Cosmo [†] Orbüs

L’Enchanteur | René Barjavel

La couverture

[Il est des morceaux de temps sur lesquels je ne peux rien. Ni Dieu non plus.
Il lui a fallu sept jours pour créer le monde.
– René Barjavel, L’Enchanteur]

J’ai relu cet été un livre auquel je suis attaché pour l’avoir lu dans ma prime jeunesse, et pour lequel je nourris depuis longtemps une grande affection. Ce livre, c’est L’Enchanteur de l’auteur français René Barjavel.

Basé sur la Légende Arthurienne, le roman raconte sur plusieurs générations l’action de Merlin le magicien sur le cours de la vie de la Table Ronde et bien entendu son rôle dans la Quête du Graal. Bien qu’un grand nombre d’oeuvres en tous genres (et à la qualité inégale) aient abordé le sujet, la vision de Barjavel de la mythologie arthurienne est à mon sens une des plus aboutie.

Quoiqu’un grand nombre d’éléments narratifs du cycle arthurien soient présentés par l’auteur sous une forme classique, et que le lecteur averti retrouve facilement ses repères, Barjavel s’essaye toutefois à quelques variantes. Merlin le personnage principal y est présenté comme le fils humain du Diable, enfanté par ce dernier pour concurrencer l’action de Dieu sur Terre. Ayant pris son indépendance par rapport à son père diabolique, Merlin se fait le guide des hommes du royaume de Bretagne. Conseiller proche du roi Arthur, il initie la Quête du Graal auprès des Chevaliers de la Table Ronde. Toutefois, malgré le temps qui n’a aucune prise sur lui, sa capacité à changer de forme selon les gens qui le rencontrent et ses pouvoirs quasiment illimités, l’Enchanteur reste un homme soumis à ses doutes et -surtout- à ses sentiments.

L’Enchanteur se distingue des autres romans de Barjavel par un style d’écriture et une narration très poétique. Au départ le Cycle Arthurien est basé sur une tradition orale séculaire, dont Chrétien de Troyes rédigea un ensemble de poèmes en vers pour en coucher sur la papier les principaux éléments (puisque les paroles s’envolent). Barjavel s’inscrit directement dans cet héritage et si le roman n’est pas écrit en vers, son style d’écriture développe une vraie force poétique digne d’un conte. Avec une certaine simplicité propre aux récits légendaires, l’auteur met en place et construit son histoire de manière à en faire irradier le plus d’émotion possible.

Le choix de l’auteur de respecter le format du conte plus que du roman classique lui permet d’user efficacement et de belle manière d’un grand nombre d’ellipses (puisque l’histoire se déroule sur de nombreuses années), et d’un bon nombre de figures légendaires symboliques. Ainsi, tous les personnages ou presque incarnent des figures symboliques. Lancelot est l’incarnation de la passion romantique, Galaad de la perfection chevaleresque, Gauvain de la loyauté et de l’amitié, et ainsi de suite pour tous les personnages mythiques mis en scène de manière idéalisée.

Qui s’attaque au Cycle Arthurien s’expose à la tâche difficile de faire des choix entre sa propre interprétation de l’histoire et les dizaines de versions qui ont déja été écrites sur le sujet. En l’occurrence, l’auteur fait abstraction d’une thématique qui m’est chère dans les Légendes Arthuriennes. Puisque Merlin est représenté comme le fils du Diable, l’ensemble de la magie (la sienne mais également celle de Morgane la Fée et de Viviane la Dame du Lac) est représenté comme émanant d’un pouvoir divin. La traditionnelle opposition entre magie payenne ancestrale des magiciens et magie nouvelle de la Chrétienté est alors gommée. C’est un peu dommage, mais le thème principal du roman n’étant pas là, je consent le sacrifice de bon gré.

Parmi les oeuvres modernes traitant de la mythologie arthurienne, on peut citer quelques interprétations considérables comme des classiques. Parmi elles, je citerai notamment le dantesque film Excalibur de John Boorman sorti en 1981 et le très bon Merlin de Steve Barron daté de 1998 au cinéma. Parmi les nombreux auteurs modernes qui se confrontèrent au Cycle, René Barjavel propose dans L’Enchanteur une vision de la légende sublimée par la poésie. En ce sens, et même si par définition son interprétation lui est propre, l’auteur atteint dans ce roman une certaine perfection.

-Saint Epondyle-

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