Cosmo [†] Orbüs

Cyberpunk télévisuel

Lobotomy Screen 2, par ~Divine-Mania

[La télévision n’est pas le reflet de ceux qui la font, mais de ceux qui la regardent.
– Françoise Giroud]

La télévision est la quintessence de notre société « de consommation ». En tant que média, elle est l’intraveineuse qui irrigue les cerveaux zombifiés du troupeau avec de la purée anti culturelle, prémachée, abrutissante, crétinisante, aberrante à tous points de vue dont les scores d’audience valident l’existence. Certains diraient « l’opium du peuple » et ils auraient raison.

Aux divertissements abrutis et à l’information infantilisante le disputent les encarts de pub hallucinés, à tel point que la limite entre programme et réclame devient difficile à tracer. Même les émissions censées proposer un contenu informatif à défaut d’être culturel se complaisent dans l' »infotainment » et le pseudo-documentaire en racolant dans les caniveaux leurs sujets sur la violence, le sexe, l’argent et la célébrité. Mais les dépravés, les épouvantails politisés et les peoples immondes, ils contribuent souvent à les créer.

En tant que milieu, le monde médiatique est parmi le plus détestable des microcosmes de nos sociétés occidentales. Confits dans leurs rédactions parisiennes et persuadés de constituer une élite intellectuelle objective, journalistes et animateurs se vautrent d’un excès à l’autre au gré des études de marché et des formats d’émissions marketés pour optimiser leurs parts de marché au mépris total du contenu et de la morale. La télépoubelle ne se cache pas d’épingler les pires cas sociaux dans des scenarii d’autodestruction compétitive pour quelques jours de célébrité de plus, alors que le journalisme présenté comme sérieux n’en finit pas de disserter sur le dernier tweet à scandale ou de décortiquer en détails le dernier fait divers sordide, accordant toujours des temps plus courts aux sujets de fond.

Les corporations milliardaires sont à la fois propriétaire et clients de ces chaînes -et de l’essentiel de la presse. Le programme devient produit et l’ensemble est nivelé par le bas grâce à la surenchère des discours prônant une qualité de vie optimale, une vie facile, et dépeignant les modèles de réussite et de pensée vers lesquels chacun se doit de tendre au maximum.

Mais dans la guerre de l’audience, le public à sa part de responsabilité, il cautionne par son attitude servile de zombie les louches d’excréments qu’on lui sert au quotidien. Et si chacun trouve évidemment plus facile de regarder la télévision que de lire du Balzac, je peux le comprendre. D’autant que Balzac est franchement indigeste dans son genre, et qu’après tout on ne regarde de la merde que « pour rire ». Et encore heureux ! Malgré tout, une issue est possible.

Le cyberpunk existe. Nous vivons dedans. Mais contrairement à la vision de George Orwell, de son Big Brother et de son asservissement des masses, ici la situation n’est pas tenue par un Ministère de la Vérité et un Ministère de l’Amour, mais par la loi unique, implacable, de l’offre et de la demande. Nous sommes le public. Nous pouvons prendre le pouvoir détenu par ceux qui nous gavent depuis des décennies de leurs émissions abrutissantes et masturbatoires. Pour tuer l’offre et mettre tout ce beau monde au chômage, il nous suffit de couper le robinet de la demande.

Alors si ce qu’on vous sert l’entonnoir ne vous convient pas, jetez votre télé par la fenêtre et décidez de passer à autre chose. C’est le premier pas qui coûte. Ouvrez un bouquin, n’importe lequel. Utilisez Internet pour trouver le contenu qui vous intéresse réellement, pour vous exprimer par vous-même et promouvoir ce que vous jugez digne de l’être. Peignez ou dessinez quelque-chose, mettez-vous au gospel, à la clarinette, à la danse folklorique. Ecrivez. Collectionnez des timbres, apprenez à tricoter, plantez un potager, mais n’acceptez plus de représenter la demande d’une offre telle qu’elle existe aujourd’hui. Nous y gagnerons tous. La liberté commence avec le bouton « Off ».

-Saint Epondyle-

Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective ”business”, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (…).
Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible (…).

– Patrick Le Lay, Président de TF1, 2004

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9 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • J’aime.
    On peut même étendre le pouvoir macrocosmique de la TV à son influence sur le net : elle désacralise totalement le web pour le rendre sujet à caution. Elle ne veut pas de lui. Elle le déteste. Et dans ce combat haineux, elle emporte avec elle star system, politiques, presse, etc…

    Petite note prétentieuse : je trouve la forme « scénarios » plus jolie que « scenarii »

  • C’est sûr, c’est pas joli joli tout ça. En 2002 ma télé, qui ne servait déjà pour l’essentiel qu’à être branchée sur un magnétoscope ou un lecteur DVD, est tombée en panne. Je ne l’ai pas remplacée. Comme j’abandonnais progressivement le support VHS au profit du DVD, l’ordinateur, certes moins convivial car dans un bureau et non dans un salon, a très largement comblé cette lacune.

    C’est la démocratisation du support Bluray et de la HD qui m’a convaincu de racheter un téléviseur, mais dans mon nouvel appart, j’avais eu l’intelligence de ne pas faire installer de prise antenne hertzienne ni de m’abonner au chaînes du câble de mon FAI, donc je me servait de mon écran full HD LED de la morkitu dans le même esprit que mon ordinateur.

