Cosmo [†] Orbüs

Création en ligne et sens de la vie

« Ris, tout le monde rira avec toi.
Pleure, tu seras seul à pleurer. »

Dans une vidéo monologuée de Réponse à Internet, Dany « Caligula » s’en revient sur les ondes. Je vous laisse voir le film, si vous ne l’avez pas vu.

On avait guère de nouvelles de Dany, depuis un long moment. En tous cas, je n’en avais pas moi qui ne me suis pas non plus donné la peine d’en chercher. Je regardais ses vidéos à l’époque de Doxa, son émission de vulgarisation philosophique, et sans avoir forcément conscience qu’il y incarnait un personnage (ce qu’il dit aujourd’hui), je trouvais ça vraiment bien.

Et donc : Dany revient. Et il revient de loin.

Ce monologue, litanie interminable des horreurs reçues pour avoir simplement parlé devant une caméra, de philo qui plus est, me renvoie à ma situation personnelle et je voudrais donc y ajouter quelques éléments, quoique je n’ai jamais eu à subir de tels monceaux d’insultes. Moins exposés, les blogs textuels comme il en reste un peu, comme le mien donc, sont sans doute plus à l’abri.

De cette prise de parole salutaire, je retire plusieurs choses.

On ne sait pas ce qu’on fait

Mais il faut le faire quand même.

On explore, on découvre. Avant que le web ne soit devenu le grand supermarché global et verrouillé qu’il tend à être tout à fait, une grande masse de gens venus de nul part, Dany, Le joueur du grenier, Usul, et pas mal d’anciens anonymes aussi – moi par exemple, sortent de chez eux (ou pas) pour publier en ligne. C’est clair qu’on va se planter, que certains tomberont dans des travers mercantiles, que d’autres se radicaliseront dans des démarches très particulières ou carrément à côté de la plaque. On improvise tous, et quand ça rencontre une forme de succès, on essaie d’en vivre. On n’invente pas de nouvelles manières de créer parce qu’on se prend pour des pionniers, on prend d’abord et avant tout les outils qu’on a : Youtube, l’autoédition, qu’on essaie de rendre viables avec des Tipeee, des Flattr et de la vente de T-shirts parfois. On est, comme le dit Dany, des enfants du piratage, de logiciels, de films, de séries, combien de Youtubers ont payé leur licence d’Adobe Première ? Nous sommes les premières retombées, au point de vue communautaire, de cette culture, on lui doit tout. On apprend, on invente le truc au fur et à mesure, peut-être pour « créer quelque-chose qui nous rende fiers », peut-être pour ne pas être que l’employé lambda d’un job alimentaire qu’on déteste parfois. Dans Fight Club, qui est décidément une source inépuisable d’inspiration existentielle pour moi, Palahniuk dit :

« […] je vois tout ce potentiel, et je le vois gâché. Je vois une génération entière qui travaille à des pompes à essence, qui fait le service dans des restos, ou qui est esclave d’un petit chef dans un bureau. La pub nous fait courir après des voitures et des fringues, on fait des boulots qu’on déteste pour se payer des merdes qui nous servent à rien. On est les enfants oubliés de l’Histoire mes amis, on n’a pas de but ni de vraie place, on n’a pas de Grande Guerre, pas de Grande Dépression. Notre grande guerre est spirituelle, notre grande dépression : c’est nos vies. La télévision nous a appris à croire qu’un jour on serait tous des millionnaires, des dieux du cinéma ou des rock-stars, mais c’est faux, et nous apprenons lentement cette vérité. Et on en a vraiment, vraiment, plein le cul. »

