Cosmo [†] Orbüs
Cyberpunk Reality
Cet article fait partie de la série Cyberpunk reality (2/7)

« We were the world,
But we’ve got no future ! »
– Marilyn Manson

Sodome et Gomorrhe

Les univers cyberpunk ont pratiquement tous en commun de situer leur action dans les paysages hyperurbanisés de villes cyclopéennes, robotisées et rongées par la surpopulation et la pollution. C’est typiquement l’Axe métropolitain Atlanta-Boston, cette « Conurb » décrite par William Gibson dans son roman Neuromancien, un enfer urbain couvrant pratiquement toute la côte Est des Etats-Unis.

Le panneau publicitaire lumineux fait partie intégrante de l’esthétique du genre, symbole à lui seul de l’asservissement des masses par le marché, de l’érection de la puissance économique en idole païenne, et surtout de l’affrontement permanent du virtuel et de la réalité. Bref, le cyberpunk décrit le règne de la mégalopole sombre et crasseuse, de la ville-machine broyeuse d’êtres humains et matrice d’aliénation. Malgré tout, la ville cyberpunk passe souvent pour le seul refuge d’une humanité chassée des zones sauvages devenues inhabitables et rarement évoquées.

L’environnement cyberpunk est un univers en soi, et le théâtre quasi-unique de l’action. C’est une ville-monde, multiculturelle par nature, qui condense toute l’esthétique et les thèmes du genre. Elle est le lieu de tous les possibles, de tous les paradoxes et de toutes les horreurs. C’est la jungle urbaine au sens propre, au fonctionnement rationalisé à l’extrême mais qui voit néanmoins resurgir le mysticisme et les superstitions. Les bas-fonds abritent des millions de démunis et sont le théâtre de toutes les violences tandis que les hauteurs sont gagnées par les nantis, plus que jamais réfugiés dans leurs tours d’ivoires.

En modernes Sodome et Gomorrhe, les cités cyberpunk sont les symboles de la décadence de l’humanité. Complexes urbains tentaculaires et verticaux, elles sont le foyer de toutes les perversions d’une civilisation en déclin éblouie par l’illusion de sa propre puissance. Elles sont Tokyo, New-York, Bombay, Paris, Londres à la puissance mille ; elles recouvrent des continents entiers. L’ambiance pré-apocalyptique du genre est constitutive de son ADN, illustrant le paroxysme d’une civilisation basée sur la croissance.

L’humanité semble privée de perspective d’avenir, alors que les problèmes s’accumulent, que la population s’accroît et avec elle le gouffre infranchissable des inégalités. Les ressources s’épuisent, le monde marche sur la tête et tend de plus en plus vers un point de rupture qui semble aussi inévitable que violent. Pour dépeindre la chute de ces nouvelles Babylones, et en explorer les conséquences, le cyberpunk se marie parfois avec le post-apocalyptique.

Un parfum d’Apocalypse imminente

Savoir si la fin du monde nous pend réellement au nez est un terrain incertain. Pourtant, de nombreux indicateurs semblent aller dans ce sens, ou en tous cas dans l’idée d’une rupture civilisationnelle prochaine et fondamentale. Car il se trouve que nous vivons dans un monde limité, la Terre, sur lequel nous nous acharnons à appliquer depuis des siècles le concept paradoxal de croissance illimitée. Croissance de la population d’abord (de 2,5 à 7 milliards entre 1950 et 2011) [1], expliquée entre autres par une augmentation de la durée de vie. Croissance de la production ensuite, et spécialement des biens matériels polluants non-recyclables, dédiés à la guerre concurrentielle plutôt qu’à l’intérêt général. Et bien entendu croissance de notre empreinte sur l’environnement avec l’exploitation des ressources fossiles, la pollution de l’air, de l’eau et la production massive de déchets radioactifs actuellement non-recyclables, qui resteront dangereux pendant des siècles. La logique capitaliste part du postulat selon lequel la croissance de la production de richesses permettra d’accéder à l’amélioration du niveau de vie général. Et sans doute a-t-elle en partie raison. Mais comment ne pas considérer la dégradation irréversible de notre espace de vie et le sacrifice irréparable de populations animales et végétales ? Et comment ne pas voir les excès de la logique productiviste qui entraînent l’apparition d’un nouvel esclavagisme dans les pays « émergents » [2] ?

L’un des problèmes majeurs de cette logique est qu’elle se transforme inévitablement en machine à inégalités avec ses maîtres et ses esclaves. Le plus grand nombre ne peut mécaniquement pas accéder au statut de maître, la réussite économique des uns entraînant le déclin des autres. Et d’un cycle à l’autre les ressources naturelles, elles, ne se renouvellent pas. Parallèlement, cet état de fait s’accompagne d’une croissance exponentielle de l’urbanisation mondiale. L’humanité comptait 15% de citadins en 1900, nous sommes aujourd’hui un terrien sur deux à résider en ville [3], agrandissant nos zones urbaines en conséquence. On comptait déjà vingt-trois mégalopoles de plus de 10 millions d’habitants en l’an 2000, et selon l’ONU 65% des habitants de la Terre vivront en ville d’ici 2025. Cette population urbaine pourrait encore doubler dans les cent prochaines années.

Dans ce climat de surchauffe et de surpopulation, les accidents prennent une importance exacerbée. Qu’elles soient naturelles, accidentelles ou provoquées volontairement, les catastrophes ont de grandes chances d’impacter les zones densément peuplées, maximisant leurs dommages humains et matériels tout en rendant la gestion des crises excessivement délicate. Je pense par exemple aux ravages du tsunami asiatique de 2014 (cause naturelle), dont la violence a été amplifiée par sa localisation dans une zone pauvre, mal protégée, et densément peuplée [4]. On peut également citer la catastrophe nucléaire de Fukushima (accident industriel) dont les répercussions sont loin d’être terminées à ce jour [5], et qui laisse entrevoir la violence de possibles scenarios-catastrophes dans les décennies à venir.

L’impact de ces événements a bien été compris par les groupes terroristes qui disposent de peu de moyens pour effectuer des opérations militaires, et cherchent alors à créer la psychose en ciblant les populations civiles. Les villes importantes des pays riches sont des cibles toutes trouvées pour des actions terroristes efficaces. L’exemple le plus évident est celui des attentats du 11 septembre 2001 à New-York. Bien plus qu’avec les catastrophes naturelles, il résulte de ce genre d’attaques un climat de terreur généralisé chez les cibles potentielles. Ce ci favorise alors trop souvent les discours haineux et le repli identitaire des populations qui, trop conscientes de leurs propres faiblesses, s’illusionnent sur les solutions possibles.

