bannière etoffe

Pendant le confinement dû à la pandémie de coronavirus COVID-19 je libère l’intégralité de mon livre L’étoffe dont sont tissés les vents sur les ondes en accès libre.  Pendant la durée du confinement, je publierai un chapitre par jour. Restez connecté(e).

Retour au sommaire



DEUXIÈME PARTIE
LA VIE

¿’ — C’est du vent tout ça…
(p. 97)

Épreuves personnelles, effort collectif

Les hordiers sont différents, c’est pourquoi ils ne franchissent pas tous les trois métamorphoses de Nietzsche à la même vitesse (et parfois, pas du tout). Leurs motivations profondes, leur envie d’aller au bout, leurs rêves se conjuguent et se confrontent parfois. Car pour soudée qu’elle soit, la Horde n’en est pas moins le théâtre de passions fortes qui consolident ou affaiblissent le groupe.

La place centrale de ces « passions » dans La Horde du Contrevent est inspirée de Spinoza – jusqu’à intégrer plusieurs concepts directement dans le récit selon le principe de littéralité évoqué précédemment. Pour Spinoza, auteur de l’Ethique, les passions intérieures propres à chacun dépassent les critères moraux absolus et arbitraires (bien et mal). Contrecarrant ainsi les monothéismes de son temps, il réfute les valeurs transcendantes et avance que personne ne peut se soustraire à ses passions. Le philosophe en distingue deux grandes catégories (« Joies » et « Tristesses ») selon qu’elles améliorent ou détériorent notre « perfection »[1] soit notre « puissance d’agir » sur nous-même et sur le monde.[2]  Pour Spinoza, c’est en tendant vers la Joie que l’homme améliore sa capacité à affecter, soi-même et le monde.

Ce que peut le corps

Puisqu’on ne peut se défaire de l’empire des passions, la connaissance et l’usage de la raison sont les conditions sine qua non de la liberté, qui ne s’acquiert que par une longue découverte des mécanismes qui nous déterminent. Pour Spinoza, être libre n’est pas se libérer de ses chaînes. Le croire, c’est se leurrer davantage et agir de manière d’autant plus influencée qu’on refuse de voir ses propres déterminismes. Être libre, c’est agir en pleine connaissance des mécanismes qui pèsent sur nous. C’est agir, autant que faire se peut, sous le seul dictamen[3] de la raison. Pour Spinoza, on est plus libre quand on sait qu’on ne l’est pas, que quand on croit qu’on l’est.

C’est cette connaissance des liens innombrables qui la raccrochent au monde que la Horde forge empiriquement par son action de contrer le vent (sculptant les corps, les sens, le courage, les affects…). Une action qui s’accompagne d’un constant décryptage, d’une « lexture » (p. 20) du flux et de l’invention constante d’un nouveau langage pour décrire les formes nouvelles observées.[i] La Horde découvre le monde à mesure qu’elle l’arpente, invente sa manière de le percevoir en s’ouvrant à elle-même, sensibilité tendue et ouverte dans une constante « inventivité sensible ».[4] C’est cette présence physique et continue dans le tissu du monde qui lui permet d’en apprécier les écoulements, les variations, les neuf formes, et de se rappeler qu’elle en est elle-même issue. Les membres de la Horde arpentent à pieds la matière vivante du cosmos, ils la découvrent non pour la dompter (vain effort) mais pour adapter leurs gestes aux fluctuations du monde, pour en être à l’écoute, en communion avec cette Grande Nature, et en épouser les oscillations.[ii]

Apprendre à connaître le monde, c’est apprendre à se connaître soi-même. C’est d’autant plus vrai pour les personnages du roman qui, on l’a vu, ont conscience d’être « faits de l’étoffe dont sont tissés les vents » (p. 520). L’expérience du contre, perfectionnée à mesure de cet apprentissage, leur permet de relever les épreuves futures.

Mais la liberté de la Horde n’est pas une liberté sans attache, bien au contraire elle est ancrée dans le monde, elle est « expérience de la nécessité »[iii] en ceci qu’elle compose avec les contraintes de l’environnement et des événements, qui mettent le groupe en position d’agir. Pour le philosophe Jacques Darriulat : « Je n’ai pas le choix d’être libre, je le suis dans la mesure où je connais le monde, en ce sens où le nageur connaît la vague, c’est à dire d’une connaissance intuitive. »[iv]

Cette symbiose entre l’homme et la nature permet un rapprochement avec ce que Spinoza, en philosophe de son temps, appelle encore « Dieu ». Mais ce dieu n’a rien à voir avec les conceptions classiques des monothéismes ; pour Spinoza et dans La Horde, il n’y a pas de Dieu extérieur au monde. Ce que Spinoza nomme Dieu est absolument immanent. Dieu, c’est le monde. C’est le réel dans toutes ses dimensions, y compris infinies et insaisissables. [5] Tel est le difficile apprentissage que feront les hordiers : il n’y a rien d’autre, et pas de Dieu, que le monde. Et vous en faites partie ; vous n’avez que vous.

Mais vous êtes puissants.

Vous pouvez améliorer votre connaissance de l’étoffe qui tisse le vent, le monde, le vivant, vous-même. Connaître le flux c’est se permettre d’accroitre sa puissance d’agir dessus, c’est révéler cette terra incognita spinoziste : « ce que peut le corps ».[6]

High tech, low tech

Ainsi s’explique le refus absolu de la Horde d’utiliser toute technologie ou véhicule, malgré la tentation réelle de se faciliter la tâche. L’univers du roman est indéniablement technicisé, mais la Horde évolue sans technologie autre que la voile volante de Δ Erg, la cage d’airpailleur de ∫ Larco et quelques autres artifices discrets. Dans un monde où les ballons, éolicoptères et autres navires volants existent, pourquoi les hordiers se limitent-ils aux crampons, cordes, casques, pitons et autres ustensiles « low-tech » ?

C’est que là où le crampon permet de se hisser sur les surfaces verticales à la force des bras et des jambes, le deltaplane offre de passer au-dessus. De littéralement survoler le monde. C’est un pouvoir extérieur à qui l’on délègue la tâche, qui répond à une envie de facilité, un besoin de confort, de simplification, une peur (compréhensible) d’y rester. Autant de « passions tristes » au sens de Spinoza qui se paient d’une distanciation d’avec le monde et coupent de sa connaissance, et donc d’une puissance d’agir par soi-même.

Alain Damasio :

« Si l’on définit conceptuellement le pouvoir comme la capacité de faire faire, de déléguer l’action, alors que la puissance serait la capacité de faire, de déployer l’action par soi-même, directement, alors il me semble qu’on dispose là d’un critère précieux pour essayer de conduire nos vies dans cette bulle bruissante d’outils qui nous enveloppe. »[v]

) Sov le sait : d’ici quelques années les méthodes de navigation fréoles permettront (peut-être) de passer Norska et d’arriver en Extrême-Amont en beaucoup moins de temps et de difficulté qu’une vie passée à contrer. Il y a là une différence de fond dans le rapport au monde de la horde et des équipages de ces navires.

