Cosmo [†] Orbüs

Le Déchronologue | Stéphane Beauverger

La couverture des éditions La Volte.

[La malchance n’est qu’un autre nom
pour l’inaptitude,
l’homme véritablement libre apprend
à plier le destin à sa volonté.]

Resté dans ma PAL depuis trop longtemps, Le Déchronologue est un roman de Stéphane Beauverger qu’il me tardait de lire. Ayant reçu une foule de récompenses dont le Grand Prix de l’Imaginaire et le Prix Européen des Utopiales en même temps qu’une pluie de critiques enthousiastes, le roman avait de quoi retenir mon attention. Quoi de mieux donc pour continuer ma découverte des auteurs français de SFFF contemporaine ?

Le Déchronologue est un roman original et exigeant, que je compare volontiers à ceux de Jean-Philippe Jaworski autant sur le style d’écriture que dans les sujets traités. Lorsqu’on sait qu’il est le premier livre de son auteur (et à ce jour le seul), la comparaison est flatteuse.

En quelques mots, voici mon résumé du livre.

L’histoire est celle d’Henri Villon, capitaine de navire français et pirate caraïbéen confronté à des événements singuliers. La trame du temps connait des déchirements dans les Caraïbes, provoquant l’arrivée en plein XVIème siècle de visiteurs directement issus du passé comme du futur. Pour lutter contre l’ingérence d’autres époques dans la sienne, Villon sillonne les mers sur son navire, le Déchronologue. Grâce a ses canons crachant les heures, les minutes et les secondes, le flibustier se charge de renvoyer les importuns là où ils sont venus.

Pourtant, ce chaos temporel n’est pas sans laisser de traces. Alors que les maravillas, ces artefacts d’outre-temps, font les affaires des trafiquants en tous genres (à commencer par Villon lui-même), les jeux de pouvoirs et intrigues politiques se nouent entre les puissances du vieux et du nouveau continent.

Le Déchronologue est donc un roman de science-fiction qui insert ses éléments uchroniques aussi subtilement que progressivement. Le lecteur y suit le journal du capitaine Villon de manière non chronologique -la trame du temps étant altérée- sur quelques dizaines d’années de sa vie. Du début à la fin, la narration bondit d’une situation et d’une époque à une autre,tout en restant bien construite et cohérente. L’intrigue du roman aborde l’histoire réécrite de la mer des Caraïbes grâce aux fils enchevêtrés de plusieurs intrigues parallèles, nous amenant à aborder le récit sous plusieurs angles en fonction des époques. Chacune d’elles apporte son lot d’évolutions de l’histoire, et aborde les changements de situations et de relations entre les personnages au fil des années.

Beauverger sert son livre par une écriture riche et bien documentée au niveau historique. Sans tomber dans la surabondance stylistique pour autant, l’auteur mobilise une grande variété de vocabulaire au fil de sa plume, en évitant toujours d’en faire des tonnes. Si le chapitrage non-chronologique peut poser quelques difficultés au début, il devient finalement assez superflu de le suivre très rigoureusement, et la compréhension du récit ne s’en trouve pas affectée outre mesure.

Toutefois, je souhaite formuler quand même quelques critiques. Premièrement, j’ai trouvé le personnage central du roman assez creux. Bien qu’il esquisse de (très) nombreuses réflexions sur des thèmes (très) intéressants et originaux, le narrateur ne va pas assez loin dans ses pensées. Le temps qui passe, se distend, fluctue et se déchire aurait été un thème absolument passionnant à approfondir en prenant justement le temps de s’y confronter, par exemple pour appuyer la pertinence des chapitres mélangés. Dommage qu’Henri Villon reste plus dans l’action que la réflexion, car le roman ébauche largement la matière à un discours philosophique aussi profond que dans La Horde du Contrevent, pour ne pas citer un torchon.

Ensuite, je regrette que les enjeux du scénario n’apparaissent pas un peu plus clairement dès le début du roman. A cause encore une fois de ces chapitres non-linéaires, la première moitié du roman n’ouvre pas de réelle perspective sur la suite de l’histoire. On découvre donc sur le tard les objectifs principaux des personnages, sans avoir y avoir été sensibilisés au fur et à mesure.

Pourtant, réduire Le Déchronologue à ces quelques défauts ne serait pas correct. Surtout en le comparant aux monuments du genre. En piochant ses inspirations et son style dans différents genres de SF et de fantasy, Stéphane Beauverger réussit à nous proposer un ouvrage foncièrement original, inspiré d’un contexte historique très bien traité. Pour peu qu’on fasse l’effort de s’y plonger, Le Déchronologue tient ses promesses et nous propose une histoire de piraterie extratemporelle (ce qui n’est pas rien) bien ficelée et intelligente, au sein d’un univers profond et passionnant, plein de personnages hauts en couleurs. Bref, une découverte qui mérite bien une bonne place dans nos bibliothèques ; y compris celles des grincheux de mon espèce.

-Saint Epondyle-

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