Le décor est posé : la ville-monde, paysage cyberpunk par excellence, semble gagner en consistance et en actualité. Alors que les buildings s’élèvent toujours plus haut, la ville prend de plus en plus les allures d’un organisme vivant étendant son ombre sur les individus qu’elle dévore. Et si l’argent est indubitablement la sève de ces géantes de verre et de béton, les réseaux numériques constituent logiquement le système nerveux de son implacable intelligence artificielle.

-Saint Epondyle-
Version augmentée, janvier 2015.

Références
[1] World Population Prospects: The 2012 Revision. http://esa.un.org.
[2] Exemple : GRANGEREAU Philippe. En Chine, un brutal système d’exploitation. www.liberation.fr, 2011.
[3] World Urbanization Prospects, the 2014 Revision. http://esa.un.org.
[4] Séisme et tsunami de 2004 dans l’océan Indien. fr.wikipedia.org.
[5] Accident nucléaire de Fukushima. fr.wikipedia.org.

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41 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • intéressant. je ne connaissais pas la définition « exacte » du terme. En fait le cyberpunk est présent dans la plupart des univers devenus « classiques » : coruscant pour star wars, amsterdam pour la terre d’Ender (on ne le voit que dans « la stratégie de l’ombre ») et toutes les villes humaines dans Warhammer 40 000…

    • C’est vrai ! Mais on peut toujours discerner des thèmes plus ou moins abordés en profondeurs dans ces oeuvres. Dans Star Wars par exemple, l’esthétique de cyberpunk de Coruscant est assez légère, et les thèmes majeurs sont plus ceux du space-opera épique (chevalerie, devoir, amour…) que du cyberpunk.

      Ceci dit, ces genres sont toujours entrecroisés alors une frontière trop précise entre les oeuvres n’a aucun sens. J’ai donc mis en référence de fin d’article des oeuvres assez variées, qui selon moi reflètent bien l’esprit côté Cyberpunk dans au moins un de leurs aspects. A chacun de faire son tri. :)

      Merci de ton commentaire.

  • l’incal me parait être l’exemple ultime du cyberpunk. il présente une humanité si dégénérée qu’elle est mûre pour l’apocalypse

    • C’est vrai que l’Incal, c’est quand même ultime de ce point de vue, voire même au delà du concept. Car ce n’est pas un univers sur le point de rupture, c’est plus une sorte de post-apocalyptique qui aurait survécu dans l’urbanisme, l’apocalypse dont il est question ici étant purement sociale, une fracture telle que l’existence humaine à moins de valeur qu’un spot publicitaire. Les événements relatés dans l’Incal tendent (surtout Avant l’Incal) à critiquer la société ainsi présentée. Quand, dans l’Incal, la finalité est de sauver l’humanité elle-même, ce n’est pas en la tirant de son milieu mais uniquement de sa condition.

      • A la différence qu’il n’y a pas d’événement majeur qui fait basculer le monde dans le post-apo. L’univers n’a fait qu’empirer de plus en plus jusqu’a atteindre un paroxysme.
        Du coup, L’incal explore à mon avis plutôt un univers dégénéré, qui n’aurait de cesse de s’aggraver mais sans arriver à la rupture. Comme un malade incapable de mourir alors que son état ne cesserai de s’aggraver.

        Perspective réjouissante…

        • Si l’on considère l’histoire de ce monde issue de l’imagination de Jodorowski (décrit par le menu dans le supplément « Univers » du jeu de rôle des métabarons), il y a bien eu « apocalypse ». Mais surtout cela se passe tellement de milliers d’années dans le futur qu’il est difficile de rapprocher l’état de la civilisation du monde de John Difool de la nôtre sans considérer les bouleversements socio-culturels que représentent plus de 10000 ans d’évolution, ce que j’appelle volontiers une « apocalypse sociale ».

  • Tu pourrais aussi citer le jeu de rôle Vampire la Mascarade. Ce n’est pas un univers cyberpunk mais néo-gothique. Il illustre toutefois cette disparité ville/campagne et incarne le mal représenté par les Vampire au sein des villes (les enfants du Ver), tandis qu’il représente les forces de la nature (de Gaïa) au travers des Lupins dans les campagnes et les étendues sauvages. Vampire mets l’accent sur l’évolution de la cité aux mains des forces obscures des vampire lui donnant le même penchant que celui que tu décris dans ton modèle.

    Ton analyse est intéressante. Je n’adhère pas au genre cyberpunk, mais je reconnais que ton tableau me parle.

    • La Mascarade oui, et plus encore Le Monde Des Ténèbres qui en est la suite et dans lequel le monde dépeint est décrit comme le nôtre en beaucoup plus sombre… au point qu’une clique de créatures sombres et tout poils (et dents) y vivent en cachette.
      Je connais moins La Mascarade, mais ton analyse semble coller tout autant, en ajoutant la distinction nature/urbain qui n’existe pas dans le cyberpunk « classique » mais qui est très interessante.

      Que veux-tu dire par « je n’adhère pas » au cyberpunk ?

      Merci en tous cas de ton commentaire positif.

  • je trouve que ça peut être intéressant de mettre dans un univers futuriste des éléments comme des multinationales surpuissantes, une pègre type « années trente à chicago » et autres. Sans verser dans le combat de secte à l’incal.
    sinon, la ville polluée étouffante et corrompue peut être vue comme une sorte de châtiment auto-infligé de l’humanité. punissant les « pêcheurs » comme ceux qui les ont laissé diriger

    • D’où ma référence dans l’article à Sodome et Gomorrhe de l’Ancien Testament, les villes punies par Dieu pour leur dépravation. Babel est un autre cas presque similaire, même si en l’occurrence c’est l’orgueil de l’homme (qui cherche à s’élever au niveau de Dieu) qui est puni, comme dans le mythe d’Icare.

      Sur la pègre et les multinationales, on a aussi le cas de la Gotham de Batman qui présente un certain intérêt. Tu parles du côté pègre des années 30, je pense que là on est exactement là dedans. D’autant que, chose rare, la multinationale Wayne Enterprise est pur le coup dans le camp des gentils puisque possédée par Bruce Wayne, qui en tire ses gadgets et sa fortune.
      Je ne l’ai pas cité en cyberpunk parce que c’est plutôt du contemporain, et du super-héros qui plus est. Les thèmes cyberpunk n’y sont pas abordés alors que l’esthétique est assez proche, avec ce retournement intéressant dans le rôle de la grosse corporation privée. Dans Batman, les méchants sont des avatars du chaos (cf le Joker) issus de la pègre et complètements givrés, mais pas tellement des cols blancs corrompus. Du mois, je crois.

