autre face du vent vieux que je suis devenu… » (p. 23)

Ce n’est d’ailleurs pas le seul passage du roman où la typographie enrichit le récit dans son aspect strictement graphique. A la page 482 la disposition des glyphes des hordiers, alors qu’ils contrent la troisième vague du Furvent en arc, forme par le dessin de leurs positions respectives clôturant le chapitre, un smiley bien reconnaissable : souriant de s’en tirer en vie.

L’assimilation du texte à l’élément primordial est donc poussée très loin. Le texte est le vent, et conçu par rapport à lui. L’auteur s’en explique dans un entretien à la revue Europe.

« J’avais cet axe en tête : ne pas parler du vent, ne pas décrire le vent[6] – ne pas m’en contenter tout au moins – mais retrouver, par la syntaxe, par le flux langagier primitif des consonnes-voyelles, par le travail décalé sur plosives et fricatives, liquides et nasales, retrouver un écoulement qui soit celui du vent, des vents. »[ix]

Le monde de La Horde émerge littéralement du vent ainsi que les narrateurs qui nous le racontent.[7] Leurs témoignages sont issus de leurs propres voix, c’est-à-dire encore de l’air expulsé de leurs poumons, modulé par la glotte, les joues, la langue, les lèvres. La voix des personnages est un vent intérieur, un flux qui vient littéralement d’eux.

Voix des personnages et corps du lecteur

C’est pourquoi le style, la voix de chacun lui est absolument personnelle et transcrite avec ses inflexions, ses modulations (ponctuation, fluidité, cassures…), sa couleur, son timbre (sonorités, liquidité…), bref sa personnalité ou texture propre. L’objectif est de créer un « effet stéréophonique sensitif, ou plus simplement, [d’]atteindre une forme de synesthésie globale, chacun amenant une sensation précise ».[x] ‹ › Aoi, la cueilleuse du groupe, porte ainsi une dimension liquide, un rapport fluide au vent et aux autres, sans à-coups, que l’on retrouve dans sa manière de parler dont la ponctuation n’offre aucune rupture, juste des inflexions ponctuées par des virgules.[xi]

« ‹ › Tu as raison, jolie Coriolis, mais aucun homme du Fer ne t’écouteras, puisque tu n’es qu’une croc, tu contres à l’arrière dans la traîne et ne connais rien du vent facial, tu fais partie de la horde depuis bien trop peu de temps, combien, huit mois à peine. » (p. 517)

Ω Golgoth au contraire s’exprime dans un style beaucoup plus sec, brutal et saccadé, mangeant souvent les mots, usant de phrases non-verbales et d’un vocabulaire beaucoup plus « fleuri » traduisant son rapport conflictuel aux autres et au monde.

« Ω Y a eu un connard pour venir m’alpaguer au milieu de la plaine. […] Voulait de l’aide. L’avait douze ans, dix, moins ou plus, la gueule lisse des abricots nourris, typique, imbouffable. […] J’ai pas cherché à discuter le bout de gras. J’ai enlevé le plastron, puis le maillot dessous et je lui ai collé le nez sur mon épaule, dans le gorce tatoué, avec le mot « Golgoth » marqué dessous et le chiffre 9. Il était impressionné. Pas par le blason : par mes plaies. Les quartiers de bidoche, le cou qui purule, dégueulasse. » (p. 467)

Plutôt que par une description physique ou psychologique, chacun des narrateurs de La Horde est ainsi donné à ressentir par son flux spécifique, sa manière de s’exprimer (choix des mots, flux de la langue, rythme…) et par les sens qu’il mobilise pour le faire. ‹ › Aoi ressent le vent comme une caresse liquide, un flux dans lequel se lover, elle contre comme on remonterait le courant d’une rivière. )- Arval en sa qualité d’éclaireur a un sens du détail subtil, piste les traces, relève les indices, il perçoit le contre de manière ludique. ¿’ Caracole perçoit en priorité les variations vitesse / lenteur, mouvement / fixité, accélération / ralentissement, linéarité / courbure, continuité / rupture, homogène / hétérogène. Ω Golgoth est plus kinesthésique, il perçoit d’abord les rapports de masse, les trouées dans les murs de vent, et ainsi de suite. Bref, la façon de percevoir de chacun permet à l’auteur de calibrer le mode d’expression de ses narrateurs.[8]

