Cosmo [†] Orbüs

Le Mythe de la Fin du Monde

[Apocalypse please.
– Muse]

Alors que la date fatidique du 21 décembre 2012 approche, et que l’actualité est remplie de nouvelles alarmantes sur l’état de la planète, la Fin du Monde est indéniablement à la mode. Le magazine rôliste Casus Belli a d’ailleurs consacré dans son dernier numéro, un dossier spécial sur le sujet. Mais malgré cet engouement passager, qui eut déjà lieu au passage à l’an 2000 avec divers courants de pensée catastrophistes, le Mythe de la Fin du Monde est bien plus profondément ancré dans la culture geek que l’on pourrait le supposer.

Il suffit de regarder le nombre de films-catastrophes, d’histoires d’invasions extra-terrestres, de guerres nucléaires et de mondes ravagés, pour se rendre compte que finalement, l’idée d’une fin du monde (ou du moins du monde tel qu’on le connait) est extrêmement présente dans notre inconscient fictionnel. Allons donc gaiement tenter de décrypter cet étrange fatalisme un peu résigné.

A la base, la fin du monde est prédite par la Bible, dans le livre de l’Apocalypse attribué à Saint Jean l’évangéliste. Dans ces écrits, l’auteur nous informe selon le commandement divin qui lui a été fait, je cite :

Écris donc ce que tu as vu, ce qui est, et ce qui doit arriver ensuite. (Apocalypse de Jean, chapitre 1, verset 19)

Source : Wikipédia

Ainsi, la fin des temps est décrite simplement comme le retour du Christ sur la Terre, apportant le Jugement Dernier par lequel les bons et les méritants pourront accéder au ciel, et les pêcheurs seront promis aux tourments éternels de l’enfer. Pas d’attaque de zombies, de pluies de flammes ou de guerre nucléaire ; seulement l’heure H à laquelle il ne sera plus possible de se racheter, et ou chacun devra passer devant Dieu pour faire les comptes. Une perspective quelque peu anxiogène.

La bande dessinée Le Troisième Testament propose une variation très intéressante sur le sujet de la Fin des Temps chrétienne, en mettant en scène un Antéchrist non diabolique (comme souvent). – Attention spoiler – Second fils de Dieu, il est contraint de vivre une existence de mortel sur la terre pendant l’éternité, jusqu’à ce que l’unique mot qui constitue son nom soit révélé. Alors, il pourra retourner auprès du Seigneur et provoquera le Jugement Dernier. Toutefois, à la fin de la série il est tué par Conrad de Marbourg, permettant ainsi aux hommes de se libérer du joug divin, et de vivre leur existence par eux-mêmes. Son nom n’est donc jamais révélé et l’apocalypse n’a pas lieu. – Fin du Spoiler – Cette vision originale du personnage de l’Antéchrist se distingue par le fait qu’il n’est absolument pas diabolique ou maléfique. Finalement, son immortalité est une malédiction dont il souhaite être libéré. (« – Je vais te tuer ! – Non, tu vas me libérer. Tome 4)

Une autre appréciation de la Fin du Monde est beaucoup plus contemporaine, celle que nous avons hérité de la période de la Guerre Froide. Après avoir constaté les effets de la bombe nucléaire à Hiroshima et Nagasaki, l’idée de la destruction de la terre par l’homme devient omniprésente lors du face-à-face entre les deux blocs, capitaliste et communiste. Contrairement à la vision religieuse, cette fin du monde est alors provoquée par les hommes et n’a rien de positif. (Le jugement dernier est positif pour les bons catholiques qui ne se reprochent rien au niveau religieux et vont donc au Paradis.) Par contre, cette perspective laisse planer un léger espoir, celui de survivre à l’apocalypse grâce à une expatriation dans une zone perdue, ou à la construction d’un blockhaus dans son jardin (ou un coup de chance inopiné). Evidemment, la Bible ne prévoit au contraire aucune façon d’échapper au Jugement Dernier.

Une autre menace qui peut peser sur le monde dans la culture geek est la conséquence d’une machination diabolique, le but ultime d’un grand méchant, ou le dommage collatéral d’un plan de plus grande ampleur. Cette théorie du complot est largement répandue, parfois en dépit de la logique la plus élémentaire ; c’est pourquoi la plupart des méchants préfèreront asservir le monde que le détruire purement et simplement. Néanmoins, les cosmologies à plusieurs plans d’existences (et autres dimensions parallèles) peuvent expliquer ce dessein. De toute façon, les gentils gagnent à la fin.