  • personnellement je n’adhère que très moyennement au principe du superhéros milliardaire qui rattrape les ravages de son entre prise en combattant le mal. Même si batman est le superhéros qui porte un collant hideux avec le plus de classe, il ne doit pas être batmalin s’il n’a jamais pensé à utiliser son fric et sa batterie de bat-avocats plutôt que ses gros poings.

    Pire encore pour iron man. si les armes à feu n’arrive pas à être interdite aux USA c’est à cause de lobby -> des gros industriels vendeurs d’armes -> de la stark company
    donc son entre prise fait pression pour pouvoir vendre les armes qui serviront aux ennemis d’ironman (remarque les états-unis avec les talibans…)

    • Ah ah ! Bien vu !
      D’autant que le fond idéologiques de ces multinationales « gentilles » est assez contestable je trouve. Batman et Iron Man qui usent de leurs multinationales pour faire un bien qui ne dépend que de leur point de vue, ça ressemble un peu à la tyrannie des multinationales cyberpunk, du moins si on oublie le volet « loyal bon » totalement irréaliste de ces héros.

      Des restes de la Guerre Froide ? Sans doute un peu.

      • et puis il pourrait se contenter de dévoiler les éléments corrompus tout en donnant à l’état les moyens financiers de lutter contre le crime. car en « faisant la loi », il se place au-dessus de la nation. et s’il ne tue que des méchants gangsters, il reste un assassin.
        c’est un schéma type des médias américains.
        je me souviens de cet épisode de NCIS où les héros, découvrant que leur chef a « snipé » un parrain mexicain qui avait tué sa fille et sa femme, décide de le couvrir. l’omerta est présenté là comme de la solidarité entre combattant, alors que dans un épisode précédent le même chef faisait la morale à une juge qui pendait les coupables injustement acquitté.

        quand à Bruce wayne, s’il donnait son argent plutôt que de le faire fructifier, ce serait un sale communiste et donc en aucun cas un super héros
        le même bruce ne combat le crime que par ce que ses parents sont morts. dans le cas contraire il serait devenu un gros riche égoïste et non un justicier bodybuildé

  • C’est vrai qu’une chose qui m’a beaucouop gêné quand j’ai décidé d’étendre ma « culture » main-stream en regardant Iron Man, ce sont les gros sabots du lobby NRA…

    Quand à Batman, tout à fait d’accord sur le fait qu’il est un symbole du capitalisme individualiste : faire le bien c’est cool, et se faire du bien c’est mieux.

    Pour en revenir au cyberpunk, je trouve intéressant de mentionner l’échelle de Kardashev, qui est une échelle qui classe les civilisations :

    – civilisation de classe I : capable d’extraire toute l’énergie disponible sur sa planète
    – civilisation de classe II : capable d’extraire toute l’énergie de son étoile
    – civilisation de classe III : capable d’extraire toute l’énergie de la galaxie
    – et ainsi de suite jusqu’aux civilisations de Dieux Chtulesques omnipotents.

    La transition classe 0/classe I est particulièrement intéressante, puisqu’à partir du moment où toute l’énergie d’une planète est extraite, la vie y devient de facto quasi-impossible. C’est le thème du cyberpunk où la civilisation s’autodétruit par son propre progrès.

    Justement, si on extrapole cette classification, l’humanité est aujourd’hui en 2013 une civilisation de classe 0.72 (0.67 en 1970), et si notre consommation d’énergie garde la même tendance, nous atteindrons le niveau I de Kardashev en 2200 et des brouettes.

    Peut-être qu’en 2200 nous vivrons alors dans un univers cyberpunk, ou plutôt, selon moi, l’humanité aura soit appauvri son capital humain (guerre), soit son capital financier (crises). M’est avis que la transition 0/I est impossible sans fracture, et je pense surtout qu’elle n’est jamais atteinte. Je suis partisan du « malade dont l’état s’aggrave sans cesse et qui ne meurt jamais ».

  • @Robertleberserker > Avec Batman et Iron Man, on est finalement pas loin de cette remarque posée par Anakin Skywalker dans Star Wars II : pour faire un monde parfait il faudrait qu’un « vrai sage » prenne les décisions pour le bien commun, afin d’éviter la perte de temps des palabres démocratiques et la bureaucratie corrompue (on retrouve notre cyberpunk). Sauf qu’Anakin, en suivant son idée, passe du côté obscur et devient l’instrument dominateur d’un régime totalitaire. Nos superhéros milliardaires font en gros la même démarche grâce à leur argent plutôt que grâce à leurs pouvoirs jedi. Il n’empêche, leur action est à leur entière discrétion. Ce qui pose sacrément problème dans un état de droit, car finalement, personne ne les as élus. En somme « Who Watches the Watchmen ? »
    Tiens, encore une référence qui s’apparente à notre genre dystopique de départ. :D

    Par contre je ne suis pas d’accord avec toi quand tu dis que les auteurs cyberpunk font du second degré sans le vouloir, du moins pas si tu parles de ces héros. Parce que ces comics appuient infiniment plus sur les idées d’héroisme, de devoir et de lutte pour le bien que sur les thématiques de « tout est foutu » des univers cyberpunk. Même si les décors sont approchants.

    @Funky > Enlève-moi ces guillemets sur le mot culture s’il te plait. Iron Man n’est âs un modèle de finesse, mais ça reste une référence culturelle de toutes façons. ;)

    L’échelle de Kardashev est un concept intéressant, je ne le connaissais pas. Mais j’ai quand même un doute : a quoi peut-il servir alors que nous n’avons jamais eu connaissance d’une civilisation -pas même la nôtre- qui ait seulement atteint le niveau I ?

    D’autre part, il y a une autre possibilité à celle du malade qui ne meurt jamais, celle de l’extinction de l’humanité avant que la totalité des ressources terrestres aient été utilisées, et donc possiblement d’une vie après nous. Je te renvoie aux univers post-apo et par exemple à ceux qui mettent en scène un hiver nucléaire. Dans le monde réel, la nature est revenue à Tchernobyl. On peut imaginer que si nous nous éteignions à la suite d’un événement de ce genre, ou d’une sur-pollution, d’une attaque de zombies ou que sais-je, d’autres espèces prendraient notre suite.
    L’humanité serait éteinte, la vie perdurerait.

    • Je ne connaissais pas non plus cette échelle de Kardashev. Très intéressant. Elle me semble très largement imprégnée de SF et peu utile à notre niveau de perception et de vie. Je pense qu’il faut admettre l’existence de civilisation ayant dépassé le niveau 1 pour l’envisager comme une unité de mesure viable, donc se plonger entièrement dans une approche futuriste.

