Cosmo [†] Orbüs

Ma playlist JdR pour Les Ombres d’Esteren

heilung groupe pagan esteren

Le groupe Heilung en live. Photo par Kees Stravers, 2017.

Voici longtemps que je voulais diffuser mes playlists de jeux de rôle, prêtes à lancer dans vos parties. Et comme je les utilise moi-même, elles auraient été mises à jour en temps réel au fur et à mesure. Sauf que les services de streaming (légaux) ne permettent pas de diffuser leurs playlists sans payer, et y ajoutent de la pub dans tous les cas. Pour que Cosmo reste un asile de web totalement sans pub, je me résigne donc à vous les diffuser par écrit. Charge à chacun de s’en inspirer pour intégrer ces sons à ses propres parties, acheter les albums et soutenir les groupes peu connus s’il le souhaite. Lorsque c’était possible (petits groupes), j’ai proposé des liens vers les albums écoutables sur bandcamp.

Cette playlist n’est pas générique pour Les Ombres d’Esteren ; elle a été conçue pour ma première campagne qui se déroulait à Llewellen, sur le bord de mer au nord ouest de Taol Kaer. Ceci explique l’importance de thématiques templières et démorthèn dans la bande-son, et l’absence totale de référence magientistes (qui devraient bien rendre avec de la musique drone, bruitiste ou indus). Cette playlist demande donc adaptation et pourra évoluer au fur et à mesure de mes futures parties.

Ambiance recherchée

Il fait froid et il pleut. Les vagues inlassables d’une mer noire lèchent les rochers fracassés au bas de la falaise. Le vent du large charrie des embruns qui se perdent dans les branches des sapins de la côte comme autant de cristaux de sel. La forêt impénétrable abrite sous ses frondaisons malmenées les secrets enfouis des hommes ; et la rivière coule… indifférente au destin des hommes.

Pour l’univers de ma partie, j’ai besoin de musique d’ambiance médiévale, neo-païenne ou religieuse selon les thématiques soulevées. Et des sons naturels comme le vent dans les arbres, le bruit des vagues dans le lointain, etc. La flûte irlandaise pour ébouriffer les tignasses, de lourds tambours pour soulever les cœurs – de la lyre pour les réchauffer.

Et des chants de guerre plein les tombeaux.

Atmosphère générale

L’ambiance générale se doit d’être 1/ médiévale, 2/ celtique ou nordique et 3/ calme pour pouvoir laisser tourner une playlist toute seule et ne pas trop m’en occuper. Je suis MJ, pas DJ. Enfin, chaque playlist thématique devra être suffisamment homogène pour éviter les ruptures de ton imprévues.

forndom esterenPour nimber l’atmosphère d’une ambiance « esterenienne », je chouchoute des groupes comme Forndom (pagan folk celtique envoûtant, spécialement le super album För världarna nio) et iamthemorning (« chamber prog »). Ce sont mes playlists les plus classiques du genre, lorsqu’on joue une scène du quotidien, ni spécialement ourde, ni spécialement angoissante. Mais comme je joue souvent dans une ambiance dark (on ne se refait pas) je remplace aussi souvent par du Peter Gundry (voir ci-après).

Lors d’une fête, par exemple l’Agaceann qui annonce l’hiver, j’y préfère du pagan folk festif. L’utilisation de groupes plus célèbres ne me gêne pas, j’ai nommé Faun et notamment Satyros ou Egil Saga qui collent parfaitement à cette idée dans un cadre traditionnel démorthèn. Pour les amateurs d’ambiances celtiques plus traditionnelles (trop pour moi), Adrian von Ziegler est un incontournable qui malheureusement n’a pas cette touche surnaturelle un peu Walpurgis de groupes comme Faun ou Omnia. Attention tout de même, ces groupes ont une fâcheuse tendance à verser dans le kitsch, peuvent utiliser un brin d’électro malvenue et/ou chanter en allemand ou en anglais. Pour l’immersion, c’est très moyen si les joueurs se mettent à écouter les paroles… « I’m a warrior, an earth warrior, dreadlocks soldier, fighting for the earth ! »

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Faun

Pour une légère montée en tension un peu plus donjesque, histoire de divulguer des enjeux ou attirer l’attention sur une tournure épique que pourrait prendre l’histoire, je passe volontiers sur du Nightwish mais pas n’importe lequel : The Islander en version instrumentale. C’est la seule piste à garder de la période Anette Olzon du groupe, et elle est magnifique avec sa guitare sèche et son flutiau. Par ailleurs, la version chantée peut aussi faire un bon générique de fin.

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Peter Gundry

Si l’ambiance est plus préoccupée, alors que les relations se tendent et que la méfiance s’installe, lors des longues nuits d’hiver où les habitants se jaugent et les visages se ferment, j’apprécie énormément le travail de Peter Gundry qui est particulièrement cinématographique – et qui a le bon goût de nommer ses pistes d’après des idées de scènes. Notamment I invoke cursed winds ou The witch trials. Sorte de piano lourd et sombre, pesant comme un couvercle de plomb qui laisserait les vents chargés de sel s’engouffrer dans les rues du village. J’adore !

