Cosmo [†] Orbüs

Dracula | Bram Stoker

[Vous devez avoir pitié de lui aussi. Sans que cela empêche vos mains de le faire disparaître de ce monde.
– Bram Stoker, Dracula]

Dracula est un nom unanimement connu, celui du comte vampire des Carpates. Pourtant, bien moins nombreux sont ceux qui pourraient citer de tête les noms de Jonathan Harker, de Mina Murray, du docteur John Seward ou même du professeur Abraham Van Helsing. Car en effet, avant d’être ancré dans l’inconscient collectif comme peu de mythes le sont, et d’inspirer d’incalculables suites, remakes, adaptations et parodies, Dracula fut et demeure le plus grand roman fantastique de tous les temps, écrit par Bram Stoker en 1897.

En ces temps troublés, alors que les minettes adoratrices de Justin Bieber (Vanité !) se sont mises au vampirisme par le truchement de l’infamie Twilight, je considère pourtant que l’on révèle le véritable connaisseur en matières de fantastique et de vampires lorsqu’il à, au minimum, lu Dracula. Car voyez-vous, Dracula est le plus grand chef-d’oeuvre fantastique jamais écrit.

Sans entrer dans les détails de l’histoire ; Dracula est le récit de la rencontre du jeune britannique Jonathan Harker avec le comte Dracula dans son domaine de Transylvanie, et de la confrontation qui s’ensuivra. Malgré son retour en Angleterre, Harker n’aura de cesse de voir l’ombre du vampire s’étendre sur sa vie et celle de son entourage. Assisté par ses amis le docteur John Seward et le Professeur Van Helsing, Harker participera à la traque destinée à lever la malédiction imposée par le monstre. Car le comte est bien un monstre. Un non-mort, un mort-vivant, qui sous une apparence humaine dérangeante et effrayante cache sa véritable nature, celle d’une créature maudite, abominable, et assoiffée de sang humain, littéralement. Malgré tout, ce monstre ne doit pas être haï, mais pris en pitié, car il est l’incarnation du banni, retiré du monde et honni de tous. Car si Dracula est maudit (et dieu sait qu’il l’est), il apporte également la malédiction aux humains ; c’est d’ailleurs l’histoire du roman.

Là ou Dracula est un chef-d’oeuvre, c’est que Bram Stoker y a fixé à jamais le mythe original du Vampire. A partir d’une multitude de légendes, de récits et de vieilles croyances des quatre coins de l’Europe, Stoker a déterminé l’ensemble des caractéristiques et attributs qui définissent ce monstre exceptionnel. Le Vampire est d’ailleurs plus qu’un monstre exceptionnel, c’est le Monstre à forme humaine, le seul demeurerait s’il ne devait en rester qu’un.

Le vampire est un mort-vivant qui se réveille la nuit mais est contraint aux ténèbres pendant la journée, il se nourrit du sang des vivants, qu’il asservit à sa volonté en même temps. Le vampire craint l’eau bénite, les objets et les lieux saints, il déteste l’aïl, ne peut pas s’exposer à la lumière et ne se reflète pas dans le miroir. En outre, il a la faculté de se changer en chauve-souris et en loup à volonté. On détruit le vampire en lui plantant un pieu de bois dans le coeur lorsqu’il repose dans son cercueil, en lui coupant la tête et en immolant l’ensemble par le feu.

Clichés ridicules me direz-vous ? Et bien justement, ces attributs devenus clichés avec la surenchère sont justement ceux qui définissent le vampire original : Dracula. D’autres auteurs ont repris ce thème après Stoker en réadaptant le mythe sous une forme plus ou moins dérivée. Ainsi, le vampire devient plus humain et moins bestial sous la plume d’Anne Rice (Entretien avec un vampire) ; plus sociable et entreprenant sous celle de George RR Martin (Riverdream) ; plus violent, immoral et maléfique sous le pinceau d’Olivier Ledroit (Requiem, Chevalier Vampire) ; et plus teenager aseptisé sous celle de Stephenie Meyer (Twilight). Quoiqu’on puisse penser de ces différentes visions, c’est justement par le degré de variation par rapport au vampire original qu’on les analyses. Pourquoi le vampire original ne serait-il pas un éternel ado amoureux d’une lycéenne du Vermont après-tout ? Et bien tout simplement parce qu’Edward Cullen n’est qu’une variation faite par son auteur, à partir d’un mythe initial, Dracula ; et que ce mythe a été créé à partir de toutes les peurs et croyances païennes et chrétiennes de l’Europe d’antan ; la plus forte de toutes étant la peur instinctive du noir.

Si répertorier toutes les adaptations, suites et remakes de Dracula dans tous les domaines est une tâche ardue et fastidieuse (je vous retourne vers Celui qui Sait pour en consulter une liste), tenter de lister toutes celles qui s’en sont inspiré de près ou de loin est carrément impossible.

