Cosmo [†] Orbüs

Le scientifique et le romantique

The Magic of Fireworks, par ~MD-Arts

[L’art est fait pour troubler. La science rassure.
– Georges Braque
]

La Science est une magie contemporaine, qui permet de transcender les capacités humaines afin d’accomplir des prouesses. Strictement basée sur des raisonnements rationnels, elle est -d’une certaine manière- devenue notre nouvelle religion. Notre foi en la Science est inébranlable et sa petite soeur la Technologie (ou la Technique, je ne fais pas de différence) nous prouve chaque jour les miracles dont elle est capable. La durée de vie s’allonge, des maladies disparaissent, les communications se font instantanées et les déplacements ultrarapides grâce à la connaissance toujours plus poussée de l’humanité de son univers. Notre univers.

La connaissance : voilà la matière dont se nourrit le rêve scientifique. Ce rêve de l’homme de pouvoir -peut-être- un jour comprendre et expliquer l’ensemble de l’univers. Et si aucun scientifique ne s’imagine réellement arriver à une situation d’omniscience, surtout pas à un niveau individuel, tous cherchent à apporter leur pierre à l’édifice et par leur travail et leurs découvertes à participer à l’avancée générale.

Je n’ai jamais été scientifique, rationnel non plus d’ailleurs. L’idée d’expliquer l’univers dans son ensemble, et de comprendre d’où nous venons me parait à la fois assez vaine et passablement prétentieuse. Égoïstement, j’ai du mal à me préoccuper beaucoup de ce que fera l’humanité dans cent, mille, deux mille ans. Je crois profondément que les systèmes dont nous disposons (et disposerons) seront toujours trop peu évolués pour comprendre une part significative de notre univers. Mais sur le sujet, la seule position vraiment valable me semble être un agnosticisme prudent, de part et d’autre. Et si les avancées technologiques, médicales, scientifiques depuis les siècles passés sont indéniables, si je ne conteste pas leur réalité, et si je comprends l’attrait de certains pour la Science, mes rêves sont différents.

Le romantisme place comme principe fondateur l’affirmation par les artistes de leur « moi ». En ramenant les préoccupations et l’expression artistique non pas uniquement à une situation personnelle nombriliste mais à une échelle humaine, les romantiques se proposent d’explorer le sentiment, l’abstrait, le rêve. La finalité n’est donc plus comme dans la science d’expliquer, mais plutôt d’exprimer et de se confronter à l’expression d’autrui. Les outils ne sont plus l’observation, le calcul et la déduction, mais l’esthétique et la fiction. Ce pourrait être une définition de l’art.

J’ai toujours adoré qu’on me raconte des histoires, et en raconter à mon tour. Quand j’étais tout petit, j’aimais déja les jeux y compris vidéo, les films, les bandes-dessinées. Plus grand, je les aime toujours énormément même si mes jeux, mes films et mes bouquins ont évolué. En lisant les nouvelles du monde qui s’autodétruit, des guerres de religion et de l’aliénation des masses, je me dis qu’on soit scientifique réjoui par la découverte d’un boson (fut-il de Higgs), littéraire en attente du prochain tome du Trône de Fer, rôliste en pleine préparation de la prochaine partie, ou un peu tout ça à la fois, l’essentiel est de continuer à rêver.

-Saint Epondyle-

Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants, mais peu d’entre elles s’en souviennent. – Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince

