Cosmo [†] Orbüs

[MJ] 10 conseils pour favoriser l’immersion

La fonction du Meujeu lors d’une partie comprend plusieurs aspects. Parmi ceux-ci se trouve l’ambiance de la partie, et l’immersion des joueurs dans l’univers du jeu. Car si le fait de créer un climat favorable à immersion et à l’ambiance est bien-sûr le rôle de tous les participants, c’est d’abord au Meujeu que la tâche incombe de donner le ton.

A l’usage des débutants et des rôlistes confirmés, des jeunes et des vieux, voici mes 10 conseils pour favoriser l’immersion dans votre partie.

  1. Jouez debout.
    En tant que Meujeu, vous donnez le ton. Soyez mou et léthargique derrière votre écran, et les joueurs feront de même. Aussi, une bonne immersion dans l’univers et la partie qui s’y déroule demande au Meujeu d’être dynamique ! En conséquence, il jouera debout pendant toute la partie. De plus, cette posture vous situe d’emblée au centre de l’attention de la table, et assoit votre autorité auprès des joueurs.
  2. Affirmez votre autorité.
    Vous vous proposez de créer un imaginaire pour vos joueurs, vous vous êtes fendu d’un scénario, la moindre des choses est qu’ils écoutent ce que vous avez à leur dire. Posez donc votre autorité, évitez de parler en même temps que les joueurs pour ne pas diluer votre description (et donc votre ambiance) dans un flot de bavardages. Enfin, soyez ferme lorsqu’il s’agit de terminer votre description ou de faire taire un importun qui veut absolument « aller fouiller les poches du cadavre » alors que vous essayez de créer une tension dramatique.
  3. Décrivez en fonction des 5 sens de vos joueurs.
    Trop de Meujeux l’oublient : les personnages sont plongés dans leur monde en entier. Ils le perçoivent donc avec leurs 5 sens (ou plus ?) et pas seulement la vue et l’ouïe. Aussi, dans vos descriptions essayez de varier les sens auxquels vous faites référence afin de plonger plus complètement vos joueurs dans l’action. Cette auberge n’est pas simplement sombre et bondée, elle exhale aussi une moiteur nauséabonde aux relents de bière bon-marché et de sueur. On doit brailler pour se faire entendre dans le brouhaha général et le sol est légèrement collant. Tout de suite, on visualise mieux.
  4. Parlez comme vos PNJs.
    Ce que je conseillais pour les joueurs en termes de roleplay est aussi valable pour le Meujeu. Pour incarner vos PNJ et donc proposer un interlocuteur crédible et immersif à vos joueurs, vous devez parler comme eux, à la première personne. Toutefois, ne reprenez l’accent, les défauts de prononciation éventuels, ou la diction particulière de vos PNJs que si vous vous en sentez l’étoffe. Car même s’ils seront toujours appréciés, vos talents d’imitateurs pourraient être l’objet de taquineries autour de la table. En outre, il faut du courage pour garder un accent approximatif pendant toute une partie.
  5. Chantez, mimez, bruitez, criez, tranchez.
    Selon moi une narration ne peut jamais être aussi expressive que lorsqu’elle est mise en scène. Pour théâtraliser votre partie, n’hésitez pas à y mettre du votre en mimant, en bruitant, et en adaptant votre narration à la situation. Si un PNJ crie, criez. S’il chante, chantez. Et ainsi de suite. Même si cette méthode peut valoir à l’occasion quelques instants de solitude, elle sera toujours agréable pour vos joueurs, et les incitera à faire de même.
  6. Dosez le volume et le rythme de votre voix.
    Dans le même esprit, vous pouvez adapter votre narration l’ambiance du moment afin de favoriser l’immersion. Ainsi, lors des scènes confuses où les PJs voient et entendent beaucoup de choses, parlez vite et fort. Vos joueurs ne comprendront pas tout, et c’est le but recherché. A l’inverse lors d’une scène calme et posée, ralentissez votre diction, et parlez moins fort.
    Ainsi, vos joueurs suivront les modulations de votre voix et s’immergeront plus facilement. Il est normal de parler fort dans la confusion du combat, et de chuchoter lorsqu’au coin du feu on ne souhaite pas réveiller un jeune enfant assoupi par exemple.
  7. Graduez les changements d’ambiance.
