Cosmo [†] Orbüs

Analyse transactionnelle et JdR – 4. Les positions de vie

Cet article fait partie de la série Analyse transactionnelle & JdR (5/5)

jdr analyse transactionnelle

Mieux vaut tard que jamais, me voici aujourd’hui devant vous pour vous proposer la quatrième partie de mon adaptation de l’Analyse Transactionelle dans le cadre du JdR. Avec le temps écoulé, peut-être aurez vous besoin de vous rafraîchir la mémoire sur les chapitres précédents avant d’aborder celui-ci, consacré aux positions de vie. Pour ce faire, rendez-vous simplement au sommaire.

Qu’ils soient PJ ou PnJ, les protagonistes d’une partie de JdR réussie devront entrer en interaction les uns avec les autres. Néanmoins, il est évident que chacun n’aborde pas sa relation à son environnement social de la même manière. Les positions de vie servent à poser les bases de la vision du personnage sur lui-même et sur les individus et le monde qui l’entourent. Plus ou moins développés, ces traits généraux vont de la simple tendance jusqu’à la névrose profonde.

Le plus souvent les individus alternent entre ces différentes positions, tout en en adoptant une principale qui participe à leur personnalité. N’avoir qu’une seule position de vie est souvent synonyme de l’avoir à un niveau trop développé, et donc s’approcher de comportements extrêmes.

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On symbolise l’image qu’a l’individu de lui-même et d’autrui avec un + ou un -. Chaque personne est réputée avoir un duo dont le premier signe symbolise sa perception de lui-même, et le second sa perception de son environnement social (donc des autres individus).

Ce qui nous donne quatre possibilités.

[+ -] « Je suis ok, vous êtes de trop. »

La position de vie +- est adoptée par l’individu qui se considère comme « ok », au contraire de son environnement social. Enclin à un sentiment de supériorité sur ses semblables, il sera alors soumis à un ressenti de haine ou de révolte (en cas de position de subordination). Dans le cas ou cette position de vie sera très forte, elle pourra conduire a des actes de négation d’autrui comme la torture ou le sadisme, voire à la destruction d’autrui c’est à dire le meurtre.

Toutes les idéologies racistes ou prônant la supériorité d’une partie de l’humanité sur une autre relève d’une position de vie +-. Par extension, le régime nazi et sa barbarie génocidaire est absolument caractéristique de l’idée qu’entre l’individu (ou le groupe d’individu en l’occurrence) et autrui, ce dernier est de trop.

Sans être obligatoirement un abominable nazi, un personnage placé sur une position de vie +- aura une tendance forte au mépris, à l’imposition de son point de vue, à l’utilisation des autres et -éventuellement- à la violence dirigé contre autrui sans scrupule aucun.

[- +] « Je suis de trop, vous êtes ok. »

L’inverse de la situation précédente est la position dans laquelle l’individu se considère comme inférieur par rapport à d’autres qu’il voit comme « ok ». Se dévalorisant lui-même, il sera logiquement amené à développer un sentiment de désespoir, de mélancolie voire -dans les cas extrêmes- à la négation de soi par des actes de mutilation et de masochisme, ou enfin à l’auto-destruction du suicide. Notons au passage que ce suicide n’est pas à prendre au sens vital uniquement, et qu’il peut tout à fait être un suicide professionnel, un suicide social, un suicide médiatique -ou autre- selon les cas de figure.

Les comportements de soumission ou d’admiration poussée sont généralement la conséquence d’une position de vie -+, au moins en partie. Ce qui signifie que le fait de ne pas se révolter face à la tyrannie est la preuve d’un certain manque d’estime de soi personnel ou de groupe. Et ce quelque soient les éventuels moyens de lutte dont il pourraient disposer.

Un personnage -+ sera généralement un suiveur sans grosse capacité de décision ou de leadership. Enclin à l’admiration et à l’auto-dénigrement. En forçant le trait, il sera capable de se mettre en danger sans héroïsme (dont il se croit incapable), jusqu’à éventuellement causer sa propre perte.

[- -] « La vie ne vaut rien. »

La position de vie — est celle adoptée par celui qui se considère, ainsi que le monde qui l’entoure, comme uniquement négatif. D’avis qu’il n’est pas « ok », mais que personne ne l’est non plus, celui qui vit sur cette position développera un certain nombre de stratagèmes destinés à fuir cette réalité qu’il réfute. Il sera donc enclin à se réfugier dans divers moyens d’évasion comme les drogues, l’excès de jeux vidéo au détriment de toute vie sociale, et de manière générale toutes les addictions possibles à un niveau pathologique.
Les individus recherchant a éviter le contact avec le monde, affectivement indifférents et sociopathes sans intérêt pour leurs semblables sont symptomatiques de cette position de vie.
Le personnage — aura généralement une incapacité totale à s’attacher à autrui, et défendra autant que possible l’idée que personne n’est vraiment digne d’intérêt, lui y compris. Il fera tout pour s’évader de ce monde dans lequel il ne se reconnait pas, par exemple en se livrant à l’addictions a toutes sortes de drogues. La figure du no-life sans aucune vie sociale, enchaîné à son ordinateur et à ses jeux en ligne est à modérer par l’idée que souvent, c’est la difficulté perçue de la vie sociale IRL par rapport aux jeux dont il maîtrise les codes qui le pousse à ce comportement ; et pas une opinion négative du monde réel.

