Cosmo [†] Orbüs

Geek Pride | 1.4. Une définition du geek

Diagram of geek-culture, par Julianna Brion.

~ Cet article est traduit et adapté d’un travail universitaire de mon cru. ~

[Beaucoup d’adultes considèrent l’esprit geek comme une part importante de leur identité.
– Jason Tocci³]

Les mondes parallèles

L’une des difficultés principales lorsqu’on essaie de définir ce qu’est la culture geek, c’est la quantité des domaines qu’elle concerne. Cette immense variété d’univers, d’habitudes et de références basés sur la passion créé une galaxie de communautés geeks auto-identifiées dont les points communs sont difficiles à déterminer. « La variété des définitions offertes par la littérature contemporaine inclut certainement les maniaques d’ordinateurs, mais les insert parmi une profusion d’autres fanatiques, qu’ils s’agissent de ceux qui s’intéressent à la physique, aux mathématiques ; ceux qui entretiennent une obsession pour les détails triviaux de la culture populaire ; ceux qui s’intéressent à la science-fiction, la fantaisie et les jeux de rôles ; ou les joueurs compulsifs de jeux vidéo. » (Faucher 2010)¹

Même si le lien entre -par exemple- les hackers et les otakus n’est pas évident au départ, ces deux communautés comme les autres font bien partie de la même culture. « Ces groupes peuvent s’identifier à des geeks d’informatique, des geeks d’animés, des « trivia geeks », des gamers, des hackers et beaucoup d’autres sous-catégories spécifiques. » (McArthur, 2009)² La communication entre les différents univers geeks n’existe pas toujours, et leur passions elles-mêmes peuvent n’avoir aucun point commun, mais une grande partie de leurs comportements sont pourtant les mêmes. De plus, les membres de ces communautés s’auto-définissent souvent comme des geeks. A mon sens, on peut appeler ces communautés les « univers parallèles ».

Les sciences humaines ajoutent également que « beaucoup affirment avoir plusieurs centres d’intérêts geeks. » (Tocci, 2007)³ Le fait d’être geek semble donc plus être un mode de vie lié à plusieurs domaines et pas exclusif à l’un d’entre eux.

Certains auteurs défendent l’idée que la culure geek est liée à la fois au degré d’implication et à un large panel de domaines spécialisés (Konzack, 2006)⁴, mais les évolutions récentes du terme impliquent plus encore l’engagement envers la passion que le domaine lui-même. « Beaucoup d’adultes considèrent l’esprit geek comme une part importante de leur identité. De plus, dans le même temps, certains de mes interviewés constatent que le terme « geek » est utilisé à tort et à travers de nos jours, y compris pour parler de n’importe quel centre d’intérêt personnel. L’un peut se dire geek de musique, de sport ou geek de maison et jardin. » (Tocci, 2007)³ Suivant ce point de vue, le mot « geek » peut-être utilisé comme un adjectif générique associé à n’importe quel domaine sans appartenance à une culture spécifique.

Une définition du geek

Considérant ces différents points de vue issus des sciences humaines (voir Sociologeek précédents), j’ai décidé de baser mon travail sur une définition propre basée sur les aspects discutés jusqu’ici. A mon sens, il est important de distinguer les geeks d’un côté, et leur culture de l’autre. Je suggère donc la définition du geek suivante.

Un geek est un passionné par un sujet spécifique et non grand-public, qui développe une relation très proche à sa passion.

Cette définition prend en compte chacun de ceux qui sont spécialement engagés dans une passion, n’importe laquelle, et place la culture geek « historique » et la culture générale au même niveau. Mais être un geek ne veut pas dire s’impliquer dans la culture associée, c’est simplement une façon de vivre sa passion.

Le second concept est la culture geek, a savoir la culture historique des geeks depuis l’apparition du mot dans les années 1980, et qui reste un moyen de différenciation de la masse du grand public. Voici la définition que je propose.

La culture geek est un mouvement intellectuel et culturel de contre-culture, composé de passions spécialisées à dimension intellectuelle. Elle est généralement liée aux sciences, au rêve, au fantastique, aux mondes de fiction, aux technologies numériques et permet aux individus de s’impliquer profondément par la création, l’art et le partage.

Afin de confronter ces définitions à la réalité vécue, j’ai mené cette année un travail académique sur le sujet des geeks auto-identifiés et de leur culture. Pour ce faire, j’ai réalisé une étude en profondeur basée sur une nouvelle problématique, délaissant les sciences humaines théoriques pour l’épreuve de terrain. Dans les prochains mois, je publierai les résultats de ce travail sur Cosmo Orbüs. L’objectif principal de cette dissertation étant pour moi d’explorer comment et pourquoi les mondes parallèles geeks cherchent à se valoriser et se défendre lorsque la culture générale fait du geek le nouveau « cool ».

-Saint Epondyle-

¹ Faucher, B. (2010, 09). La figure du « geek » comme stratégie de lecture. Naviguer dans la « pop culture » à l’ère du surplus culturel. Retrieved 10 09, 2012, from http://trans.revues.org: http://trans.revues.org/370.
² McArthur, J. (2009). Digital Subculture: A Geek Meaning of StyleJournal of Inquiry Communication, 58-70.
³ Tocci, J. (2010). Ethnographic Blogging: Reflections on a Methodological Experiment. Journal of Cultural Science.
⁴ Konzack, L. (2006). GeekCulture : The 3rd Counter-CultureFNG2006. Preston: Aalborg University.

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