      Quant à l’extinction de la race humaine, elle est très improbable. Même dans l’hypothèse où la planète deviendrait si polluée et invivable que toutes les formes de vie en serait menacé, je suis convaincu que la race humaine aura anticipé le problème soit d’un point de vue scientifique, soit d’un point de vue biologique (soit les 2), et perdurera. Notre « civilisation » ne survivra ni à la croissance démographique exponentielle, ni à un cataclysme d’une quelconque nature, mais l’espèce est bien loin d’être menacée d’extinction par l’un ou l’autre.

      Si l’on peut dépasser le niveau 1 de l’échelle de Kardashev, nous aurons probablement déjà envisagé la colonisation spatiale. Ce qui me fait d’ailleurs penser à Elysium comme un avenir possible et la fois proche et éloigné du concept cyberpunk.

  • l’échelle de Kardashev m’évoque le cycle de l’élévation, dont j’ai lu il y a peu les deux premiers tomes, où les races extraterrestres exploitent les mondes (et notamment la faune, qu’ils « élèvent » génétiquement au grade de créature pensante, d’où le nom) puis les laissent en jachère afin que d’autres espèces puissent s’y développer. si cela ne permet pas de reconstituer les métaux nécessaires au dvpt d’une civilisation comme la notre, ce concept reste le fantasme d’un PDG américain : le libéralisme à l’échelle galactique (le système de l’histoire n’étant pas forcément négatif). Or jusqu’à maintenant l’espèce humaine se comporte comme si elle allait migrer pour laisser la terre en jachère. sauf qu’évidemment il n’y a qu’une terre et nous ne disposons pas des moyens d’atteindre la vitesse de la lumière (ce qui est bien dommage)

  • L’échelle de Kardashev est purement théorique. Elle permet de théoriser le développement des éventuelles civilisations extraterrestres, et donc d’orienter les recherches (et donc les budgets) vers tel ou tel point en particulier.

    Ces recherches sont d’ailleurs motivées par 1) la curiosité humaine et 2) le paradoxe de Fermi. Ce dernier est une démarche qui calcule le temps de conquête de la galaxie par une civilisation en extrapolant notre développement technologique. Le résultat est paradoxal car on trouve que ce temps de conquête est très inférieur à l’âge de l’univers. Autrement dit, à l’heure qu’il est la galaxie devrait déjà être remplie de civilisations extraterrestres, or on n’en détecte aucune, d’où le paradoxe. Evidemment, les hypothèses se discutent, mais qu’elles qu’en soient les variations, le paradoxe se montre robuste, et les tentatives d’explications sont légions (non-existence des extraterrestres, théorie du zoo, impossibilité du voyage interstellaire etc). (plus d’infos sur : http://fr.wikipedia.org/wiki/Paradoxe_de_Fermi)

    Aujourd’hui, ou plutôt pour le moment, l’échelle de Kardashev sert surtout aux auteurs de science-fiction pour poser un cadre à leur histoire (le futur c’est… vaste).

  • dans les ténèbres d’un lointain futur, il n’y a que la guerre… comme dirait d’autres.

    la « règle » de Fermi fait-il entrer en compte le fait qu’une espèce intelligente peut mettre un temps infini à se développer, avec le concours de circonstance qu’il faut (d’ailleurs c’est peut-être pour ça que nous sommes pour l’instant seuls…).

    ou alors Fermi a raison, mais notre galaxie est une exception et nous avons peut-être raté le space opera des plus épiques (mais en réel), des heures de passionnante diplomatie/géopolitique extragalactiques ainsi que l’extermination totale

    avec le nombre de galaxie et le nombre de planète par galaxie, nous ne sommes sûre de rien. putain, nous sommes né à la mauvaise époque. et le pire, c’est que vu comme c’est parti, l’humanité ne survivra probablement pas (où du moins, ne continuera pas d’évoluer technologiquement) jusqu’au moment où nous serons capable de visiter d’autres de galaxie. la pollution, la surconsommation et le capitalisme à bride abattue aurons fait rater à nos lointains descendant la rencontre d’extraterrestre. avec un peu de chance ce sont eux qui viendront.

  • @ Funky > Je peux paraître à côté de la plaque, mais cette théorie sert vraiment à orienter les budgets de recherche ? De quel genre d’institutions, et dans quelles mesures ?

    Je ne m’étonne pas qu’on finisse par parler du paradoxe de Fermi. Celui-là je le connaissais, et effectivement il est la porte ouverte à 1001 tentatives explications et théories du complot. De quoi verser un peu d’huile sur le feu de la réflexion, mais au risque de perdre en chemin le sujet initial.

    @ Robertleberserker > Nous sommes nés à la mauvaise époque… ou a la bonne. Après tout quand on regarde la fiction, les rencontres du troisième type sont rarement très cordiales.

  • Le plus (le seul ?) projet scientifique d’envergure connu dédié aux extra-terrestres : SETI. Il était financé par la recherche publique américaine jusqu’en 1995. Après il a été financé par des sources privées, pour finalement (à ce jour) être de nouveau financé par le public de manière modeste semble-t-il.

  • Article très intéressant s’il en est mais il oublie certains fait socio-économiques.

    Premièrement , le cyberpunk est tout sauf inéluctable pour notre civilisation, le premier des indicateur qui le montre c’est bien évidemment la réduction drastique de la progression démographique. Les démographes estiment que dans si la régression du taux de natalité se poursuit et en extrapolant son évolution probable la population humaine devrait se stabiliser autour des 9 milliards. Ce qui fait que nous aurons « finalement » réussit à contrôler notre propre accroissement. D’autant que jusqu’à présent les transitions démographiques se sont toujours déroulées plus vite qu’escomptées. Il n’y a qu’a voir les problèmes démographiques auxquels la Chine devra faire face dans 20 ans.

    Par ailleurs, la croissance ce n’est pas seulement faire toujours plus, mais c’est aussi (et aujourd’hui c’est le cas dans l’énorme majorité des domaines) faire toujours plus avec moins. Le marché donne une prime à celui qui fait mieux ou nouveau (ou qui arrive à le faire percevoir comme tel et c’est là le coté pervers de la chose). Mais il ne faut pas oublier que le marché donne surtout une prime a celui qui fait moins cher, donc pour des pans entier de l’économie pour celui qui est plus efficace / plus voleur (encore un problème du système). L’aveuglement du grand publique causé par le marketing est bien moins prégnant dans les relations entre firmes qui forment l’écrasante majorité des relations marchandes, l’individus n’étant que le destinataire final d’un produit qui est constitué de beaucoup de composant fournit par diverses firmes.

