Cosmo [†] Orbüs

Le masque

St Epondyle - Wall

Vieux fond d’écran mégalomane de ma réalisation.

[Un dépravé sait mieux porter le masque d’un saint.
– Dontcho Tzontchev]

Le plus grand des voyages commence toujours par un premier pas. Nous tous avons commencé peu ou prou de la même manière : comme spectateur. Nous hantions le web comme des âmes en peine, ou à la recherche de quelque-chose de précis. Nous étions les surfeurs de l’information, les brasseurs d’octets et de pixels, aussi invisibles que nombreux, des voyageurs sans attache. Libres. Puis un jour nous est venue l’envie de ne plus toucher qu’avec les yeux, et d’ajouter quelque-chose. Alors nous avons créé un compte sur un réseau social, un blog, un jeu, ou que sais-je, pour la première fois. Nous avons entré notre adresse e-mail et puis…

Et puis nous nous sommes retrouvés face à la face « Nom/Pseudo ». La première fois, on ne la voit pas venir, pressés que nous sommes de participer à la discussion mondiale, d’accéder au contenu pour lequel on nous demande de nous identifier, nous en avions oubliée l’identification elle-même et ce qui en fait le sel. Je veux bien-sûr parler de notre identité numérique.

Ma première fois, je m’en souviendrai toujours. C’était sur le forum d’Asmodée, à l’époque ou non seulement il existait encore, mais ou il était l’un des plus actifs des forums rôlistes francophones. C’était l’année de la naissance de D&D 3.5. En jeune rôliste débutant, j’étais avide de conseils en tous genre. C’était aussi la grande époque des forums, et nous en fréquentions tous. C’était un peu laborieux, mais c’était toute une culture, avec ses codes, son jargon, ses traditions et bien-sûr ses têtes connues. Moi, j’étais Epondyle.

Une idée reçue laisse entendre que le pseudonyme a pour vocation de masquer l’identité de la personne qui l’utilise. Mais c’est aussi le contraire. J’ai choisi ce nom il y a dix ans, et contrairement à celui de l’état civil, je l’ai choisi. Au départ bien sûr c’est rarement réfléchi ; et pourtant, chacune de mes actions sur Internet des dix dernières années, je l’ai réalisée sous un même pseudonyme et quelques variantes. Petit à petit, je suis devenu quelqu’un dans ce monde numérique, quelqu’un de différent de celui que je suis dans la vie physique.

Lorsqu’on le créé, le nom est abstrait. Un nom se conquiert, il est le support de notre notoriété, qui ne signifie pas être acclamé des foules mais être reconnu d’autrui. Concrètement, « Epondyle » ou « Cosmo Orbüs » n’ont aucun sens en eux-mêmes. Ils sont les noms par lesquels j’ai baptisé mon identité numérique et mon blog personnel. En linguistique, on dirait qu’ils sont les signifiants -l’image acoustique d’un mot- alors que le concept auxquels ils font référence sont les signifiés, c’est-a-dire la représentation mentale d’un certain concept abstrait. En utilisant le même nom pour m’identifier depuis des années sur Internet, je conquiers qui je suis en ligne dans le regard des autres comme dans le mien. J’invente une appellation, qui servira a me définir, ou à définir mon blog comme tel et pas comme « le blog d’Epondyle ». Les titres de films, les groupes de musique ou les marques commerciales ne fonctionnent pas autrement. On appelle ça « se faire un nom ».

Alors oui, mon nom est aussi un masque. Avant tout pour contrôler l’accès à mon activité en ligne, éviter d’être reconnu par les importuns dans un sens comme dans l’autre. A l’image du Batman, nous autres blogueurs aimons souvent agir depuis les ombres, et nous sculpter un nom de scène qu’il nous appartiendra de faire grandir avec le temps.

Personne ne m’appelle Saint Epondyle dans la vie physique. Et heureusement. J’y possède un autre nom, d’autres surnoms, et j’y fais autre chose qu’ici. Il n’empêche, je suis Saint Epondyle lorsque je me connecte dans ce monde, le monde numérique. Un monde où les lois de l’espace sont abolies, où l’on juge chacun pour ce qu’il dit plutôt que pour ce qu’il est, un monde où chacun avance masqué pour être l’égal de l’autre. Sous mon masque, il y a plus que de la chair. Sous mon masque il y a des idées. Et les idées, vous le savez, sont à l’épreuve des balles.

-Saint Epondyle-

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9 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Un point de vue intéressant et très discutable. Il m’amuse car j’aurai pu écrire cet article il y a de ça cinq ou six ans et aujourd’hui, je suis prêt à défendre le contraire. Je le ferai d’ailleurs, en écho au tien, sur mon blog.

    Mais pour résumer, après avoir hanter de nombreux forums où le pseudonyme de certains n’étaient pas seulement un masque mais un prétexte pour tout se permettre, et pas toujours ce qu’il y avait de plus moral, je suis marqué à vie par les effets pervers de cette pratique. Je n’ai rien contre les pseudonymes, s’ils ne servent pas de refuges ou d’excuses à ceux qui ne peuvent/veulent pas assumer ce qu’ils disent ou font. Ce n’est pas la majorité des internautes dont j’ai pu croiser la route numérique, soyons honnête, mais c’est un nombre assez conséquent, accompagné de déboires non moins significatifs, pour me faire penser que ce n’est pas une bonne chose.

    De toute façon, dans la vie, on n’a pas besoin d’un pseudo pour porter un masque. L’utilité d’en chausser un second dès que l’on tape sur un clavier ne m’apparaît pas comme primordiale.

