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Harry Potter & JdR : aventures de 11 ans dans l’école des sorciers

harry potter jdr

Leçon n° 1 : des méchants bien badass.

Poudlard est un lieu mythique de nos imaginaires qui condense, il a été pensé comme ça, un énorme paquet de références du fantastique, du merveilleux et de la fantasy. C’est un décor rêvé pour vivre des aventures rôlistes entre petits et grands, ce que je m’applique à tester actuellement avec Tu es un Sorcier.

Voici quelques réflexions personnelles menées en préparant ma campagne, pour créer des aventures de 11 ans dans ce contexte. L’important est moins de verser dans la description réaliste du monde de Harry Potter (impossible vu comme cet univers est bancal) que d’appuyer sur le sentiment d’aventure (l’impression que ce qu’on fait est dangereux et grisant) et le sentiment du merveilleux (l’impression que le monde n’est pas le nôtre, qu’il est fantastique, exotique, que tout y est possible) lié à la magie.

Mais qu’est-ce que Poudlard précisément ?

Une école dans un château magique

Qui dit « école » dit « cours ». Mais personne ne veut rejouer les longues heures du collège où l’aiguille reste désespérément figée dans l’horloge de la salle de maths du samedi matin. Moins ludique, tu meurs. Ceci étant, il ne faut jamais oublier la nature fondamentale du lieu : une école est un lieu dédié à l’apprentissage, dont le quotidien est basé sur cette fonction et donc sur l’année scolaire. C’est aussi un endroit très hiérarchisé entre les différentes catégories que sont :

  • Les professeurs, dont la fonction assure un statut supérieur et un pouvoir sur les élèves (colles, devoirs, notation…). Pouvoir dont ils font usage avec parti pris puisqu’ils sont eux-mêmes membres des mêmes Maisons que les élèves et cherchent à faire triompher leurs poulains (officieusement bien sûr).
  • Le personnel non enseignant, qui règle la vie quotidienne et le bon fonctionnement de l’année.
  • Les élèves, majoritaires, qui se distinguent les uns des autres par leurs Maisons d’appartenance et leur année scolaire, c’est à dire leur âge. Dans un même château sont réunis des élèves de 11 à 18 ans, ce qui implique une grande variété de préoccupations différentes selon les stades de maturité, des niveaux de pouvoirs magiques très inégaux, et des relations inter-classes d’âges propres à ce genre d’établissements (relations de mentorat, fratries, intimidations, relations sentimentales…).

Poudlard est aussi un internat, c’est à dire que tout le monde est logé sur place. Profs, élèves, personnels ont tous leur lieu d’habitation dans les murs de l’école. Le fait de suivre des cours avec les mêmes profs pendant 7 ans, et de vivre carrément avec eux, du petit dej’ au réveillon de Noël, est une situation qui créé des liens exceptionnels. En témoignent les activités extra-scolaires organisées par certains profs (le club de Slughorn notamment).

Par ailleurs, l’année scolaire rythme les temps forts de la vie à l’école. Presque chaque tome de Harry Potter est structuré autour des jalons suivants :

  • La rentrée des classes, où l’on se retrouve, les Premières Années sont divisées dans les Maisons, les cours commencent. Contrairement à de bons nombre d’établissements réels, on est forcément dans la même classe chaque année que ses amis (et ennemis) car il semble n’y avoir qu’une classe par année. De même, les professeurs changent peu – à l’exception de quelques postes éjectables.
  • Halloween, où l’ambiance écossaise donne une atmosphère de fête mystérieuse et… magique à l’ensemble. L’heure est aux citrouilles, aux frimas automnaux et aux chocolats chauds épicés autour des cheminées. C’est convivial, pas encore austère, et les examens sont encore loin.
  • Noël, premières vacances suffisamment longues pour permettre aux élèves de rentrer chez eux. Le grand banquet de fin d’année s’accompagne d’un bal, la décoration est entièrement hivernale, c’est la période des boules de neige, de la Bièraubeurre (pour les plus grands) et de la neige. Tout est blanc, l’écharpe aux couleurs de sa maison est obligatoire et les familles envoient des cadeaux par hiboux express.
  • L’arrivée du printemps, les fleurs éclosent dans les arbres, on peut enfin retourner se balader au bord du lac et passer du temps dehors. La finale de la coupe de Quidditch approche et les équipes s’entraînent dur. L’insouciance n’est pas longue : les examens de fin d’année arriveront vite.
  • La fin des cours, qui coïncide avec les examens (BUSE et ASPIC) et l’arrivée de l’été. La Coupe des Maisons est attribuée lors du dernier grand banquet dans la salle commune, et l’on reprend (enfin ?) le train pour deux mois de vacances.