C’est en se mélangeant aux autres flux en présence (le vent, la situation) et à certaines résistances (topologie, lieux traversés), vents contraires ou concordants, que le rythme de chacun des personnages sera modifié pour donner naissance à l’écriture poétique et hétérogène que l’on sait. Par le travail sur le texte comme un flux, Damasio dote chaque scène d’une inspiration unique qui sera perceptible physiquement par le lecteur, établissant un parallèle entre le corps du texte et le corps de celui-ci.[xii] Car la lecture est un mouvement de gauche à droite et de haut en bas, associée au flux sonore de la prononciation intérieure des mots par le lecteur (la fameuse subvocalisation citée précédemment), à leur audition lors d’une lecture orale ou intérieure et à leur impact optique par les lettres et les masses de lettres. Trio perceptif de sensations qui, pendant la lecture, tissent ce que l’auteur nomme « un triple pont sensuel ».[xiii] L’action de lire est un acte rythmique, entrecoupé par les pauses et les accélérations du lecteur en fonction du rythme de l’ouvrage, porté par la ponctuation, les vides et les masses de mise en page, mais aussi la forme graphique des lettres et des mots via les hampes et les jambages. La phrase et le vent sont des flux, ils partagent donc les mêmes propriétés. « Il suffisait de les penser liés, notamment par la ponctuation, qui est l’opérateur même du rythme en littérature, comme la salve l’est en aérologie. Ponctuer, c’est obstruer ou dévier un écoulement, et c’est une sensation première, presque proprioceptive, chez un lecteur, et qui précède tout signifiant. »[xiv]

Damasio inverse ici la hiérarchie attendue, traditionnelle, de l’écriture qui veut que le sens porté par les mots prime sur leur séquençage.[xv] Le mot devient subordonné – ou du moins égal – à son rythme, jusqu’à parfois ne plus réussir à le suivre lorsque le mouvement devient trop rapide pour être formulé par le narrateur. Preuve est ici faite que si La Horde du Contrevent se prête à « la production d’images »[xvi], celles-ci sont toujours la matière descriptive qui surgit entre les inflexions d’un mouvement premier, constitutif de la vie et, pour Damasio, de l’acte d’écrire.

Cette préséance du rythme et du son sur le sens des mots est l’une des caractéristiques de la poésie que l’auteur aborde comme une influence de Mallarmé, mais aussi sous un angle physique : « On oublie tellement ça : on s’en tient au sens des mots dits au lieu d’écouter le son, sa hauteur, son intensité, sa portée. C’est de la physique pure, c’est du vent. Mais un vent bouclé, vibratoire, qui produit des sensations profondes, à la façon d’un bol tibétain. »[xvii]

C’est ainsi que l’écriture damasienne échappe au strict registre de la fiction, pour devenir une poésie vibrante et vivante de la syntaxe, un chant épique et incantatoire (à la manière des sagas nordiques) qui fait concorder l’idée transmise avec le sens et la nature du récit, la recherche des personnages avec celle de l’auteur, au sein d’un « texte-flux » qui lie et fait exister l’ensemble.

A l’occasion de la scène de combat entre ∆ Erg et Silène, au chapitre VI. Si tu veux, je l’ai touché…, l’auteur laisse paraître la prouesse littéraire de son roman par une nouvelle mise en abyme. Les combattants s’affrontent, cassent tous les codes du combat singulier, font surgir des coups inanticipables par leur surhumaine capacité à la rupture de rythme, brisant du même mouvement la ponctuation, les règles de la syntaxe, l’écoulement de l’air (dans lequel ils évoluent, dont ils se servent et qui les constitue), la manière d’écrire et de décrire.

« Tout partit d’un plané latéral presque nonchalant, puis ce fut littéralement dingue — Silène décrocha brutalement de trente mètres, toucha le sol, rebondit à quarante mètres et entama une torche longue rythmée de déplis foudroyants — de zigzags secs, d’à-coups, frasques, et d’un jeu si chaotique de vrilles et de spasmes pendulaires qu’il était à peine concevable que l’aile ne se déchira pas — puis tout entra en décalé-vif, écart-bref, l’altitude, la vitesse, virements de bord, la cadence — au mépris de toute continuité naturelle, ce fut fou, magnifique, alternant l’infime et l’immense, la lenteur et la foudre, l’obtus, l’aigu, le courbe — la hache et la serpe, ça ne ressemblait à rien ni à personne, c’était une syntaxe inouïe du mouvement, quelque chose qu’aucun oiseau nul vent n’atteindrait jamais, parce qu’au, puisqu’il, plié-ouvert, flécha — et il toucha ! De la tranche du pied. La frappe de Silène fractura le nez d’Erg dont l’aile vacilla sous le choc frontal. Il n’avait eu — comment aurait-il pu ? — ni le — Silène attaqua une seconde passe, toute en angle, très hachée, que notre combattant éloigna d’un soleil arrière — » (p. 397)