    Mon bonheur a été durant ces 10 années à être insensible à la problématique télévisuelle… Insensible peut-être pas, mais isolé disons. Mon bonheur maintenant, c’est d’avoir trouvé l’âme-soeur…. elle bouffe un nombre incalculable de programme télé :(

  • Complètement abasourdie par la vérité de tes propos, je ne peux que prendre une gifle en pleine face en réalisant à quel point je suis incapable de me priver de télévision. Pourtant, rares sont les fois où j’allume l’écran pour réellement le regarder : je lis devant la télé, je surfe devant la télé, je tricote devant la télé, et ô désespoir, nous mangeons devant la télé !

    Chaque soir, à grand renfort de « y’a rien ce soir », nous nous contentons de zapper jusqu’à l’écoeurement, ou bien on ouvre un livre, ou on squatte chats et forums, ou l’on se marre comme des tordus rien qu’à deux, mais on est pas foutus de l’éteindre. Et si une envie de rébellion me taraude après la lecture de cet article, je sais qu’en rentrant, je ne pourrais ôter de son trône la Sacro Sainte télécommande…

  • @yoffroy > Je suis d’accord, en général le web est représenté de manière totalement hallucinante à la télé, presque au même niveau que les jeux vidéo qui détiennent quand même la palme du sujet le plus massacré.

    @Wilfrid > J’en ai moins après l’objet qu’après les programmes en fait. Si c’est un écran géant, je ne peux qu’aimer. :) Mes condoléances pour ton âme-soeur. :p

    @Kaa-chan > Je ne juge pas le public, ceci-dit la situation n’a pas l’air de te plaire plus que ça. C’est possible de changer les habitudes, pas facile, mais possible. La victoire n’en sera que plus libre, et à mon avis le temps libre hebdomadaire multiplié par 100.

    Merci de vos réactions !

  • En fait, il y a quand même des choses que j’aime à la télévision, une série qui me plairait particulièrement par exemple, et il suffirait d’un café, une boite de chocolats et quelques clopes pour qu’une banale soirée de semaine devienne un réel plaisir à mes yeux ^^

    Cependant, dans son ensemble, je pense qu’il y a des millions de choses à redire sur la télé, j’aime autant écouter Europe 1 – histoire de garder un fond sonore, car le silence et moi ne sommes pas vraiment amis…

  • Ah oui, totalement d’accord avec ce principe du bouton off, que j’ai pour ma part adopté il y a plus de dix ans. Plus de télé à la maison, je télécharge ce qui me plaît, et en rentrant le soir du boulot, je ne suis plus « fatigué », tellement j’ai de choses à faire (dessin, écriture, musique, modélisme, sorties, amis pour faire du jeu de rôles ou de société).
    Mais même si je croise beaucoup de gens qui ont adoptés ce mode de vie, la majorité de mes collègues n’arrivent même pas à comprendre comment je fais pour ne pas avoir de télé. La plupart sont incrédules. Quand je leur parle de mes hobbies, qui remplacent l’écran, leur seule réaction est que je suis un grand enfant, que c’est bien d’avoir des loisirs. Mais il y a toujours ce petit air condescendant. En vérité, le pouvoir de la télé sur eux me fait peur. Je sais que derrière la moindre image, il y a la notion de contrôle, par la mémétique et autre technique de comm, mais comment faire en sorte que ces gens retournent vers des activités faisant travailler activement leur cerveau? Comment leur faire comprendre que ce déversement émotionnel constant est la méthode principale des sectes pour conditionner leurs adeptes? Quand je leur dis que c’est un poison, j’exagère bien entendu, et quand ils s’effraient du dernier attentat, pour ensuite ricaner sur le coming out d’untel, puis critiquer ces arabes qui nous envahissent

    • Honnêtement, je ne suis pas certain que tu exagères tant que ça.
      Heureusement, bien que ça ne soit pas non plus la panacée de ce côté-ci, je trouve que les internautes réagissent de plus en plus ouvertement contre la télé. Voir cette vidéo d’Usul par exemple : https://www.youtube.com/watch?v=0oOns2XbhMg

      Le plus terrible là dedans, c’est le côté passif de la téloche. On absorbe, sans rien décider. Et la télécommande ne fait qu’enfermer dans une illusion de choix : « quel programme regarder ? » plutôt que « dois-je regarder un programme ? » Pour de nombreuses personnes (isolées, âgées, ou juste routinières), la télé est un réflexe, le seul horizon dans une période normale de vie, c’est à dire hors-vacances. Après l’esclavage du jour, l’aliénation du soir ? Vu un peu de l’extérieur, ce modèle me sidère. D’ailleurs, je n’ai plus la télé depuis sept ans. Et je n’ai absolument pas envie de la regarder quand j’en aurai l’occasion. Même pour les émissions en replay, Internet part toujours d’un choix préalable. A mon sens, c’est toujours mieux. Et ajoutons-y la composante sociale (qui nous permet d’avoir cette discussion), sa créativité… que de bonnes choses malgré son côté débilisant non moins existant.

      Quand aux activités « de grand enfant » et cet air condescendant pris par ceux qui méprisent l’imaginaire, les jeux (vidéo mais pas seulement), eux-même qui bien souvent ne lisent rien d’autre que la presse people ou les magazines racoleurs, franchement, j’ai l’impression que le mépris se trompe de camp.

      Ce mot de Saint-Exupéry en préface du Petit Prince : « Toutes les grandes personnes ont un jour été des enfants, mais peu d’entre elles s’en souviennent. »

      Merci de ton commentaire Deryn. Nous sommes légion.

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