Dans une campagne qui cherche à rendre un peu de cette atmosphère potterienne, c’est une bonne idée de se caler sur ce calendrier afin de dérouler l’année scolaire type… enrichie par les événements relatifs à votre scénario. Une campagne courte peut faire des ellipses plus ou moins longues entre chaque période (minimum 5 séances) mais on peut allonger quasiment à l’infini tant qu’on s’amuse et qu’on a des choses à raconter, pourquoi pas jusqu’au « temps réel ». Le passage en année supérieure peut aussi apporter son lot de situations sympathiques avec les nouvelles matières, les nouveaux examens, les redoublements éventuels et ainsi de suite.

Mais Poudlard n’est pas qu’une école, c’est aussi un château magique. C’est d’ailleurs ça qui en fait l’attrait principal et permet de développer le fameux sentiment du merveilleux. Qui dit château magique aux confins de l’Ecosse dit mystères enfouis, passages secrets, fantômes innombrables, objets magiques, légendes en tous genres que les générations d’élèves se transmettent comme autant de rumeurs qui s’avèrent souvent exactes. Poudlard est le lieu ou tout ce que l’imagination des enfants peut inventer est possible. Tellement que même les professeurs, et jusqu’au Directeur (pourtant mage mondialement célèbre et reconnu) ignorent le détail de ce qui s’y passe, de ce qui est vrai et de ce qui a pu arriver par le passé.

Il faut jouer à fond de ce mystère ambiant, des secrets ourdis par les adultes, que les élèvent passent leur temps à tenter de révéler. Il est bien entendu qu’on ne joue pas à Poudlard pour s’éviter les ennuis, les escapades nocturnes, les lieux et pièces secrètes, les passages cachés, les lieux mythiques… tout en cherchant à avoir ses exams, attirer l’attention de la fille de Serdaigle qui nous a tapé dans l’œil (mais on est timide, elle est plus âgée, on ose pas) et jouer de mauvais tours à ses rivaux sans se faire (trop) choper par les profs au risque de finir en retenue « ou pire : renvoyés ». Poudlard appelle à l’aventure, et comme on se le représente du point de vue des enfants, on a tendance à y mettre tout sur la même échelle d’importance : avoir ses exams de potions est aussi important que sauver le monde de Voldemort ou gagner la Coupe des Maisons.

N’oublions jamais que les PJ sont des enfants (dans Tu es un Sorcier en tous cas), ce qui implique qu’ils voient le monde par des yeux d’enfants. Voir Drago, dans le premier film, faire de l’intimidation à Harry est franchement comique avec le recul. Ce chiard ne fait peur à personne. Mais pour des gosses de cet âge, un rival est un rival, et les classes supérieures sont des colosses. Non seulement les enjeux doivent être enfantins (mais importants à leurs yeux) mais le monde doit s’agrandir en fonction de leur petitesse. Dans Tu es un Sorcier, le jeu à la bonne idée de donner une carte de Pourdlard vierge à remplir soi-même au fur et à mesure des explorations successives, c’est une bonne idée pour émuler la découverte d’un lieu gigantesque et plein de surprises pour des gamins. Qui y-a-t-il entre la salle de métamorphose et le corridor du deuxième étage ? Le meilleur moyen est d’aller voir.

Le monde en boîte

Les tomes de Harry Potter révèlent que Poudlard n’est pas qu’une simple école, c’est la seule du monde des sorciers de Grande Bretagne. Et donc un centre névralgique de l’activité de ce monde. On y reçoit très souvent des délégations, représentants, parents d’élèves ou corps de métiers qui ne sont pas directement liés au monde de l’éducation. Jusqu’au ministre lui-même, à l’occasion. Il faut bien considérer que le monde des sorciers est réduit, en termes de population, et que l’école unique qui voit passer toutes les générations depuis le Moyen-Âge n’est pas surpeuplée. Tout le monde, personnel encadrant, professeurs et élèves, rentre dans la Grande Salle. Ce qui implique qu’il n’y a que quelques centaines de personnes dans le château et que donc, avec le temps, tout le monde se connaît.