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6 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Nous avons maintes fois croisé le fer sur cette dichotomie mon cher Epon. Et une fois de plus fidèle au poste, tu me vois m’avancer, fleuret, moucheté, à la main.
    Pourquoi nécessairement opposer de manière si radicale les romantiques et les scientifiques, on peut être l’un ET l’autre. Je crois que moi même et un ami commun à nous peuvent et sont excités par les 3 évènements que tu cites en fin d’article.
    Enfin, je sais que tu trouves la volonté scientifique d’expliquer le monde prétentieuse, impossible voir franchement pas souhaitable. C’est ton avis.
    Mais laisse moi alors tenir également de tels propos sur le romantisme. Comment ne pas trouver particulièrement prétentieux le fait de poser comme principe fondateur l’affirmation du « moi » ? Pire, de penser un seul instant que cette affirmation du moi par le médium de l’art serait une expression du monde (et je suis gentil je mets une et pas la), que celle-ci aurait tout un coup une portée universelle. J’ai une méfiance quasi maladive pour les artistes, car ils ont le plus souvent dévié de l’expression artistique « pure », sans arrières pensées matérielles, vers une affirmation de la suprématie de leur « moi » par rapport à celui des autres. Penser qu’une majorité d’artistes ont réussit à passer le piège du nombrilisme me parait au mieux optimiste, au pire un aveuglement idéologique.
    Nous sommes tous à la fois scientifique et romantique. Ce ne sont que deux faces d’une même pièce, on ne peut vivre sans rêve et sans aspirations abstraites ou lointaines, nos schémas mentaux, sociaux et culturels ont l’air d’avoir besoin d’une part d’irrationnel et d’inconnu. Mais il ne faut pas oublier les dures contingences de la vie matérielle, sans la force de notre esprit rationnel ayant réussit à nous extirper de la recherche de la survie à court et à moyen terme au moins notre esprit serait indisponible pour ce romantisme. De la même manière le romantisme soutient ces êtres qui peuvent paraître insensibles que sont les scientifiques, expliquer et éclairer est leur manière de s’exprimer. Irrationnellement, alors qu’ils n’en n’ont fondamentalement pas besoin ils veulent expliquer. C’est aussi cela à mes yeux le romantisme et le scientifique.
    Toutefois, je conclurais tout de même sur une note moins consensuelle. Si ces deux notions sont deux faces d’une même pièce, comme pour la pièce une face a plus d’importance que l’autre. Le scientifique peut être compris par tous pour peut que ceux-ci aient eu le courage et l’occasion de se pencher dessus, c’est l’avantage de la rationnalité. Alors que le romantisme ne l’est pas nécessairement, ne reposant sur rien de concret, on pourra toujours essayer d’expliquer sa vision du monde à quelqu’un et que celui-ci n’ayant pas accès à notre grille de lecture du monde, ne pourra nous comprendre. En définitive n’être que dans l’expression du « moi » pour exprimer le monde, mène à l’inverse au renfermement de l’être sur lui-même.
    Pour conclure, nous sommes et devons restés tous scientifiques et romantiques, mais pour le bien de l’espèce, de nos propres individualités, nous devons tous être au moins autant scientifique que romantique, si ce n’est plus. Sous peine de devenir des êtres égocentriques incapables de communiquer entre eux, obnubilés par leurs propres visions du monde et en définitive voués à disparaître car devenu inapte dans la grande course darwinienne de l’évolution.

  • Je n’oppose pas absolument le romantique et le scientifique, et je suis d’accord qu’on peut être enthousiasmé par l’un et l’autre. Je dis simplement que ça n’est pas autant mon cas pour la science que pour l’art. C’est simplement mon avis.
    Je ne crois pas qu’on puisse choisir d’être plus réceptif à l’un ou l’autre (il existe peut-être même d’autres visions d’ailleurs), c’est une affaire de sensibilité. Tu penses qu’un raisonnement rationnel est compréhensible de tous, je maintiens que non. Et de la même manière pour une expression romantique. Mais celle-ci est loin d’être basée sur « rien de concret » comme tu dis. La joie, la tristesse, la mélancolie sont au moins aussi concrets dans notre perception que les atomes et les molécules. Et je ne parle même pas du boson de Higgs.

    Je n’ai jamais pensé que l’art était universel. Mais je pense que chacun peut trouver une forme d’art qui lui corresponde et qui traduit sa propre vision du monde. Etant par définition personnel, l’art ne peut pas parler à tous. Ça serait effectivement prétentieux de le dire, mais je ne le dis pas. Quand au fait qu’il y a une part d’irrationnel dans la démarche scientifique (je veux TOUT savoir) je veux bien le croire. Il y a quelque chose de poétique dans la quête acharnée de balayer pendant une tempête de sable.

    Le « bien de l’espèce » n’est pas le sujet. Je pense au contraire que l’expression des sentiments et des idées permet également de rapprocher les hommes. Quand à l’idée que la rationalité le ferait aussi bien, je crois que notre monde nous prouve quotidiennement que ça n’est pas le cas. Mais ça relève des mes opinions politiques, et c’est un autre débat.

