Cosmo [†] Orbüs

Placebo

Placebo de gauche à droite : Steve Forrest, Brian Molko et Stefan Olsdal

[I was alone, falling free,
Trying my Best not to forget…
– Placebo, Meds]

Le rock est un genre musical tellement galvaudé aujourd’hui, qu’on peut y trouver un peu de tout et beaucoup de n’importe quoi. Depuis les anciens chanteurs franchouillards comme feu Alain Bashung ou Renaud jusqu’aux nouveaux « bébés-rockeurs » sacrifiés sur l’autel d’une mode éphémère, tout le monde est rock, tout le monde passe au Grand Journal et tout le monde est content. Puisque tout le monde finit par se dire « rock », plus personne ne l’est réellement. Quelques groupes sérieux tiennent tout de même la place depuis un certain temps, comme le font les trop proprets Radiohead et Muse par exemple, grâce heureusement à une musique de qualité, voire de très grande qualité.

Dans cette atmosphère plastifiée et gentillette digne des plus aseptisés plateaux de télévision, on aurait un peu tendance à oublier que le rock est avant tout une musique servant à faire passer un message de malaise qu’à illustrer une publicité pour une quelconque bagnole. Heureusement, le trio international Placebo est là depuis toujours pour nous le rappeler grâce à une musique très personnelle et profondément engagée.

Placebo est ma première histoire d’amour musical, que je découvrais lors de mes années-collège grâce à l’album Sleeping With Ghosts. J’ai donc vécu grâce à cette découverte musicale la transition entre la musique de papa et maman (appréciée par ailleurs) et la musique de ma génération. Je développe depuis mon univers musical entre ces deux influences principales : la chanson française d’un côté, le rock et le métal de l’autre ; et un nombre infini de possibilités entre les deux.

Mené par son leader Brian Molko et son look androgynes, Placebo est un groupe de rock alternatif européen dont le succès auprès du public francophone n’est pas vraiment confirmé dans les pays alentours. Le trio qui porte en étendard le fait d’être à moitié hétéro et à moitié homosexuel (bien que composé de trois personnes) propose depuis 1994 une musique sulfureuse, énergique, dépressive et profondément romantique.

Selon Brian Molko, qui est également l’auteur des textes du groupe, les thèmes abordés dans les textes de Placebo cherchent à dépeindre les émotions afin de transmettre une vision de la condition humaine. Le romantisme et la dépression sont les lignes directrices, sur lesquelles viennent se greffer de nombreuses références à l’amour -bien sûr- ainsi qu’au sexe et à la drogue ; qui constituent le côté punk du groupe.

Brian Molko en live

Quand vous essayez de faire de la musique universelle, vous vous tirez une balle dans le pied parce que vous tombez dans l’univers du cliché. Je pense qu’il est important d’écrire des chansons les plus personnelles possibles. Et puisque nous sommes tous faits des mêmes émotions, le fait qu’elles soient aussi personnelles les rend universelles.

– Brian Molko à France Inter, source : Wikipédia

Musicalement, la première chose qui frappe le néophyte est la voix nasillarde du chanteur, parfois associée à des sons violents entre une batterie déchaînée et des guitares ultra saturées. C’est certain, le public rock sera plus susceptible d’apprécier. Pourtant, à l’écoute de l’ensemble de la discographie on pourra apprécier la très grande gamme de ses possibilités. Et bien que la plupart des morceaux demeurent dans le même univers, force est de reconnaître l’originalité de la proposition du groupe.

A chaque album correspond une période particulière dans l’esthétique musicale du groupe, qui est revenu dernièrement à plus d’optimisme dans Battle For The Sun sorti en 2009. Ce renouveau correspond d’ailleurs à l’arrivée dans le groupe du jeune Steve Forrest à la batterie, véritable injection de sang neuf et de motivation pour les autres membres du trio que les critiques s’apprêtaient déjà à enterrer après l’album précédent, Meds. Personnellement, je suis bien heureux que les mauvaises langues se soient visiblement trompées et que le groupe ait pu repartir sur une nouvelle dynamique de création.

Les rumeurs vont bon train mais l’année 2011 se sera achevée sans qu’un nouvel album du groupe ne sorte. A la fin de la tournée mondiale de Battle For The Sun, le groupe devrait retourner en studio à partir du début de l’année 2012. On peut donc légitimement espérer un nouvel album soit l’année prochaine, soit l’année suivante. Nous verrons alors si la tendance du groupe à troquer progressivement le genre punk pour plus de pop se confirme. Moi qui suis fan de Placebo depuis que je l’ai découvert, je ne doute pas que leur prochain album soit une nouvelle fois d’un très haut niveau de sophistication et de qualité, comme toujours. Et dans le paysage rock actuel, faire de la qualité passerait presque pour un acte de rébellion.

-Saint Epondyle-

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4 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Tout d’abord, merci pour tes tweets qui font remonter quelques bons articles que je n’avais pas encore lus ;)

    Fan absolue de Placebo il y a quelques années, j’ai décroché depuis l’album Meds, pas mauvais certes, mais auquel il manquait l’étincelle de qualité des précédents. Je trouve les sonorités plus violentes, et j’en apprécie moins les textes, du coup. N’ayant jamais eu l’oreille assez aguerrie pour différencier une bonne mélodie d’une mauvaise, la voix du chanteur et les textes restent mon principal point de comparaison, ainsi qu’un bon solo de batterie ou éventuellement le déhanché innommable de Stefan sur le live de Paris. Mais, euh… Bref.

    J’avais un bon Best Of de Placebo, et il a malencontreusement disparu quand je suis passée de Voiture N°1 à Voiture N°2. Et cet article me rappelle que je m’étais promis de remédier à ce problème depuis un certain temps, et que je ne l’ai toujours pas fait !

    • Personnellement j’écoute Placebo un peu en dents de scie. Il n’empèche que chaque fois que j’y reviens, j’y retrouve les raisons pour lesquelles je peux considérer le groupe comme un pilier de ma culture musicale.
      Honnêtement, ils ne m’ont jamais déçu, et surtout pas dans Meds. Effectivement le son est plus violent, plus punk. Mais c’est une bonne partie de ce qui me plait. Meds, pour moi, est un classique au même niveau que Battle for the Sun et Sleeping With Ghosts, même si celui-ci reste chargé émotionnellement comme l’un de mes premiers amours rock. Ce qui n’est pas peu dire.

  • Placebo est un très grand groupe. Je ne suis pas une fan de la première heure, je les écoute aussi en « dent de scie ».Je suis allée les voir en concert en décembre.Je n’attendais rien de particulier de ce concert.Mais j’ai été très agréablement surprise par le niveau de ces musiciens et les émotions qu’ils parviennent à transmettre par leur musique.Cela m’a donné envie de réécouter tous les albums…Et j’y ai trouvé des choses très intéressantes!

    • Salut Peggy,
      Merci de ton commentaire.

      Personnellement je ne trouve pas que Placebo donne toute sa mesure en concert, le groupe est un peu statique et ne fait pas de zèle. Pourtant, c’est vrai qu’avec un public dédié et des installations visuelles comme pour la tournée Loud Like Love, ils dégagent tout de même de belles émotions.
      Malgré tout, c’est le genre de groupe que je peux apprécier tout autant en version album.

      Bienvenue par ici en tous cas !

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