Cosmo [†] Orbüs

Le Modèle de Pickman | HP Lovecraft

Le Modèle de Pickman figure dans le recueil L’abomination de Dunwich aux éditions J’ai Lu.

[La seule chose qui rachète notre époque est qu’elle est fichtrement trop stupide pour fouiller de près dans le passé.]

Parmi les nombreuses nouvelles d’Howard Phillips Lovecraft, quelques-unes occupent une place un peu à part en ne faisant pas directement référence au Mythe de Cthulhu. C’est le cas du petit texte intitulé Le Modèle de Pickman qui relate une histoire fantastique indépendante dans le milieu des artistes de Boston des années 1920.

Abandonnant le monde scientifique cher à l’auteur, Le Modèle de Pickman raconte l’histoire d’un peintre décadent et moderne, Richard Upton Pickman. Incompris par les membres de l’Art Club de Boston à cause de son art contre-nature jugé horrible, le peintre est contraint de cacher ses oeuvres les plus abominables. Très courte (a peine une vingtaine de pages), la nouvelle est l’occasion pour Lovecraft de parler des peintres et de l’art de son époque, avatars d’une modernité qu’il rejette largement. Paradoxalement, il établit un parallèle assez évident entre le personnage de Pickman, génial mais incompris, et sa propre vie d’auteur maudit.

Tous véridiques, les artistes évoqués dans la nouvelle sont des contemporains de l’auteur auxquels il fait plusieurs références au cours du récit, comme pour contextualiser l’histoire et donner des pistes d’imagination quand à la nature du travail de Pickman. Les toiles du peintre morbide sont décrites avec un luxe de précision, en insistant sur le fait que l’aspect horrifique de ces oeuvres est obtenu par une reproduction parfaitement réaliste de l’horreur. D’une certaine manière, le style de Pickman dans la peinture semble exactement semblable à celui de Lovecraft dans l’écriture : matérialiste et torturé, basé sur des visions d’horreur, et surtout sur la certitude que les atrocités représentées sont bien réelles.

J’imagine sans peine que la nouvelle fut l’inspiration de départ de la bande dessinée très poulpique L’Île des Morts de Thomas Mosdi et Guillaume Sorel. En effet il y est également question, quoique de manière plus approfondie, d’un tableau maudit et de créatures souterraines abjectes d’un style tout à fait semblable. Ceci dit, la BD développe largement cette amorce sur cinq tomes.

Bien que son sujet change des universités poussiéreuses et des expéditions en terre inconnue, Le Modèle de Pickman est un cas d’école en matière de narration lovecraftienne à la première personne. Le narrateur, qui pourrait fort bien être l’auteur lui-même, témoigne des atrocités qu’il a vues ou rêvées, et qui l’ont rendu fou de terreur. Bien qu’il se présente comme un homme endurci, le personnage principal n’en est pas moins traumatisé par sa propre histoire ; encore un renvoi très autobiographique de Lovecraft qui était phobique d’a peu près tout. D’autre part, l’histoire se déroule dans la ville de Boston, dans une Nouvelle-Angleterre très classique dans l’oeuvre de l’auteur.

Selon moi, Le Modèle de Pickman fait partie des quelques textes de Lovecraft -avec La Musique d’Erich Zann– dont le Mythe est moins présent que la volonté d’aborder d’autres terrains dans le récit d’horreur. En gardant un style extrêmement typé, l’auteur change de cadre afin d’aborder un sujet artistique qui lui est cher. Bien qu’il ne fasse pas partie de ses textes majeurs, ce petit récit mérite toute l’attention des amateurs du genre qui y trouveront une inspiration passionnante ou simplement un approfondissement de l’oeuvre du Maître de Providence.

-Saint Epondyle-

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