Cosmo [†] Orbüs

Miami Tour, Saez au zénith de Lille

Saez au zénith de Toulouse en 2013. Crédit photo @ Yann Monesma.

Saez au zénith de Toulouse en 2013. Crédit photo @ Yann Monesma.

[Tu y crois, toi ?]

Ô combien j’ai attendu cette date du 10 avril 2013, date du concert de Saez dans ma ville d’adoption. Dans le froid du printemps en retard et sous le crachin du Nord, je me souviens m’être pressé avec mes amis au devant du Miami Tour au zénith de Lille. Il est 19h30 lorsque nous franchissons les portes pour pénétrer dans une fosse pas encore bondée. Saez est mon artiste fétiche et me voici sur les lieux de mon premier rendez-vous avec lui, et quelques milliers d’autres.

Un concert de Saez, c’est une sorte de pari. L’artiste est écorché vif et pas toujours très amateur de l’exercice live. Alors quand une petite minorité du public rock s’amuse à semer le chaos, il arrive que l’incident mette fin au concert de manière précipitée comme à Nancy en novembre dernier. Pourtant, lorsque l’alchimie fonctionne, le moment peut entrer dans les annales et faire date dans les mémoires. En arrivant à la salle de Lille nous avions bien sûr les précédents en tête, et au coeur l’espoir de bien tomber.

Le Miami Tour est la tournée accompagnant la sortie de l’album éponyme en mars dernier, ainsi que le triple album Messina sorti en septembre. On pouvait donc légitimement s’attendre à un bon nombre de morceaux récents jamais entendus en live jusqu’ici ; mais aussi à quelques titres emblématiques plus anciens. Sans première partie, le spectacle commence sur un titre inédit où Damien se présente seul avec sa guitare, sans fioriture. A la fin de Quais de Seine donc, il enchaîne avec Tango et Rois Demain, qui est l’une de mes chansons préférées et qui passe malheureusement un peu vite. Puis vient Marie avec ses accents de Brel et son accompagnement ponctuel à l’accordéon. Ouvrir sur des chansons acoustiques dont certaines sont inconnues du public, le pari est dangereux. Autour de moi dans le noir, quelques voix discutent et se plaignent « Pourquoi il ne joue pas les anciennes ? » Un peu inquiet, je me concentre sur la musique et je me laisse bercer par ces paroles que je connais par coeur.

Petit à petit, le silence se fait dans la salle, et le public commence à s’animer de plus en plus. L’étincelle est en train d’allumer la flamme. Lorsque les premiers coups de batterie se font entendre et que le groupe au complet fait son apparition, les lumières inondent la scène et les sons s’électrifient. On rentre dans le bourrin avec un cocktail de chansons anciennes et récentes. Alors que le public commence à scander les paroles, la fosse s’embrase. Lorsque commence Fin des mondes, son intro scandée et surtout ses percussions à soulever le coeur, tous les poings sont tendus vers le ciel. La flamme vient d’allumer l’incendie.

Saez au zénith de Toulouse en 2013. Crédit Photo @ Yann Monesma.

Pendant trois heures de concert à peine rompues par un court entracte, Damien et son groupe nous emmènent au bout de nous même. Tellement de titres cultes que le moindre temps mort est proscrit, à commencer par Miami et Le Roi, tirées du dernier album et franchement géniales en live. On reste ensuite dans le thème de la drogue avec Pilule et Cigarette, auxquelles répondent la sublime Voici la mort et enfin J’accuse comme une évidence.

Physiquement, nous sommes brisés. Compressés dans la fosse, je ne sens plus mes jambes ni mes bras, et ma voix déjà abîmée au départ n’est maintenant qu’un lointain souvenir. Nous nous prenons à espérer une évasion lorsque Into the wild et Rochechouart nous ramènent à des sons plus planants, plus calmes mais pas moins intenses. Puis nous retournons aux sources avec la chanson culte Marie ou Marilyn, et l’hymne antifasciste Fils de France sur fond de lumières bleues, blanches et rouges. Logiquement, c’est le très actuel Ma petite couturière qui enchaîne, avant d’ouvrir sur Jeunesse, lève-toi et je défaille.