Poudlard, c’est le monde des sorciers en miniature. Tout ce qui se passe à l’extérieur à des répercussions ici, et inversement. Les parents d’élèves surveillent avec attention les actualités de l’école, et ils ne sont pas les seuls. C’est un lieu politique, où les influences les plus diverses cherchent à s’exercer sur les prochaines générations de sorciers. Dans la « guerre » contre Voldemort, on voit bien que l’école regroupe des résistants, des passifs (majoritaires) et des collabos, dans les mêmes salles de classe.

Accessoirement, c’est aussi le lieu de la reproduction sociale la plus cruelle pour des enfants de cet âge. Et l’on sait à quel point cet univers est violent de ce point de vue. Comme c’est la seule école de sorcellerie du pays, toutes les classes sociales y sont regroupées et la violence symbolique y est terrible. Les enfants de moldus et de famille modestes côtoient l’aristocratie fascisante des « sang pur », qui se pavanent comme en terrain conquis en affichant leur fric, leur mépris de classe et la fierté liée à leur sang. Des enfants de onze ans se prennent ça en pleine tronche dès leur arrivée, et ce genre de thématiques omniprésentes dans l’univers de Harry Potter, est un puissant levier de motivation des personnages et de construction d’un scénario.

Choisis ton camp

Niveau violence symbolique, la répartition par Maisons se pose là et attribue aux élèves un camp dès leur intégration à l’école. A 11 ans, ils sont répartis dans un sous-groupe d’appartenance destiné à flatter/récompenser certains comportements et – c’est ce qui prédomine – à s’opposer aux autres dans les activités extrascolaires et la Coupe des Maisons. Le gain et la perte de points n’est pas pour soi mais pour le collectif, c’est à dire que le système de gamification de la vie quotidienne en vigueur à Poudlard exalte les comportements grégaires et punit l’individualisme par l’interdépendance au sein du groupe et la compétition avec les autres. De là à s’imaginer qu’on instaure, dès l’école, les classes sociales obéissantes et formatées de la société dans son ensemble… il n’y qu’un pas.

Devant cette répartition forcée, les élèves peuvent jouer le jeu à fond ou s’en désintéresser relativement (comme la majorité). Après tout, les classes sont mélangées et l’on peut s’accoquiner avec n’importe qui… en théorie. En théorie seulement puisque les tables aux repas, les dortoirs, les équipes de Quidditch et finalement toute la sociabilisation hors-cours passe par la répartition en Maisons. A l’adolescence où le besoin d’appartenance et la définition d’une identité sont exacerbés, on ne s’étonnera pas de l’énorme reproduction sociale qui à lieu dans l’école. D’autant que les Maisons sont toujours les mêmes qu’à l’époque des fondateurs, et portent leurs valeurs plus que discutables, que l’on peut voir en bien ou en mal selon le point de vue.

La Maison est la partie visible, émergée, de l’iceberg des liens d’appartenances de certains élèves. Poudlard compte nombre de confréries secrètes, groupes de potes conspirateurs, clubs cachés plus ou moins clandestins ou officiels qui alimentent les légendes du lieu. De quoi inspirer les histoires les plus folles, et doubler les relations « officielles » de trames moins avouées, relations cachées et autres sociétés secrètes.

***

S’il y a bien un truc qui me bloque dans le fait de jouer de la fan-fiction, c’est l’idée de singer les acteurs des films de la saga. Je ne veux absolument pas me retrouver à imiter Alan Rickman (paix à son âme) ou Maggie Smith et son accent british si spécifique. Des personnages donc, je fais table (quasi) rase en jouant une autre époque de l’école que celle de Harry et ses copains. Mais Poudlard, le décor qui est finalement presque un personnage à part entière, Poudlard l’intemporel est un superbe moyen de raccorder les joueurs à ce qu’ils connaissent – tout en les dépaysant quand même puisque tout y semble possible. L’école est un terrain de jeu parfait et hautement ludique, et tout l’intérêt de la fan-fiction est s’affranchir du connu pour explorer les « et si ». Et si la Salle sur Demande n’était pas ce qu’on croyait ? Et s’il existait une cinquième Maison, secrète ? Et si les Serpentard avaient en fait raison, et que les Gryffondor n’étaient qu’une bande de petits paladins autoproclamés d’un snobisme absolu ?

