Cosmo [†] Orbüs

Monté là-haut

Stuck, par Skay-39

~ A la mémoire de Thibault, alias Skay-39 ~

Skay,

Tu n’as toujours pas répondu à mon dernier message. C’est dommage car j’aurais adoré reprendre contact et faire à nouveau des projets avec toi. Depuis quelques mois, j’ai compris que je ne recevrai jamais de réponse de ta part, et que je devrai trouver d’autres amis avec lesquels mener mes projets. Apparemment, si la vie nous joue souvent des tours, la mort de temps en temps aussi.

On a beau savoir ce qui nous attend, en parler et en rire parfois, on évite généralement d’y penser trop profondément. Je ne sais pas si tu t’en souviens, mais de ce côté de la ligne ça fait un peu peur de penser à la mort. Un peu comme si l’on marchait en équilibre au bord d’un précipice, tout le temps. Et puis un jour, une nouvelle soudaine et brutale nous balance dedans aussi surement et douloureusement qu’un coup de bélier.

L’insouciance, la certitude du lendemain et l’espoir sont l’apanage de la jeunesse, parait-il. Et si tu resteras jeune éternellement, je crois avoir vieilli cette année bien plus que les précédentes. En bonne partie à cause de toi, mais ça serait un comble de te le reprocher. Tu sais bien que l’insouciance n’a jamais été mon fort, ni la certitude vis-à-vis de quoi que ce soit d’ailleurs. Reste l’espoir. Puisque tout peut basculer, puisque tout peut s’arrêter, puisque demain se fera sans moi comme aujourd’hui doit bien se faire sans toi, tout l’enjeu devient de construire. Je ne sais pas ce que ça fait, de mourir. Mais je sais ce que vivre signifie. C’est compliqué, c’est douloureux, c’est fatigant mais je ne connais rien d’autre.

Internet c’est assez froid. Difficile de s’attacher aux gens lorsqu’on ne connait d’eux qu’un avatar de quelques pixels et une prose souvent approximative. Pourtant ils sont tous bien réels, ils ont une vie, des projets, des amis, une famille. A ce niveau je crois qu’on se ressemblait beaucoup. J’ai toujours admiré tes talents graphiques et d’écriture. Là dessus je t’ai longtemps considéré comme moi, en mieux. Alors que j’abandonnais progressivement le dessin, j’ai envié tes études artistiques que je rêve encore aujourd’hui d’imiter. Ceux qui brillent spécialement fort ne peuvent peut-être pas durer très longtemps. J’ai été heureux et honoré de te compter parmi mes amis. Internet est froid, mais pas virtuel pour autant. On ne peut pas discuter avec un robot, on ne peut pas rire avec un robot, et je n’aurais pas pleuré toutes les larmes de mon corps pour un robot.

Depuis un an, ici-bas la vie continue. En un peu moins bien. Cette lettre, je te l’écrit pour te dire simplement que nous ne t’oublions pas, et que tu nous manques toujours autant. Tu sais, j’ai pensé à toi tous les jours. J’aimerais te parler de mes projets, de mes envies, de mes déceptions aussi. Mais tu dois être très occupé comme toujours, et il est peu probable que tu reçoives cette lettre là où tu es aujourd’hui. Alors en attendant de te revoir pour te dire tout ça directement, je veux juste te redire : merci d’avoir vécu. Car nous nous reverrons, mais pas encore.

-Saint Epondyle-

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