Cosmo [†] Orbüs

Même pas Mort | Jean-Philippe Jaworski

Même pas Mort, Rois du Monde I, Jean-Philippe Jaworski

La magnifique édition des Moutons Électriques

« Seule la parole vivante confère l’immortalité. »

Bien qu’il soit sorti depuis un moment, j’aurai tenu bon jusqu’à sa parution en poche. Je veux parler de Même pas Mort, le premier volume de la trilogie celtique Rois du Monde, de Jean-Philippe Jaworski.

Abandonnant le Vieux Royaume et ses tribulations Renaissance, Jaworski débute ici un récit dans un nouvel univers adapté de l’Antiquité celte. Il y parle des terres légendaires de la Gaule païenne avant la conquête romaine, et donc bien avant la christianisation. Mais si les dates et les lieux ont peu d’importance, c’est que Même par Mort nous est conté directement par son héros : Bellovèse, fils de Sacrovèse, roi des Turons. Il ne connait pas notre géographie ni notre calendrier, il raconte son histoire dans un cadre de référence qui lui est propre.

Jaworski sait contextualiser un récit en profondeur, et y fait ici à merveille. Vu par les yeux de son narrateur la limite entre religion, mythologie et magie n’existe pas. Le monde est tissé de légendes et de mythes, peuplé de créatures fabuleuses et brodé des récits transmis par la parole des générations successives ; dont Bellovèse et son frère rêvent de faire un jour partie.

Même pas Mort, Jaworski

L’édition des Moutons Électriques

Même pas Mort raconte l’enfance de Bel, jusqu’à son entrée dans l’âge adulte. Dans le monde celtique d’alors, le concept d’adolescence n’existe pas et on distingue seulement les enfants des adultes par un rite de passage. Premier volet du triptyque, le roman développe en détails les circonstances qui ont mené Bel et son petit frère Segovèse à la guerre contre la tribu des Ambrones, et les périls mortels qu’ils y rencontrèrent… Du moins en théorie puisque, justement, malgré les efforts en ce sens de son oncle, Bellovèse n’est même pas mort.

A défaut d’être vraiment héroïque, cette première « branche » a tout du roman initiatique. Le livre se divise en trois longues parties, classées de manière non chronologique et couvrant chacune une époque particulière. Nul doute que les volumes suivants poursuivront le destin de Bellovèse qui pour l’heure se contente d’observer les virils héros celtes, vétérans de guerres qu’il ne connait qu’en récits. La suite devrait narrer la suite de son affrontement avec le roi Ambigat, son oncle.

Ni très original, ni très charismatique, le personnage principal peine -pour le moment- à se rendre vraiment intéressant. C’est certain, Bellovèse n’a pas la gouaille de Don Benvenuto Gesufal, le héros de Gagner la Guerre. Peut-être est-ce dû à son jeune âge ? Je gage que cette trilogie, plus longue que ledit roman, prendra plus son temps pour développer l’histoire et la personnalité d’un héros qui, dès-lors, gagnera en profondeur (un peu à la manière de L‘Assassin Royal de Robin Hobb).

Même pas Mort, Jaworski

Les prochaines « branches » poursuivront l’histoire de Bel.

De manière générale, l’univers de Rois du Monde est plus sec, plus rude et plus premier degré que le Vieux Royaume précédemment narré par Jean-Philippe Jaworski. L’histoire et ses personnages s’en ressentent, qui sont moins flamboyants et hauts en couleurs que ceux de Gagner la Guerre et Janua Vera. Rien que de très logique ceci dit puisque cette nouvelle trilogie s’attaque à une période autrement plus rustique que la Renaissance ciudalienne, ses arts et ses intrigues. Avec un ton quasiment dark fantasy extrêmement documenté sur les us et traditions celtes, mais également les rapports de force et la mythologie de l’époque, l’auteur pose avec une richesse de vocabulaire impressionnante, les bases d’un univers profond et très convaincant.

Chasse Royale, la deuxième « branche » de la trilogie promet une ellipse conséquente dans la vie du héros, confirmant que la série s’étendra sur l’ensemble de sa vie. Je ne doute pas que nous y trouverons de quoi nous attacher encore plus à ces personnages, en vivant leurs exploits à leurs côtés. En abordant la culture celtique en détails, avec luxe de précision et toujours ce style d’écriture riche et dynamique, littéraire et grossier, moderne et historique, Rois du Monde s’annonce comme la saga celtique que j’ai toujours voulu lire. Une fois encore, merci Jaworski.

 -Saint Epondyle-

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