[+ +] « Rien ne vaut la vie. »

Position de vie recherchée par les adeptes du développement personnel, le ++ est la situation dans laquelle l’individu se voit comme positivement égal aux autres. Je ne suis ni parfait ni mieux qu’autrui, j’ai mes qualités et mes défauts, et mon prochain également. La personne sera alors capable de se voir dans des termes positifs et comme participant à l’harmonie (ou l’amélioration) de son univers social.

L’engagement, l’association ou la séduction sont autant de comportements relevant d’une position de vie ++. L’idée est qu’en agissant ensemble, les individus pourront créer une dynamique positive et atteindre leurs objectifs. Ce qui ne veut surtout pas dire que le monde est perçu comme sans défaut, ni que tout le monde est bienveillant et généreux, mais plutôt que quelle que soit la situation, l’union fera toujours la force.

Le personnage ++ sera généralement dôté de l’esprit d’entreprise, capable de lancer des projets et de mobiliser ses proches pour les mener à bien. Il fera preuve de leadership et sera sensible à une résolution des problèmes par négociation ou par la voix démocratique. En exagérant, il pourrait également se montrer narcissique ou bien-pensant, occultant la dure réalité par sa vision trop enchanteresse du monde.

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Le schéma suivant reprend ces quatre positions de vie. L’axe vertical correspond à la vision de l’individu sur lui-même (de + à -), et l’axe horizontal à celle qu’il porte sur son environnement social (de + à – également). On peut considérer schématiquement que le cercle rouge correspond à la zone dans laquelle se situent la majorité des individus ; les autres présentent des troubles du comportement correspondant à une position de vie trop marquée. Les indications « meurtre », « narcissisme », « fuite » et « suicide » sont bien entendu données à titre de rappel schématique, et ne constituent pas de règle absolue, mais plutôt des tendances générales.

Schéma des positions de vie, réalisation maison.

La société dans laquelle les personnages évoluent peut évidemment influencer leur position de vie générale ou à l’égard de certains groupes sociaux. Par exemple dans une société d’ancien régime les nobles pourraient être attiré par tradition et éducation à se comporter en +- par rapport aux manants ; tout en conservant une autre position de vie vis-à-vis de ceux qu’il considèrent comme leurs égaux.

Dans la théorie initiale de l’AT, qui fut conçue pour être utilisée en entreprise, la vision ++ est bien entendu présentée comme un idéal à atteindre. Paradoxalement, la position de vie ++ est également celle qui donnerait les personnages les plus lisses. Dans le cadre d’un JdR il est plus intéressant de jouer sur les différences de façon à créer des personnages profonds et complexes.

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Lors d’une partie de JdR, ces positions de vie peuvent servir à indiquer un positionnement général au Meujeu. Ainsi, en notant « ++ » par exemple dans un coin de sa feuille de PNJ, se dernier pourra improviser sur cette base les interactions du PNJ vis-a-vis des autres.

Les joueurs quand à eux devront développer plus en détails leur personnage, et pourront utiliser ces positions de vie pour guider les grandes lignes de leur interprétation. Pourtant, il est nécessaire de savoir se détacher des clichés pour ouvrir de nouvelles pistes d’interprétation. Comme l’ensemble de mon application de l’AT au JdR, cette partie n’est pas à prendre au pied de la lettre ou à appliquer avec trop de rigueur.

Lors du prochain et dernier chapitre, nous explorerons le concept des « drivers » ; c’est à dire le mot d’ordre inconscient que chacun s’impose. Plusieurs chapitres intermédiaires illustrant les concepts vus précédemment pourront également s’intercaler. Il y a encore à faire, alors à bientôt !

-Saint Epondyle-

Dans la même série
<< Analyse transactionnelle et JdR – 3. La structuration du temps

5 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Hello !
    J’ai adoré cette série d’articles (et j’ai hâte de pouvoir lire les suivants, les drivers et le fameux bonus dont tu parles dans un article précédent).
    Je ne joue pas aux jdr, mais je trouve ces articles très intéressants pour la conception de personnages pour un roman, ça donne des points de réflexion très utiles. Merci beaucoup !

  • Je découvre ton site et cette série d’articles, que je trouvent très utiles et qui donnent envie d’en savoir plus. Puis et lis « 2012 » !!
    Zut. Ça va être difficile pour toi de finir, j’imagine :)
    Mais si tu as des suggestions d’articles autour de conseils d’interprétation et de création de personnages, ça m’intéresse. En Jdr, mais aussi en écriture.

    • Salut Julia !

      En effet j’ai cessé cette série en 2012, mais j’ai toujours eu en tête de la réécrire / republier / terminer un jour ou l’autre. C’est dans un coin de ma tête… depuis 5 ans ! On ne peut pas tout faire. :)
      Heureusement l’essentiel de l’AT est là, alors je suis content que ça t’ait donné de la matière.

      Quelques conseils de lectures : j’ai toute ma collection personnelle d’articles sur le JdR ici, et j’ai aussi commencé à collectionner les liens externes, ceux qui mènent vers des articles et podcasts que je trouve interessants, par là. La page sera mise à jour régulièrement (au fur et à mesure de mes découvertes) alors repasse de temps en temps.

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