« Je m’étais longtemps rassuré en m’accrochant à cette vérité : seule une horde authentique contrant à pied pouvait rencontrer les neuf formes du vent. Naïveté spirituelle ? Pour la Pragma en tout cas, même cette vérité commençait à être remise en question (me rapportait-on). À Aberlaas, notre aura s’étiolait. Les jeunes s’embarquaient avec enthousiasme dans les expéditions fréoles. […] Ce qui comptait désormais semblait être le combien, pas le comment. Combien: la vitesse atteinte, la distance parcourue, les records de trajet. Et pas comment : le courage physique, la finesse de contre, l’invention d’une Trace. » (p. 252)

Pour ) Sov, arriver au point final sans avoir dû compacter son corps et son vif contre ses camarades de cordée, déployer ce qu’il fallait de courage et de force intestine pour se plier au vent et ainsi passer au travers, c’est risquer de passer à côté du chemin ; ou littéralement au-dessus. Le roman ne dit pas si l’approche fréole comporte aussi son lot d’apprentissages et de liens humains. (Il répond toutefois en creux à cette interrogation puisqu’à priori, le « verrou glaciaire » de Norska n’est jamais franchi par les navires fréoles dans la durée du roman.)

Il n’est pas ici seulement question du « respect » du vent invoqué par π Pietro aux pages 360 et 361, ce noble sentiment face à l’adversaire. Il est question du fait concret qu’en labourant le sol terreux à pieds, la Horde se donne les moyens de connaître la route dans toute sa richesse tridimensionnelle,[7] et le détail de sa rudesse de très près. Les épreuves lui apportent la profusion de connaissances que méritent ceux qui évoluent en prise directe avec le flux, en symbiose avec lui. Ainsi π Pietro dit-il dans le chapitre VII. La dernière Horde ? :

« Notre empire, c’est le contrevent. Personne ne connaît mieux le flux en sa fibre. Personne ne lit mieux ses faiblesses que nous. Nous trouverons les neuf formes, oui, mais pas par hasard. Parce que nous serons forcément au milieu du courant lorsque la forme passera. On peut toujours théoriser les turbulences, stabiliser un sillage, prévoir le dessin d’une volute. Les Fréoles le font avec une minutie qui les honore. Mais les formes, aucun instrument ne suffit à les classifier. Il faut être immergé le corps entier à l’intérieur du rafalant. Pas au-dessus en navire ou en aéroglisseur. Ni abrité derrière : dedans ! Chair en prise ! » (p. 360)

La plupart des hordiers ont l’intuition de ce que leur apportent les souffrances du contre. ¿’ Caracole, qui vit « depuis des dizaines, depuis des centaines d’années peut-être » (p. 91), pressent mieux que quiconque les enseignements à venir. Il a conscience d’être appelé à grandir dans les épreuves, et prend tous les risques dès le premier chapitre pour hurler à la tempête :

« — Furvent, ceux qui vont mûrir te saluent ! » (p. 498)

Cette façon de nouer un contact physique, corporel, avec l’environnement, peut sembler à l’encontre de ce que le philosophe Peter Sloterdijk appelle « la suspension des corps »[8] dans son ouvrage La Domestication de l’Être,[vi] et qu’il considère comme l’un des quatre axes de l’hominisation.[9]

Cette « suspension » est un processus « d’évitement positif » par lequel l’homme se soustrait à la nécessité de s’adapter à son environnement grâce à la maitrise technique. En maitrisant l’outil, le préhumain s’extraie de sa condition animale et aménage un espace technique destiné à « émanciper l’être vivant de la contrainte du contact corporel avec des présences physiques dans l’environnement »[vii]. Bref, il se constitue une « clairière » au calme, loin des tourments de la tempête (insulation). D’où la célèbre formule de Sloterdijk : « [l’homme] descend de la pierre » en ceci que la maîtrise technique ouvre la possibilité d’un devenir-humain.

Mais d’où vient alors que la Horde se détache de l’outil, prône un Contre « low-tech », ventre à terre, nez au vent, plutôt que d’affirmer ce processus propre, selon Sloterdjik, à l’apparition de l’humain ? La Horde du Contrevent prônerait-elle un retour à l’animalité ? L’accession à une grande et pleine vie devrait-elle se payer d’un renoncement à la maîtrise technique, qui fait de nous des humains ?

Non ! En proposant un détachement de la technique, La Horde parle moins de son monde que du nôtre où le phénomène « d’insulation » est devenue « hyper-insulation » et où  cette « clairière » qui nous protège s’est épaissie au point de nous isoler du monde, et d’isoler l’espace de construction de soi, un cocon devenu « technococon »[10]. L’artifice est devenu monde en soi : une « monade ».[viii] La critique de la technique dans La Horde du Contrevent n’est pas un rejet global mais rejoint plutôt l’approche du sociologue de la technique Jacques Ellul. En ceci, elle cherche à renouer le contact avec le monde en sortant de ce qu’Ellul nomme « la technique comme milieu » ou « le système technicien » isolant l’humain de la nature en interposant une médiation entre les deux.[ix]

En utilisant des casques, crampons et cordes mais pas beaucoup plus, la Horde reste instinctivement « à un jet de pierre » du monde c’est-à-dire à cette distance « [d’]évitement positif, qui se transforme en un savoir-faire ».[x] Cette technique « garde le contact avec l’objet et ouvre la voie vers sa maîtrise »[xi]  plutôt que de devenir, par un excès de déconnexion d’avec le monde, une forme d’évitement de sa réalité.[11]

Supériorité physique et suffisance morale

Si la Horde et son organisation révèlent, par leur nature, cette recherche de liberté spinoziste par la connaissance du monde, les personnages n’ont pas tous conscience des principes philosophiques qui sous-tendent leur univers quotidien. Plusieurs indices ontologiques tendent pourtant à les démontrer.

De nombreux hordiers considèrent les abrités de haut, eux qui vivent des existences sédentaires repliés dans une peur (passion triste) qui les englue dans l’impuissance. Ce mépris est justifié par le roman, qui donne lui donne raison par des arguments ontologique : le vif des abrités est réellement plus délié, moins rapide, plus mou pourrait-on dire que celui des hordiers. Pour étayer cette idée, Alain Damasio recourt à des concepts aérologiques.

« La plupart des vifs d’humains sont trop abrités dans des corps et des esprits « coagulés » […]. Ils se développent en boucles, dans des nœuds ronds, sans élasticité et sans mobilité autre que réactive. Ils savent s’adapter bien-sûr, un minimum, ils éprouvent des sentiments sans aucun doute, au travers d’écoulements continus, pâteux. […] Sortis du corps, ces vifs-là manquent de vitesse et de densité, ils se délient très facilement à la première bourrasque. Rien ne survit d’eux. Et c’est bien comme ça. » (p. 71)

Le mode de vie nomade et collectif de la Horde est aérologiquement supérieur à celui des sédentaires qui se cachent du vent. Qu’ils en aient conscience ou pas, les hordiers qui méprisent les abrités se trouvent confortés par les principes physiques de leur univers : ils sont vraiment plus liés, en mouvement… bref plus « pleinement vivants » que les autres. Mais attention ! Cette morgue est une passion triste qui se double d’un manque de curiosité (on ne s’intéresse pas à ce que l’on méprise), et qui ne participe donc pas à « empuissanter » ceux qui s’en rendent coupables. Plusieurs hordiers pêchent par orgueil et par ignorance de ces autres modes de vie dont ils ignorent tout. Le roman nous montre pourtant que ceux-là peuvent aussi participer à déployer la liberté d’agir des individus, par exemple à travers les personnages de Te et Ne Jerkka, qui surpassent en maîtrise du néphèsh et en compréhension du flux tout ce qui se fait dans la Horde. De même, la tour d’Ær regorge d’enseignements érudits beaucoup plus complets que les carnets de contre des hordes précédentes, sur lesquels s’appuient les connaissances de ) Sov et X Oroshi. Derrière la suffisance affichée de certains personnages, le roman porte un message d’ouverture qu’on ne pourrait résumer à l’impression de supériorité de la « bonne façon de vivre » sur les autres.