Poussons les concepts dans leurs retranchements, inventons des histoires à partir des éléments secondaires du monde des sorciers plutôt que de rejouer des histoires de mangemorts, de prophéties et de Seigneur des Ténèbres. Bref, sortons des sentiers (re)battus pour voir où nous mèneront les chemins de traverse.

~ Antoine St. Epondyle

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« Badass » on vous a dit.

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4 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Très étrange que le choix du jdr se porte sur l’école, plutôt que sur l’univers en général. Tu le dis : les cours sont une part importante du rythme. Ca me fait d’ailleurs à penser à l’époque où on jouait tous sur « Poudlard.org », yavait vraiment des profs qui faisaient faire des devoirs, et tout… Mais genre, de vrais trucs. C’était ouf. T’avais 11 ans et tu te frappais des frois des trucs d’astronomie réaliste, quoi. Bref.

    Pour égayer un peu l’année, on peut citer les clubs qui existent dans Poudlard. Le canon n’en fait pas trop cas, mais il n’y a pas que le Quidditch. On les voit parfois jouer avec des baveboules, etc. L’univers étendu (les jeux vidéo, notamment) vont jusqu’à proposer des clubs de duel, de botanique, d’échecs, etc. Bref, ya un peu ce système à la japonaise apparemment.

    L’idée de la carte est géniale. Et c’est vrai que les éléments de décor ne manquent pas. Une fois encore, je cite les jeux vidéo nombreux et divers dans le genre qui n’hésitent pas à jouer sur les sorciers célèbres et sur des tonnes de détails inutiles, mais immersifs. L’univers de Rowling était de toute façon très ancré dans nos propres mythes, je pense qu’il y a largement de quoi se faire plaisir. Une campagne autour du mythe arthurien est évidente (Merlin ayant été à Serpentard), trouver les autres secrets de la Chambre DES secrets, découvrir l’âge réel de Dumbledore, retrouver les portraits des fondateurs (leur parler ?) bref, les idées foisonnent.

    Au sujet des luttes sociales, on peut clairement parler du club de Slug’ qui est évidemment un truc sélec’ où les décidants de demain sont regroupés dès aujourd’hui. On pourrait poser la question du delta aussi entre la culture Moldue et Sorcière (déjà dans les années 90 au moment où se déroule HP, il y a de vraies différences sur les notions du féminisme, de la technologie, de la sexualité, etc.). Il y a les questions de pureté de sang, mais aussi de relations avec les autres races magiques (dites « intelligentes » *tousse*), la pollution chez les Moldus… Bref, ya de quoi faire.

    Je ne suis pas d’accord sur la notion d’individualisme, puisque l’essence même de Serpentard est d’arriver à s’élever pour soi-même. Mais c’est évident que quand on regarde les valeurs de Poudlard, c’est moyen sexy : ambition, courage, soif de connaissance et… Amour du travail. Ya pas plus Macroniste (et d’ailleurs, j’ai un délire à venir, mais faut que je me pose pour m’en charger.)
    L’univers EST créé pour formater : apparemment, leur Ministre de la Magie n’est pas élu, et la Gazette du Sorcier est sensiblement le seul journal d’actualité.

    Ta conclusion est parfaite. Même si je crois qu’il reste encore beaucoup de choses à dire sur le canon.

    • En fait le choix de limiter l’action à Poudlard est vraiment une bonne chose, c’est déjà en soi un univers foisonnant alors que le « wizarding world » prend l’eau de toutes parts puisqu’il n’a été conçu que pour être vu par le regard de Harry.

      En tous cas j’ai repris ton idée de clubs pour égayer un peu la vie extra-scolaire. Merci. :)

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