Après les flammes de la révolte, les textes se font plus personnels. Et Damien chante Marguerite, cette chanson que j’aime tant. Puis comme il le dit lui-même « Après l’illusion, la désillusion » ; et Putain vous m’aurez plus reprise en choeurs par un public exténué mais ravi. A la fin de la chanson, Damien lâche quelques mots. « Je vais vous faire « Tu y crois » mais quand je vous vois, j’ai envie d’y croire un peu. » A la fin de ce morceau sublime que je ne connaissais pas bien, les lumières s’éteignent totalement sur une fosse qui appelle pour un dernier morceau.

Alors que Damien revient, à nouveau seul sur la scène, il nous adresse à nouveaux quelques mots de remerciement. Visiblement ému et content d’être là, il entame Châtillon sur Seine, l’une de ses chansons les plus personnelles, en acoustique. Les notes s’égrènent et la voix éraillée résonne, limpide à travers un silence absolu. Dans le noir complet ou quelques milliers de coeurs battent à l’unisson, deux flammes de briquets luisent encore.

En sortant sous la pluie lilloise aux alentours de minuit, je crois que notre état faisait un peu peur à voir. Mais même si j’en sors toujours cassé, rien ne me fait sentir aussi vivant qu’un concert aussi magnifique, chargé d’émotion, plein à ras bord de ce bon vieux rock, brut et mélodieux. Entre la setlist quasiment parfaite, le groupe à son paroxysme, l’artiste sincèrement heureux de se donner et le public en ébulition, les conditions étaient réunies pour un moment légendaire. En y repensant, j’ai presque honte de mes craintes du début. Alors Damien, pour avoir douté je te demande pardon. Et pour ce moment, merci.

-Saint Epondyle-

La setlist au complet (via darkjak)

Quais de Seine
Tango
Rois demain
Marie
Paraît qu’elle est en ville
Pour y voir
Betty
Les printemps
J’hallucine
Fin des mondes
Miami
Le roi
Pilule
Cigarette
Voici la mort
J’accuse
Into the wild
Rochechouart
Marie ou Marilyn
Fils de France
Ma petite couturière\Embrasons nous
Jeunesse lève toi
Marguerite
Putain vous m’aurez plus
Tu y crois
Chatillons sur Seine

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10 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • j’ai écouté un peu, et je n’avais pas trouvé exceptionnelle « j’accuse ». pas franchement mauvais, mais j’ai classé saez dans les artistes « néo rock alternatif underground » les trucs bizarres qui ne correspondent pas à mes goûts rock. et puis j’ai écouté « Fils de France », et saez a facilement triplé de valeur dans ma côte. j’ai trouvé cette musique fabuleuse, essentiellement pour les paroles mais pas uniquement.

    • Ce qui est drôle, c’est que justement Saez est plus connu pour Fils de France, Jeunesse lève-toi et Jeune et con, trois titres phares assez anciens. Finalement J’accuse et Miami sont la période actuelle, et beaucoup moins connus.

      En as-tu profité pour écouter le reste de sa musique ?

      • pas tout, mais quelques une. « Putain vous m’aurez plus » était très bien (même si je me reconnaissais moins dans le message). en fait j’avais trouvé J’accuse pas terrible, car rebuté par la voix nasillarde du début mais je viens de réécouter et après ça devient bien, avec des refrains pas mal encore.
        Pilule a le même défaut à mes yeux : au début il parle toujours avec une voix du nez étrange qui gâche tout.

        sinon j’en ai pas écouté d’autres

        • La voix de Saez, c’est un éternelle débat. Moi j’aime bien les voix racées et reconnaissables en général (Brian Molko, Thomas Fersen…) et donc celle de Saez me convient tout à fait. C’est en partie ce qui donne son âme à ses textes et renforce leur côté personnel.
          Ceci étant ton avis est très partagé par de nombreuses personnes. Alors je te comprend aussi.

          Si tu cherches d’autres à écouter je te conseille le triple album Messina qui vaut vraiment le coup. C’est typique de sa période actuelle, sombre et magnifique.

          Merci de ton commentaire.