Effort collectif

S’infliger les pires mortifications et une vie d’ascète pour atteindre le bout du monde, et ainsi accéder à une liberté supérieure ? « Facile à dire ! » rétorqueraient volontiers la plupart des membres de la horde tant l’épreuve est difficile – et tant elle semble ingrate. La plupart de ceux qui meurent le font sans imaginer que la véritable récompense n’était pas devant eux, mais en eux d’ores et déjà. La douleur est bien réelle et avec la fatigue physique, l’âge, l’absence apparente de sens et les brimades du Ω Golgoth, le ras-le-bol devient tangible.

Pour cimenter le groupe et éviter que les passions tristes ne sapent sa cohésion, c’est à nouveau de Spinoza que vient une solution. Celui-ci, considérant « [qu’]un désir qui naît de la Joie est plus fort, toutes choses égales d’ailleurs, qu’un désir qui naît de la Tristesse. »[xii] nous incite à tourner tous nos efforts (« conatus ») vers les passions joyeuses. Etant donné qu’on ne peut pas échapper à nos déterminismes, il s’agit de se tourner vers ceux qui nous apportent de la Joie, et donc de la puissance d’agir ; par exemple le désir brûlant d’arriver au bout, l’amour de ses camarades de contre etc. Chaque hordier a ses propres raisons d’avancer et de flancher, ses épreuves personnelles, on ne saurait affronter que ses propres démons. A quoi tient donc la force du collectif ? Pas seulement à une « certaine qualité d’os » (p. 457), mais à cette attitude existentielle de contre, tendue vers ce désir, cet objectif dont on ignore tout – et même s’il existe – l’Extrême-Amont.

C’est vers ce désir que tend tout le conatus de la Horde, toute sa capacité d’effort à persévérer dans son existence de Horde et à perpétuer le Contrevent. C’est du moins ce que voudrait Ω Golgoth. Pour lui qui n’est que volonté brute, rien ne compte que d’avancer droit devant, même si cela implique des routes incroyablement dangereuses. Ω Golgoth est le seul pour qui les enjeux personnels sont parfaitement alignés avec l’objectif du groupe. C’est pourquoi il n’y dérogera pas, plus que toute excuse mystique ou volonté de connaître le bout, son moteur à lui vient de la Strace, et de sa traceuse mécanique implacable. Cette « pure machine, inexorable » (p. 463) qui vainquit son frère et qui symbolise pour lui l’horizon toujours s’éloignant qu’il doit réussir à rattraper. C’est un moteur basé sur la fierté, le ressentiment vis-à-vis du père et le besoin de prouver sa valeur. Paradoxalement, tous les moteurs qui poussent Ω Golgoth en avant (désir de vengeance, haine…) sont issus de passions tristes. Le bagage psychologique qu’il porte n’entame pas sa puissance intestine et ceci s’explique peut-être par sa force d’acceptation totale de la quête.

« Si énorme est sa volonté, il est si terriblement concentré, si totalement la Trace… L’esprit de la Horde, qui l’a, à cette densité, dans son sang ? Qui y croit avec cette fureur, avec cette foi crue comme le Goth, neuvième de sa lignée — et de l’avis de tous […], le meilleur ? Personne, il le sait. Et en même temps ronge en lui ce doute carnassier : son frère, son frère mort à six ans, l’aîné, le surdoué. Je fais partie de la horde, moi Sov, fils de croc, Pietro, Erg ou Firost, Sveziest, nous tous. Mais lui, Golgoth, n’en fait pas partie. Non. Il est la Horde. » (p. 484)

De ce point de vue Ω Golgoth a cette capacité à embrasser pleinement sa mission, à positivement devenir la horde. Il est, selon les mots de Grégory Mion, une « personnalité affirmative à tous les points de vue, […] un centre actif qui stimule un plus haut degré de puissance et de vitalité [en chacun]. »[xiii] Cette fusion du Traceur avec l’objectif commun explique son statut de meneur, de locomotive violemment projetée vers l’Amont. Il a toute licence pour pratiquer des rites barbares sur les siens : tatouer les blasons pour assigner une fonction, scalper le cas échéant pour « des-hordonner » s’il le juge nécessaire.[xiv] Traceur autant que tracteur, c’est lui qui enrôle la Horde à sa suite.[12]

Volontés individuelles

Le désir de Ω Golgoth ne s’impose pourtant pas souverainement à tous les membres de la horde. Le but commun de la quête de l’Extrême-Amont est contrebalancé par une multitude d’autres désirs qui renforcent ou affaiblissent la volonté et la qualité du contre général, selon la théorie de « l’angle alpha » développée par Frédéric Lordon dans Capitalisme, désir et servitude – Marx et Spinoza. Suivant cette idée, Ω Golgoth enrôle les puissances d’agir de ses équipiers au profit d’un « désir maître » commun, qui est en fait le sien (atteindre l’Extrême Amont). L’angle alpha est une représentation géométrique de l’écart entre la direction prise par le désir maître (représenté par un vecteur) et les désirs individuels qui sont supposés travailler pour lui. Chacun a ses propres ambitions, plus ou moins compatibles avec le désir commun affiché, et l’ampleur de l’angle alpha dénote l’importance du conflit entre les aspirations de chaque partie.[xv]

Certains hordiers sont tout à fait alignés avec le contre. X Oroshi suit une quête de connaissance qui la pousse en avant et lui fait prendre tous les risques physiques et psychologiques. Pour le dire simplement : elle a tout intérêt à ce que la Horde arrive le plus loin possible pour en apprendre elle-même autant qu’elle le souhaite. Ses propres efforts vont parfaitement dans le sens de l’effort collectif. ¿’ Caracole est dans une situation similaire : sa nature d’autochrone le contraint à chercher le mouvement perpétuel ; la mobilité sans racine et sans arrêt de la Horde (peu importe son but) est la meilleure façon de garder la compacité de son vif et donc de rester en vie. Quant à π Pietro, il trouve le sens de sa vie dans ce qu’il peut apporter aux autres. C’est un pilier qui étaye physiquement et psychologiquement le groupe, affirmant  ainsi jour après jour une noblesse en actes. Il a moins besoin d’un objectif de groupe que d’un groupe en tant que tel ; son célèbre monologue d’après Norska l’illustre superbement.

« Qu’importe où nous allons, honnêtement. Je ne le cache pas. De moins en moins. Qu’importe ce qu’il y a au bout. Ce qui vaut, ce qui restera n’est pas le nombre de cols de haute altitude que nous passerons vivants. N’est pas l’emplacement où nous finirons par planter notre oriflamme, au milieu d’un champ de neige ou au sommet d’un dernier pic dont on ne pourra plus jamais redescendre. N’est plus de savoir combien de kilomètres en amont du drapeau de nos parents nous nous écroulerons ! Je m’en fiche ! Ce qui restera est une certaine qualité d’amitié, architecturée par l’estime. Et brodée des quelques rires, des quelques éclats de courage ou de génie qu’on aura su s’offrir les uns aux autres. Pour tout ça, les filles et les gars, je vous dis merci. Merci. » (p. 136)

Malgré tout, même ces membres de la Horde ne sont pas faits d’un seul bloc, car ils portent aussi des désirs et des idéaux (mineurs) incompatibles avec le contre. Les binômes et les couples en particulier conçoivent des relations, des désirs et donc des projets indépendants de la quête, et qui l’affaiblissent. Contrairement à l’amour indifférencié de π Pietro, leurs sentiments individuels peuvent menacer la cohésion du groupe : le souhait d’une vie tranquille, à l’abri, loin des commandements tyranniques de Ω Golgoth, de la promiscuité et de la violence du vent, par exemple. Parmi ces aspirations, l’une des plus importantes est le désir d’enfant, d’un enfant que l’on n’abandonnerait pas en aval pour continuer soi-même à marcher comme le firent, par le passé, ‹› Aoi et ~ Callirhoé.[13] Pour Ω Golgoth, l’idée a du mal à passer.