  • Pour être à la fois de formation scientifique, informaticien de métier, rôliste invétéré, joueur vertébré, poète romantique, et écrivain d’heroic-fantasy, il évident pour moi de me rallier à une vision rêvée de la science et de la croyance. La découverte pour la découverte, ou la croyance pour la croyance n’ont jamais mené qu’à des extrémités désastreuses. Peu importe le degré de l’un au sein de l’autre, les deux sont essentiels, et le rêve est éternel.
    « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » F. Rabelais.

  • J’aimerais revenir sur plusieurs points de l’article.

    Tout d’abord, je ne peux rester stoïque face à une comparaison entre la science et la magie(!) ou entre la science et la religion(!!), aussi diluée soit-elle. Magie et religion sont, par définition, les deux antinomies de la science, et pourtant la comparaison est plus que récurrente de nos jours. Cela traduit à mon sens une incompréhension entre la société et la science, qui s’explique facilement par le fait que les deux entités ne parlent pas le même langage. Pour ne rien arranger, la traduction est toujours une tâche ingrate et peu de ponts sont jetés entre science et société. Aussi je peux comprendre l’emploi du mot « magie », s’il désigne d’une manière générique les choses « incroyables mais vraies », dans le sens où la plupart des gens ne savent pas comment fonctionne un GPS, un ordinateur ou même une ampoule électrique malgré leur utilisation quotidienne de ses objets. Je me permet de rajouter que, si les sciences dures sont souvent décrites comme opaques pour la société, on parle bien moins souvent des sciences molles, comme l’économie et la politique, qui sont tout aussi complexes pour le profane (c’est-à-dire l’électeur moyen).
    Par ailleurs, ne sachant pas ce qui se cache derrière le « d’une certaine manière » de l’article, je me permet de souligner que, si les voies de Dieu sont impénétrables et irréfutables, celles de la science sont toujours le fruit d’une construction hypothético-déductive en permanente remise en question. Ce qui est scientifique est toujours de l’ordre du débat, et même si ce débat n’est pas accessible à tous, son existence seule en fait le contraire d’une religion.

    Ensuite, je pense que l’on ne peut attribuer l’adjectif prétentieux à la science. Si certains scientifiques le sont (ce ne sont que des humains après tout), la science est par essence « inhumaine ». Elle n’est qu’une description intelligible d’une réalité infiniment complexe, c’est un langage qui permet de communiquer avec la nature, et en cela, elle n’est que le support d’une avarice de connaissance portée, elle, par les hommes. En connaissance de quoi, aucun scientifique ne peut prétendre comprendre la nature, il peut simplement la décrire, avec une certaine marge d’erreur, et faire des prédictions, toujours avec une certaine erreur.
    Aussi le scientifique cherche-t-il à dialoguer avec la nature, à lui poser des questions qui l’intéressent en tant qu’être humain (c’est l’expression de son romantisme dira-t-on), tandis que le méta-scientifique s’intéresse lui à la compréhension du tout. Et c’est ce dernier l’éternel insatisfait, car une expérience (une question posée à la nature), quelle qu’elle soit ne répond jamais au pourquoi, mais toujours au comment. Ainsi je me permet de lever un amalgame récurrent entre science et méta-science.

    Enfin, qu’en est-il du romantisme scientifique ? La question est intrinsèquement mal posée. Il n’existe pas de romantisme scientifique. On peut tout au plus se demander quel est le romantisme des scientifiques, et à cela je répondrais qu’ils ne sont rien d’autres que des hommes, avec leur sensibilité propre. Certains aspirent à la jouissance, d’autres à la reconnaissance, d’autres encore à la connaissance, quelques autres encore à l’aisance. Il y a autant de réponses que de scientifiques, aussi me donné-je la permission d’exprimer une certaine vision des choses, et qui permet de rebondir sur la pseudo-ambition de tout savoir.
    Prenons donc l’exemple d’un pirate, ou plus précisément d’un chasseur de trésors, comme il est souvent représenté dans l’imaginaire collectif. Ce pirate aspire-t-il vraiment à la richesse infinie ? Est-ce bien le crépitement des pièces d’or qui le fait rêver ? Sont-ce les villas, les bijoux qui l’intéressent ? A-t-on déjà surpris un chasseur de trésor regretter une longue vie paisible et bien sécurisée ? Il est clair que ce que cherche un chasseur de trésor, ce ne sont pas des trésors mais l’aventure, l’inconnu, le danger et le frisson de la mort, l’adrénaline. Le vrai trésor, l’insaisissable, celui qui file constamment entre les doigts, c’est l’aventure. La recherche, quelle que soit sa forme (de soi, des autres, du progrès, de l’argent, de l’amour), est une aventure, et en particulier la recherche scientifique.
    Aussi, si le fameux boson de Higgs est un trésor, tout aventurier digne de ce nom s’empresse d’en rechercher un autre. Et c’est ainsi que le romantisme devient un moteur de la science et réciproquement.