    De manière générale, vous n’arriverez pas à mobiliser vos personnages autour d’une situation en contradiction avec l’ambiance du moment. Les transitions brutales d’une ambiance a une autre sont assez rarement efficaces. Aussi, pour arriver à une scène d’horreur innomable ou de combat épique, prévoyez votre effet un peu à l’avance et commencez à amener par petites touches les éléments d’ambiance. Soit en commençant à jouer une musique un peu glauque, soit en aménageant une scène de tension « avant la bataille » par exemple. Les films les plus épiques y parviennent en général très bien, voir Les Deux Tours.
  8. Collez à l’ambiance du moment.
    Dans la même ligne que le conseil précédent, faites en sorte de suivre le ressenti de vos joueurs et d’y coller au maximum. Il arrive que malgré vos efforts, votre table vous échappe et instaure une ambiance contraire à celle que vous avez essayé de créer. C’est le cas des séances de déconne en pleine tension dramatique ou des montées de pression totalement hors-sujet (quand les PJ se font peur tout seuls). Dans ces situations, essayez autant que possible de suivre le ressenti de vos joueurs, sauf si cela pourrit vraiment votre partie, mais c’est rarement le cas.
    Contraindre une table à changer d’humeur d’un coup (« Fermez-la, vous avez très peur. ») est en général un moyen de créer du mauvais roleplay, trop forcé et de mauvaise grâce. Prenez le temps de graduer votre changement d’ambiance, même si cela rallonge un peu votre scène.
  9. Ne jouez jamais sans musique.
    Malgré les inconvénients logistiques engendrés par la musique en JdR, le fait de pouvoir en utiliser devient vite indispensable. En effet, le fait d’avoir sous le coude une playlist créée pour l’occasion, orientée de préférence en fonction du jeu, voire même de la partie spécifique que vous êtes en train de jouer, permet de plonger les joueurs dans l’univers du jeu. Préférez les airs peu connus pour éviter de briser d’un coup tous vos efforts lorsqu’un joueur maladroit déclarera d’un coup « Hé, mais c’est la musique des Pirates des Caraïbes ! »
    Dans le même esprit, les bruitages peuvent servir à placer un bon climat d’immersion. Attention à ne pas essayer de bruiter chaque scène, c’est impossible et totalement fastidieux. Toutefois, un bruitage récurrent comme le cri lointain des corbeaux, le souffle du vent ou encore la pluie qui tombe peut servir à donner le ton avant même votre description. En outre, cela permettra parfois de conserver dans la mémoire des PJ certains éléments d’ambiance, en particulier la météo.
  10. Soyez dur.
    La réalité est souvent rude, a fortiori dans les jeux d’horreur ou d’aventure dans lesquels les personnages doivent (apprendre à) surmonter des difficultés. Aussi, une bonne immersion peut nécessiter de votre part d’être aussi dur que le monde dans lequel les personnages évoluent. Sans tomber dans l’excès de gore et de violence gratuite (qui fera plutôt rire tout le monde), il est souvent nécessaire de faire perdre des plumes aux joueurs et aux PNJs. Dans Donj, privez les de leurs objets magiques préférés. Dans Cthulhu, jouez avec toutes les règles de maladie et de survie (« Elle a pas une odeur bizarre cette eau ? »). Dans Vampire, utilisez la tension créée par le jour qui se lève. Et lorsque la situation le demande, tuez des personnages.
    Une immersion réussie passe évidemment par la sensation partagée des joueurs qu’ils ont quelque chose à perdre. Si vous voulez faire peur, ou faire pleurer, encore faut-il qu’ils aient des raisons de le faire. Les rires et les éclats de joie arriveront d’eux même lorsque, à l’inverse, vos PJs auront réussi à sortir indemne des pires situations.

Même s’il faut éviter de se polluer la tête avec trop de techniques et de méthodes miracles lors d’une partie, pour favoriser le naturel, j’espère que ces quelques conseils personnels pourront vous aider à créer un vrai climat d’immersion. J’essaie d’ailleurs de les appliquer lorsque je passe derrière l’écran.

Cette liste n’est toutefois pas objective ni exhaustive. J’en appelle donc une nouvelle fois aux Meujeux de passage pour vous demander : Et vous, quelles sont vos méthodes pour favoriser l’immersion à votre table ?