Et c’est vrai : on ne sera pas des rock-stars, pas des millionnaires. Mais si on peut continuer nos vies banales avec un petit plus, ce que le vocabulaire courant galvaude en « passion », éteignant totalement la portée de puissance addictive, le sentiment de grandeur et de dépendance et la force de bâtisseur que ces « passions » nous inoculent, si l’on peut continuer nos petites vies déterminées par tant de facteurs, tout en cultivant un quelque-chose qu’on ne devrait qu’à nous, si l’on peut être équipier à MacDo 35h par semaine, ou que sais-je, et bûcher sur de la philo, de la littérature, des sciences, se hisser à la force de notre corde à vie non pas au dessus des autres, mais au dessus de nous-mêmes, bifurquer volontairement de nos destins, soit juste un peu, soit complètement, pour explorer, même sur les heures du soir et les weekends, ce qui nous attire réellement ; est-ce que ça n’en vaut pas la peine ? On sera toujours écrasés par le poids symbolique et factuel de ceux qui réussissent mieux que nous. J’ai un énorme complexe face aux universitaires, qui creusent toute la journée les sujets que j’ai du mal à aborder sur mon temps libre, qui font des thèses sur des auteurs dont je n’ai même pas lu une phrase (et dont il paraît qu’ils sont indispensables) – comment voulez-vous lutter ?

« Tu n’as pas le droit d’être ce que tu veux. »

Ce sentiment participe également d’une forme de domination tel que Dany l’évoque en parlant d’orientation sexuelle (et je ne peux que soupçonner l’ignoble violence que ça doit être de recevoir ce genre d’injonctions brutales à rentrer dans le rang de la « virilité » construite et néfaste), et qui s’applique également dans l’idée de la création en ligne. Argument d’autorité institutionnalisé, crise de la légitimité inscrite dans les cervelles au fer rouge d’une société qui se voudrait démocratique tout en confisquant la parole de tous les non-experts, c’est à dire son énorme majorité. Oui, on parle sans savoir, sans parfois soupçonner tout ce qu’il y aurait à savoir. J’ose parler de science-fiction sans avoir lu la plupart des classiques, sans connaître les auteurs de référence et la théorie générale de la littérature ? Qu’on m’arrache mon clavier, ne me laissez pas faire.

D’une certaine manière toute paradoxale, le « comment vivre sachant qu’on est moins que rien ? » cité par Dany est à la fois une barrière et une propulsion formidable. Parce que penser par structures pour comprendre le monde et les attitudes qui nous entourent, les échecs ou réussites scolaires et professionnelles, les destins sociaux tels que décrits par Geoffroy de Lagasnerie ou Edouard Louis, ça ne fonctionne plus dès qu’on s’en remet au niveau du sol, c’est à dire au niveau du soi. Il est très difficile de prendre du recul sur soi. Si le libre arbitre existe ou non, peu importe puisqu’il y a cette impression ancrée en nos cœurs et nos tripes – jusqu’à nous rendre malades parfois – qu’on doit faire des choix, qu’on en fait quotidiennement et que ceux-là nous amènent et nous déterminent, même ou surtout lorsqu’ils sont inconscients, à faire de nous ce que nous sommes. S’arracher au déterminisme, à ce « futur majoritaire » pour citer Damasio, est-il seulement possible ? Ou n’agissons-nous qu’en fonction de ce que nous sommes déterminés à faire par l’ensemble de ce qui nous environne, nous traverse et nous rattache à la vie ? Après tout, de nombreux salariés même bien placés et enviables quittent leurs jobs pour créer un petit resto, pour fonder une startup à vocation sociale, pour faire de la création ou de l’associatif, c’est très générationnel, même si chacun d’entre eux obéit à une envie, une quête de sens qu’il trouve d’abord en lui-même et dont il se persuade souvent qu’elle n’est que personnelle. Vivrais-je un jour de mon écriture ? Je ne sais pas, mais si j’y arrivais comment saurais-je si c’est parce que je fais l’effort de me tracter hors de mon devenir principal, ou si c’était « simplement » mon destin, une évidence liée à mon parcours social, mon époque, mon environnement, mes ressources et mes rencontres ? Tout ce qui semblera tellement évident aux sociologues, d’aujourd’hui et de demain. (Et au fond, est-ce que ça a la moindre importance ?) N’a-t-on pas le droit d’être ce qu’on veut ? Clairement pas : il faut arrêter de résonner en termes de « droit » en dehors du champ légal. (Je ne parle pas du respect de son identité, orientation sexuelle ou mode de vie, attention. Dans ces cas, oui c’est un dû que d’être respecté comme ce qu’on est.) Le fait de d’auto-déterminer, ou de s’accomplir, ou de trouver un sens à sa vie n’est pas un dû, c’est un désir. Et ça ne le rend pas illégitime. Est-on sûrs de seulement vouloir ce qu’on veut ? Où d’être déterminés à le vouloir, à suivre aveuglément cette quête de « sens » typique d’une génération paumée parce qu’on lui avait dit qu’elle aurait le choix d’être et de comment être ?

