Cosmo [†] Orbüs

Introduction au Bullet Journal adapté au jeux de rôle

Pendant plus de 10 ans, j’ai préparé mes parties de JdR coincé entre deux formats de préparation : le scénario fini (soit du commerce, soit tapé et mis en page par mes soins) et la prise de notes bordélique moitié sur post-it volants, moitié tout-dans-la-tête. Autant vous dire que mes scénarios perso n’arrivaient jamais au niveau de mise en forme d’un scénario du commerce, et que ça n’était même pas souhaitable – bloqué que j’étais entre une tentation d’exhaustivité et d’adaptabilité en cours de jeu.

Puis j’ai découvert le Bullet Journal.

(Au passage, je précise que si le Bullet Journal est une marque déposée, il ne m’a rien demandé pour autant. Cet article, comme aucun autre, n’est pas sponsorisé. Je m’inspire de la méthode, c’est tout. Par ailleurs, un auteur de JdR propose actuellement à la vente un « cahier de parties » plus destiné à garder une trace qu’à préparer en amont. Le concept est sympa mais je n’ai pas testé.)

BuJo quésaco ?

Le Bullet Journal – BuJo – est l’un des rares apports de la culture « blog lifestyle » à l’humanité. La chose est largement publicisée par toute une frange de la blogosphère mode-cuisine-DIY-arts-créatifs qui, au passage, fait un travail de partage fabuleux sur ce sujet.

Pour faire court, le Bullet Journal est un système d’organisation de toute votre existence dans un simple cahier. Matériel nécessaire : cahier, stylo. C’est une simple discipline à adopter, terriblement efficace, qui permet de classer, archiver, planifier ses pensées pour devenir une machine de guerre d’organisation (logique d’optimisation personnelle, quantified-self, toussa toussa…). C’est surtout très pratique quand on est facilement distrait ou très occupé par des milliers de choses différentes. Le gros avantage du système, c’est qu’il se plie parfaitement à ce dont vous avez besoin. (Et c’est justement pour ça que les BuJo pré-formatés qu’on trouve dans le commerce ne servent à rien.)

A titre personnel, j’utilise le BuJo avec assiduité depuis un an. Au point qu’il m’est devenu indispensable pour organiser le Grand Chaos Tourbillonnant qui met continuellement le souk dans mon esprit (et pour être très actif dans moult domaines dont vous avez un bon aperçu sur Cosmo). Je ne vais pas vous faire l’article de la « méthode BuJo » ici, et vous encourage à en découvrir les bases par là ou par là. Toute une mini-communauté s’est formée autour de ce concept d’organisation et partage des milliers d’idées et de propositions pour améliorer le système et l’adapter à sa sauce. Au point que certains BuJo deviennent des cahiers de calligraphie plus destinés à finir sur Instagram qu’à servir réellement.

Personnellement, je ne m’embarrasse pas de décors kawaï ni de calligraphie colorée. Mon mojo à ce titre est l’efficacité. Si c’est plus long d’écrire dans le BuJo que n’importe ou ailleurs parce que je dois calligraphier le titre et les numéros de page, ça ne sert à rien.

Et donc, converti que j’étais à la méthode, c’est tout naturellement que j’y suis venu pour répondre à ma question initiale. Comment conjuguer l’exhaustivité d’une préparation de JdR « prête à publier » et la créativité souple et fun d’un sac de post-it torchés la veille de la partie ? En faisant pile entre les deux pardi !

(J’entends d’ici le gang des mindmapeurs fous, mais je vous arrête tout de suite. Personnellement je n’ai jamais aimé les mindmaps (cartes heuristique dans la langue de Booba), qui me semblent compliquées à gérer, bordéliques et pauvres en information. Pour ma pratique, ça ne convient pas mais chacun fait évidemment ce qu’il veut. D’ailleurs on peu tout à fait mettre des mindmaps dans un BuJo.)

Préceptes pour mes Bullet Journaux JdR

1. Le BuJo JdR doit être utile

Ça paraît évident, mais nous avons tous un écran devant les yeux, bourré d’informations qu’on ne lit jamais. Le Bullet Journal doit être le compagnon, en partie et hors partie, qui condensera vos idées, vos projets, vos notes et la suite des événements de toute la campagne. Je parle aux Meujeux et aux joueurs ! Toutes les feuilles volantes réunies sur un dos-carré-collé ; cette révolution s’appelle un cahier.

