Cosmo [†] Orbüs

L’armée Furieuse | Fred Vargas

[C’est l’annonce d’une secousse.
Peut-être d’une sacrée secousse.
]

Je terminais hier soir la lecture du dernier livre d’une auteure que j’apprécie beaucoup, L’armée furieuse, de Fred Vargas. Bien que je lise assez peu de romans policiers en général, j’ai accroché depuis longtemps à l’univers particulier, à la fois réaliste et atypique dans le paysage du polar, de cette écrivaine française.

L’armée furieuse est l’histoire de plusieurs enquêtes croisées, menées par la brigade parisienne du commissaire Jean-Baptiste Adamsberg, qui le mèneront avec ses hommes de Paris jusqu’à la campagne normande, dans la petite ville fictive d’Ordebec. Là, les enquêteurs seront confronté à un assassin inspiré par d’anciennes croyances, à la superstition ambiante des habitants, mais également à leurs propres turpitudes.

On ne lit pas un Fred Vargas comme on lit un Agatha Christie, pour la maestria de l’intrigue, ou pour tenter de recouper nous-même les indices en vue de « doubler » les enquêteurs en devinant le nom du coupable avant la fin. On lit (je lis) un Fred Vargas pour partager une histoire avec des personnages très attachants et profonds, pour profiter de dialogues superbement écrits et pour goûter à de multiples ambiances et concepts décalés et rédigés dans un style délicieux. Véritable fil rouge de la majorité de l’oeuvre de l’écrivaine, le commissaire Adamsberg est un policier entre deux âges, songeur et lent, qui aime prendre son temps pour réfléchir et s’attarder sur ce que d’autres considéreraient comme des détails. Son adjoint l’inspecteur alcoolique Adrien Danglard est un puits de savoir quasiment infini. Le lieutenant Violette Retancourt est une colosse sensible aux doigts de fées, excessivement compétente et attentionnée dans de nombreux domaines. Et on pourrait continuer longtemps dans l’énumération des personnages qui, romans après romans, sculptent l’univers de la brigade et ses environs. Chacun est une figure plus ou moins attachante, mais toujours cohérente dans la construction d’une certaine ambiance propre à l’auteure, entre contemplation, réflexion et -parfois- précipitation.

Côté intrigue, le roman mène deux enquêtes principales de front, l’une étant largement mise a l’avant par rapport à l’autre. C’est donc dans le petit village d’Ordebec que se déroule l’essentiel de l’action, inspirée de la légende de la Chasse Hellequin selon laquelle certains individus seraient doté d’un don leur permettant de voir à l’avance la mort de certaines personnes au comportement contestable. Alors que  la panique risque de se répandre dans la population qui cherche des boucs-émissaires, le commissaire Adamsberg et ses hommes sont envoyés de Paris pour prendre la suite de la gendarmerie locale. L’histoire est globalement intéressante, et quoique sans surprise majeure avant sa conclusion, elle ménage un bon suspense et un mystère tout à fait prenant jusqu’au dénouement final.

Lorsque j’avais lu quasiment tous les ouvrages de Vargas il y a quelques années, le côté répétitif des personnages et du style assez particulier de son écriture m’en avait lassé. Si l’overdose guette les acharnés, je gage que les occasionnels sauront apprécier l’évolution et les relations entre les différents personnages dont certains se sont ajoutés depuis les premiers romans. Sans révolutionner ni le polar, ni l’univers de sont auteure, ce nouveau roman s’inscrit dans la continuité de ces prédécesseurs. Avec un style d’écriture simple et cohérent, il sait nous entraîner dans les pensées de ses personnages principaux et, entre légendes anciennes et superstitions, policiers et villageois, aristocrates et gendarmes, se tissent les fils d’une histoire sombre et terrible, ou la vérité côtoie les légendes du passé.

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Un seul commentaireVous en pensez quelque-chose ?

  • Tout à fait d’accord avec ton article. J’ai beaucoup aimé Pars vite et reviens tard, un lieu incertain et sous les vents de Neptune. Les personnages de l’auteure sont souvent marginaux, ce qui donne de l’intérêt à l’histoire. J’aime aussi les références aux légendes et croyances « locales » (loup garou, vampire, la chasse Hellequin…)
    Merci pour cet article!

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