Cosmo [†] Orbüs

Festival molotov

Film Noir: Gun, par ~hechan

[« C’est du Gucci, c’est du goût d’chiottes,
C’est le syndrome de nos époques,
C’est du Chanel, c’est du Dolce,
Tu fais la belle et ça te plaît. »
– Damien Saez]

On dira ce qu’on voudra, le calendrier médiatique est bon. A peine une semaine après l’élection présidentielle sera lancée la saison des festivals et, accompagnant l’arrivée des beaux jours le plus grotesquement et copieusement médiatisé de tous : le Festival de Cannes. L’occasion pour le cinéphile qui sommeille en chacun de nous d’avaler sa langue et de s’étouffer avec pour calmer les pulsions génocidaires engendrées par le rabâchage publicitaire autour de ce non-évènement absolu.

En admettant que les quelques centaines de peoples plus ou moins haut-de-gamme, de journalistes plus ou moins valables et de parasites en tous genres constituent un public festivalier normal, il serait difficile de lui contester le droit de se retrouver une fois par an pour fêter le cinéma. Je ne lui conteste d’ailleurs pas, même si la composition du public concerné me fait doucement vomir.

Que le public de Rock en Seine, du Festival de Deauville, du Hellfest et de tous les festivals estivaux apprécient de passer quelques jours immergés dans une ambiance tissée de leur passion autour d’un type de musique ou de cinéma, c’est tout à fait normal. Et qu’il en soit de même pour les participants au Festival de Cannes également bien sûr. Mais alors pourquoi les nouvelles dudit festival sont-elles à ce point disproportionnées par rapport aux autres ? Pourquoi ne se contente-t-on pas de parler de la sélection et des lauréats de la compétition, tout en laissant à la minorité concernée son plaisir  -compréhensible- de voir des films en avant première ?

Non, les foules crédules et asservies que nous sommes sont supposées s’intéresser à « la montée des marches », aux exactions de je ne sais quels peoples abjects dans leurs soirées mondaines, à la robe absconse et à la coiffure risible de telle ou telle starlette, et à mille autres non-sujets d’intérêt au sein desquels information et critique cinématographiques sont réduits à néant. Combien vomitive me semble cette dérive sous couvert de fête du septième art. Et combien pitoyable me paraissent les hordes de médias dépêchés sur place pour couvrir l’évènement, afficher leur coolitude et reconstituer leur stock de cocaïne pour l’année.

Cette poignée d’animaux somptuaires et ostentatoires, grouillants sous le soleil de mai et l’oeil des caméras dans leur fange mélée de champagne et de fringues de luxe essaie de nous vendre du rêve prémaché. Mais dans le vrai monde le cinéma s’apprécie entre amis, en famille ou en couple, avec une bière ou du pop-corn. On a jamais eu besoin d’une robe de soirée pour apprécier un bon film, et on est pas plus légitime à le juger parce qu’on porte un smoking de grand couturier.

S’il n’était pas aussi triste, tout ce petit monde me ferait bien rire. Mais vu d’ici, il m’inspire surtout une profonde pitié.

-Saint Epondyle-

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2 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Sans être un inconditionnel, loin de là, du festival de Cannes je te trouve dure mon cher Epon avec celui-ci.
    Je ferai une critiques recouvrant 2 dimensions. La première est une dimension verticale. Pourquoi incriminer le festival de Cannes alors que tant d’autres évènements cinématographiques ont une couverture médiatiques d’importance, le premier de ceux que tu devrais incriminer à la même hauteur que celui de Cannes dans l’hexagone étant le festival du film américain de Deauville qui subit point par point les critiques que tu as émises. L’analyse que je fais de ta critique est que tu critiques le traitement médiatique du festival plutôt que le festival lui-même. Probablement pour une obscure raison de détestation d’une certaine émission opérant un transfert vers Cannes durant le festival. De fait, le festival de Cannes n’est le plus médiatisé que parce que c’est celui qui amène le plus de stars, concentre donc le plus les regards et du coup a les plus grands enjeux financiers.
    Ma seconde critique sera horizontale. Pourquoi limiter ta critique à un festival de cinéma en particulier. Pourquoi ne pas l’élargir à tous « les grands rendez vous médiatiques » de toutes les pratiques qui ne sont en rien ou presque ce que tout le monde vit au quotidien?
    En d’autres termes mon objection centrale peut se résumer en une seule question : pourquoi cracher sur Cannes en particulier alors qu’il y a de nombreux autres candidats…?

    • Je suis sans doute un peu rude. Mais on écrit pas un brûlot en diluant son vitriol à l’eau. J’ai écrit sur le Festival de Cannes parce que c’est la saison qui me l’a inspiré, tout simplement, et qu’il est quand même plus médiatique que celui de Deauville.

      Cette critique vaut tout autant pour la cérémonie des césars, des oscars, et toutes ces messes médiatiques absurdes desquels ont a totalement séparé le fond de la forme. L’avantage des Césars par rapport à Cannes, c’est qu’ils ne durent qu’une soirée.

      Tu me connais, et effectivement tu connais aussi mon dégoût pour le traitement médiatique parisianiste d’un certain nombre d’évènements culturels à la base. Le terme de « détestation » est fort, mais il me plait bien pour exprimer mon ressenti par rapport au Grand Journal de Canal+.

      Alors oui tu as raison, c’est le traitement médiatique et non l’évènement lui-même que j’attaque dans ces lignes.

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