Cosmo [†] Orbüs

God Blesse / Katagena | Saez

La pochette minimaliste de l’album

Y’a ces ombres derrière nous,
Y’a ces idées vendues,
Y’a ces drapeaux qui flottent,
Et des hymnes dessus,
Et puis y’a toi mon frère,
Oui, toi qui n’y crois plus,
Et puis y’a nos prières,
Et nos causes perdues.

– Saez, Menacés mais libres

God Blesse / Katagena est le deuxième album de Damien Saez, paru en 2002. Ecrit en français et en anglais, ce double CD développe sur une trentaine de titres un ensemble de thèmes et d’univers musicaux assez différents, et bien que l’ensemble est particulièrement réussi, le jeune artiste y cherche visiblement encore sa voie.

Le premier disque explore de nombreuses pistes musicales qui n’ont pas été développées depuis par Saez. Entre pop, dance et techno, le son rock et acoustique est moins évidents qu’aujourd’hui (dans le dernier Messina notamment). God Blesse est donc un terrain d’expérimentation, notamment dans Isn’t it Love II, dont le son n’a rien à voir avec les morceaux plus récents. Dans Be My Princess et Perfect World (très belle), Damien s’essaie au chant en anglais, tentative qu’il a réitérée depuis sous pseudonyme dans son album A Lovers Prayer. D’autre part, ce premier volet de l’album laisse la part belle aux titres instrumentaux et en comporte un certain nombre dont Thème II et  Ice Cream Trip on an Acid Van dont le côté épuré et lancinant renforce le son planant qui nous envoûte et nous berce tout au long de l’album.

Plus classiques dans l’oeuvre de Saez, et très réussies néanmoins, les chansons en français aux échos punk ouvrent sur une note de révolte. C’est le cas de J’veux du nucléaire et de Solution qui expriment le ras-le-bol de l’artiste face au désœuvrement de la jeunesse dans un monde qu’elle ne comprend pas, et qui ne la comprend pas. Sentiment repris un peu après en français et en anglais dans le très bon No Place For Us.

D’une essence avant tout romantique et engagée, de cette révolte désabusée de ceux qui ne croient pas à une victoire possible, God Blesse atteint son paroxysme sur les thèmes de l’amour et de la mort dans la chanson J’veux qu’on baise sur ma tombe. Véritable chef-d’oeuvre et, selon moi unique chanson à garder s’il ne devait en rester qu’une, ce morceau est la quintessence de ce qui fait l’univers et le message de l’artiste. Sur les ruines d’un monde qui s’autodétruit, le chanteur prône l’amour avant la mort, comme un ultime pied-de-nez à la faucheuse. « Il est temps de s’éteindre, / Il est temps de s’étreindre, / Allez, finissons-en. / Et laissons s’accomplir le firmament. »

« God Blesse America », l’ombre du 11 septembre qui plane encore aujourd’hui sur l’oeuvre de Saez.

Après les détours musicaux empruntés par Saez, le second disque Katagena, revient à un son extrêmement épuré entre voix, guitare et piano. Un retour à l’essentiel en quelques sortes, d’autant que chacun des treize titres de cette seconde partie semble être dédié à un thème spécifique et récurrent dans les textes de Damien.

Après l’introduction instrumentale au piano, l’essentiel des morceaux sont chantés en français. Isn’t it Love I est l’exception qui confirme la règle et répond au titre du même nom du disque précédent, en abordant le thème de l’amour. C’est également le cas de Les condamnés qui suit immédiatement en apportant une teinte un peu désespérée. S’ensuivent A ton nom, magnifique questionnement sur la religion et la tolérance, et Saint-Pétersbourg, superbe chanson évoquant l’Est, une région à laquelle Saez refera par la suite de nombreuses références.

Puis, c’est la descente aux enfers. Massoud aborde le comportement des pays occidentaux vis-à-vis du reste du monde, et notamment des dictatures qui oppriment leurs peuples. Profondément engagée, c’est également la première référence explicite aux attentats du 11 septembre 2001 dans la musique de Saez, une référence qu’on retrouvera régulièrement par la suite. Avec Les hommes et Usé, le désespoir rejoint la culpabilité et développe une profonde noirceur, qui atteint le fond du gouffre dans la sublime et très baudelairienne Voici la Mort.

Silence. Et enfin, d’abord timidement, puis inexorablement, l’espoir renaît. Menacés mais libres n’achève pas seulement le double album, il fait jaillir des sentiments les plus noirs, du désespoir le plus profond, une source claire, celle de tous les possibles. La jeunesse passe, la mélancolie s’installe et les regrets avec elle. Mais à 25 ans Saez est toujours jeune, toujours révolté, et trop ému pour se taire. Si le temps de l’innocence s’achève, le combat quand à lui ne fait que commencer.

-Saint Epondyle-

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