« Dans l’esprit si singulier du Goth, vouloir un enfant trahissait un manque de confiance dans sa horde. Ne pouvait en désirer que celles[14] qui n’avaient plus foi dans notre capacité à être la première Horde qui atteindrait l’Extrême-Amont. L’enfant, il ne pouvait le concevoir que d’une seule façon : comme une délégation d’espoir, en quelque sorte, vers la Horde suivante — ce qui lui semblait inacceptable. Qu’il pût y avoir d’autres raisons d’en désirer un lui échappait totalement. » (p. 159)

Dans La Horde du Contrevent, le sentiment amoureux (cette « Joie qu’accompagne l’idée d’une cause extérieure »[xvi]) provoque souvent une dissonance entre le désir commun (ou désir-maître) et celui des personnages. Le récit et la quête déroulent leur ligne continue vers l’Extrême-Amont ; tomber amoureux à l’intérieur du groupe est possible (les relations fortes architecturent la Horde), mais le faire en dehors condamne à renoncer soit à l’être aimé soit à la quête, donc au récit. C’est l’apprentissage douloureux que fera ) Sov au chapitre VII en devant rompre sa brève idylle avec Nouchka.[15]

Il faut dire que le « désir maître », celui de Ω Golgoth qui est aussi celui de la horde entière, n’est pas sujet à discussion. Pour le traceur, la motivation relative des couples et des plus faibles n’est pas tolérable. Il impose sa route aux autres (toujours en Trace directe), parfois violemment comme lors de la traversée de la flaque de Lapsane où il sacrifie sciemment plusieurs membres de la horde pour gagner du temps. Les vents de révolte qui soufflent dans les rangs de la roture hordière – le Pack – et spécialement chez les femmes fréquemment humiliées par un traceur ouvertement misogyne, n’entament pas sa détermination, lui qui n’aime sa Horde qu’à l’aune de son efficacité à contrer. C’est pourquoi il ne tolère aucune scission, et ne comprend pas qu’on puisse vouloir autre chose que marcher vers l’Amont.

A sa suite, le roman honorera toujours plus ceux qui meurent au combat que ceux qui tournent, littéralement, le dos à l’objectif commun. Malgré les « On t’aime maman ! » (p. 129)  jetés à (∙) Alme qui, en compagnie de ∂ Silamphre et <> Aoi, s’en retourne vers Camp Bóban, leurs souvenirs cesseront d’être évoqués dès qu’on les perdra de vue.[16] Ils renoncent pour assouvir leur volonté propre en contradiction avec celle du collectif. Nombreux sont ceux qui se bercent d’un projet de sédentarisation, mais ceux qui y cèdent dans Norska, le font lorsque le seul choix semble être la vie ou la mort violente. Ils choisissent un devenir plutôt que le sacrifice à la quête comme à un idéal supérieur.

Camp Bóban est le lieu de toutes les hésitations et de tous les questionnements. C’est le bout du monde connu, là où sont arrivés les parents – là aussi ou Alain Damasio donne le plus la parole à la multitude, et à son bouillonnement d’hésitations. Finalement, l’intransigeance de Ω Golgoth s’avère payante puisqu’elle permet à la Horde d’arriver littéralement au bout du monde.

Or, si la force du groupe vient de son unité qui rattrape ceux qui flanchent et soutient (parfois brutalement) les moments de désespoir, ces liens sont soumis à la rudesse d’une épreuve qui arrive parfois à les rompre. Au sein du collectif, chacun trouve d’abord en lui-même l’impérieuse raison qui le pousse d’Aval en Amont. Ces propres freins aussi. Logiquement, l’épreuve ultime est donc strictement relative à chacun. Dans l’univers du roman, on l’appelle…

La neuvième forme du vent

Filant son allégorie sur la totalité du roman, fond et forme mêlés, Alain Damasio recourt une nouvelle fois à un concept aérologique pour évoquer l’épreuve ultime. Cette épreuve qui fait qu’une fois tout proche du but, après une vie entière passée à le poursuivre, on n’est pas à la hauteur, on abandonne. Au vif, huitième forme du vent et substantifique mouvement intérieur conçu par la puissance de vitalité, répond la neuvième forme qui frappera chacun avant le terme. X Oroshi :

« [La neuvième forme du vent] est ce que vous avez fui, et conjuré, à force d’énergie et de combats, votre vie durant. […] Plus simplement une forme puissante de la fatigue. […] Un découragement passager par exemple, une perte de confiance, un banal besoin de confort affectif ou de stabilité sentimentale, un appel au repos, récurrent… Elle a parfois pris le masque d’une paresse de pensée, d’un manque de curiosité, elle a pu se traduire par un refus de l’inconnu ou la peur de changer, le fait de privilégier une habitude, vouloir être tranquille d’avance […]. Disons les facilités innombrables de l’humain qui n’est pas à la hauteur de ce qu’il peut. […] En termes aérologique, j’appelle ça l’essoufflement. » (p. 39)

X Oroshi tient sa connaissance de son statut d’aéromaîtresse, et ) Sov en dévoile une autre facette dans un bloc de la Tour d’Ær qui évoque la neuvième forme.

«  — 9e forme ≠ lamort. 9e = mortdanslavie = forcesintimes qui minent cohésion de chaqueêtre. Meilleurterme serait entropie, mais exomorphose leplusjuste, qui signifie : mourir = transformer ou sortirdeforme. Quoique la 9e soit ventvif demêmeque la 8e, la 9e contribue mort en accélérant exomorphose. 9e éclate-disperse ; 8e contient-unit-organise. » (p. 193)

D’abord et avant tout, la neuvième forme du vent est donc un processus physique, une transformation qui « éclate-disperse » c’est-à-dire agit vers l’extérieur (comme le définit le préfixe « exo- » du terme « exomorphose »). Et si l’on parle de transformation (« -morphose »), c’est parce qu’elle agit directement sur le vivant, le ralentissant, déliant ce qu’il lie par le vif, et risquant donc de provoquer la mort. Si le vif est la partie la plus vivante en chacun, la neuvième lui amène un vieillissement, un ralentissement, une inertie ou une fatigue qui l’influence. La neuvième est la gravité conjuguée aux frottements de l’air, qui infléchissent la course d’un projectile vers le sol.

On pourrait trouver paradoxal que l’ultime forme du mouvement, la neuvième, tende vers la fixité. Et pourtant la genèse de La Horde au tout début du roman nous a bien appris que le monde et la vie étaient issus d’un ralentissement, eux-aussi. Lorsque le purvent s’est déchiré, sa vitesse pure et insaisissable s’est ralentie, créant des remous. Souvenons-nous que la vie n’est rendue possible que par ces premiers ralentissements. Ce qui la rend possible la menace du même coup, et c’est cette instabilité que combattent des personnages comme ¿’ Caracole (en fait tous les hordiers) en maintenant aussi vif que possible leur mouvement intérieur pour éviter la dissolution. Ils évoluent en équilibre entre vitesse et fixité.

