Cosmo [†] Orbüs

Il n’y a pas de méthode et rien à expliquer,
Pas de technique en vogue, de calcul étriqué,
Et que vienne l’extase et crèvent les pouvoirs au rabais !
– Le Creux de ta Main

On ne va pas se mentir, bien-sûr qu’en allant voir Détroit au zénith de Paris la semaine dernière, je savais que l’hommage aux années Noir Désir serait lourdement appuyé. Non seulement j’y allais en partie pour ça, mais la plupart des spectateurs aussi. Il faut croire que pour remplir tous les zéniths de France, le groupe se devait d’assumer son évidente filiation.

Le zénith de Paris, c’est pour moi toute une histoire. C’est là que j’allais applaudir Nightwish lors de mon tout premier concert, il y à quelques années. C’est en tous cas une belle salle, où j’aime à revenir lorsque l’occasion se présente. Après nous être frayé un passage dans le froid baltique qui figeait le parc de La Villette dans une absence presque totale de vie ; nous atteignons le zénith, y expédions un bref pique-nique et allons trouver notre place dans la fosse. Un concert, ça se passe dans la fosse.

Déjà la première partie annonçait un beau moment, avec la découverte de Souleymane Diamanka et son groupe. Poète sénégalais, le chanteur réchauffe les cœurs du public avec une musique rock enrichie de voix africaines et des paroles slamées à la grande force évocatrice. Essentiellement en français et en peul, les textes évoquent le parcours du chanteur et sa culture multiethnique. Le ton grave de Souleymane rappelle autant Grand Corps Malade que les riffs qui l’accompagnent sont proches de Fauve. Une belle découverte inattendue et d’autant plus appréciable qu’elle fut accompagnée d’une belle communication avec le public.

Puis vinrent ceux pour qui nous étions venus.

Détroit sur scène, c’est assez simple. Un écran géant illustre l’univers de chaque morceau, comme le font presque tous les groupes d’aujourd’hui. Pas de grosse mise en scène, guère de décor où de costume, seulement des musiciens expérimentés, visiblement vrais amis et sincèrement heureux d’être là pour deux heures et demi de concert. Et quand je dis expérimentés, c’est moins pour noter l’âge des membres du groupe que pour remarquer leur superbe aisance technique. Changeant plusieurs fois de registre dans la même chanson, ils enchaînent, modifient l’ambiance, font des pauses, des solos enflammés, reprennent sur du bourrin… La scène est leur milieu naturel.

Détroit en live. Photo par Frédéric Lemaître.

Pour l’oreille exercée des amateurs de Noir Dez, la différence d’ambiance est sensible entre les morceaux du groupe actuel et celles de l’ancien. C’est donc assez naturellement qu’on commence avec Ma Muse et Horizons, chansons planantes laissant au public le temps de s’échauffer tout en en savourant les belles paroles torturées. Puis, comme pour revendiquer la filiation directe entre les deux époques, arrivent Ernestine et À ton étoile qui allument franchement le public et prouvent que la voix légendaire de Bertrand Cantat est encore capable de rugir, monter très haut, hurler et chuchoter, le tout à peu près en même temps. Au total, plus de la moitié des morceaux de la soirée auront été empruntées au répertoire de Noir Désir, plus une reprise de Gimme Danger d’Iggy Pop comprenant un ultrabadass solo d’harmonica (si si).

La complémentarité est belle entre les morceaux actuels, plus mélancoliques et les anciens, plus bourrins. Un jour en France notamment reste désespérément d’actualité ; tout comme le traditionnel petit commentaire politique sur Sa majesté« Nous sommes sauvés les patrons sont dans la rue ! » et l’ouverture sur la célèbre citation de La Boétie : « Ils sont grands parce que nous sommes à genoux ». Le premier rappel s’achève sur un ensemble de morceaux d’Horizons, le premier album de Détroit, puis c’est exclusivement sur du Noir Désir que se termine le concert. Tout au long du spectacle le public bouge de plus en plus ; les premiers pogos sérieux font bouger les lignes de front dans la fosse.

Après la sortie de son album live sobrement intitulé La Cigale, le groupe persiste et signe donc dans la continuation de son prédécesseur. C’est certain, je ne vais pas bouder mon plaisir d’aller écouter en live ces chansons cultes du répertoire rock français, interprétées par leur auteur. Mais pour autant, Détroit ne serait-il qu’une continuation de l’oeuvre de Noir Désir ? Après les années sombres de son leader, la nouvelle bande à Cantat ne devrait-elle pas opérer une complète résurrection artistique ? Espérons qu’un futur album puisse achever l’accouchement de cette nouvelle formation dont les textes et la musique promettent d’ors et déjà une immense richesse poétique, quoi qu’en disent les mauvaises langues. Détroit sur scène c’était bien. Alors vivement la suite.

-Saint Epondyle-

Photos par Manuwino

La setlist au complet :

Ma Muse
Horizons
Ernestine (Noir Désir)
À ton étoile (Noir Désir)
Le creux de ta main
Lazy (Noir Désir)
Gimme Danger (Iggy Pop & the Stooges)
Le Fleuve (Noir Désir)
Lolita nie en bloc (Noir Désir)
Ange de désolation
Null and Void
Droit dans le soleil
Glimmer in your eyes
Sa majesté
Un jour en France (Noir Désir)
Fin de siècle (Noir Désir)
Tostaky (Noir Désir)
Le vent nous portera (Noir Désir)
Comme elle vient (Noir Désir)

Photo de couverture par Frédéric Lemaître.

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