Cosmo [†] Orbüs

À la croisée des mondes 1, Les Royaumes du Nord | Philip Pullman

La couverture chez Folio Junior.

[La vie est dure, et pourtant,
tout le monde s’y accroche.]

Comme un certain nombre de gens de ma génération, j’ai lu la saga A la croisée des mondes dans mon jeune temps, entre deux sorties des tomes d’Harry Potter. Et si j’en gardais un très bon souvenir, la relecture du premier tome de cette trilogie m’a permis dernièrement d’y porter un regard neuf. Je vous propose donc aujourd’hui d’embarquer à ma suite pour (re)découvrir le premier tome de la trilogie : Les Royaumes du Nord.

L’univers du roman prend racine dans un monde proche de celui que nous connaissons, agrémenté d’éléments fantastiques et d’une touche de steampunk. L’Angleterre décrite ressemble bien au Royaume-Uni du dix-neuvième siècle, dans lequel des zeppelins arpentent un ciel enfumé par les usines à charbon, et ou l’Eglise et les scientifiques luttent dans les salons des universités entre recherches discutables et obscurantisme religieux. Dans ce monde, les humains sont tous accompagnés d’un daemon, un familier de forme animale qui est une partie d’eux-mêmes presque indépendante physiquement, et dotée d’une personnalité propre.

Cet univers à la fois familier et fantastique permet à l’auteur d’explorer un monde cohérent et profond, tout en appuyant sur les éléments qui en forment la partie fantastique pour construire son récit. Si l’histoire n’est pas en elle-même très originale, puisqu’il s’agit du voyage initiatique de la jeune héroïne dans des contrées inhospitalières, elle réserve néanmoins de très bonnes surprises et une vraie originalité dans son articulation et ses rebondissements.

La vie de Lyra est bouleversée lorsque des enlèvement d’enfants commencent à se produire à Oxford. Bien à l’abri des murs du Jordan College ou elle étudie, la jeune fille enquête pour chercher à comprendre qui enlève les enfants des gitans de la ville. Ces mystérieuses disparitions ont-elles un rapport avec son oncle Lord Asriel qui vient d’arriver en ville ? Et qui est cette mystérieuse femme accueillie en secret par les érudits du Collège ?

En se lançant sur les traces de son meilleur ami Roger, Lyra va se confronter aux barbares tartares, aux ours en armure de Svalbard et aux mystérieux Enfourneurs. Heureusement, elle pourra compter sur son daemon Pantalaimon et sur ses amis rencontrés en route au long d’un périple qui l’amènera à la frontière d’un autre monde…

L’histoire du roman est conduite à la première personne, favorisant l’identification des jeunes lecteurs à l’héroïne. Celle-ci est d’ailleurs assez cliché dans son rôle de jeune-intrépide-d’une-bravoure-a-toute-épreuve, la présence à ses côtés de son daemon Pantalaimon la complétant toutefois par une fragilité intéressante. Les personnages du roman sont dans l’ensemble classiques mais cohérents, Lord Asriel et Madame Coulter incarnent l’opposition à l’héroïne sans (trop) de manichéisme. Enfin, je souhaite faire une mention spéciale au personnage de Iorek Byrnison, l’ours en armure banni qui, sans être très profond brille pour le coup par une vraie originalité.

Stylistiquement parlant, l’écriture de Philip Pullman est d’un niveau littéraire remarquable tout en restant très clair à la lecture. Une certaine simplicité dans le style permet à l’auteur de flirter à l’occasion avec la poésie tout en restant toujours assez factuel. En comparaison Harry Potter et Le Monde de Narnia peuvent aller se rhabiller. Les chapitres relativement courts recèlent tous une vraie avancée dans l’histoire et imposent un rythme assez soutenu, sans jamais devenir confus et en ménageant tout au long un vrai plaisir de lecture.

En tant que premier roman d’une série initiatique, Les Royaumes du Nord aborde le début de l’épopée de Lyra ; celle qui -en trois volumes- la fera passer de l’enfance à l’âge adulte. Cette introduction de la trilogie aborde donc des thèmes liés à l’enfance : notamment la soif de liberté et d’indépendance de son héroïne. Les préoccupations et manigances des adultes, leurs luttes d’influences et leurs complots sont entraperçus mais largement délaissés au profit de l’aventure et des sentiments de Lyra. Le monde des adultes ne la concerne pas encore et ses aspirations sont tournées vers ses amis et sa soif de découverte du monde. Un parti-pris qui pourra frustrer un peu le lecteur confirmé, mais propice à faire fonctionner l’imagination et très pertinent pour les plus jeunes.

La fantasy est un genre littéraire marqué en profondeur par ses mythes, et qui peine parfois à se renouveler en se complaisant dans la redite. Dans les oeuvres de jeunesse, les succès comme Harry PotterTwilight, Eragon et Le Monde de Narnia ont été plagiés jusqu’à plus soif par des légions d’auteurs en manque d’inspiration et des éditeurs à la recherche de sécurité éditoriale. A la croisée des mondes est l’exception qui confirme ce triste constat et propose une vraie trilogie de fantasy jeune, adaptée à tous les publics et foncièrement originale dans son univers et son histoire. En qualité de roman d’ouverture de la saga, Les Royaumes du Nord place en 500 pages environ l’ensemble de ses personnages et de son monde et s’achève moins comme la conclusion d’une aventure que comme un pont vers la suite des évènements. La preuve s’il en fallait une, qu’on peut écrire des oeuvres cultes pour la jeunesse, sans tomber dans la facilité.

-Saint Epondyle-

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