2. Le Bujo JdR ne doit pas (forcément) être beau

Si c’est pour calligraphier des runes elfiques et portraitiser de tous les PNJ de la campagne, c’est très beau, mais ça n’est pas le but. Bien sûr qu’un beau BuJo est agréable, certains sont presque des œuvres d’art. Mais si c’est pour ne plus oser écrire dedans, faire une rature et ajouter des notes dans les marges en cours de partie, ça n’est pas la peine. En cas de doute, se référer au précepte n°1.

Mes BuJo JdR ressemblent plus à des notes de cultiste dément griffonées en pattes de mouche sur des dizaines de pages. C’est moins joli, mais c’est utile. Et puis dans son genre, c’est sympa aussi.

Ceci étant, personne ne vous empêche de vous mettre au scrapbooking et de fabriquer des grimoires fantastiques pour raconter vos parties de JdR. Ce sont deux choses différentes : une technique d’organisation d’un côté, un « loisir créatif » de l’autre.

3. Le BuJo JdR doit être adapté et évolutif

Le Bullet Journal fonctionne à l’aide de structures de pages réalisées sur-mesure en fonction des besoins (les Collections). Rien ne sert de prévoir toutes vos pages dès le départ ! C’est long, c’est chiant, et ça tombera toujours à côté. La méthode permet de mélanger les éléments temporels (par exemple un compte-rendu de séance) et les éléments permanents (par exemple les scores de carac de vos PJ). Prévoyez au départ ce dont vous avez besoin à ce moment, et modifier / ajoutez ensuite au fil de l’eau. Quitte à reprendre une Collection pour en changer le format ou la diviser en plusieurs sous-Collections.

4. Le BuJo JdR doit être personnel

De la même façon qu’une feuille de perso ou un revers d’écran ne contentera jamais tout le monde, un Bullet Journal doit comprendre les informations dont VOUS avez besoin. Personnellement, dans ma vie personnelle mon Bullet Journal est mensuel plutôt qu’hebdomadaire ou journalier, car je n’ai pas de nouveautés à inclure tous les jours et mes choses à faire sont plutôt prévues à l’échelle du mois. Si un jour je travaille à mon compte, je passerai probablement en mode quotidien.

A quoi sert un Bullet Journal JdR ?

Dans la mesure ou les campagnes de JdR vont de « très très » à « pas trop » longues, un Bullet Journal peut être utile pour suivre à peu près n’importe quoi dans le cadre de cette activité.

J’ai commencé, moi même, à pratiquer le Bullet Journal JdR en tant que Meujeu sur cette campagne de COPS. Il m’a permis d’y compiler toutes les informations liées à la partie, en guise de soutien au scénario imprimé que j’avais dans l’autre main. J’y ai compilé toutes les informations liées aux personnages, aux lieux traversés, à la mise en scène et aux séances de jeu (en couloir). Par la suite sur Les Ombres d’Esteren, j’ai utilisé un Bullet Journal pour concevoir le scénario à proprement parler, qui était un bac à sable. Dans le cadre de cette partie, j’ai donné un coup de pouce aux joueurs dans leur quête (bâtir une église en terre païenne) en intégrant des pages structurées comme des pages de Bullet Journal à leur carnet de notes partagé. En gros : sur une double-page, une mini feuille de suivi du chantier de l’église en construction, des matières premières achetées et consommées etc. De là à imaginer un BuJo entier dédié au groupe de persos, il n’y a qu’un pas.

Lorsque je suis devenu joueur dans la campagne officielle du même jeu, c’est assez naturellement que j’ai eu l’idée de suivre et d’approfondir mon perso prétiré (Eoghan, livre Univers) à l’aide d’un Bullet Journal.

Bref, le BuJo JdR sert à tout – sauf peut-être aux one-shots puisque le principe de la méthode est une certaine continuité dans la durée. Pour le moment tout ça est en cours de test et d’amélioration de mon côté. Autant vous dire que je n’ai pas fini de vous en parler.

~ Antoine St. Epondyle

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