Ces trois visions des choses : la religieuse, la conséquence de la folie des hommes et la machination diabolique (ou l’invasion diabolique), sont la base de toutes les représentations de la fin du monde dans la culture geek. La constante absolue est que cette fin du monde doit être évitée, et c’est généralement le rôle des personnages principaux. (des PJs dans le cas d’un JdR) A ma connaissance, il n’existe pas d’histoire dans laquelle on accepte la fin du monde sans essayer de l’éviter.

La fin totale du monde est d’ailleurs assez rare. Bien souvent, le monde est irrémédiablement saccagé, corrompu, mais pas condamné au néant. C’est le cas de la nuée Zerg de Starcraft, qui corrompt les planètes sans espoir de guérison. Même si la terre devient impropre à toute autre forme de vie, la nuée, elle, y prospère. Ce n’est donc pas la fin du monde, mais sa conquête. On est exactement dans le même cas dans Matrix, ou le « monde réel » est un univers atroce pour l’humanité car entièrement asservie par les machines. Pour autant, la civilisation mécanique, elle, profite d’un monde où elle s’épanouit. Ce n’est pas non plus la fin du monde.

Qu’ils soient aliens (Independance Day), mécaniques (Matrix ou Terminator), démoniaques (Le Seigneur des Anneaux) ou de n’importe quelle autre forme, les grands méchants préfèrent souvent conquérir le monde pour y établir leur règne sans partage plutôt que le détruire. Bien entendu, c’est alors la fin de la vie paisible et des contrées prospères pour tout ce qui ressemble à un hobbit, un elfe, un lutin ou tout simplement un humain. C’est donc une fin du monde relative.

Ceux qui détruisent le monde sans rien y laisser le font en fait parce qu’ils ont une échappatoire. C’est logique, on ne coupe pas la branche sur laquelle on est assit. Ainsi, l’Empire de Star Wars utilise l’Etoile Noire pour anéantir totalement les planètes qui se rebellent contre lui. De même, la Légion Ardente commandée par le démon Archimonde dans Warcraft III a pour habitude de ravager entièrement les mondes (« sans nombre », parait-il) qu’elle visite. Pour le coup, les motivations profondes de la Légion sont incompréhensibles, à moins de la considérer comme une sorte d’allégorie du chaos.

Enfin, la fin peut être la conséquence non souhaitée d’une escalade, le plus souvent une guerre totale, mais aussi éventuellement un apocalypse écologique, créé par l’insouciance coupable de l’humanité. Encore cette fois-ci, les exemples de destruction relative sont bien plus nombreux que ceux qui mettent en scène une destruction totale. Ceci est très loin d’être anodin.

S’il est presque impossible d’utiliser une menace de fin du monde absolue dans une histoire, c’est parce que celle-ci ne pourrait pas être ourdie par une force terrestre (un méchant). Dès lors, l’événement deviendrait soit divin, soit mécanique (le soleil est arrivé à sa date limite de consommation, par exemple), et il deviendrait impossible de lutter pour l’empêcher. S’il n’y a pas de moyen de lutter, il n’y a pas d’action. Et pas d’action, pas d’histoire.

Là ou la fin du monde partielle (ou relative) prend un intérêt tout à fait unique par rapport à la perspective de fin globale, c’est dans le fait que justement, on peut y survivre. Dès lors, les survivants pourront repartir à zéro plus ou moins facilement, se fédérer sur de nouvelles bases ou se diviser dans de nouvelles guerres. Une fois encore, cette perspective existe déjà dans la Bible, avec le mythe de l’Arche de Noé, sauvant tous les animaux et les humains de la destruction totale, par Dieu, de ceux qui ont pêché. Dans une vision un peu plus récente toutefois, cette idée est celle développée par l’ensemble des univers post-apocalyptiques, qu’ils soient nucléaires et dévastés (Fallout, Stalker…), gouvernés par les machines (Matrix) ou même par des singes intelligents (La Planète des Singes).

A partir de là, la fin du monde n’est paradoxalement plus une fin, c’est un point de départ ; une occasion de tout recommencer, de tirer des leçons du passé, et de tourner les yeux embués de larmes vers les cieux obscurçits par les ombres d’hier, que percent faiblement mais inexorablement les erratiques rayons de l’espoir d’un avenir meilleur.

-Saint Epondyle-

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