Cosmo [†] Orbüs

Renoncer c’est mourir

Limbo, par ~MissPH

[Choisis un maître, peu importe lequel, et obéis longtemps.
Sinon, tu périras et tu perdras toute estime de toi-même.

– Friedrich Nietzsche, Par-delà le bien et le mal]

Je crois que nous avons tous peur. Peur de mourir, peur de l’avenir, peur de perdre ce que nous avons. Nous passons notre vie à avancer dans une direction, même si parfois nous avons l’impression de ne pas la choisir, ou si nous n’en avons pas conscience. Au bout du tunnel de nos vies encombrées par les tracas du quotidien, les gens et les projets d’avenir, rien dont nous soyons sûrs. Ou presque. Primo nous avons quelques années devant nous pour accomplir ce que nous voulons faire de notre vie, le nombre de ces années nous est inconnu et va diminuant. Secundo la seule peur valable est celle qui dépend de nous, nous devons avoir peur de renoncer à être libres.

La citation de Nietzsche qui ouvre cet article peut sembler un peu étonnante si l’on considère le mot « maître » comme une personne à laquelle il faudrait obéir. En réalité, le philosophe considère que la liberté ne se situe pas dans l’absence de contrainte ou dans le refus catégorique de l’obéissance. Pour lui c’est en choisissant notre maître, c’est à dire l’idée directrice, le rêve ou l’ambition qui guidera notre vie et en y restant fidèles, nous pourrons accéder à la véritable liberté.Cette obéissance à soi-même est difficile bien sûr, mais c’est grâce à elle que nous pourrons nous retourner sur notre vie à l’heure du jugement et dire « je ne regrette rien ».

Je veux ne jamais cesser de me passionner et découvrir sans cesse. Je veux garder mes amis et les membres de ma famille sans jamais les trahir. Le cas échéant, je veux en prendre conscience et me faire pardonner. Je veux accomplir mes projets d’aujourd’hui et de demain. Je veux donner mon avis et que mon opinion compte. Je veux créer et je veux qu’au final, tout ça ait servi à quelque chose.

Pour accomplir mes rêves, je vais devoir continuer à me bouger. Et si je ne veux pas me lever tôt, je vais devoir continuer à me coucher tard. Il est possible, ou probable, que j’échoue. Après tout ce genre de philosophie de comptoir sont l’apanage de la jeunesse dit-on. Je deviendrai peut-être « raisonnable », je me « calmerai » sans doute. Et alors j’aurais au moins tenté de maintenir l’effort le plus loin possible. Avoir des ambitions et des rêves, c’est prendre le risque de ne jamais les atteindre. Mais c’est aussi s’autoriser à y parvenir. Pour ce faire je vais devoir garder fermement le cap que je me serai choisis. Y renoncer équivaudrait à perdre ma marge de liberté, et donc l’intérêt de vivre. Renoncer n’est pas mourir, mais plutôt mourir que renoncer.

Du haut de mes vingt-trois années sur la Terre je crois avoir compris quelque-chose : nous devons prendre en main notre propre foutoir et le faire infléchir dans la direction que nous souhaitons donner à notre vie. Nous devons faire suivre à notre existence le chemin que nous lui choisissons car personne ne le fera à notre place. Et enfin, nous devons réaliser nos rêves, ou mourir en tentant de le faire.

-Saint Epondyle-

1 : Alexandre Lacroix, « Cher ami », Philosophie Magazine, octobre 2012, pages 46 à 48.

Soutenez Cosmo ^{;,;}^
Vous pouvez soutenir Cosmo en réagissant par un commentaire, en partageant les articles et/ou en m'offrant un café (tip tip !). C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup. Merci d'être là.

Devenez mécène

3 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Tout à fait d’accord. En ce qui me concerne, je dirais plutôt « […] et si je ne veux pas me coucher tard, je vais continuer à me lever tôt ».

  • Cette approche correspond à tout ceux qui inscrivent leur existence dans une logique entreprenante. Elle sert souvent d’essor à la négation de toute forme de prédestination, même si ce constat n’est pas essentiel. Toutefois chez Nietzsche, la destinée est véritablement niée, l’homme ne se fait ou ne se défait que par lui-même. Qu’en est-il pour toi ? Es-tu purement existentialiste ou crois-tu quand même qu’au delà des seules actions de ton entourage et de toi-même il existe des forces qui gouvernent ta vie ?

    Pour ma part, si je crois effectivement que ma raison d’être s’inscrit dans la même logique que la tienne, mon esprit ne peut s’empêcher de voir le résultat de cette construction quotidienne comme échappant en grande partie à mes décisions. Je ne peux totalement confier ma raison au hasard qui sous-tend un tel vécu, ni totalement me persuader que mon histoire n’est que le résultat d’interactions humaines, sociétales ou environnementales. Je suis un incurable poète ;)

    • Merci à vous de vos interventions.

      @ Wilfrid > Bonne question. En fait je pense qu’effectivement les éléments externes à notre volonté influencent énormément notre marge de liberté et nos décisions. Mais nous ne devons éviter de trop nous en préoccuper pour éviter de nous créer de nouvelles barrières.

      C’est ce que je veux dire par l’expression « faire infléchir notre foutoir », malgré la quantité de forces de toutes sortes qui nous contraignent en permanence, à nous de peser de toutes nos forces dans la direction que nous souhaitons. Et si on arrive à faire bouger de seulement un degré l’angle du chemin, ça sera toujours un degré de gagné.

      Se dire que nous sommes totalement déterminés est défendable, mais personnellement je trouve ça horrible. Je ne suis pas assez solide pour me dire que je n’ai aucun contrôle sur ma vie. Alors même si c’est faux, je préfère un beau mensonge à une vérité cynique et déprimante.

Laissez un commentaire ici plutôt que sur Facebook.