Le procédé stylistique est ici utilisé avec une rare intensité, dans la bouche et par les yeux de ) Sov retenant sa respiration au point de débiter sa phrase pratiquement d’une traite – se coupant presque la parole à lui-même tant le mouvement de Silène est difficile à suivre. L’entremêlement du fond et de la forme permet ici de rendre compte de ce qu’il se passe, sur un mode oral, par le rythme autant que le vocabulaire. Au cœur du combat, l’expression « syntaxe inouïe du mouvement » confirme l’ambition de l’auteur de confondre le fond et la forme dans un affrontement épique – qu’il se propose de théoriser en parallèle.

Trois dimensions de la vitesse

Pendant le combat ) Sov et ¿’ Caracole rencontrent Lerdoan, un énigmatique philosophe fréole.[9] A cette occasion, Damasio fait un parallèle direct entre la rixe de Δ Erg contre Silène et le discours du philosophe sur la vitesse et ses trois dimensions, un enseignement capital dans de nombreux aspects de La Horde. Pour comprendre la parole de Lerdoan, il faut garder en tête que pour lui la vie, le mouvement et la vitesse sont quasiment synonymes. Ou en tous cas issus de la même dynamique. Il le dit d’ailleurs lui-même.

« Il y aurait comme trois dimensions de la vitesse, qui sont aussi celles de la vie. Ou du vent. » (p. 402)

… ou du langage – donc de l’écrit.

Car en proposant ce discours en parallèle du combat de ∆ Erg et Silène, Alain Damasio laisse entrevoir que la langue et sa transcription sont également concernées. Que la volonté de puissance des combattants est aussi celle « du troubadour, du penseur » (p. 402) et de l’écrivain. Aussi, le discours deleuzien de Lerdoan et son expertise certaine sur les trois dimensions de la vitesse sont à rapprocher du combat qui se joue en parallèle, oui mais surtout de l’écriture de La Horde du Contrevent par son auteur.

Le terme de « dimensions » de la vitesse n’est d’ailleurs pas anodin. Celui qui saura se mouvoir sur une nouvelle dimensions ne sera plus, de fait, sur le même plan que ses adversaires. Ce qui explique les aptitudes de combat hors-norme de Silène, mais également les capacités de ∆ Erg. Dans un combat plus classique, grâce à son aile, le combattant-protecteur de la Horde gagne les airs et acquiert donc une nouvelle dimension sur ses adversaires… qu’il tue immédiatement avec ses projectiles. Gagner une nouvelle dimension, quel que soit le domaine, c’est creuser littéralement le même fossé qui sépare l’aviation de l’infanterie.

Lorsque les deux combattant s’affrontent dans les airs, la victoire ira à celui qui arrivera à passer au stade suivant.

Première dimension

La première dimension de la vitesse, dit Lerdoan, est la rapidité. Soit la propriété quantitative « relative à des coordonnées dans l’espace et le temps, [qui] opère dans un univers supposé continu » (p. 402) ; c’est la vitesse de « ce qui se déplace vite » (p. 402). On pourrait la dessiner comme une courbe exponentielle sur une représentation à plat : une augmentation continue et sans rupture.

Lors du combat de la page 402, c’est la dimension sur laquelle Silène commence à bouger, et qui correspond à celle que l’auteur utiliserait pour décrire son mouvement s’il disait « Silène alla très vite » ou pour reprendre ses propres termes « Silène décrocha brutalement de trente mètres, toucha le sol, rebondit à quarante mètres et entama une torche longue rythmée de déplis foudroyants » (p. 402). Cette première dimension est strictement continue et linéaire, elle est la diminution du temps pris par un corps pour aller d’un point A à un point B.

Puis, le maître-foudre commence à accélérer.