  • Si le masque peut faire partie du choix du pseudo, il y a également la volonté de se créer un personnage, d’affirmer une personnalité.

    Le premier forum où j’ai utilisé Ploum était un forum interne à notre logement communautaire où tout le monde utilisait son prénom. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne trouvais pas ça drôle alors j’ai pris le premier truc comique qui me passait par la tête. J’ai eu d’autres identités numériques mais je m’en suis débarrassé.

    Et oui, certains m’appellent Ploum AFK ;-)

  • « Alias » a plus été un nom de plume avant d’être un pseudo Internet – mais seulement parce que je suis suffisamment vieux pour avoir commencé à l’utiliser avant d’aller sur Internet.

    Assez rapidement, j’ai fini par l’utiliser en conjonction avec mon vrai nom; malgré cela, un peu tout le monde m’appelle Alias – y compris mon épouse, d’ailleurs, mais c’est aussi parce ce qu’elle a un autre Stéphane dans sa vie (son frère, je précise).

  • LA question du pseudo et de l’identité sur internet.

    Benjamin Bayard (t?) en avait traité dans une très intéressante conférence il y a quelques années, pour la quadrature du net je crois.

    Mon expérience en la matière m’a fait changer d’avis. Au début j’étais partisan de cette construction d’une réelle identité. j’utilisais mon pseudo, toujours le même sur tous les forums. Et puis un jour, je me suis rendu compte par hasard qu’à partir de ce pseudo, il était assez simple de recouper les informations pour en savoir beaucoup sur moi. Et même au delà du pseudo, une simple adresse mail peut permettre de retrouver une même personne sur plusieurs sites, même si elle utilise divers pseudonymes.

    Etant très attaché à ma vie privée, j’en suis venu à multiplier les boîtes mail et les pseudos… Ce qui n’empêche pas la reconnaissance de la personne sous le pseudonyme, car si je suis X sur un premier forum, et Y sur un second dont le sujet n’est pas identique, reste qu’en tant que X ou Y, je fais partie de chacune des ces deux communautés.

  • Je suis Bruine, sans fard, sans pudeur, sans complexe, et parfois aussi sans réfléchir :p.

    Si au départ je ne m’étais pas posée la question non plus, maintenant je sais que je le garde, ce nom, parce que je veux qu’on me reconnaisse (pour que ceux qui me connaissent déjà puissent me repérer et me retrouver facilement).

  • @L’Ours > Je suis effectivement assez d’accord avec l’idée qu’on porte un masque de toutes façons. Et pour avoir été community manager pendant un temps, j’ai pu voir que certains peuvent même balancer les pires immondices (vraiment, les pires) même sous leur vrai nom.
    Après, on retrouve l’idée de certains selon laquelle Internet aurait la propriété de faire apparaître le fond véritable des gens. Personnellement je n’en suis pas sur.

    @Ploum > Et oui l’idée de se créer un personnage est clairement la raison la plus importante d’avoir choisi ce nom dans mon cas. Ou en tous cas de m’y tenir.

    @Alias > C’est un cas particulier je pense. Y compris parce que même avant l’usage du net d’aujourd’hui, peu de gens avaient vraiment besoin d’un nom de plume. :)

    @Red B… > C’est vrai. Un pseudo utilisé à divers endroits permet de recouper beaucoup d’infos. Mais pas forcément plus qu’un profil Facebook mal protégé (pléonasme ?). Et dans mon cas par exemple ça demande beaucoup de travail pour bien séparer les différentes identités ; après ça ne me pose pas de problème qu’on retrouve mes posts sur forums des dernières années, ou qu’on regarde mon activité sur DeviantArt par exemple.

    @Bruine > Je suis bien d’accord. Au bout d’un moment il devient lassant de repartir toujours de zéro. Si on veut rencontrer des gens, il vaut mieux pouvoir se reconnaître.

    Merci à tous de vos témoignages !

  • Je pense que cette vision est vraiment propre à chacun.
    J’ai commencé sur le net avec un pseudo (que j’utilisais déjà IRL, étant à la base un blaze de graffiti), puis les choses ont évoluées, je me suis mis a publier sur le web certaines de mes activités connues de mes proches (la photo notamment), les publier sous mon pseudo n’avais pas de sens : ceux-ci ne me connaissant pas forcément sous ce nom. C’est à ce moment là que j’ai commencé a arpenter le web de mon vrai nom. Mixant de plus en plus les deux (inscrit sur des forums sous pseudo, mais donnant le lien vers mes sites donnant ma véritable identité).
    Aujourd’hui, je vois ma facette web comme une de mes nombreuses facettes de la vie réelle, pas tout à fait identique, mais pas tout à fait différente.
    J’ai été amené durant ma vie à côtoyer des milieux aussi divers que variés, présentant tour à tour une image adaptée, ou non (en fonction de mon humeur joueuse). Pour moi le web, c’est un peu la même chose. Pseudo ou non, masque ou non, en fait.

    • C’est vrai. Moi qui suis photographe à mes heures j’ai également un compte Flickr à mon nom « de ville », je pense pour les mêmes raisons que moi. Idem pour Viadeo et LinkedIn pour le cercle professionnel. J’imagine que chacun comprendra pourquoi je ne souhaite pas trop faire de lien entre ces présences en ligne… (même si de plus en plus, j’inclus Cosmo sur mon CV il est vrai. Pour bosser dans le web, ce genre d’expérience ouvre des portes.)

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