Cosmo [†] Orbüs

Few of Us, luvan

few of us luvan

Le bouquin est très beau. Chez Dystopia Workshop.

Puzzle éclaté sur des temporalités indistinctes – « pendant », « après » et « plus tard » – le dernier recueil de nouvelles de luvan surprend, contourne, joue avec la forme et pose pas mal de questions.

Tantôt pur récit, toujours très très bien écrit, tantôt quasi-poésie à la forme libre, tantôt autre, chaque nouvelle nous parle de la possibilité d’une vie dans le chaos d’un monde traversé de courants raz-de-marée, de tempêtes et d’aléas jamais dissociés des h/Hommes. Les causes, incertaines, se perdent dans l’oubli comme des larmes dans la pluie. La nature de l’humanité nous pousserait-elle à des rapports de domination et de violence ?

S’il est lié à l’actualité, parfois très récente, le recueil dénote surtout par la malheureuse perpétuité de ses thématiques centrales… la tentative de passer au dessus d’un mur que « protègent » des milices nationalistes armées jusqu’aux dents, par exemple. Point de contact, point de rupture, point commun de ses récits : le titre du bouquin. Few of Us. Comme le film lituanien du même nom ? « Peu de nous » : des figures anonymes qui se démènent aux marges d’un futur parfois quasi post-apo, à l’intersection de guerres sans finalité ni fin – et d’une indigence tant morale que sociale. Ces figures, ces « peu de nous » (qui est ce « nous » ?) sont celles et ceux qui essaient de (sur)vivre autant que de résister à la broyeuse, peut-être, aux angles morts du tout marchand et de l’extrême violence (n’y a-t-il de résistance que dans l’esquive ?). Ces figures disais-je, sont essentiellement des femmes, des enfants, des quatre coins du monde, qui essaient de vivre tant mal que pire dans ce foutoir avec le grandiose affligeant d’une expédition archéologique au milieu d’un champ de mines.

Il y a quelque-chose de Catherine Dufour dans ce recueil de luvan – dont je n’ai rien lu d’autre pour le moment si ce n’est sa contribution au Bal des Actifs – Demain le Travail. J’y trouve une volonté de prêter sa voix, son clavier, à d’autres que les héros-mâles-blancs-occidentaux omniprésents dans la représentation culturelle ; pour créer une science-fiction violente et raciste et bordélique et misogyne comme l’est le monde. Si l’on me demandait, je dirais qu’une telle littérature – malheureusement inconnue du grand public – une telle SF  politique et poétique, est plus que jamais nécessaire.

~ Antoine St. Epondyle

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