L’adaptation au cinéma la plus réussie, parce que relativement fidèle à l’oeuvre ; mais également du fait de son style gothique baroque est celle de Francis Ford Coppola, avec Anthony Hopkins (Van Helsing), Keanu Reeves (Jonathan Harker) et Gary Oldman (le comte Dracula) entre autres. Dans toute une série d’autres films, de nombreux acteurs revêtirent la cape du comte, dont les plus fameux furent Bela Lugosi (le fameux vampire italien) et Christopher Lee (qui est depuis abonné aux rôles de méchants, et pas des moindres).

A noter enfin que la toute première adaptation du chef-d’oeuvre à l’écran engendra un autre chef-d’oeuvre, malgré le fait qu’il ne fut pas autorisé à l’époque par les héritiers de Stoker. Il s’agit de Nosferatu, Une symphonie de la terreur (Nosferatu, eine Symphonie des Grauen), film muet de 1922, du cinéaste expressionniste allemand Friedrich Murnau. Cette adaptation illégale a du être renommée pour éviter les poursuites, mais reprend presque exactement la même trame que l’oeuvre originale. L’âge de cette adaptation, le fait qu’elle soit muette et privée de couleur, ajoute un charme infini sur le film qui passe pour le premier film d’horreur jamais réalisé. Elle y présente un Nosferatu dont l’image restera pour toujours absolument mythologique.

Aujourd’hui, le vampire fait partie intégrante de notre culture. En qualité de geeks, il fait même partie de notre quotidien, ne serait-ce que par les jeux de rôles qui lui sont entièrement consacrés comme Vampire, le Requiem. Mais alors que le monstre est plus que jamais banalisé et mis à toutes les sauces, y compris par de nombreux jeux vidéos et films, de nombreuses interprétations d’auteurs, de dessinateurs, de cinéastes et d’artistes en tous genres n’ont de cesse de le faire régénérer sous de nouvelles formes. Le roman original, lui, n’a rien perdu de son charme ni de sa puissance ; il reste encore aujourd’hui à l’image de la créature et du mythe qu’il a fondé : immortel.

-Saint Epondyle-

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12 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Cher Epon,
    Tu nous met la des grandes oeuvres du Vampirismes et tu les compares a Twilight. Je suis conscient que c'est une infamie mais ce n'est pas juste. Toute infamie a droit a son procès équitable….Même si je reconnais la grandeur de l'oeuvre de Stoker je ne suis pas d'accord avec toi quand tu annonces que c'est la plus grande oeuvre fantastique. D'autres, comme LSDA ou d'autres comme Dune peuvent avoir se privilège.
    C'est peut être le plus partagé parce "qu'Hollywoodé" depuis longtemps mais tout de même. Enfin Epon la peur la plus viscérale de l'Homme n'est pas celle du noire mais celle de l'ingestion par un animal plus fort que nous. Le noir, le feu et la noyade venant ensuite. Mais il est vrai que concernant les vampires cette peur joue aussi.

  • Concernant Twilight, je me suis bien gardé de trop donner mon avis (cette fois). C'est une interprétation du vampire qui n'est pas la mienne, mais je la place au même niveau que les autres que je cite. Si on considère la reconnaissance et le succès de librairie, Twilight n'a rien à envier aux autres.

    Ensuite, Dune et LSDA n'ont pas du tout les mêmes répercussions dans la culture que Dracula. Si on compare les oeuvres en elles mêmes, et leur aspect littéraire en lui même, ça relève de l'appréciation de chacun.

    Enfin, je maintiens que la peur instinctive est celle de l'inconnu, et donc du noir qui camoufle et masque. Attention de ne pas confondre avec "la mort la plus redoutée".

  • perso dracula c de la merde !!!!!!!!!!!!!!! c juste un prof qui a demander une recherche de merde !!!!

    eh mais !!!!

    ca répond pas a ma question : CES KOII LEEH MIITHEH DE DEH DRACùLààH ?????????

    • Je ne partage pas tout à fait ton analyse. Quand à ton prof, force est de reconnaître qu'il a bon gout. Malheureusement pas partagé visiblement.

      Quand à ta question, je crains que la barrière de la langue ne m’empêche de la comprendre tout à fait. J'éviterai donc d'y répondre pour éviter un développement hors-sujet.

  • Un billet pour le moins complet sur le thème du célèbre comte, et ses accointances avec les buveurs de sang qui accompagnent la quasi-totalité de mes lectures. Par contre, Dracula a peut-être été un ouvrage charnière, mais il est loin d'être le premier a faire des vampires un mythe littéraire. Il ne faut pas sous-estimer l'influence du Vampire de Polidori ou du Carmilla de Le Fanu, voire d'ouvrage (certes jamais paru chez nous) comme Varney le vampire.