Que le libre arbitre existe ou pas, nous devons guider nos vies comme si c’était le cas. C’est l’illusion qu’il existe qui nous donne les forces de faire quelque-chose. Ce qui n’exclut pas la vision spinoziste des choses : à savoir connaître les déterminismes qui pèsent sur nous pour ne pas agir aveuglément et s’illusionner sur notre pseudo absence d’entrave. Bien sûr qu’on n’est pas libres ! Mais que voulez-vous qu’on fasse d’autre que de mobiliser nos forces, nos moyens, nos tripes et nos rages pour tenter quand même d’accomplir ce qui nous semble le valoir ?

Le web est ras-la-gueule de trucs fabuleux, de créateurs incroyables et de bouquins mieux que les nôtres, mieux que ce qu’on fera en toute une vie. Je vais avoir trente ans, le retard accumulé est proprement impossible à combler d’avec les Mozart de huit ans qui brillent de talent apparent et de facilité feinte à faire tout ce que j’ignore. La jalousie me bouffe, et chaque jour passé à faire autre chose que bosser sur mes propres rêves me donne envie de pleurer rien qu’en voyant les autres faire tant de choses fabuleuses. Pourtant, j’ai bien conscience que ce sentiment est dangereux : la jalousie est bonne si elle pousse à faire des choses incroyables, à « se dépasser » comme on dit sur LinkedIn, tout comme l’est la course à l’ego si elle favorise tout ce qu’on fait de bien – même si c’est pour se mettre en valeur. J’essaie de faire les choses qui me paraissent importantes (même si des fois, pfffff), et bien sûr que c’est en bonne partie par désir de reconnaissance, mes proches le savent pertinemment ; est-il si terrible de faire de belles choses pour des raisons mesquines ? Ne voulons-nous pas tous être considérés pour ce qu’on accomplit de méritant, surtout lorsqu’on est pas obligé de le faire ?

Il faudrait réussir à dépasser tout ça pour jeter des ponts entre nous. Ne pas se lamenter sur ce que les autres font, mais s’en servir comme autant de marchepieds pour continuer leurs œuvres, ou l’œuvre globale que l’on érige avec ceux qui partagent nos sentiments, nos sujets d’intérêt, les messages qu’on veut faire passer, une certaine vision du monde ou du moins la richesse qui émerge de la friction fertile de nos visions du monde. Lorsque je lis l’interview de quelqu’un que je voudrais rencontrer moi-même, pourquoi ne pas approfondir ses réponses plutôt que de me morfondre sur celles dont il ou elle à gratifié mon collègue ? La publication sur Internet n’est pas qu’une course d’egos surdimensionnés (ne devrait pas l’être, pas uniquement), elle permet aussi cette « rivalité positive » (le terme est de mon pote Irénée Régnauld) qui tire tout le monde vers le haut. Les Youtubers qui s’entre-invitent les uns les autres sur leurs chaînes respectives la pratiquent, les blogs-BD et les blogs textuels aussi, depuis longtemps. On peut se tirer la bourre indéfiniment ou entrer en résonance. Ramer chacun pour sa gueule ou dans la même direction. Les structures, associations, groupes et courants créatifs suivront, ils suivront ce mouvement fondamental qui est déjà largement initié. Il faut dire aux gens qu’on admire, et dont on admire le boulot, que c’est le cas. Et il faut construire ensemble. Parmi les auteurs en ligne, j’admire et j’aime le boulot de Dany Caligula, de Neil Jomunsi, de Irénée Régnauld, de Alt234, du Fossoyeur de Films, de Camille Gillet, de Thomas Munier, de Blaise Jourdan et de tellement, tellement d’autres auxquels je ne pense pas immédiatement parce que je fonctionne par cycles. J’ai le choix de chialer de ne pas être eux, ou de rebondir sur ce qu’ils font pour participer à un ensemble, apporter ma pierre à un truc de grand et de beau, d’important peut-être. D’important, quoiqu’il en soit et malgré les doutes, les attaques et les ricanements, d’important putain, d’important pour nous.