Pour les hordiers, la neuvième forme du vent n’est donc pas la mort, mais elle peut y mener en ligne droite. Lorsqu’il en parle dans la tour d’Ær, ¿’ Caracole apporte un élément supplémentaire pour conjurer cette neuvième, en citant à nouveau les trois métamorphoses d’Ainsi parlait Zarathoustra.

« — Ces trois métamorphoses peuvent être les étapes d’une vie, d’un amour, d’une quête — mais tout aussi bien coexister en toi en ce moment même, à différentes vitesses et proportions, en couches fondues. La neuvième forme tue à coup sûr le chameau. Elle blesse à mort le lion. Mais l’enfant que tu sauras peut-être devenir pourrait lui survivre.  Penses-y quand tu seras sur le bord du monde, en Extrême-Amont. Penses-y quand ils seront tous morts et que tu resteras debout, seul sur l’alpage avec le ciel nu devant toi. » (p. 188)

Bien que cette déclaration sinistre reste obscure pour ) Sov, ¿’ Caracole dévoile ici l’avenir de son ami.[17] Sa vision prévient le scribe que pour surmonter l’horreur de la solitude qui « s’avancera entière, massive » (p. 188) et donc après la mort des autres,[18] il ne devra sa survie qu’à sa propre capacité à inventer ses raisons de vivre. Il deviendra ainsi l’enfant créateur. ¿’ Caracole le disait déjà tel quel au chapitre XIII. La tour d’Ær.

« Tu affronteras en Extrême-Amont la solitude totale. Il te faudra inventer le sens de ta vie sans nous. Une terre sous tes pas. » (p.253)

La réponse à « l’exomorphose » propre à dissoudre la volonté de celui qui doit (le chameau) et de celui qui veut (le lion), c’est la faculté de créer la suite à partir de soi, et uniquement à partir de soi (l’enfant). Le cas de ) Sov est très parlant, lui dont la neuvième forme est la solitude puisqu’il ne vivait que par et pour les autres jusqu’ici.[19] Son arrivée au bout, et les semaines de survie qu’il endure après la mort de ses derniers amis, illustrent bien le fait qu’il doit puiser en lui-même la force de continuer à vivre.

Toutes les autres neuvièmes formes auxquelles le roman donne à assister se terminent mal pour les hordiers concernés. Ils sont quatre à accomplir la dernière métamorphose : ) Sov, X Oroshi, Ω Golgoth et ∞ Horst. Mais celle-ci tourne mal pour l’aéromaîtresse et le traceur.

L’exception notable est celle de ∞ Horst Dubka. Après la mort de son frère jumeau, ∞ Karst (pétrifié dans les glaces du siphon Lapsane), il devient l’ombre de lui-même et continue à obéir par devoir ou par habitude. Mais lorsque le volcan Krafla le clone à l’identique, il se montre capable de surmonter sa perte en reconnaissant son jumeau dans une copie de lui-même ! ∞ Horst devient « enfant créateur » en recréant le centre de sa vie, c’est-à-dire son frère. Les ∞ Dubka sont parmi les personnages les plus positifs de la Horde, même si l’amour exclusif de l’un pour l’autre les rend difficiles d’accès aux autres. C’est cet amour qui les sauve de l’Extrême-Amont, et leur permet de redevenir des enfants au sens nietzschéen : « l’enfant est innocence et oubli, un recommencement, un jeu, une roue roulant d’elle-même, un premier mouvement, un « oui » sacré. »[xvii] Bien que ) Sov ait du mal à comprendre comment les jumeaux peuvent oublier si vite leur vie passée et leurs amis, ces derniers confirment les mots que ¿’ Caracole prononçait plus tôt dans le roman : « Rappelle-toi que l’oubli est la seule force vraiment active. Pas la mémoire : l’oubli ! » (p. 187) Pour inventer leur vie d’enfants créateurs au-delà de la neuvième forme du vent, les jumeaux oublient le reste. Pour eux qui s’égaient avec les chevents à la fin du roman, l’Extrême-Amont est sans doute le plus doux.

Ce n’est pas le cas de ∆ Erg qui s’entretue avec son double au même endroit où ∞ Horst se fait dupliquer. Sa méfiance instinctive et ses réflexes guerriers le poussent à attaquer son clone au lieu de l’aimer comme un frère. Ne pouvant réussir cette lutte intime qui lui demanderait, pour se surpasser lui-même, de réinventer entièrement les modes de combat qui définissent son identité, il en arrive à l’autodestruction.

De même π Pietro n’arrive pas à dépasser sa neuvième forme, lui qui verra mourir presque toute sa horde et Ω Golgoth en particulier. Incapable de se résigner à n’avoir pas pu secourir les siens, le prince qui était déjà tombé dans une dépression sévère rejoint le traceur dans la mort en Extrême-Amont.

« Vaincre la neuvième forme pour Pietro aurait consisté à surmonter une troisième fois sa honte de rester en vie quand Golgoth risquait si lumineusement la sienne ; elle impliquait une vilenie et une lâcheté que la construction longue de son être était inapte à couvrir, encore moins à incarner. Il ne voulut pas accepter cette corruption finale — et devant ce choix, il n’y a pas à discuter, juste à saluer. Et se taire. » (p. 14)

Pourtant, Ω Golgoth réussit sa troisième métamorphose. Au sens strict, il se montre capable de créer « une terre sous [ses] pas » (p. 187), et avance dans le ciel en carbonisant son énergie vitale, en fusionnant son vif avec celui de son frère, en expulsant un puissant néphèsh plutôt que d’admettre une fin au monde, à sa quête, et donc à sa raison de vivre.

« — DONNEZ-MOI DE LA TERRE… DONNEZ-MOI DE LA TERRE À CONTRER ! » (p. 15)

 On l’a vu : Ω Golgoth est le pur lion nietzschéen : il veut, profondément. Certes, son arrivée en Extrême-Amont finit par lui coûter la vie, mais après qu’il ait « excarn[é] » (p. 15) de lui-même sa propre « grève de la fin » (p. 16). Il fusionne les énergies opposées de son vif et de celui de son frère pour créer la suite de sa trace, pour « affirmer le passage, pour assurer la poursuite » (p. 12). Il devient enfant nietzschéen à cet instant en abdiquant la volonté et le devoir pour passer dans la création pure : « je pense surtout qu’il s’offrit ce luxe extrême d’une dernière Trace qu’il ne voulait plus devoir à quiconque » (p. 14). En essayant de poursuivre la Traceuse qu’il voit avancer devant lui, Ω Golgoth la créé effectivement, jusqu’à la rendre visible et audible aux hordiers médusés qui assistent à la scène depuis la falaise.

« Insensiblement et ligne après ligne, par le trapèze de fonte bordé des quatre roues pleines, par la pyramide évidée et soudée au châssis, par les pales enfin de l’éolienne de trois mètres d’envergure boulonnée au sommet, l’armature d’une traceuse se dissocia du mur azuré, à deux encablures en avant de Golgoth. Tandis que j’assimilais le mirage, j’entendis le véhicule distinctement grincer, prenant un mètre de plus sur le Goth. L’apparition, encore approximative et chancelante, gainée de flou, se précisa alors avec une exactitude solide. Des grains de rouille piquetèrent les hélices. Le montant droit, cintré par une chute, se déforma sans équivoque. L’acier du trapèze brilla sur les zones que le sable avait dû décaper. — Se précisa jusqu’à la clarté intacte des sons qui croassaient de cette traceuse métallique hors d’âge, lourde comme on en forgeait trente ans auparavant, à l’époque… Oui, à l’époque où Golgoth affronta la Strace qui le consacra. » (p. 12)

Cette création, nourrie à même sa force vitale et basée sur une volonté sans objet (où aller ?), est de toute façon une impasse. Le monde s’arrête là. En l’accomplissant, Ω Golgoth devient le second membre de la horde à devenir enfant après les jumeaux. Il sera suivi par X Oroshi, puis ) Sov.