Seconde dimension

Vient le « Mû », cette capacité à briser la continuité par un changement de cap sans préavis. La deuxième dimension de la vitesse est une « aptitude immédiate, [une] disposition foncière à la rupture : rupture d’état, de stratégie, rupture du geste, décalage. […] ce qui distord le flux : aussi bien l’accélération que la turbulence — ce qui le fait qualitativement changer —, l’inflexion. » (ibid) Dans une représentation à plat, le Mû serait un angle plus ou moins aigu , un pli : la même ligne mais cassée.

Ce qui distord le texte-flux, c’est précisément sa ponctuation, sa construction rythmique, la capacité de l’auteur à créer du mouvement non plus en surenchérissant (« Silène alla très très très vite », tristesse littéraire) mais en cassant le rythme qui tisse son flux textuel, lui-même indissociable d’une certaine texture sonore. En accélérant, Silène provoque des cassures tant dans son propre mouvement que dans la syntaxe de la phrase qui le décrit. Cassures identifiables dans le texte notamment par le symbole typographique « — » pour les cassures et des vagues de virgules pour les turbulences :

« […] une torche longue rythmée de déplis foudroyants — de zigzags secs, d’à-coups, frasques, et d’un jeu si chaotique de vrilles et de spasmes pendulaires qu’il était à peine concevable que l’aile ne se déchira pas — puis tout entra en décalé-vif, écart-bref, l’altitude, la vitesse, virements de bord, la cadence […] » (p. 402)

Mais ce Mû demeure un changement linéaire, lié à la biologie même de l’humain, ce que π Pietro n’oublie pas de mentionner en spectateur du combat.

« Parce qu’il se déplace selon des techniques, selon des rythmes acquis, selon des règles. […] Peu de gens savent que le sens de la fuite, chez un être humain, est biologique. Donc anticipable. […] Il y a une grammaire. Il existe une syntaxe du mouvement, comme pour le vent. » (p. 400)

Troisième dimension

Enfin, la dernière dimension de la vitesse évoquée par Lerdoan n’est plus quantitative ni qualitative. Elle n’est plus continue comme l’exponentielle (rapidité) ou l’angle (Mû), elle est le « devenir autre », la « différence pure » ou « frasque » ou « irruption » (p. 400). Dans une représentation à plat, elle serait le trou dans la feuille de papier, ou la courbe décollant dans l’air – impossible et pourtant. Elle est le « vif », c’est-à-dire également la huitième forme du vent selon la classification de X Oroshi.[10]

Cette infatigable capacité à changer correspond à l’objectif que se donne l’auteur vis-à-vis de sa propre quête d’écriture. La Horde comme ses autres romans relèvent d’une volonté de fissurer l’ordre littéraire établi, les conventions et les genres (de marcher « à contre-vent » des tendances), pour qu’enfin « quelque-chose se passe » (p. 402). La quête de l’écriture atteint cet ultime stade en proposant quelque-chose de foncièrement neuf, un « surgissement absolu », « l’irruption » (p. 400). Bref, l’idée nouvelle. Ex nihilo.

A ces trois dimensions de la vitesse, Lerdoan précise que répondent « une lenteur ou une fixité propre » (p. 393). La puissance de vie est contrebalancée par les pesanteurs et les répétitions qui préfigurent déjà la notion de neuvième forme du vent.[11]

Sommets littéraires, abymes métaphysiques

L’auteur plie donc le monde à son verbe comme le vent sculpte l’univers diégétique. La Horde est récit, réflexion politique et poïétique, c’est-à-dire sur sa propre création et le fait de « produire un discours » en général.[xviii]

Dans La Horde le vent est semblable à la volonté de l’auteur, créatrice, féconde, capable d’ensemencer les « golems de glaise » des personnages et donc de leur donner vie. Cette image vient de Damasio, qui assimile les personnages à des tas de glaise (car l’homme est issu de la Terre) sur lesquels viennent se greffer les plantes, graines et rocs portés par le vent – qui leur donnent forme. Cette image est surtout une analogie avec la situation de l’auteur, dont les idées germent en lui, sur lui, et ne viennent pourtant que du monde, et se prennent dans la « grille de ses côtes » pour fleurir à son contact. La création n’est pas subconsciente ou intérieure, elle est littéralement le fruit d’un contact avec le monde.[xix]