    Dernière chose concernant le rapprochement des hommes. Grande notion s’il en est, à la fois éternel échec et éternel succès. En la présente, je pense qu’il ne s’agit là ni de science ni de romantisme, puisque les deux réunissent autant qu’ils divisent. Aussi, le hors-sujet aura été évité si je n’en parle pas.

  • Je suis dans une très large mesure d’accord avec Funky, sur la science et je le remercie au passage de m’ouvrir les yeux sur la notion de meta-science qui m’était inconnue auparavant. Je me permets juste d’infirmer la thèse de Funky sur le pirate et l’aventurier. Oui, on a surpris, une fois, dix fois, mille fois les pirates regretter une vie faite de sécurité. La biographie des plus célèbres pirates, de Barbes-Noirs à Steve Bonnet en passant par l’Olonnais le montre. Le plus célèbre d’entre eux, Henry Morgan, une fois gouverneur au nom de la couronne d’Angleterre de Port-Royal ne s’est jamais plaint de sa promotion.
    Si je réfute la thèse de l’aventurier je suis par contre d’accord avec celle qui dit que la recherche est une aventure et qu’elle s’applique aux scientifiques.

    Quant à savoir si le bien de l’espèce n’est pas dans le sujet, je m’en moque bien aussi, car la virgule d’après précisait, nos propres individualités, ce qui remet la phrase dans le débat.

    Il faudrait pour nous mettre d’accord sur la question de savoir qui rapproche ou qui éloigne le plus de la science ou du romantisme les hommes entre eux beaucoup plus que la place d’un commentaire aussi je ne le tente pas. Et je constate un nouveau point de désaccord entre nous. De la même manière, je maintiens qu’avec temps et effort tout être rationnel peut comprendre un raisonnement rationnel. Mais cela aussi est un autre débat.
    Fondamentalement, cette opposition n’est qu’une des facettes du grand débat sur le but de l’Homme, je devrais dire des hommes. Chacun se le cherche et se donne un but bien différent. Selon ses aspirations et selon ce qu’il est intrinsèquement. Nos divergences de point de vue expriment à mes yeux les divergences fondamentales de nos personnalités. Mais n’est ce pas là ce qui fait la richesse de l’humanité ?

  • @ Lendraste > Je suis d’accord avec toi. D’ailleurs je ne prétend pas à un romantisme total au détriment (total lui aussi) de la rationalité. Comme chacun je fais des actes motivés en partie par des réflexions rationnelles, ne serais-ce que pour gérer un blog comme Cosmo par exemple. :)
    « Les deux sont essentiels et le rêve est éternel. » Nous sommes d’accord, et chacun trouve midi à sa porte.

    @ Funky & Nicaise > Tu as bien compris l’utilisation du terme de magie dans l’article. Je parlais bien sûr des choses « incroyables mais vraies ». Peu de gens savent comment fonctionnent Internet, une voiture etc. Et pourtant chacun de nous les utilise. Le terme de croyance vient du fait que nous sommes -selon moi- de plus en plus persuadés que tous les problèmes trouveront un jour leur solution grâce à la technologie. Ne serait-ce qu’en médecine par exemple.
    Ça n’est ni bien ni mal, mais c’est nouveau par rapport à des sociétés basées sur la religion par exemple, comme nous avions avant.

    Je ne dis surtout pas qu’il faut choisir entre romantisme et science, comme s’il fallait en bannir un ou comme si l’un avait « raison » par rapport à l’autre. Aussi le débat du bien de l’espèce ou de nous-même ne relève pas de mon propos. Mon discours est basé sur une observation personnelle, par rapport à laquelle je me place plus proche d’une sensibilité romantique. En encore une fois, je ne pense pas qu’il faille opposer les deux. Puisqu’ils existent de fait (et d’autres aussi peut-être) voila ou je me situe.

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