Cosmo [†] Orbüs

Geek Pride | 1.2. Les fondamentaux

Et souvenez-vous que la réponse est 42.

~ Cet article est traduit et adapté d’un travail universitaire de mon cru. ~

[The geek culture is mixing fun with substance.
– Lars Konzack²]

Le geek est passion

Parler des geeks, c’est parler de la sous-culture geek. C’est pour ça qu’un supporter de football très impliqué ne sera presque jamais appelé un « geek de foot », parce que le foot et les sports en général bénéficient d’une image forte dans la culture mainstream. Comme le dit Rachel Yung, « Être un geek […] c’est aimer quelque chose que les autres ne comprennent pas. […] Le sujet d’intérêt peut appartenir de n’importe quel domaine non grand-public à tous les sujets de quelque nature que ce soit, tant que la passion pour ledit sujet excède le niveau socialement acceptable […].” (Yung, 2010)¹

De plus, si l’on considère les geeks comme des individus de haut niveau intellectuel, on peut comprendre qu’ils se passionnent pour des domaines qui leurs permettent d’utiliser leur potentiel de réflexion. “Tous les jeux ne se valent pas. Et il en est de même pour les films, les bandes dessinées, la littérature etc. Dans ce sens c’est un mouvement anti postmoderne, car [les geeks] ne pensent pas que tout se vaut. Au contraire, ils considèrent que les contributions esthétiques [à leur culture] doivent être considérées sérieusement, avec une critique méticuleuse et une recherche approfondie.” (Konzack, 2006)² En conclusion de cette idée de divertissement intellectuel, Lars Konzack ajoute « la culture geek associe le divertissement et la substance.” (2006)² Cette approche semble être un lien entre tous les centres d’intérêts geeks, même lorsqu’ils ne sont pas interconnectés.

Mais être un geek n’est pas uniquement lié aux hobbies et aux passions en tant que tels. La façon de vivre ces passions et la relation que les geeks créent avec elles sont également primordiales. Les communautés geeks partagent, se rencontrent et vivent leurs passions ensemble. “Être geek c’est être engagé, captivé par un sujet, et donc agir par rapport à cet engagement.” (McArthur, 2009)³ Le geek n’est pas qu’un fan, c’est un acteur de ses passions.

Un autre sujet important sur la définition de l’esprit geek concerne la distinction entre les genres. Certains considèrent que l’esprit geek (comme l’amour envers l’informatique) est quelque-chose de purement masculin. Mais Konzack (2006)² et Kendall (1999)⁴ relèvent que les geeks peuvent être indifféremment des hommes ou des femmes. La distinction sexuelle est plus liée aux univers d’intérêt concernés, mais la passion est un phénomène asexué.

C’est à cause de leurs passions particulières et incomprises du grand public, ainsi que de leur manque de charisme que les premiers geeks se sont vus attribuer ce terme comme une injure. Dans les années 1980, être un geek signifiait être un souffre-douleur.

Un terme péjoratif

Au départ donc, le mot geek était une insulte utilisée pour stigmatiser les premiers de la classe dans les université américaines. Synonyme de « nerd » le stéréotype du geek était l’étudiant supérieurement intelligent, plus qualifié que la moyenne notamment dans les matières scientifiques, souffrant d’un manque de charisme et de pouvoir social. Les leaders sociaux avaient pour habitude de se moquer d’eux à cause de leur manque d’aisance sociale, notamment avec les filles, et sans doute d’un peu de jalousie. (Péretié, 2011)⁵ De plus, les geeks étaient associés à l’enfance au moment de la vie -l’adolescence- ou chacun cherche à affirmer sa maturité. “Dans la culture américaine en général, certains domaines et communautés geeks conservent les caractéristiques péjoratives longtemps associés à leur attitude de fan, comme l’immaturité, l’obsession, l’isolation et la déconnexion par rapport à la réalité.” (Tocci, 2007)⁶