« Avant même de naître, je crois que nous marchions. Nous étions déjà debout, la horde entière étalée en arc, déjà fermes sur fémurs et nous avancions avec nos carcasses raclées et nos côtes nues, les rotules rouillées de sable, à griffer le roc avec nos tarses. Nous avons marché longtemps ainsi, tous ensemble, à chercher la première de toutes nos prairies. Nous n’avons jamais eu de parents : c’est le vent qui nous a faits. Nous sommes apparus doucement au milieu de la friche armée des hauts plateaux, à grandes truellées de terre voltigée pris dans nos ossements, par l’accumulation des copeaux de fleurs, dit-on aussi, sur cette surface qui allait devenir notre peau. De cette terre sont faits nos yeux et de coquelicots nos lèvres, nos chevelures se teintent de l’orge cueilli tête nue et des graminées attirées par nos fronts. Si vous touchez les seins d’Oroshi, vous sentez qu’ils sortent du choc des fruits sur son torse, et mûrissent toute une vie. Ainsi en est-il des animaux et des arbres, de tout ce qui est : seuls naissent vraiment les squelettes, seuls ont une chance ceux qui se dressent au-dessus de leur paquet d’os et de bois, en quête d’une chair, en quête d’une écorce et d’un cuir, de leur pulpe, en quête d’une matière qui puisse, en les traversant, les remplir. » (p. 185) [12]

La mise en abyme est totale. Le souffle de l’auteur est la volonté qui sous-tend l’univers de La Horde tout entier, en modèle les paysages et les habitants comme autant d’épreuves ou de rencontres sur la Trace des personnages. Ces derniers le devinent parfois, et n’hésitent pas à attribuer au vent une dimension divine. « Vent merci » (p. 514) dit Ω Golgoth dont la connaissance intime des flux doit tout à l’instinct (l’histoire ne dit pas si X Oroshi en est irritée) ; et ) Sov laisse échapper un « chaque jour que vent fait » (p. 502) avant que l’expérience ne le rapproche d’une connaissance plus rationnelle du monde à mesure qu’il suivra l’enseignement de l’aéromaîtresse.

Celle-ci, c’est son rôle, est la plus encline à une approche scientifique du vent. Elle suit la classification de l’Hordre qui définit neuf formes là où les variations du flux sont infiniment diverses. Cette connaissance académique et empirique, complexe et instinctive du monde lui ouvre les portes de questionnements métaphysiques… jusqu’à soupçonner sa nature de personnage de fiction ? C’est en tout cas ce que semble pressentir ) Sov en parlant de la moralité supposée du monde et donc de la quête.

« ) À vrai dire, s’avouait-on en catimini avec Oroshi (jamais  devant Golgoth), il n’y avait pas la moindre raison que l’Extrême-Amont surgisse derrière Krafla, ni même au bout de Norska. Et tout ce qui avait pu être dit et gravé à ces sujets ne témoignait de rien d’autre que de cette même doctrine de l’épreuve et de la récompense qui postulait un univers moral, une fin à toute quête et une terre aux dimensions parcourables — ce que rien n’étayait. » (p. 68)

A part quelques carnets, quelques témoignages, quelques vagues recherches théoriques effectuées bien en aval et une incompréhensible intuition, la Horde n’a effectivement aucune raison de croire que la fin du monde est accessible. A plus forte raison, qu’elle est accessible à pieds. Pourquoi le monde aurait-il une fin atteignable ? Le lecteur s’est souvent posé la question bien avant ) Sov.

Or, le scribe ignore précisément ce que le lecteur sait : il est un personnage de fiction, créé par la volonté de l’auteur dans un but bien précis, porter sa part de la métaphore du roman. Les bourrasques, les rafales et turbulences, c’est bien l’auteur qui les lève ; les personnages et leurs vifs, c’est lui qui les créé.

La raison qui fait que le bout du monde est accessible à pieds, et qu’il ne faut pas cent-cinquante ans pour y parvenir (sans quoi la plus efficace des hordes serait morte de vieillesse bien avant de l’apercevoir), est qu’il fut conçu du souffle de l’auteur dans un objectif métaphorique et narratif bien précis. Le lecteur, d’ailleurs ne doute jamais que la fin du récit coïncidera d’une manière ou d’une autre avec la fin du périple.