    Par ailleurs, l’avènement d’un néo-esclavagisme n’est pas vraiment d’actualité, c’est même plutôt le contraire. Souvent les sociétés humaines ont vu des rapports humains particulièrement violent et exploiteurs. Le développement économique, même au prix de terribles sacrifices y met souvent fin. On oublie souvent que les sociétés les moins développées du monde voient encore survivre des formes d’esclavages (tant et si bien que des états comme le Mali sont obligés de « rappeler » régulièrement qu’il a été aboli) sur leur sol. On oublie également que le développement économique en Europe et aux USA a vu les ouvriers souffrir énormément (ce qui a donné naissance à l’idéologie communiste) autant sinon plus que les ouvrier du Guangdong chinois d’aujourd’hui. Ce néo-esclavagisme n’est donc pas vraiment néo et est plutôt « historiquement » un passage vers un peu plus de liberté, de dignité et de confort de vie.

    Enfin, si le développement technologique donne plus de pouvoir aux entreprises, (les fameuses GAFA, Google, Amazone, Facebook et Apple) elles restent subordonnées aux pouvoirs politiques comme l’affaire Snowden nous en donne un douloureux exemple. S’il est possible qu’un jour la force ne soit plus l’apanage légale des seuls états et qu’il soit possible que les grandes entreprises se fassent la guerre entre elles, je crains que nous ne soyons plutôt dans un état extrême dénuement plutôt que dans un monde cyberpunk. La guerre du Biafra (provoquée par une rivalité entre Elf et Shell à l’époque) nous donne à voir que ce que cela pourrait donner.

    Le cyberpunk est à mon sens un future cauchemardesque tel qu’on se l’imagine. Je ne pense pas qu’il soit un véritable risque. Il relève pour moi plus de l’ordre de l’uchronie que d’un future probable (possible certes mais très improbable). Concernant Kardashev je pense que le développement technologique nous permettra de venir à bout des limitations des ressources de nos planètes. Au prix d’une plus grande vulnérabilité j’en convient comme nous le montre malheureusement Fukushima. Mais la aussi, je suis confiant, nous trouverons un moyen d’y pallier. Peut être…

  • je ne partage pas ton optimisme : si les firmes ne peuvent pas déclencher de guerre en main propre, la guerre en Libye a été en partie motivée par les groupes pétroliers. J’estime, que les grandes sociétés sont déjà en état, à plusieurs, de faire ployer des états (sur des points mineurs en tout cas). ex : les armes aux USA.
    à mon avis, si la dette des états continue d’augmenter, ces derniers seront aux pieds de leurs créanciers (à moins de se déclarer en faillite comme certains pays, solution de méchant communiste). enfin la dette des états est déjà une hérésie alors bon…

  • Ce n’est pas vraiment de l’optimisme. Enfin, je n’en ai pas l’impression.

    La guerre en Libye peut avoir été déclenché par des grands groupes (soyons clairs Shell pour les Anglais et Total pour les Français) mais j’en doute vu le temps de retour à la normale d’une production pétrolière (l’Irak en donne un bon exemple en ayant pas encore retrouvé des niveaux acceptables depuis 2003) est trop long et surtout trop hasardeux. Un pays qui sort d’une guerre est un pays instable. Le retour à la normal met en péril les investissements consentis. On n’a pas vraiment envie de risquer ses milliards dans ces conditions. D’ailleurs depuis le Biaffra, les grandes sociétés ne s’y sont pas trop risquées. Par ailleurs si les gouvernements français et anglais étaient aux ordres il y a fort à parier qu’une fuite de type Snowden se serait déjà manifester.

    Concernant les armes aux USA il est certain que la NRA est largement financée et soutenue par les entreprises vendant les armes légères, mais c’est oublier qu’aux USA le port d’armes est constitutif à l’identité de la nation. Réduire la persévérance du port à une action de lobbying c’est se faire le chancre du complotisme et oublier la valeur symbolique très forte de l’arme aux USA. Sans compter que la première arme légère vendue dans le monde est la Kalachnikov (dont la production a été arrêtée en début d’année) dont le bénéficiaire était l’état et le complexe-militaro industriel Russe. Pas un pote de la NRA a priori.

    Enfin, sans polémiquer sur la dette des états, encore une fois la force reste l’apanage des états. Un état en situation de faillite, de danger si grave qu’il se trouve face à une alternative impossible a le choix de l’expropriation et de la saisie. Met un état ne disparaît pas contrairement à une entreprise, certains chercheurs (cf certains conférences sur Ted.com) ont réussit à estimer « l’espérance » de vie des grandes entreprises. Et une chose est sûre Apple, Google, Amazon et autre Facebook sont condamnés, à terme. Apple et Facebook assez rapidement à mon sens d’ailleurs. Il est clair que pour tenir pieds et point liées un état vaut mieux être en vie, gros et de préférence à l’étranger. En d’autres termes pour posséder un état, vaut mieux être un autre état. Et cela tombe bien parce que c’est justement le cas aujourd’hui. Les premiers préteurs au monde et de très loin sont les pays ( et non des entreprises) avec des balances de paiement structurellement bénéficiaires : Chine, Japon et pétromonarchies en tête. Les grandes entreprises n’ont pas d’obligations d’états. Ou à la marge. Les grands fonds de pensions comme leur non l’indique sont des fonds regroupant l’épargne de personnes physiques. Cette épargne est constitué des célèbre fond américains mais aussi de l’assurance-vie française… Nous sommes tous un peu d’affreux capitaliste voulant mettre à mort l’honnête travailleurs…

    L’état a encore de beaux jours devant lui. Il a juste a faire face à de nouveaux défis. Et si la technologie peut être utilisée par les entreprises elle peut l’être aussi par les états, contre ces mêmes entreprises. Les états ont par ailleurs l’avantage de peser (dans le cas d’état « normal ») bien plus lourd que celles-ci et d’avoir la force légale de leur coté. Non vraiment à mon sens, il n’est pas pour demain le monde gouverné par les grandes firmes transnationales, cosmopolites, apatrides, capitalistes et prévaricatrices….

  • @ Funky > Merci de la précision !

    @ Alexander > Merci de ces nombreux éclaircissements.
    Concernant la transition démographique, il n’est pas exclu que nous nous régulions en effet. Mais a quel prix ? Si c’est par les épidémies, les famines et les guerres, ça irait plutôt dans le sens des visions dystopiques de l’avenir de nos auteurs de SF.
    Sur l’esclavagisme, nous touchons un débat d’idées. Personnellement je crois que les apports (niveau de vie, sécurité, santé…) du marché capitaliste sont forcément payés en négatif ailleurs. Apparemment ce n’est pas ton cas, mais je dois avoir un bon fond anticapitaliste. ;)
    Ta comparaison avec la Chine est pertinente, je pense qu’au niveau population, pollution et modes de vie de ses habitants (avec ses inégalités monstrueuses), ce pays est l’exemple le plus proche d’une situation cyberpunk réelle. Pour le volet technologique c’est moins vrai.
    Je suis moins optimiste que toi sur le rôle du marché, même si te remarque sur le commerce Business to Business est intéressante. Malgré tout, on pourrait remarquer que les marchés financiers (b2b par excellence) ne sont pas exempts de fautes et de maux.
    Sur le reste, je rejoins l’opinion de robertleberserker, selon laquelle les sociétés privées et lobbies influent largement sur les décisions géopolitiques. D’ou l’expression « défendre nos intérêts » qui signifie en gros, envoyer l’armée pour protéger Total & co.

