Cosmo [†] Orbüs

Miami | Saez

L’album a le mérite d’annoncer la couleur.

[Puisque tout à son prix, puisque rien ne vaut rien,
Mia Miami ami ! Cocaïne ! Cocaïne !]

L’album Miami est le dernier album en date de Damien Saez, sorti début 2013 à peine quelques mois après le triple album Messina. Si un tel volume de production peut surprendre, elle n’est finalement pas si étonnante lorsqu’on prend en compte que ledit triple album est une compilation de plusieurs années d’écriture, et comporte un bon nombre de chansons anciennes jamais enregistrées jusque là. Au contraire, Miami regroupe vraisemblablement des morceaux beaucoup plus récents.

Une fois n’est pas coutume, l’album surprend en laissant de côté le style très autobiographique de l’artiste au profit de plus de mise en scène, voire même d’interprétation. A la première écoute le jour de la sortie du disque (on ne se refait pas), je dois bien admettre que j’ai eu du mal à être totalement enthousiaste en ceci que l’album change une fois de plus radicalement de style. Et avec le temps, j’ai tout de même mieux compris la démarche et apprécié la musique de ce dernier opus. Après J’accuse l’album le plus punk, puis le très mélancolique Messina, ce dernier disque ressemble à un retour de l’artiste à l’expérimentation musicale des débuts. Et quand Damien expérimente, le résultat vaut le détour.

Miami est sans doute l’album le plus narratif de Saez. Sur le thème directeur de la drogue et des univers qui s’y rattachent, il explore les bas-fonds de la civilisation de l’argent ; c’est le milieu de la jet-set américaine (Le Roi), des dealers et des mafias qui gravitent autour (Rottweiler). C’est aussi, et peut-être avant tout, celui des paradis artificiels qui font planer et perdre complètement le sens de la réalité (Que sont-elles devenues ?). Saez a visiblement creusé le sujet, et nous livre dix chansons pour en décliner les thématiques et les atmosphères. Chose rare chez lui, il endosse tour à tour les rôles de plusieurs personnages pour aborder ces atmosphères avec autant de points de vue différents. Menton spéciale pour Le Roi, chanson dans laquelle Saez incarne un jet-setter dépravé et qui sonne comme une réactualisation de Rock&Roll Star, l’un de ses tous premiers titres présent sur Jours étranges.

Si la filiation avec J’accuse est évidente, surtout dans les titres les plus bourrins comme Des drogues et Le Roi, ce dernier album apporte énormément de nouveautés musicales, reprises d’ailleurs en live dans la tournée 2013. Alors que Messina mettait l’accent sur les instruments classiques et la musique presque symphonique mêlant dramatisation et mélancolie, Damien change ici radicalement de direction. Les sonorités tropicales -notamment les percussions- teintent l’album entier d’une atmosphère chaude et humide. Malgré son cadre très parisien la chanson Rochechouart apporte déjà des sons exotiques pour appeler à l’évasion. Puis, le titre Miami reprend cette atmosphère en évoquant les tropiques de la Floride -nouvelle Sodome- lieu symbolique de toutes les débauches, du rêve et de l’illusion dans l’oeuvre de Saez. Le ton rappé de l’exceptionnel Cadillac Noire apporte une autre nouveauté sur des thèmes saeziens ultra récurrents : la drogue, le sexe et le pognon.

Malgré ces nouveautés, la patte de Saez -guitare hallucinante, son saturé ou acoustique, voix rauque et nasillarde- est bien là. Sans aucun doute son album le plus noir et violent dans ses propos, Miami confirme le tournant désabusé et le dégoût grandissant de l’auteur vis-a-vis du monde. L’espoir des débuts à fait place à de la mélancolie, la révolte à de l’aigreur. Et pourtant, l’oeuvre gagne en maturité avec les années. Violent comme un verre de rhum qu’on aurait arrêté de sucrer avec le temps, je trouve dans cet album une profonde noirceur torturée, et un engagement sans compromis[sion] contre la civilisation du Dieu Pognon. Avec les années, Saez dévoile une nouvelle facette de son oeuvre et de sa personnalité. Il poursuit sa propre lutte, crachant sur l’autodestruction du monde et chassant ses propres dragons.

-Saint Epondyle-

Qui trop combat le dragon, devient dragon lui-même.

– Friederich Nietszche

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4 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • album trés dur à la première écoute (comme à chaque fois écouté à la première heure de vente ) presque à vomir…. et puis, intriguée par ce dégout, me trouvant dans l’incapacité de comprendre mon incompréhension justement de cet artiste que je suis- de trés prés- depuis le début, j’ai enfin compris et « retrouvé » tout le côté « borderline »,philantrope du mec.
    Il lui avait promis qu’ils « iraient en Amérique, dans la cale d’un bateau, eux les désanchantés, eux les échoués », il l’a amené à Miami pour en faire ce qu’on en sait… à l’arrière de la Cadillac Noire…

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