Cosmo [†] Orbüs

Ravage | René Barjavel

La couverture, faussement naïve.

[Ils n’avaient pas renoncé.
Ils étaient encore des hommes.]

Si je parlais il y a peu de temps de L’Enchanteur, la fresque arthurienne de René Barjavel, c’est dans un style assez différent que l’auteur est resté dans les mémoires : la science-fiction. Héritier d’Aldous Huxley (Le Meilleur des Mondes), contemporain de George Orwell (1984) et de Philip K Dick (Blade Runner), Barjavel est considéré comme l’ambassadeur d’une certaine SF à la française. Il publie son roman Ravage en 1943.

Le livre raconte l’histoire de François, étudiant parisien de l’année 2052 au sein d’une société hyper mécanisée ou le moindre effort est remplacé par des machines, des robots et des ustensiles techniques en tous genres. Dans la capitale française devenue mégalopole les vingt-cinq millions d’habitants vivent de nourriture synthétique au sein de quartiers-champignons artificiels. Et puis un jour, l’électricité disparaît.

Divisé en quatre parties, Ravage se propose de considérer chacune d’elles une des étapes classiques de la littérature apocalyptique. Les temps nouveaux ouvre le livre avec la description de la société futuriste, La chute des villes décrit l’avènement de la catastrophe, Le chemin de cendres traite de la survie, plus difficile encore que l’apocalypse lui-même, et Le patriarche conclue l’histoire sur les prémices d’une nouvelle civilisation. Chaque partie de l’histoire est marquée par un style et des éléments narratifs très différents. Les personnages, et particulièrement François, changent de rôle au fur et à mesure de l’évolution de l’histoire.

Comme dans ses autres romans, le style de Barjavel est aérien et relativement distant de son histoire. L’enchaînement assez rapide des évènements et la simplicité de la narration et des descriptions enveloppent le récit d’une fausse naïveté, bien loin d’autres histoires post-apocalyptique comme La Route par exemple. Malgré tout, la violence de la situation couve en silence et se révèle et fur et à mesure des évènements. Dans la conclusion du roman, l’auteur dévoile sa crainte et met en garde les futurs citoyens de la mécanisation à outrance de la société, tout en paraissant assez fataliste sur le sujet.

On a pu reprocher un fond d’idéologie pétainiste dans Ravage, notamment dans le climat français de son année de parution. Toutefois, si cette analyse se défend notamment dans le dernier chapitre Le Patriarche, l’auteur ne se prononce pas en faveur de cette nouvelle société dont il présente le fonctionnement. Personnellement, je n’ai pas remarqué de vrai engagement à ce niveau dans un récit essentiellement pessimiste quand à la nature humaine.

Ravage est de ses ouvrages qui marquèrent leur époque par l’imagination d’un futur au départ fantasmé se transformant en enfer. Pourtant, l’approche de Barjavel se détache de la lourdeur des récits à charge et, loin de faire l’inventaire des défauts de la société de son époque, il nous propose une fable de la destruction et de la renaissance, quasiment narrée comme un conte. S’il ne possède pas le statut d’anthologie de 1984 ou la puissance des sentiments de La Route par exemple, ce petit roman apporte une vision originale d’une situation post-apocalyptique classique, notamment due au contexte de son écriture dans les années 1940. Pour les amateurs du genre, c’est un livre d’importance, un des initiateurs de la SF made in France.

-Saint Epondyle-

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