L’aéromaîtresse est la troisième à accomplir la dernière métamorphose, conclusion de sa propre quête personnelle : celle de la connaissance.[20] A la fin du roman, X Oroshi conçoit un enfant « hybride » d’elle, ¿’ Caracole et ) Sov, assumant devant celui-ci les raisons de son choix (avec l’esprit rationnel qu’on lui connaît) :

« — J’ai voulu aller au bout de ma quête. Comprendre de l’intérieur ce qu’est le vent… » (p. 45)

L’enfantement est la voie choisie par X Oroshi pour accomplir son ultime transformation ; elle utilise la matière de son corps pour porter, enfanter et nourrir le demi-charachrone en recherche de stabilisation. Elle se fait créatrice, de son plein gré, d’une forme de vie unique destinée à lui succéder.[21] Elle paie de sa vie mais le fait dans une volonté de transmission, contrairement au traceur.

Tous les hordiers qui surpassent leur neuvième forme le font en puisant dans leurs propres ressources : ses vifs et sa hargne pour Ω Golgoth ; sa force d’enfantement pour X Oroshi ; l’amour de son frère pour ∞ Horst ; celui de la Horde pour ) Sov. Pour surpasser l’effet d’essoufflement qui agit sur lui, chacun doit faire son deuil de la transcendance et puiser dans une puissance strictement immanente – c’est-à-dire une force déjà présente en lui-même. Ainsi ) Sov trouve en lui-même la capacité d’avancer lorsqu’il devient le dernier survivant de sa horde décimée.

« Je ne m’en sortis pas en les oubliant. Je ne vainquis pas ma solitude en m’égorecentrant pour aller puiser d’un noyau hypothétique, qui me fût propre, l’envie personnelle de continuer à exister. Mon corps ne surmonta pas la neuvième forme en se tranchant, au pli de mes poignets, la myriade de mains qui caressaient, qui serraient encore ces rameaux d’autres poussées dans la Horde, et les nuques, les épaules, les ventres et les visages, ce fut profondément le contraire : je m’en sortis à la force du nœud, à la corde à mémoire, par la fureur interne d’une restitution perpétuelle de tout ce qui restait vivant d’eux en moi et que j’avais su conserver dans la plénitude de leur déroulé. […] Ces réminiscences, c’était comme des nappes d’amour piégées dans l’épaisseur de mon corps souvenant. […] Je m’en sortis parce que je compris, du cœur de mon effondrement, que toute la Horde n’était encore debout sur la lande que par ma faculté active à la faire vivre. La solitude n’existe pas. Nul n’a jamais été seul pour naître. La solitude est cette ombre que projette la fatigue du lien chez qui ne parvient plus à avancer peuplé de ceux qu’il a aimés, qu’importe ce qui lui a été rendu. Alors j’ai avancé peuplé, avec ma horde aux boyaux, les vifs à un pas et une certitude : l’écroulement de toutes les structures qui m’avaient porté  jusqu’ici  — la  recherche  de  l’origine  du  vent,  les  neuf  formes, l’Extrême-Amont, les valeurs et les codes de ma Horde — ne m’enlevait pas, ne pourrait jamais m’arracher, pas même par leur mort, ce qui ne dépendait, authentiquement, que de moi : l’amour enfantin qui me nouait à eux. » (p. 5)[22]

Les enseignements de X Oroshi et ¿’ Caracole n’ont pas été vains. Grâce à eux ) Sov, l’accro au lien, réussit à tenir suffisamment longtemps pour honorer sa promesse à π Pietro (aller jusqu’au bout, nord et sud, pour vérifier qu’il n’y a pas d’autre chemin vers l’amont), commencer à élever son enfant, et espérer un retour à Camp Bobán pour retrouver ses parents et ses camarades survivants. Privé de ses compagnons, il survit par les liens qui l’unissent à eux… sans eux. Et ce alors même qu’il s’en croyait totalement incapable quelques années auparavant, comme il s’en faisait la remarque au chapitre XIV. Véramorphe.

« Comment imaginer survivre à Oroshi, de lui survivre à lui, Caracole ? « Tu te feras tes propres blagues ! » me répondait-il. […] Quel sens, sans eux ? La Horde était, dans la sobre extension de ces mots, « tout ce que j’avais ». Je ne possédais rien de plus. Pas même un monde intérieur digne d’autarcie tant j’avais été dès l’enfance structuré du dedans par la discipline du collectif. » (p. 182)

Lorsqu’il erre en Extrême-Amont en songeant au retour (comment re-passer Norska, seul, vent dans le dos et sans matériel ?), il aperçoit un « objet inimaginable » (p. 4) suspendu dans le vide au-dessus des nuages…

Il s’imagine alors qu’une civilisation inconnue (« extra-humaine et supérieure à la nôtre » (p. 3)) vit en bas de la falaise et y prospère. C’est alors qu’il abandonne les espoirs de retour, et décide d’aller de l’avant, de descendre. Privé de toute quête, ) Sov réussit l’exploit de se créer une nouvelle raison de vivre, ô combien incertaine, dans l’espoir de créer un lien entre sa civilisation et celle qu’il imagine en contrebas – et paradoxalement il le fait parce qu’il ne s’est toujours pas totalement affranchi de ses espoirs transcendantaux. En effet, le scribe solitaire qui réfléchit alors à toute vitesse, à le réflexe d’imaginer une forme de paradis où vivrait cette autre civilisation.

« En un éclair me parcourut l’intuition d’un monde prospérant au pied de la falaise. Je n’imaginai même pas de sol réel mais je vis — dans une percée — un univers suspendu dans les airs, une flore immense et flottante, poussant en grappes sur un terreau riche de nuages, se pollinisant sans insectes, par le vent. […] dessous proliférait un cosmos végétal — en quelque sorte le fameux jardin des Origines de Steppe, à ceci qu’il puisait dans un humus de rafales fertiles, qui était la vraie source du Vivant. » (p. 3)

Evidemment, ) Sov se trompe puisque ses attentes seront déçues par le retour à la case départ.[23] Pourtant, c’est ce sursaut d’espoir en quelque-chose de supérieur au monde qui lui donne la volonté et la force nécessaire pour tenter quelque-chose de totalement inconscient. « J’allais répondre, oui, j’allais assurer la jonction ! » (p. 3)

L’objet en question, celui qui déclenche cette envie de descendre plutôt que de repartir vers une mort certaine en Norska, reste mystérieux. ) Sov y voit d’abord une grappe de ballons, pense à des méduses, puis conclut à une forme végétale peut-être issue d’un chrone (ils pullulent en Extrême Amont) – ou d’un segment du futur réactivé par un « fragtemps »[24]. Cette forme végétale, quoiqu’il en soit, est pourtant pourvue d’un câble métallique entrelacé qui plonge vers les nuages. Quelque-part en contrebas, un petit cylindre de métal y est fixé, qui contient une tablette où sont représentés « un oiseau, ailes écartées ; […] un nuage ou alors une méduse ; […] le soleil, ou la lune, ou un ballon. Le tout était naïf et inconsistant. » (p. 2) Qu’en conclure ? Le cycle ascendant oiseau / nuage / soleil est-il une autre représentation des Trois métamorphoses ? Le style naïf fait-il écho aux dessins d’enfants comme celui que ) Sov a su redevenir ? Faut-il rester prosaïque et penser simplement à une tentative des ærudits d’Aberlaas de sonder la falaise des Confins comme l’on envoie des messages dans l’espace, à destination d’hypothétiques destinataires[25] ? Ce ballon végétal est-il un ustensile d’airpailleur égaré loin de son point d’ancrage originel (mais alors pourquoi le câble est-il si long) ?[26] La symbolique du câble rappelle, quoiqu’il en soit, à la fois le lien aux autres tellement vital pour ) Sov, le lien à cette civilisation qu’il imagine, le lien ténu qui le raccroche à la vie, et « le cordon ombilical » (p. 2) qui l’amène en ligne droite, à la renaissance.