~ Antoine St. Epondyle

« Parce que le plus important n’est pas ce que tu es, mais ce que tu as choisi d’être. »

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13 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Chacun de nous est la seule personne légitime à pouvoir dire qui on est. Qui on veut aimer. Si on est homme, femme, les deux, aucun des deux, autre chose ou un mélange. C’est peut-être même notre seule liberté réelle.

  • Le grand problème aujourd’hui est un problème de respect, de tolérance, vis-à-vis de ce qui s’appelle : la recherche. Nous ne sommes pas tous théoriciens et spécialiste en effet, mais ceux-ci ont bien débuté un jour, non ? et toute une vie dans une science ne rend pas un spécialiste… 100% fiable. N’est ce pas le propre de la recherche que de tester, et donc, par définition, de se tromper ? Ssans tatonner et chercher, réfléchir, se poser des questions parfois saugrenues, avec une petite touche de hasard de la vie (qui a inventé l’aspirine en cherchant toute autre chose ?), serions-nous aussi inventif ? Le propre de l’humain est de se poser des questions, et c’est pour ça que notre espèce est devenue ce qu’elle est. La seule espèce a aimer à ce point se triturer le cerveau, comprendre et chercher des solutions ou d’autres chemins vers un même but. Ca s’appelle l’inventivité.

  • J’ai pris le temps d’écouter la vidéo (que je n’aurais pas vu sans ton billet), puis de lire ton billet.
    Les inquiétudes, les questions soulevées, la fébrile névrose entre le plaisir et la culpabilité… Tu le dis si bien que je commente davantage pour te soutenir, que pour apporter quoi que ce soit d’intéressant.

    Je me retrouve beaucoup, et j’aime ce que tu as dit. Je pense que c’est effectivement important d’avoir conscience de ses jalousies et de ses freins, pour apprendre à les dépasser. Pour les empêcher de nous empêcher.

    Aujourd’hui, quand j’entends ou lis des gens qui critiquent le travail des autres personnes, souvent avec une virulence terrible, j’entends une volonté de goûter à ce travail, sans pour autant s’en donner la peine. Je l’entends parce que j’en ai pris conscience il y a un peu plus d’un an (ou deux ? J’ai un souci temporel en ce moment).
    Je me suis rendue compte de ce biais : ne pas faire, se haïr pour ça, haïr les autres quand ils font, préférer se complaire dans cette haine pour falsifier un sentiment de supériorité qui masque – mal – une douleur sourde : celle de ne pas avoir eu le cran d’essayer aussi.

    A chaque fois que ça me reprends, je me mets une claque violente pour tenter de passer ça. J’aimerais tant mieux dessiner pour pouvoir faire quelques idées très précises qui me tiennent à coeur, mais le temps qu’il me faudrait allouer à l’apprentissage ne m’est pas sacrifiable pour le moment. En prenant conscience de ces choses, j’apprends à ne pas être (trop) frustrée par ça.

    Quand je vois le boulot d’un(e) autre, j’essaie de jeter au loin ma jalousie/sentiment d’infériorité pour tenter d’apprendre. C’est douloureux, fatiguant. On a tellement envie de se dire « à quoi bon ? » et de se contenter de tout arrêter.

    Tu parles à un moment de nos incapacités à en vivre, ou même à trancher sur l’origine de nos désirs et choix, et ce que j’aime beaucoup dans ton discours, c’est que tu rappelles que ça n’a pas d’importance. Ce qui est important est de faire.
    C’est un discours profondément positif auquel je souscris totalement.