-Saint Epondyle-

5 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • De bons conseils exposés de manière claire, que je trouve également très utiles

    J’adhère totalement au besoin de "s'imposer" (fermeté, non pas brutalité ^^) en tant que MJ, qui pour le coup a besoin d'être le centre de l'attention. Il n'est pas question ici de mégalomanie ou de tyrannie : hé ouais, si les joueurs viennent à votre partie, c'est pour entendre et vivre le scénario du MJ, et pas pour qu'il fasse son timide.

    Pour les MJ débutants, je pense qu'il s'agit vraiment du principal à assimiler. Étant plutôt timoré de nature, et plutôt en retrait, j'ai fait un vrai travail sur moi même pour m'imposer lorsque je maitrisais mes parties : le jeu en vaut carrément la chandelle et le scénario passe infiniment mieux, les joueurs sont beaucoup plus attentifs à vos descriptions et l'immersion globale dans l'ambiance est vraiment meilleure. Vous pouvez avoir des descriptions léchées et vraiment bien écrites, mais si vous vous contentez de les lire d'une voix timide, limite apeurée, elles ne passeront pas. Ce qui m'a personnellement grandement aidé à renforcer ma confiance en moi en JDR comme dans la vie quotidienne, mais là on part dans "Psychologie magazine" ^^

    Au niveau de la "cruelle réalité" et du besoin d'être dur, à Donj', il existe une façon encore plus marrante de réduire l'impact d'objets magiques puissants : les rendre maudits. Tout se paie d'une façon ou d'une autre, non?

    • Merci de ta réaction.

      Je te rejoins en tous cas sur l'idée que le JdR peut avoir une résonance dans le reste de la vie. Le travail sur soi permet souvent d'être réutilisé dans d'autres domaines. Par exemple, professionnellement je m'en suis inspiré pour des entretiens d'embauche ou des mises en situation pendant des sessions de recrutement.

  • L'âge aidant et mon métier étant déjà principalement debout j'ai trouvé la parade en jouant sur une chaise de bar.
    Pour ce qui est de l'immersion je te rejoins totalement sur la playlist en fonction des parties. Encore plus vrai dans une campagne qu'on écrit au long cours. En général je prépare ma playlist en fonction de mes idées directrices puis je l'écoute en boucle pour imaginer les scènes qui vont la composer. Au final ce n'est pas une méthode magique mais il arrive de vivre des scènes avec les joueurs qui collent à la perfection avec l'ambiance musicale, voire au rythme même des morceaux choisis.
    Et oui, on meurt à ma table, je n'ai aucun souci avec ça. C'est le piment des parties surtout avec des joueurs vétérans, qui pensent qu'il n'ont qu'à se reposer sur leurs lauriers d'expérience rôlistique pour plier la partie.
    Je ne tue jamais pour le plaisir sadique inhérent à la fonction de meneur. Je presque tue quand les joueurs ont fait les mauvais choix avec toutes les cartes en main (avertissement) et ils meurent quand ils persistent. Tous l'acceptent et reviennent motivés.
    Le plus motivé est un joueur d'INS/MV, qui est mort cinq fois de suite..
    Ma dernière touche pour favoriser l'immersion, il nous arrive d'inclure une pause repas dans nos parties, et rien de tel que de prévoir de la cuisine en rapport avec l'univers, la taverne ou la contrée éloignée que visitent les joueurs. Avec une cuisine proche de votre espace de jeu vous conservez l'immersion olfactive pour le reste de la partie !!

    • Déterrage de topic ! :)
      J’adore l’idée de la pause déjeuner dans le thème de la partie! On avait fait un Chili Con Carne pour un scénario de Delta Green (bon c’était pas au Texas mais ca avait mis un peu l’ambiance quand même ^^).

      Dans le même esprit, à une partie de D&D, mes PJs se sont retrouvés vendus comme esclaves dans un pays désertique. Une fois échappés de leur prison, à courir au milieu des immensités du désert, je leur avais retiré toutes les boissons et toute la nourriture à table. Je ne leur ai rendu qu’1h plus tard, lorsque leurs PJs avaient eux même trouvé de l’eau et de la nourriture dans le jeu… Du coup avant de partir en expédition les fois d’après, ils faisaient bien attention à faire leurs provisions ^^

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