  • Perso, Damien Saez est mon artiste préféré, un Artiste avec un grand A ! Quelqu’un d’exceptionnel, c’est un chanteur, un VRAI ! Il fait ce qu’il aime, on le voit, il défend ses idéaux, il n’hésite pas à dire ce qu’il pense, il a une personnalité, une sacrée ! Ses chansons sont sublimes, parfaites, mélodieuses, rocks, comme lui. Lorsque j’écoute du Saez, que se soit n’importe quelle chanson, je suis transportée, je voyage, ses paroles qui sont parfaitement justes… La censure de la photo de J’accuse, j’ai trouvée ça vraiment con, cela peu choqué ? Et mon cul oui… Quant on vois ce qui passe à la télé par exemple, qu’un pub pour du chocolat est une pub de cul… Bref, tout ça pour dire que j’aime Saez, ce chanteur juste merveilleux… Je n’ai pas encore eu l’occasion d’aller à l’un de ses concerts, ce qui me fait bien chier d’ailleurs, mais bon, ça fait parti de mes projets, je n’ai que seize ans… Sinon, ton article est excellent, tu as de la chance d’avoir profité d’un aussi beau concert *.ù

    • Merci du compliment.
      Je suis d’accord avec toi sur la qualité de la musique de Saez. Quand à savoir si l’homme est aussi exempt de reproches, peu importe en vérité car c’est l’oeuvre qui importe.

      Les concerts de Saez sont connus pour être assez irréguliers. A priori il n’aime pas vraiment ça, et la concession n’est pas vraiment dans sa nature. Pourtant, on peut quand même assister à des moments de grâces inouïs lorsque le groupe et le public se rencontrent.

      Merci de ta visite. A bientôt ?

  • Je n’avais pas vu cet article à propos du concert de Saez. Je me dois d’y revenir.
    Je suis assez peu concert, car par un manque certain dans ma capacité de « lâcher prise » dans un concert je ressens beaucoup plus souvent la pression de la foule, son odeur et mes douleurs que la communion et la grâce dans la musique.

    Quant à l’artiste et bien… J’admets peu le connaitre. Mais de ses chansons les plus connues et de celles que m’a fait connaitre le maître des lieux j’en retiens quelques éléments:
    – Une voix nasillarde que m’est particulièrement désagréable dans un certains nombres de titres
    – Des sujets qui résonnent peu en ce qui me concerne avec pour une moitié des chansons d’ordre sentimentales, si certains peuvent trouver grâce à mes yeux leur nombre me posent problème. Si il a besoin d’une thérapie qu’il aille voir un psy, je ne compte pas le payer pour sa catharsis. Pour l’autre moitié des titres revendicateurs qui si ils frappent parfois justes perdent par leur excès une partie de leur justesse.
    – Enfin ajoutez à cela un public pour une partie adolescent « fanatisé » en rébellion qui pense menacer le monde à coup de tweet envoyer de leur iPhone issu d’un système qu’ils vomissent mais dont ils profitent à plein, de révolution de salon où le seul fait révolutionnaire est de dire « non mais ca peu plus durer quoi » autour d’un coca et mon naturel sceptique (ce qui n’a rien à voir avec l’artiste mais l’effet de halo est efficace que voulez) et voila un cocktail qui fait que je ne peux pas apprécier cet artiste.

    • Autant je comprend l’argument sur la voix nasillarde (c’est le truc le plus souvent reproché, et c’est objectivement vrai), autant les autres remarques me semblent moins valables.
      Je ne reviens pas sur les thématiques, on peut ne pas apprécier les élégies et le côté geignard évident du chanteur. Tout comme on peut ne pas aimer ses engagements ultra marqués.
      Ceci dit, je trouve quand même que le dernier point qui consiste à juger un artiste à l’oeuvre excessivement fournie sur l’image d’Epinal de ses fans, c’est intellectuellement assez malhonnête.
      Si la voix et les thématiques ne te rebutaient pas, je t’aurais conseillé de t’y plonger plus avant pour étoffer ton point de vue. Mais comme la dimension esthétique est à mon sens la première qui prévaut en musique (comme ailleurs), je comprend qu’une voix ou un style de musique puisse être éliminatoire.

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