    J’ai retenu cette phrase (que j’utiliserai en en-tête pour partager ton billet) : « si l’on peut […] se hisser à la force de notre corde à vie non pas au dessus des autres, mais au dessus de nous-mêmes »

    Bien que j’ai beaucoup aimé ton billet, je vais surtout te remercier pour cette phrase qui fait tant écho à mes désirs !

    • Mouais, et en même temps (toujours schizo de s’auto-commenter…) je ne vois pas trop où est le positif dans tout ça. Parce que le « il suffit de le faire peu importe ce qui t’est rendu » fonctionne un temps, mais juste un temps. A un moment, à stagner, on n’en ressors plus grandi, on s’épuise.

  • J’éviterai de faire le vieux sage ? singe ? en disant  » Allez Antoine, arrête de te culpabiliser, redresse la tête ! ou plutôt non, penche la tête sur ton clavier et continue à écrire… » J’avoue que c’est facile quand on a 69 ans comme moi, qu’on a travaillé sans trop se faire exploiter ( ce qui m’a permis de m’investir ) la parenthèse c’est pour les personnes qui pressurent actuellement le capital humain sans se rendre compte que les trentenaires souffrent ou sont désabusés. Quoi qu’il en soit, je la trouve intéressante ta réflexion sur le désir d’être reconnu à travers tous ces nouveaux outils ( blogs et toutes les inventions du numérique et de la fée internet. Je suis en train de me demander si tous ces états d’âmes que tu évoques ne sont pas nés de la Matrice ( autre nom de l’internet ) car moi lorsque j’avais 30 ans, en 1979 donc, je ne me posais pas ce genre de questions. J’avançais dans ma vie professionnelle et dans ma vie de papa avec 2 enfants sans trop me demander à quoi ressemblerait mon avenir. Bien sûr, je lisais de la SF. C’était d’ailleurs la grande époque des Silverberg, Brunner, Andrevon, Asimov, Aldiss… mais le téléphone passait juste à plus de chiffres et le monde se décryptait pour moi grâce au Nouvel Obs. Une autre époque !

    • C’est drôle, tu es le deuxième à me dire à quel point tout ça est générationnel. Ce que je peine à entrevoir. Et quand je cause aux gens de mon âge, toutes ces questions me semblent très partagées. La vidéo de Dany le montre un peu, d’ailleurs. Finalement tout ça à ceci d’intéressant, que si la crise névrotique de la quête « de sens » ou « de soi » est partagée par tous les moins de 30 piges, en gros, l’effet de masse pourrait bien donner quelque-chose de gros dans un avenir plus ou moins proche.
      On a eu les premiers Youtubers il y a 10 ans. Puis leur diversification et l’explosion du nombre. Dany explore les premières « retombées » des effets néfastes, du harcèlement et de la réaction à ça à cette échelle. Nul ne sait où l’on roule actuellement à pleine vitesse.

  • Je crois que tu poses, comme Dany, la question à un trillion de dollars : « qu’est-ce que le sens de la vie ? »
    Chacun ou chacune d’entre nous peut répondre pour lui ou elle, et seulement pour lui ou elle. Et mieux, je crois que chacun et chacune a le devoir de s’en poser la question. Pour moi c’est la seule question nécessaire pour assumer pleinement être humain. Qu’on ait ou pas la réponse, finalement, ce n’est pas ce qui compte.
    Ce qui compte c’est la question elle-même, et le chemin qu’elle va nous amener à emprunter.
    Il va être pavé de bonnes et de mauvaises rencontres, de difficultés et de facilités, d’échecs et de réussites.
    Mais il sera notre tentative de réponse.
    Certains, beaucoup plus qu’on ne le pense, d’ailleurs, se saisissent de cette question en mettant en œuvre leur pouvoir de Création.
    D’autres vont aider leur prochain, d’autres encore vont maîtriser leur corps, et bien d’autres approches peuvent exister.
    Qu’est-ce qui nous rend légitime ? Le simple fait d’exister. Le simple fait d’avoir la conscience de notre existence nous rend légitime à créer.
    Que la création soit jugée inférieure à d’autres, que nous la jugions nous-même insignifiante, ou qu’elle soit encensée, elle a une valeur à nos propres yeux, mais aussi aux yeux de l’univers dans son ensemble.
    Sans être déiste, nous pouvons peut-être convenir que l’univers aime inventer, créer, souvent sur d’anciennes créations, que chaque organisme crée à sa façon, qui une nouvelle façon d’échapper aux prédateurs, qui un système planétaire un peu différent, qui un atome plus complexe.
    Nous créons parce que nous existons.
    Assumer cette part de nous-mêmes c’est juste accepter notre place dans ce monde.
    Même si ce monde a tant changé, ou pas tant que ça hélas…
    Pour moi, le sens de l’existence, de mon existence, est justement lié indissolublement à la création, aux liens qui existent entre les choses, les gens.