    Enfin, je ne partage pas l’idée (répandue) selon laquelle la technologie nous permettra toujours de nous en sortir par le haut. Nous l’avons toujours fait, sans doute, mais nous n’avons jamais été si nombreux, dans un monde si complexe (et difficile à impacter de manière large et fondamentale), et avec si peu de ressources.
    Si transition écolo-économico-démographique il doit y avoir, elle ne pourra pas -selon moi- se passer autrement que dans une brutalité absolue.

    @ Robertleberserker > Comme je l’ai dit, je suis plutôt d’accord avec toi sur ce coup là. C’est triste, mais a mon avis les exemples actuels ne manquent pas.

    • J’ai toujours été séduit par l’aspect crade, blasé et pourri des jdr sauce « cyberpunk ». En 1990, ils me semblaient une hypothèse d’évolution assez convaincante de notre monde.

      Aujourd’hui, après quelques années de documentation, cette vision pleine de technologie et d’urbanisation me semble quasiment illusoire.
      Tout vient à mon sens de la question énergétique : le monde cyberpunk ne me semble atteignable qu’avec suffisamment d’énergie pour le soutenir. Il ne s’agit pas d’écologie, de science ou de sociologie mais d’énergie, de source énergétique. Plus assez d’énergie = plus d’écologie, de science ou de sociologie, et plus de monde cyberpunk bien entendu.

      Pour qui s’y intéresse sérieusement, il semble désormais établi que l’humanité a dépassé bon nombre de ses « Peak » énergétiques, à commencer par celui de ses ressources pétrolières avec l’importance qu’on lui connaît. Les prochains Peaks ne devraient pas nous laisser plus d’une trentaine d’année – le pétrole en moins.

      D’où une double hypothèse pour conserver un monde cyberpunk (et le capitalisme qui va avec) :
      – soit le monde trouve une/des sources d’énergie facilement exploitable et bon marché et les méthodes d’exploitation adéquates (fusion nucléaire ?)
      – soit la demande d’énergie est radicalement réduite

      La première hypothèse me semble – sauf surprise – inatteignable compte tenu :
      – de la tendance haussière de la demande mondiale énergétique
      – du cout énergétique pharaonique de recherche/développement d’une telle source pour une exploitation mondiale
      – du temps et l’énergie nécessaire à réaliser une transition énergétique hypothétique
      – du temps restant avant le tarissement/non-rentabilité des ressources pétrolières, puis fossiles
      – des tensions humaines liées à la lutte pour les ressources (et la survie), qui ira en s’exacerbant à mesure que la promiscuité mondiale continuera d’augmenter (augmentation en volume et intensité des conflits régionaux armés pour l’énergie).

      La seconde hypothèse (baisse de la demande énergétique) me semble atteignable, mais si on veut rester lucide, l’humanité ne va pas volontairement réduire sa consommation du jour au lendemain, au nom de la fraternité mondiale-bisounours. Ne serait-ce qu’en raison de l’augmentation de la population mondiale.

      Alors comment la demande mondiale pourrait réduire ? Je ne vois pas d’autre méthode rationnelle que de retirer des humains de l’équation.

      Le hic, c’est qu’une réduction progressive et sympa de la population mondiale (éducation, contraception etc.) ne suffirait pas à contrebalancer assez rapidement la raréfaction de l’énergie. D’ou retour en fin de compte à un monde sans énergie.

      Reste donc l’angoissant spectre d’une réduction soudaine de la population mondiale avec les outils qu’on devine (armes de destruction massive, famines organisées, super virus ou combos).
      Le résultat serait assez proche d’un monde à la Judge Dredd (une poignée de villes fortes encerclées par un monde Mad-Max dévasté), la technologie gourmande en énergie en moins.

      Je vous laisse imaginer à quoi ressemblerait le monde et en particulier les villes cyberpunk dans un monde privé brutalement d’énergie et de ressources pétrolières : électricité rarissime, plus de véhicules à moteur, plus de production de biens courants, plus d’approvisionnement en marchandises dont la nourriture, l’eau et l’essence, plus de mouvements bancaires, écroulement quasi total de la production agricole, plus de médocs comme nous les connaissons, plus de maintenance des infrastructures, plus de services publiques, explosion de la délinquance etc.
      Combien de jours y survivraient nos mégapoles remplies de millions d’humains individualistes et assistés ? Les incendies seront-il visibles depuis l’espace ?

      Au final et pour moi, la vision cyberpunk ne passe l’épreuve de la réalité qu’avec le postulat d’une solution énergétique à peu près crédible (Matrix) et/ou d’une réduction drastique de la population mondiale (Judge Dredd).

      Difficile de se prononcer sur la pertinence de l’hypothèse cyberpunk en 2013. Pour l’instant, je trouve le film « la route » plus inspiré même si très peu inspirant.

  • comme toujours la loi peut être interprété. il ne me semble pas qu’on ai le droit d’acheter une batterie antiaérienne ou un char d’assaut. on pourrait n’autoriser que les armes blanches (ou les armes à un coup…).

    de plus quand je parlais des créanciers, j’incluais évidemment les états.
    ex : la politique économique de la Grèce est gérée par les états et sociétés (notamment chinoises) à qui elle doit de l’argent. en clair, ce n’est plus vraiment un état souverain

  • plus haut je répondais à alexander

    pour rajouter une couche d’anticapitalisme, (désolé saint épondyle ton blog va être censuré par la NSA) je suis d’accord avec l’idée que chaque bonus « en plus » du niveau moyen de vie est compensé par quelqu’un qui a de l’argent « en moins » du niveau moyen. là où ça déconne encore plus, c’est que lorsqu’une personne n’a plus rien, elle ne peut plus « perdre » au profit du riche. or, comme les riches possèdent bien plus que ce que le pauvre « n’a pas  » par rapport à la moyenne, il y a énormément de pauvres et des gens énormément riche.
    vous me suivez ? (c’est pas clair du tout. je ne serai jamais prof d’éco)

    (JE NE SUIS PAS KARL MARX)

  • L’anticapitalisme est une opinion comme une autre. Si elle est bien défendue et propose une alternative crédible je n’y vois pas d’objection de principe. J’en vois une par contre dans la vocifération argumenter douteusement (ce qui n’est pas le cas ici hein je n’ai pas dit cela).