) Sov en doute, mais l’univers de La Horde du Contrevent porte une morale. Comme tout univers de fiction, il est construit à la manière des contes de ¿’ Caracole, comme « un cosmos local » avec « une ligne, celle de l’histoire, qui par[t] d’un début pour aller vers une fin. » (p. 350) Les personnages qui suspectent le pouvoir de l’auteur sur leur monde et leurs vies se retrouvent donc dans la situation de chacun à l’égard de la foi. Doivent-ils agir en pleine confiance de celui qui guide leurs pas pour arriver à l’accomplissement du destin de leurs vies au détriment de leur libre-arbitre (foi) ? Réfuter toute influence supérieure et prendre leurs propres choix quitte à se berner quant à leur liberté (athéisme) ? Ou prudemment se ranger du côté de ceux qui ignorent, et faire de leur mieux sans avoir s’ils sont, ou non, mus par un destin déjà écrit (agnosticisme) ?

Un personnage a-t-il raison de faire confiance à son auteur pour donner un sens à sa vie ?

*

Retour au sommaire

*

Vos retours et commentaires seraient appréciés. Et si d’aventure le livre vous plaît vous pouvez soutenir la démarche en l’achetant (livraison après crise) ou en faisant un don sur Tipeee.

~ Antoine St. Epondyle

*

[1] A nouveau, Les Furtifs pousse extrêmement loin cette conception de la langue, et de manière plus immédiatement perceptible peut-être que La Horde.

[2] Liste extraite des documents de travail d’Alain Damasio, très aimablement fournis par ses soins.

[3] Chacune des formes du vent à également ses variantes et « types de vagues » dans le cas du Furvent. « Il existe quatorze types de vagues catégorisées avec certitude. Des laminaires, des cisaillées, des roulantes et des écumantes, des cycloniques, des aspirantes, avec ou sans vortex, giratoires ou linéaires, avec effets de spin ou effet de succion… » (p. 510)

[4] Dans Norska particulièrement, quand le souvenir des morts aide à porter les vivants, les sigles des uns et des autres paraissent dans la transcription du vent, comme pour signaler quelle présence inspire l’équipe à quel moment. Par ailleurs, certains sigles sont directement issus de la transposition du vent. Celui de (·) Alme signifie presque « vent nul au milieu d’une accalmie » (à ce détail près que le point de son sigle est un point médian, et pas un point simple) comme l’œil du cyclone où la soigneuse prodigue justement ses soins. Cette idée est confirmée par son nom « (c)Alme » qui suggère son tempérament. Le sigle de )- Arval peut-être lu comme « effet venturi à la fin d’une accalmie » signifiant peut-être l’accélération de la trace après un bivouac, ce moment de redémarrage où l’éclaireur doit partir en mission pour reconnaître la voie et remettre le groupe en marche. Son nom aussi est un indicateur : « Arval » est un détournement du mot « aval », cet aval vers lequel il se retourne lorsqu’il donne ses indications à la Horde restée en arrière ?

[5] Dans Les Furtifs, l’écriture se fait également plus libre et joue des formes et des sons à mesure que les personnages progressent dans leur hybridation avec les créatures éponymes. S’ouvrir à une vitalité supérieure brise les règles établies et réinvente le langage.

[6] « Décrire » ou « parler de » la révolution est justement l’une des principales « erreurs » que l’auteur reproche à son premier roman La Zone du Dehors là où, avec le recul, il aurait souhaité « (ré)Volter le langage » au lieu de l’utiliser pour décrire. C’est du moins ce qu’il indiquait dans son autocritique La Zone du Dedans, réflexion sur une société sans air parue dans Le Dehors de toutes choses, aux Editions La Volte.

[7] Voir les chapitres suivants.

[8] Ce que confirment les fiches de personnages d’Alain Damasio, qui précisent une section « Modes de perception dominants » pour chacun d’entre eux.

[9] Mathieu Potte-Bonneville y reconnaît carrément une réincarnation de Gilles Deleuze lui-même ! Writing in the Wind, Entretien avec Alain Damasio, propos recueillis par Mathieu Potte-Bonneville, Europe n°996, avril 2012.

[10] Lire les chapitres suivants.

[11] Lire le chapitre dédié.

[12] Ce passage est repris dans Mes souvenirs, morceau présent sur la bande originale du roman par Arno Alyvan. La Horde du Contrevent, bande originale du livre, musique de Arno Alyvan, textes de Alain Damasio, disponible en accompagnement du roman aux éditions La Volte, 2004.

*

[i] Critique et clinique, Gille Deleuze, Paris : Minuit, 1993.