  • Je ne vais pas etre tres constructif pour ma part, je ne peux que dire à quel point je me retrouve dans cette « frustration » (superbe groupe de musique au passage ;) ) face à tout ce qui se fait, tout ce qu’on nous fait miroiter et à notre propre catharsis (merde, l’orthographe…)
    Sinon, sur le même sujet, je ne paraphraserai pas, je dirai juste que Nietzsche parle très bien au final de tout cela au travers Zarathoustra, avec son point de vue évidemment, en dehors même des nouvelles technologies qui certes exacerbent le phénomène, et qui rejoint pleinement ta phrase que reprend Camille. J’en profite au passage pour affirmer que je suis totalement d’accord avec ses propos.
    Encore merci Epondyle.

  • J’écouterai le reste de la vidéo une autre fois (mais c’est très intéressant jusque-là); j’ai surtout lu ton article, et je l’adore, je suis tellement d’accord! Je dirais seulement que, pour moi, il n’y a aucune part sombre dans ce constat. Je ne revendique rien par rapport à une quelconque souffrance, car j’y vois simplement l’évidence, et même la seule lumière… Je ne reconnais ni le discours selon lequel on aurait le « droit » de vivre de son art (comme tu le dis si bien, ce ne peut être qu’un désir, mais que j’aime ce mot et qu’est-ce qu’il est puissant!), ni celui selon lequel il faudrait le « mériter ». Je ne crois pas au mérite. Il n’y a que la volonté, mais la volonté suffit.

    Je parlais de ça sur Twitter, mais je sais que je dois en faire un billet (tout ce que l’on doit faire… :-P). Le talent est une pacotille, et l’existence est un miracle. Tu es toi et personne d’autre ne peut l’être à ta place; n’est-ce pas fabuleux? Cette seule idée m’emplit d’une joie sans nom, face à laquelle toute jalousie, toute frustration, toute conscience de ma propre médiocrité n’a plus d’importance.

    Je pense que tu poses aussi la question du rapport à sa propre origine, qui me rappelle, justement, mes lectures universitaires ;-) ce mémoire de philosophie politique que je n’ai en somme jamais écrit, mais qui m’a permis des réflexions toujours fécondes. Ça parlait de démocratie, et de la « division originaire du social », qui désigne cette séparation de la société d’avec sa propre fondation, ce paradoxe entre l’exercice actuel de notre volonté et notre propre naissance, qui précède nécessairement notre volonté… Je me rappelle aussi de beaux textes d’Arendt et de Lévinas, chaque nouvel Homme est un « débutant » au sens double, en tant qu’il apprend des autres, mais aussi qu’il contient le germe d’un début, d’un changement; ou l’Histoire comme liberté de l’Homme, car c’est en s’arrachant à ce que nous étions, d’où nous venons, que s’écrit le récit qu’on appelle l’histoire.

    Donc oui, la volonté, la liberté vient de quelque part, nous venons de quelque part, mais cela ne diminue ni n’obscurcit rien si tant est qu’on accepte qu’il n’y a rien d’autre; pas de volonté qui puisse s’être voulue elle-même, pas de liberté qui soit librement née à elle-même…

    Voilà. Je t’envoie de l’amour.

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