    • En effet, le comte n'est pas le premier vampire et Stoker s'est inspiré d'oeuvres préexistantes. Toutefois, je pense qu'on peut lui reconnaître le fait d'avoir "fixé" le mythe sous une forme devenue classique.

      Il me semble, au vu de ton site, que tu maîtrise le sujet bien mieux que moi. Je me range donc à tes références.

      Et bienvenue sur Cosmo !

  • Tout à fait complet comme article. Je ne connaissais pas les jeux vidéos – je vais aller jeter un oeil / Est-ce que les personnages vampiriques sont-ils assez développés ou sont-ils utilisés juste pour leur aura maléfique ?

    (Ayant lu dans l'ordre chronologique.) Certes, les prédécesseurs de Dracula ont une plus importante influence, mais le styles littéraire (long poème) n'est pas "fantastique". Je dois dire que Bram Stocker a trouvé le bon style et ambiance.

    D'ailleurs, comment le comte finit sa vie ? Pas moyen de m'en rappeler. A-t-il une descendance ?

    Bonne Année au passage.

    • A priori, le comte Dracula est anéanti par Van Helsing et ses amis, à Londres à la fin du roman. Différents films et bouquins l'ont fait ressusciter dans des suites plus ou moins "officielles", mais à priori rien de la part de Stoker lui-même.

      Le roman "Dracula l'immortel" est sorti en 2009 d'après les notes originales de l'auteur. Je ne sais pas s'il met en scène une éventuelle descendance du comte.

      Deux films, respectivement nommés "le fils de Dracula" et "la fille de Dracula" sont sortis il y a bien longtemps. A mon avis, ça relève plutôt du navet de collection que du film sérieux.

      Bonne année également !

  • Si je peux apporter ma modeste contribution a l'épineux problème de la pérennité du mythe Vampirique, je croix savoir que les premiers posant les bases du Vampire (sans le nommer ainsi) est Carmilla, ce qui confirmerait les dires de Vladkergan. De plus, ayant lu Stocker et Le Fanu on peut voir je pense dans la déperdition progressive de la femme de Lord Arthur un pendant a la manière de procédé de la bête de Carmilla.
    J'ajoute au passage que ceux qui voudraient lire "du Vampire" tout en étant atteint de flemmingite aiguë que Carmilla est excellent et très court.

  • Bonjour,
    Ne confondons pas dracula de Stocker et le mythe du vampire en général!

    je viens de tomber sur ton site globalement sympa; néanmoins je suis un peu déçu de ton article sur dracula. Je suis un grand amateur du genre et je ne sais pas si tu l’as lu car il y a de nombreuses aproximation (pour ne pas dire erreur).
    Ton paragraphe sur ce qui defini dracula :

    Le vampire est un mort-vivant qui se réveille la nuit mais est contraint aux ténèbres pendant la journée, (discutable, étant donné que dracula de stocker peu vivre la journé seul ses pouvoir son grandement amoindris)

    il se nourrit du sang des vivants, qu’il asservit à sa volonté en même temps. Le vampire craint l’eau bénite, les objets et les lieux saints, il déteste l’aïl (approximation et raccourci hatif)

    , ne peut pas s’exposer à la lumière (cf précédant)
    et ne se reflète pas dans le miroir (je ne suis pas sur, il faut que je le relise)
    . En outre, il a la faculté de se changer en chauve-souris et en loup à volonté (entre autre).
    On détruit le vampire en lui plantant un pieu de bois dans le coeur (et voila ce qui me fait dire que tu ne l’a pas lu !, comment dracula meure-t-il?)

    lorsqu’il repose dans son cercueil (dracula dort -il dans son cercueil?)

    , en lui coupant la tête et en immolant l’ensemble par le feu.

    C’est vrai que Stocker a ancré le mythe du vampire et à donné lieu à une formidable vague d’ésotérisme au 19e, néanmoins il a connu des évolution avec le cinéma et il ne faut pas le confondre avec l’oeuvre original (qui reste extraordinaore)
    Enfin je ne suis pas du tout d’accord avec le dracula de coppola qui ne respecte en rien le roman (mais les gout et les couleur…)

    • Bonjour l’ami,
      Je te rassure tout de suite : j’ai bien lu Dracula, que j’ai adoré et que je considère comme l’un des romans fondateurs du fantastique (et je ne suis pas le seul).

      L’objectif de mon article était de parler de l’influence de ce roman fondateur sur le mythe populaire du vampire. Dans les idées partagées en général sur la question, le vampire se déplace de nuit, est sensible à l’eau bénite et aux signes religieux, et meure par empalement sur un pieu en bois etc.
      Et effectivement, Stoker n’initie pas tous ces éléments dans son roman. J’ai peut-être manqué de clarté à ce niveau.
      Ceci dit, j’ai écrit cet article en 2010 et tout en plaidant coupable, je pense que je serai plus précis si j’abordais à nouveau ce thème aujourd’hui.

      Merci de ton passage sur le site.

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