*

Retour au sommaire

*

Vos retours et commentaires seraient appréciés. Et si d’aventure le livre vous plaît vous pouvez soutenir la démarche en l’achetant (livraison après crise) ou en faisant un don sur Tipeee.

~ Antoine St. Epondyle

[1] « Par Joie j’entendrai donc, par la suite, une passion par laquelle
l’âme passe à une perfection plus grande. Par Tristesse, une passion par laquelle elle passe à une perfection moindre. »
(Baruch Spinoza, Ethique,  II, 1677.)

[2] « Par perfection et réalité, j’entends la même chose. » (Baruch Spinoza, Ethique,  II, 1677.)

[3] Dictamen : sentiment intérieur.

[4] Les Furtifs vont encore plus loin. Le roman met en scène l’enquête des personnages qui cherchent à décrypter le langage furtif avant de comprendre que c’est aussi à eux d’inventer le sens de cette langue, et de s’inventer furtifs eux-mêmes en développant de nouvelles perceptions et modes de communication à mesure qu’ils s’ouvrent aux furtifs, donc au monde. Dans La Zone du Dehors le schéma était plus classique, où les personnages découvraient des vérités cachées dans un schéma de dissimulation / révélation, mais n’inventaient pas réellement une façon de voir à mesure qu’ils voyaient. Créer la communauté in La croisée des souffles, La Horde du Contrevent d’Alain Damasio, Stéphane Martin & Colin Pahlish, Archipel Essais volume 18, Maison d’Ailleurs, Lausanne, 2013.

[5]  Quelques éléments de contexte pour replacer le concept de Dieu à l’époque de Spinoza : « Lorsqu’on accuse quelqu’un d’athéisme au XVIIe siècle, on ne lui attribue pas une position théorique. Un athée désigne un être sans foi ni loi qui peut mentir, voler, violer, tuer à tout moment, parce que rien selon lui ne garantit le caractère absolu des commandements moraux les plus élémentaires. […] Admettons un moment qu’un athée nie l’existence de Dieu. La seule explication que Spinoza y voit c’est que cette personne ne connaît pas le sens technique, le sens philosophique du mot Dieu. Car en métaphysique, ce terme désigne une évidence qui sans lui n’aurait pas de nom : c’est le principe absolu de l’existence. […] La question de savoir si Dieu existe ou pas se trouve donc entièrement vidée de signification, puisqu’on ne peut pas séparer le verbe et le nom : [Dieu] et [exister] sont deux termes qui signifient la même chose, même s’ils n’ont pas la même syntaxe.
De plus, comme l’évidence de Dieu s’impose à tous ceux qui existent, la question de savoir
si l’on y croit ou pas perd entièrement de son sens. ‘Si nous avons une connaissance de Dieu telle que nous avons du triangle, écrit Spinoza avec assurance, alors tout doute est levé.’ Cela ne veut pas dire que nous y croyons tous, mais que nul n’a jamais eu besoin d’y croire – il suffit d’exister. Ainsi, Dieu n’est pas un objet de foi mais un concept métaphysique très simple, et ceux qui le pensent indémontrable ne savent tout simplement pas ce que c’est.
Bien sûr, plusieurs fonctions ou qualités couramment attribués à Dieu deviennent absurdes. On devra admettre qu’il n’y a pas de Créateur de l’univers ; que les textes considérés comme des Révélations divines ont été écrits par des humains ; qu’aucune Puissance ne fixe l’itinéraire de votre vie ni n’en juge le bilan après votre mort ; qu’aucun Être n’oriente ni ne contrarie les phénomènes de la nature pour se manifester à nous ; que les Rituels sacrés et les Prières ne concernent personne d’autre que les humains. En somme, Dieu n’est ni une puissance en dehors de l’univers, ni un maître des signes antérieurs à nos codes, rien en un mot que l’on puisse considérer comme transcendant, c’est-à-dire comme extérieur à la nature. »
Maxime Rovère, Le clan Spinoza, Flammarion, 2017.

[6] Selon sa célèbre formule : « On ne sait pas ce que peut le corps. » Baruch Spinoza, Ethique,  III, 1677.

[7] « Pour parler par image, c’est l’expérience du sanglier racleur, arpenteur terrien de la forêt, contre cet idéal scopique de l’aigle qui vole tellement haut qu’il ne peut lire le sol qu’en deux dimensions – et qui prétend pourtant connaitre tous les chemins. » Writing in the Wind, Entretien avec Alain Damasio, propos recueillis par Mathieu Potte-Bonneville, Europe n°996, avril 2012. On retrouve dans cette citation de l’auteur la dualité entre les oiseleurs de la Horde : le faucon contre l’autour : deux rapports au monde et au vent : l’un de haute altitude, l’autre au ras du sol. Lire le chapitre III. L’origine du monde.

[8]Körperausschaltung ») Sloterdijk attribue la paternité du concept à Paul Alsberg.

[9] « Sloterdijk propose quatre mécanismes nécessaire à l’hominisation : 1) Le mécanisme de l’insulation, 2) le mécanisme de la suppression des corps, 3) le mécanisme de la pédomorphose ou de la néotonie, c’est-à-dire de l’infantilisation, et 4) le mécanisme de la transposition. » La Domestication de l’Être, Peter Sloterdijk, éditions Mille et une nuits, 2000.

[10] Le « technococon » est un terme phare d’Alain Damasio, qu’il définit comme l’avatar technologique d’une « hyper-insulation ».

[11] Attention à ne pas confondre cet « évitement » ou « fuite » de la réalité par une trop forte présence de l’environnement technicisé, et la « fuite » deleuzienne telle que pratiquée par la Horde : une déterritorialisation constante, géographique (action de contrer) et mentale (réinvention permanente, reconfiguration des rôles) dont nous parlions précédemment.

[12] Ceci étant, la position de Ω Golgoth tient de la dialectique du maître et de l’esclave de Hegel, car le traceur est lui-même prisonnier de son rôle et dépendant du travail de ses hordiers. Eux se reposent sur lui pour tirer le groupe en avant, pour remotiver les troupes en cas de coup dur, lui interdisant tout relâchement ou moment de faiblesse. Lors de son (unique) accident dans Norska, l’inconscience du Goth pendant quelques heures provoque plusieurs abandons (les seuls de tout le récit) et la désorganisation relative du groupe – habitué à se reposer sur lui. (Phénoménologie de l’esprit, Georg Wilhelm Friedrich Hegel, 1807.)

[13] « La vérité crue, c’est que je l’oublie. Son visage se troue. » (p. 357)

[14] « Celles », car le Traceur et sa misogynie proverbiale n’imaginent pas non plus qu’un homme puisse vouloir devenir père.