    Si les états ne plus souverains à cause de leur dette, ce qui est certes le cas de la Grèce aujourd’hui, et que cette dette est possédée par d’autres états alors nous sommes de retours dans un monde géopolitique classique, de type Westphalien. Ce n’a plus grand chose à voir avec les compagnies multinationales faisant la loi dans un monde cyberpunk.

    Par ailleurs, ce n’est pas parce que les entreprises d’état chinoises ont acheté le port du Pirée que la Grèce n’est plus souveraine. La grande atteinte à sa souveraineté vient de la BCE ( qui a exactement dans les mêmes proportions réduit notre propres souveraineté et celle des Allemands (en théorie…)), du FMI mais sous la forme contractuelle d’un contrat librement consentie et des autres états européens : une banque centrale, des états et un organisme transnational. Un exemple certes éloigné de 1648 (signature du traité de Westphalie) mais qui reste dans une logique de géopolitique classique.

    L’exemple le plus abouti d’un pays possédant un autre sans avoir à convoquer les grandes entreprises c’est le système colonialiste. Issue de l’impérialisme, la colonisation est d’abords politique et seulement après économique (le frontière est floue pour la première colonisation de peuplement notamment ibérique et anglaise et surtout pour l’Inde). Mais Lénine le disait de manière peut être un peu trop caricaturale « L’impérialisme stade suprême du capitalisme »

    En fait la question qui se pose pour un pays comme la Grèce est de savoir si elle a vraiment perdue sa souveraineté face à qui que ce soit. Elle n’a pas été contrainte par la force mais par des engagements légaux, librement consentis par ailleurs. On me répondra que ce n’est pas le « peuple grec » (entité bien pratique à faire parler) qui a consentie ces prêts mais son gouvernement. La question ici n’est plus dans le débat et relève plutôt d’un débat sur la démocratie.

    Ce que tu dis à propos du fait qu’un riche a en plus ce qu’un pauvre a en moins par rapport à une moyenne, roberleberserker, n’est pas une idée mais un fait arithmétique. Dans sa construction une moyenne comporte ce que tu as énoncé plus tôt. Mais cela ne veut pas dire que c’est mal pour autant. Qu’il y ait des gens très riches et des gens très pauvres par rapport à une moyenne (qui en termes de revenu / patrimoine ne veut rien dire, vaut mieux se référencer à une médiane) on s’en moque si même les très pauvres à cette moyenne vivent dans des conditions dignes. Si c’est le cas la vraie question qui se pose c’est: ces écarts peuvent ils être justifiés et si oui par quoi. Enfin pour savoir si les plus pauvres vivent dans des conditions dignes il faut se fixer « enfin » une référence absolue pour savoir ce qu’est des conditions de vie dignes ou pas. Sinon le niveau de vie augmentant tendanciellement il y aura toujours des gens qui vivront indignement par rapport à d’autres. Et en prenant une référence quelle qu’elle soit je peut assurer que nous vivons aujourd’hui à peu près tous dans des conditions dignes par rapport à 95% de la population du Moyen-Age.

    Le pire n’est jamais sur. Et depuis les grandes tragédies du XXème siècle l’Homme doute de lui-même. C’est salutaire après les dommages causées et l’aveuglement du XIXème mais en toute chose le sage est modéré. Point trop n’en faut. Alors croyons, un peu, raisonnablement, en notre capacité à résoudre les problèmes posées par notre développement.

    • en tout cas on peut facilement croire à notre capacité à nous en poser (des problèmes)
      il aurait été plus simple de rester à l’état de bête. mais il n’y aurait pas eu de jeu de rôles alors. sur ce, je vous laisse, je dois chasser des bananes.

  • Le prochain film des frangin(e)s Wachowski, auteurs de la trilogie Matrix et de Cloud Atlas, sera du Space Opéra! Il sort l’été prochain et s’intitule Jupiter Ascending. On y suivra le destin d’une jeune femme de ménage immigrée qui s’avère être en fait l’héritière d’un trône situé dans le cosmos. Pourchassée, elle s’apprête à découvrir un monde infini au delà des frontières de la Terre. Un planète Terre qui n’est rien d’autre qu’un rouage dans une gigantesque Industrie … comme on peut s’y attendre, le slogan du film est: « étendez votre univers » …

    Par ailleurs, anecdote amusante, est-ce une impression de ma part ou les films du plus conventionnel cinéaste britannique Christopher Nolan répondent toujours très bien à ceux des Wachowski? Ils semblent faire un dialogue philosophique continuel. Nolan est réputé pour être un « liberals » discret, qui véhicule surtout dans ses thrillers psychologique et dans ses récents films à plus gros budget des idées sur la fameuse « mauvaise foi » existentialiste (dans Memento) ou l’instabilité de l’identité, de responsabilité individuelle, de rédemption et d’une morale au final assez classique; tandis que les Wachowski, qui ont par ailleurs de nombreuses références postmodernistes, mettent clairement plus en scène de l’esthétique et de la philo underground, mystique parfois bien que sceptique sur les « grandes questions », et leur gourou politique est un activiste social-démocrate (Cornel West) qui oscille entre christianisme-révolutionnaire et socialisme démocratique, et se préoccupe pas mal des questions d’identité en Amérique et dans le monde (la condition afro- bien-sûre, mais aussi les femmes, les minorités sexuelles).
    Or, sur le plan philosophique, on voit des traitements différent sur la morale en ce qui concerne le rapport à la réalité, à l’ordre, la criminalité, le terrorisme, etc:

    REALITE ET VIRTUEL? Contre toute attente, l’univers de Nolan est bien plus pervers et manichéen que chez les Wachowski. La compétition y est comme naturelle, seulement constatée (ce qui ne veut pas dire que Nolan y adhère; on a vu qu’il était un démocrate ‘liberals’ discret), mais c’est ce qui est véhiculé dans ses films; alors que « l’ordre naturel » est clairement montré comme flexible dans Matrix, et encore dans Cloud Atlas, du fait de la condition humaine.
    GUERRE ET DISSIDENCE? On a des répliques sans morale, dans Inception, comme « n’ait pas peur de rêver plus gros » en sortant un gros calibre. A l’opposé, les Wachowski prennent toujours soin de nous rappeler que le monde a été divisé, que la réalité a été biaisée et que quelques hommes (et des machines qui symbolisent finalement soit une autre race, ou une autre civilisation, une autre conscience plus froidement rationnelle ou une autre classe, etc) ont l’espoir d’y établir la paix. Le gout pour la répression dans les derniers Batman est symptomatique, alors que le pragmatisme est de mise dans Matrix Revolutions.