Le développement des sciences informatiques depuis les années 1980 a permis aux geeks d’assumer leurs passions et compétences. (Péretié, 2011)⁵ Aujourd’hui, le terme à évolué. “Pendant longtemps, [le mot geek] était une insulte utilisée pour discriminer les individus spécialement intelligents. Ces exilés ont été stigmatisés à cause de leur expertise et de leurs manques généraux d’aisance sociale. Mais plus récemment, « geek » est devenu une marque d’affection […] et un label pour ceux qui font preuve d’une certaine expertise sur certains sujets.” (McArthur, 2009)³

En fonction du contexte et de la personne qui l’utilise, le mot « geek » peut à la fois être utilisé comme une insulte (synonyme de no-life et de nerd) et un compliment. “C’est important de comprendre que le terme « geek » était une insulte bien avant d’être un marché de niche ou une marque de fierté personnelle revendiquée ouvertement. […] C’est resté une insulte pour beaucoup : les lycéens et étudiants continuent de d’appeler « geeks » et « nerds » ceux qui sont spécialement studieux, mal habillés et non sportifs. […] Les nerds sont en minorité ; les gens populaires sont la foule dominante qui impose ses normes.” (Tocci, 2007)⁶ L’acceptation grand public du terme définit le geek comme un accro aux jeux vidéo ou à l’informatique, mais ces communautés préfèrent utiliser d’autres mots pour décrire leur sous-culture : les gamers, les hackers, les blogueurs… « Geek » reste néanmoins une catégorie générale, très différente du no-life.

Le geek est résistance

Cette victimisation des geeks à créé une grande frustration, et un besoin pour ces marginaux de s’exprimer. C’est pourquoi un point indispensable pour comprendre la culture geek est de savoir que ces communautés ont émergé dans les années 1980 principalement comme une contre-culture, en opposition à la culture mainstream. La sous-culture geek était -au départ- une culture de résistance. (McArthur, 2009)³

En se regroupant au sein de la même sous-culture, les geeks sont devenus capables de prendre le pouvoir et d’affirmer leur résistance face à la culture grand public. ‘Une approche commune est d’accepter leur statut d’outsider et d’affirmer la « fierté d’être geek » comme une stratégie de pouvoir et de résistance. L’identification à une figure marginale peut être souhaitable à certains égards ; ce sentiment peut aider à maintenir une certaine solidarité de groupe et un sentiment d’appartenance à un même groupe, uni autour ou contre certaines valeurs.” (Tocci, 2007)⁶ On peut ajouter que le besoin des geeks de partager leur culture entre eux est lié à ce mouvement de résistance, et à une volonté d’affirmer et de développer leurs propre culture.

Comme de nombreuses autres contre-cultures, la culture geek est de plus en plus réutilisée aujourd’hui dans la culture générale. Le succès au box-office de la trilogie du Seigneur des Anneaux au cinéma dans les années 2000 est un exemple typique de la dilution de la culture geek. (Sayanoff & Schulmann, 2007)⁷ Et le grand nombre de films de super-héros à Hollywood appartient également à cette tendance. Associés à la révolution Internet, à l’informatique et aux technologies mobiles, ces tendances participent à faire de la culture geek le nouveau « cool ».

-Saint Epondyle-

¹ Tocci, J. (2010). Ethnographic Blogging: Reflections on a Methodological ExperimentJournal of Cultural Science.
² Konzack, L. (2006). GeekCulture : The 3rd Counter-CultureFNG2006. Preston: Aalborg University.
³ McArthur, J. (2009). Digital Subculture: A Geek Meaning of Style. Journal of Inquiry Communication, 58-70.
⁴ Kendall, L. (1999). Nerd Nation: Images of nerds in US popular culture. International Journal of Cultural Studies, 261-283.
 Péretié J.-B. (Réalisateur), Arte (Producteur). (2011). La Revanche des Geeks [Film].
⁶ Tocci, J. (2007). The Well-Dressed Geek: Media Appropriation and Subcultural Style. Massachusetts Institue of Technology.
⁷ Sayanoff, X. & Schulmann, T. (Réalisateurs), Canal+ (Producteur) . (2007). Suck My Geek [Film].

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