[15] Incapable de renoncer si tôt à la quête, il se résignera à vivre l’instant présent, la mort dans l’âme, pour ne pas penser à la séparation inévitable du lendemain. Sa conclusion « Demain était annulé – jusqu’à nouvel ordre. » (p. 344) est un clin d’œil au slogan de mai 68 « A cause de l’indifférence générale, demain est annulé ».

[16] C’est logique : leurs vifs restent en eux, et bifurquent vers l’Aval. Le vif des morts reste présent au cœur de la Horde et continue donc à l’inspirer.

[17] Cette vérité, le scribe l’avait déjà pressentie après le premier Furvent du roman, lui dont le glyphe « ) » ferme la parenthèse de sa vie avec la horde tout en représentant graphiquement cette « sensation d’homme debout, de lame de chair, encore droite sur ce monde horizontalisé, devant ce champ de bataille sans riposte ni ennemi » (p. 481)… et sans plus d’ami non plus.

[18] Pour être précis, le troubadour dit « …lorsqu’ils seront tous morts… ». Lui qui semble connaître le futur et ne se trompe jamais dans ses prédictions, lui n’évoque pas sa propre mort – mais sait quand même qu’il n’arrivera pas au bout. Simple effet de style du troubadour, ou préscience d’un retour dans le tome 2 de La Horde du Contrevent (à paraître) ?

[19] ) Sov est entièrement dédié aux autres, sa fiche de personnage rédigée pour l’écriture du roman nous le confirme sans ambiguïté. On y apprend que son mode de perception du monde passe par le corps et l’ouïe, et lui permet de percevoir « les schèmes abstraits, les liens qui unissent les choses et les êtres ». Il porte tout ce qu’il possède, pour ne pas charger les crocs (jusqu’à apprendre par cœur son bréviaire de scribe et l’abandonner sur la route). Il joue un tel rôle de liant dans le groupe que ¿’ Caracole lui dira un jour « tu n’es pas scribe, tu es relieur » (réplique supprimée de l’édition finale de La Horde).

[20] ) Sov dira « curiosité terrifiante » (p.44).

[21] La manœuvre est clairement faite à l’insu de ) Sov, comme le dévoile le dialogue tendu de la page 44. L’histoire ne dit pas si ¿’ Caracole était au courant.

[22] Cette idée de l’identité comme une matière fluctuante dénuée d’un « noyau », point de passage d’une multitude de liens et de flux qui traversent, érodent et sculptent, d’où émerge « par endroit, par moments » un « être qui dit “je” » rappelle la conception de l’individualité telle qu’elle a pu déjà être brossée par Alain Damasio dans La Zone du Dehors. Il démontre ici plus qu’il n’explique sa conception de l’individu, ) Sov, à l’identité contenue et définie par son lien aux autres. (Lire L’insurrection qui vient, Comité Invisible. Editions La Fabrique, 2007, pp. 15 – 16.)

[23] Quoiqu’on puisse considérer qu’il ne se trompe qu’en partie. Aberlaas n’est pas le mythique « jardin des origines » mais c’est bien la source de la vie organisée, de la civilisation humaine, et la source surtout de sa propre vie puisque ) Sov en est originaire.

[24] Un fragtemps est un chrone qui agit sur le temps. C’est à ce type de phénomène que l’on doit l’apparition de la tour Fontaine, comme nous l’apprend X Oroshi à la page 311.

[25] Cette hypothèse évoque les plaques de Pioneer, envoyées dans l’espace rivées aux sondes Pioneer 10 et 11 par la NASA à destination d’éventuelles intelligences extraterrestre entre 1972 et 1973. Dans cette hypothèse, les ærudits d’Aberlaas feraient alors l’hypothèse symétrique à celle de ) Sov qu’une civilisation pourrait exister en Extrême-Aval au-delà des Confins.

[26] On peut en réalité imaginer bien des choses à propos de ce câble et du message en bouteille qui y et accroché. Serait-ce un filin accroché par le sixième Golgoth (où quelqu’un de sa horde) après leur arrivée en Extrême-Amont ? Et alors, ce personnage survit-il encore à Aberlaas ? Après trois générations rien n’est moins sûr. A moins que le message ne dise quelque-chose comme « ça y est, tu es arrivé à la dernière métamorphose » à un  Sov qui comprendrait alors que l’Hordre d’Aberlaas connaissait la fin depuis le début. Dans ce cas, les hordes seraient moins une entreprise d’exploration du monde qu’une gigantesque fabrique du posthumain, destinée à sélectionner l’enfant qu’à su devenir ) Sov ? A quelles fins ? L’interprétation reste ouverte.

*

[i] Créer la communauté in La croisée des souffles, La Horde du Contrevent d’Alain Damasio, Stéphane Martin & Colin Pahlish, Archipel Essais volume 18, Maison d’Ailleurs, Lausanne, 2013.

[ii] La liberté contre vents et marées, Jacques Darriulat, Philosophie Magazine Hors-Série n°29 : Spinoza, voir le monde autrement, 2016.

[iii] La liberté contre vents et marées, Jacques Darriulat, Philosophie Magazine Hors-Série n°29 : Spinoza, voir le monde autrement, 2016.

[iv] La liberté contre vents et marées, Jacques Darriulat, Philosophie Magazine Hors-Série n°29 : Spinoza, voir le monde autrement, 2016.

[v] La distinction entre pouvoir et puissance est un concept typiquement spinoziste développé par Alain Damasio dans son intervention à TedxParis le 5 octobre 2014 : Très humain plutôt que transhumain. http://www.tedxparis.com/tres-humain-plutot-que-transhumain

[vi] La Domestication de l’Être, Peter Sloterdijk, éditions Mille et une nuits, 2000.

[vii] La Domestication de l’Être, Peter Sloterdijk, éditions Mille et une nuits, 2000.

[viii] Être ou ne pas être artificiel ? Conférence avec Alain Damasio. Rencontre organisée le 18 octobre 2017 dans le cadre du Festival Court Métrange à Rennes. Rencontre animée par Antoine Mottier.

[ix] Le système technicien, Jacques Ellul, éditions Calmann-Lévy, 1977.

[x] La Domestication de l’Être, Peter Sloterdijk, éditions Mille et une nuits, 2000.

[xi] La Domestication de l’Être, Peter Sloterdijk, éditions Mille et une nuits, 2000.

[xii] Baruch Spinoza, Ethique,  IV, 1677.

[xiii] La Horde du Contrevent d’Alain Damasio : une apologie du vivant, du mouvement et de la créativité, Grégory Mion, Stalker le blog érudit et polémique de Juan Asensio http://www.juanasensio.com.

[xiv] La Horde du Contrevent d’Alain Damasio : une apologie du vivant, du mouvement et de la créativité, Grégory Mion, Stalker le blog érudit et polémique de Juan Asensio http://www.juanasensio.com.

[xv] Capitalisme, désirs et servitude – Marx et Spinoza, Frédéric Lordon, éditions La Fabrique, 2010.

[xvi] Baruch Spinoza, Ethique,  III, 1677.

[xvii] Ainsi parlait Zarathoustra, Friedrich Nietzsche, 1883 – 1885.

*

Vos retours et commentaires seraient appréciés. Et si d’aventure le livre vous plaît vous pouvez soutenir la démarche en l’achetant (livraison après crise) ou en faisant un don sur Tipeee.

Laissez un commentaire ici plutôt que sur Facebook.