Dans le même ordre d’idée, j’apprécie énormément Empyrium et ses sonorités chamaniques (un peu comme Agalloch en plus soft). L’archétype du genre de musique que j’aime passer pour annoncer des scènes surnaturelles – et qui tranchent par leur calme avec les forces telluriques qui s’animent dans les ténèbres. J’ai notamment passé Where at night the wood grouse plays lors d’apparitions féondas, avec grand succès.

Apparitions surnaturelles

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Empyrium

Lorsque certains événements particulièrement marquants ont lieu, il est bon de marquer le coup avec une bande sonore adaptée. Pour les rituels démorthèn, séances de sabbat druidique du fond des bois et apparitions d’augures dans le vol des cormorans, j’utilise Heilung qui est l’un de mes groupes préférés dans le registre viking pagan incantatoire. Il faut bien choisir le morceau cependant car certains, plus guerriers, se rapprochent trop de Wardruna pour une ambiance de magie. Bien entendu, c’est un jugement personnel.

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Heilung, groupe coup de cœur.

Dans ma campagne ou le Temple avait une importance prépondérante, j’ai enrobés les miracles et autres apparitions divines par des morceaux de Vangelis issu de 1492 Conquest of Paradise ou, carrément, par du Era. A utiliser avec précaution quand même : ces chansons sont célèbres et donc à utiliser plutôt pour le clin d’œil que pour une montée dramatique (« Hey, c’est pas la musique des Visiteurs ? »). Enfin, histoire de tapisser le fond sonore d’une ambiance monastique dans le prélude de la campagne sur Le monastère de Tuath, j’ai utilisé des chants grégoriens d’un obscur album sans titre dont regorge le web.

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The Witch

Il est aussi arrivé que le surnaturel ne soit pas clairement identifié, qu’il soit horrifique ou porteur d’inquiétude – plus proche de l’occultisme générique que d’un culte en particulier. Apparitions de fantômes, de féondas, sorts inconnus ou viciés, superstitions en tous genres sont autant d’occasions d’utiliser une musique plus proche de l’horreur que d’une mystique religieuse. J’aime alors taper dans mes playlists pour Sombre, à commencer par la bande-sonore de Mark Korven pour The Witch (excellent film) enraillée et volontiers discordante. Si l’on vire carrément du côté slasher ou survivaliste, je dégaine l’album By the throat de Ben Frost, un truc râpeux à souhait et franchement pas propice à la rigolade. Ce fut notamment le cas lors des quelques flashbacks, dans mes séances d’Esteren, motorisés sous Sombre Zéro pour raconter un massacre qui avait lieu avant, ou en parallèle de l’intrigue principale. Effet Pacte des loups garanti.

Guerre et paix

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Wardruna

La fin de ma campagne s’en est allé emprunter les sentiers de la guerre. L’occasion rêvée de sortir les tambours de guerre nordiques, de souffler dans les cornes de brumes et les cors de chasse, bref d’écouter du Wardruna à pleins tubes. Ce groupe est le meilleur truc qui soit dans le genre « marche guerrière viking » avec son alliance de rugosité brute et de roulements de tonnerre. (A égalité avec Paleowolf, qui est plus sec toutefois.) Les morceaux se distinguent difficilement les uns des autres, mais on peut les balancer en partie plus ou moins indifféremment – en tous cas sur des albums comme Runaljod – Ragnarok.

A quelques occasions, Corvus Corax a été tout aussi utile pour ses sonorités tribales et ce qu’il entraîne de rage du combat. Plus rythmé peut-être que Wardruna, les morceaux sont aussi plus typés dans leur construction plus proche du rock que de la chanson traditionnelle. Méfiance, même si ça marche toujours bien.

Dernier joker enfin, l’exceptionnelle bande sonore du film King Arthur : Legend of the sword (de Guy Ritchie) composée par Daniel Pemberton. La bande son est incroyablement réussie, mais tellement cohérente et dotée d’une identité forte qu’elle en devient difficile à utiliser hors-contexte. Tous les morceaux marchent vraiment ensemble, c’est dur de les séparer et ça fait un peu tache tant ils irradient. A écouter chez soi donc, plutôt qu’en partie.

Génériques

Comme je le disais à propos d’une autre campagne, tout épisode se doit d’avoir une ouverture et une fermeture digne de ce nom. Bref, un générique de début et un de fin. Toutes mes parties de cette campagne d’Esteren se sont ouvertes sur Crusaders issue de la bande-sonore de Kingdom of Heaven (composée par Harry Gregson-Williams). Le mélange de chants religieux tamisés et de bande son de film permettait de se mettre dans le bain le temps de distribuer les XP et récapituler les épisodes précédents. L’esthétique générale du morceau colle bien à l’ambiance de mission religieuse recherchée pour cette partie. (Peut-être que la bande sonore de Silence, de Scorsese, marcherait aussi bien ? Je ne l’ai pas écoutée mais c’est dans le thème.)

Concernant les génériques de fin, je suis la mode hollywoodienne du moment : avec une chanson un peu pop pour les crédits. Ça a commencé, je crois, avec Le Retour du Roi. Bref, toutes mes séances se terminaient sur Not Strong Enough d’Apocalyptica. Un morceau émocore en phase avec l’aspect psychologisant et dur des Ombres d’Esteren, parfait pour atterrir le temps de rallumer les lumières et pour signifier clairement que la partie était finie. A force de répétition, mes génériques entrent vraiment dans la tête de toute la table, et renforcent d’autant le début et la fin des parties.

~ Antoine St. Epondyle

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