[ii] Définition d’une œuvre plurielle in La croisée des souffles, La Horde du Contrevent d’Alain Damasio, Stéphane Martin & Colin Pahlish, Archipel Essais volume 18, Maison d’Ailleurs, Lausanne, 2013. Dans ce passage Stéphane Martin cite Jean-Michel Adam, Le style dans la langue, Paris et Lausanne, Delachaux et Niestlé, 1997.

[iii] Rencontre avec Alain Damasio, bouquinautes.com, propos recueillis par Saint Epondyle, 2014. Suite à la fermeture du webzine, cet entretien a été republié en 2018 sur saint-epondyle.net sous le titre Alain Damasio : « La science-fiction est le genre littéraire majeur. »

[iv] La Horde du Contrevent au micro, elbakin.net, propos recueillis par Luigi Brosse, 2007.

[v] La Horde du Contrevent au micro, elbakin.net, propos recueillis par Luigi Brosse, 2007.

[vi] Rencontre avec Alain Damasio, bouquinautes.com, propos recueillis par Saint Epondyle, 2014. Suite à la fermeture du webzine, cet entretien a été republié en 2018 sur saint-epondyle.net sous le titre Alain Damasio : « La science-fiction est le genre littéraire majeur. »

[vii] Une poétique sensuelle in La croisée des souffles, La Horde du Contrevent d’Alain Damasio, Stéphane Martin & Colin Pahlish, Archipel Essais volume 18, Maison d’Ailleurs, Lausanne, 2013.

[viii] Une poétique sensuelle in La croisée des souffles, La Horde du Contrevent d’Alain Damasio, Stéphane Martin & Colin Pahlish, Archipel Essais volume 18, Maison d’Ailleurs, Lausanne, 2013.

[ix] Writing in the Wind, Entretien avec Alain Damasio, propos recueillis par Mathieu Potte-Bonneville, Europe n°996, avril 2012.

[x] Alain Damasio, échange épistolaire avec Stéphane Martin, 2010, cité dans Une poétique sensuelle in La croisée des souffles, La Horde du Contrevent d’Alain Damasio, Stéphane Martin & Colin Pahlish, Archipel Essais volume 18, Maison d’Ailleurs, Lausanne, 2013.

[xi] Une poétique sensuelle in La croisée des souffles, La Horde du Contrevent d’Alain Damasio, Stéphane Martin & Colin Pahlish, Archipel Essais volume 18, Maison d’Ailleurs, Lausanne, 2013.

[xii] Définition d’une œuvre plurielle in La croisée des souffles, La Horde du Contrevent d’Alain Damasio, Stéphane Martin & Colin Pahlish, Archipel Essais volume 18, Maison d’Ailleurs, Lausanne, 2013.

[xiii] Echange épistolaire avec Stéphane Martin, 2010, cité dans Une poétique sensuelle in La croisée des souffles, La Horde du Contrevent d’Alain Damasio, Stéphane Martin & Colin Pahlish, Archipel Essais volume 18, Maison d’Ailleurs, Lausanne, 2013.

[xiv] Writing in the Wind, Entretien avec Alain Damasio, propos recueillis par Mathieu Potte-Bonneville, Europe n°996, avril 2012.

[xv] Writing in the Wind, Entretien avec Alain Damasio, propos recueillis par Mathieu Potte-Bonneville, Europe n°996, avril 2012.

[xvi] Writing in the Wind, Entretien avec Alain Damasio, propos recueillis par Mathieu Potte-Bonneville, Europe n°996, avril 2012.

[xvii] Writing in the Wind, Entretien avec Alain Damasio, propos recueillis par Mathieu Potte-Bonneville, Europe n°996, avril 2012.

[xviii] Définition d’une œuvre plurielle, La croisée des souffles, La Horde du Contrevent d’Alain Damasio, Stéphane Martin & Colin Pahlish, Archipel Essais volume 18, Maison d’Ailleurs, Lausanne, 2013.

[xix] Débat #4 – Resterons nous créatifs demain ? avec Alain Damasio & Ariel Kyrou, Le Mouton Numérique, 2017.

Vos retours et commentaires seraient appréciés. Et si d’aventure le livre vous plaît vous pouvez soutenir la démarche en l’achetant (livraison après crise) ou en faisant un don sur Tipeee.

~ Antoine St. Epondyle

Laissez un commentaire ici plutôt que sur Facebook.