    TERRORISME ET MORALE? Il y a une mise en scène du bien et du mal parfois douteuse: dans The Dark Knight « certaines personnes veulent juste voir le monde brûler », ne sont attirés par rien « même l’argent » (ça pour une référence …), et les héros, aussi sombre soient ils, finissent quand-même par s’assumer, par assimiler toutes leurs actions de conservation de l’ordre établi: on construit même une statue de bronze à Batman, ce qui j’ai trouvé tout à fait horrifiant, pour ne pas dire fascisant. A l’inverse, dans V pour Vendetta, le « terroriste » est toujours présenté comme une création du système, pas une manifestation du mal absolu qui mettrait consciemment sa responsabilité de coté pour s’amuser à assassiner spontanément les bien heureux néo-conservateurs au pouvoir. De plus la légitimité de ses actions est questionnée tout au long du film, jusqu’à ce qu’il avoue lui-même: « vous aviez raison, Evey, je suis un monstre ». La trame garde par-contre la teneur du nihilisme politique de l’œuvre de Alan Moore dont il est adapté.

    CRIMINALITE ET MORALE. Dans Batman Begins, l’assassin des parents de Bruce Wayne est montré initialement comme un simple clochard désespéré à la recherche d’un porte monnaie, son entreprise vire au drame, mais plus tard on en fait ce mauvais esprit qui en fait est de mèche avec la mafia locale, et qui va être écarté de la prison par un avocat corrompu (qui s’avère être l’autre grand méchant de l’histoire … no comment). Dans le film scénarisé par les Wachowski: Ninja Assassin, le héros est un ninja élevé dans un clan selon les lois traditionnelles (et anachroniques) des ninjas japonais. Il est porté à réaliser des opérations d’assassinat pour le compte de son maître, afin d’assoir sa réputation et son pouvoir en ville. Mais il s’en détourne (par on ne sait quel élan de conscience contre toute son éducation) et se lance dans sa retrouve pourchassé tant par la police que par son ancienne « famille ». Les scénaristes nous montrent dans ce film d’action pourtant assez adolescent le processus d’émancipation-rédemption d’un individu de son milieu clanique vers l’immensité du monde et une autre morale.

    Je ne vais pas m’éterniser sur le sujet, mais si quelqu’un a remarqué la même chose, qu’il en fasse part. Et donc voilà que maintenant, oh surprise, tandis que les Wachowski se lancent dans le Space Opera avec Jupiter Ascending, où ils vont surement continuer à exploiter la patte transcendantaliste de leur œuvre, Christopher Nolan va sortir Interstellar, une SF qui nous parle d’univers au delà de nos frontières terrestres. De quoi se préparer à taper sur les claviers prochainement.^^
    Remarquons, de plus, que les derniers films sur l’univers de Batman ont failli être réalisés et scénarisés par les Wachowski! Ils avaient en effet créé un premier script inspiré des même comics récents avec l’ambiance sale et torturée qu’ils contenaient. Mais c’est le script de Nolan qui l’a emporté. Si c’était passé on aurait eu la Catwoman végétarienne, vouée à la cause animale et aux prises avec Lex Corp si je me souviens bien (ma foi ça aurait changé de la rebelle féminine et lesbienne domptée par le vieil aristocrate moral de Jonathan Nolan, frère scénariste des films de Chris Nolan; celui-ci est peut-être moins conservateur que son frère, qui sait).

  • Mince! Désolé pour les doublons, en fait il n’y a qu’un seul post valable c’est le deuxième (posté à 4h07) ou le troisième (4h10), le premier est incomplet il manque le paragraphe CRIMINALITE ET MORALE. Encore désolé et merci pour l’article en tout cas, le site a l’air pas mal.

    • Ouais on essaie. :)

      Merci pour ta longue étude comparative, je n’avais jamais vus les films de Nolan sous cet angle, même si effectivement à la comparaison je préfère les Wachowski dont l’univers et les questionnements sont plus barrés, et plus poétiques aussi.

      Bienvenue par ici !

  • Hello,
    je rejoins certains des commentaires plus haut, je ne pense pas que le cyberpunk soit une alternative crédible de notre monde, pas dans son état actuel en tout cas. En sus des problèmes énergétiques, techniques, etc… je ne pense pas que socialement une tel évolution se réalise. Une ville/un état à l’aspect cyberpunk se devrais d’avoir pu rester Une des (pour pas dire La) plus grande puissance mondiale avec le pouvoir d’écraser (militairement et économiquement) le reste de la planète pour l’asservir à son développement personnel pendant un long moment. Un pays livré à une décadence semblable à celles des univers cyberpunk ne pouvant plus rien développer sans « aides » extérieurs. Mais malgré que des superpuissances existent et existeront, aucune ne tiendra, je pense, assez longtemps seule au sommet et se verra renversée et remplacée par ses égos, et avec son déclin suivra tout les changements sociaux-économiques qui éloigneront la ville/l’état du « stade cyberpunk » pour reprendre ensuite sous une autre gouvernance l’ascension vers ce stade (ou un autre). Tout les empires s’éteignent un jour, les États-Unis semblent les mieux placés pour devenir la patrie du cyberpunk mais je suis presque sûr que leur si grande force s’écroulera rapidement (relativement, pas à échelle humaine bien entendu) et que La puissance mondiale se déplacera vers un autre pays au grand potentiel (la Chine par exemple) et qui finira elle même par décliner. La nouvelle puissance se mettant alors elle même à essayer d’atteindre « l’apothéose » technologique. De plus la haute technologie est, je pense, un moyen de s’éloigner du « stade cyberpunk » (même si elle est nécessaire également pour qu’il soit atteint) car elle favorise cette dynamique des puissances. Pour qu’un monde cyberpunk existe je pense qu’il lui faut plus que la Terre pour se développer, et donc un développement spatial important.
    Au passage, rajoutons que la direction de la haute technologie n’est pas le seul avenir crédible, une stagnation technologique est aussi envisageable. Elle est moins développer car nous sommes actuellement dans une aire de progrès techniques fulgurants, mais celle-ci pourrait s’éteindre plus rapidement que ce que l’on croit.
    Un autre argument mais dont je ne me sens pas les moyens de développer est: la population suivra-t-elle? Parce que si cela semble être bien partie pour, j’ose encore croire que l’humain est suffisamment imprévisible pour surprendre encore par son comportement, même celui de masse.
    Au passage, quand je parle de « cyberpunk », je parle seulement du coté mégalopole, avec ses mégas corporations, ses masses de noirs buildings titanesques etc… Les autres aspects du cyberpunk, comme les histoires de transcendance, j’attends les prochaines parties de Cyberpunk Reality pour en parler.

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