Cosmo [†] Orbüs

La question du genre

Diagram of Geek Culture

[Des étiquettes en littérature de l’imaginaire
– Par Guillaume sur Traqueur Stellaire]

Sujet de débat par excellence, la question des genres, des sous-genres et de leurs passerelles supposées créé régulièrement la discussion dans les différentes communautés de fans. La culture geek est transversale, elle se nourrit de tous les univers développés sur tous les supports. Sur Cosmo Orbüs, nous faisons en sorte de ne pas nous limiter en termes de supports à l’imagination. Nous parlons de tout, car c’est à partir de tout que nous construisons nos mondes virtuels et – oserais-je dire ? – nos rêves.

Mais du coup, gare à la confusion et au souk général.

Pour s’y retrouver, les étiquettes sont bien utiles. Plutôt que de dire que Le Seigneur des Anneaux est une œuvre littéraire et cinématographique, avec des appendices musicaux et de nombreuses reprises en BD, jeux vidéo et JdR, on préfèrera dire que c’est de la fantasy. Peu importe les supports et la forme, on juge le fond. C’est l’utilité de tout étiqueter avec des genres.

Personnellement, j’aime bien la classification la plupart du temps. Même s’il faut éviter le travers de vouloir aller trop loin, puisque logiquement si chaque œuvre relève de son genre unique, le classement n’a plus d’intérêt.

Les genres doivent servir à guider le novice, à donner une idée du contenu et à identifier les œuvres interconnectées par un style, des thématiques ou des univers communs. Aussi, deux œuvres de genres différents devraient n’avoir que peu de points communs sur le fond de leur histoire, de leurs personnages ou des situations qu’elles mettent en scène. Du moins en théorie, puisqu’en pratique les auteurs se plaisent à établir des passerelles entre les différents genres, créant ainsi de la nouveauté, et que certains canons se retrouvent dans plusieurs genres différents. Par exemple la figure du héros providentiel est aussi présente en SF qu’en Fantasy.

Dès lors, la frontière devient floue. Et plutôt que de créer des ramifications infinies entre d’obscures sous-sous catégories, il vaut mieux associer les étiquettes entre elles et accepter le côté inclassable de certaines réalisations.

Je pense qu’il est possible de se baser la plupart du temps sur une typologie des œuvres par rapports à leur relation à un ou plusieurs genres, de la façon suivante :

  • L’œuvre fondatrice, qui contribue à créer tout ou partie du genre auquel elle appartient. Les cas d’école étant Le Seigneur des Anneaux pour l’heroïc fantasy et Star Wars pour le space opera.
  • L’hommage ou l’héritier, qui remettent au goût du jour un genre en adoptant sciemment ses principaux canons. C’est le cas de True Grit avec le western.
  • La réinterprétation, qui reprend un genre mais en modifie un certain nombre de critères afin de lui apporter un regard neuf. Je citerais Entretien avec un Vampire, qui réinvente le mythe du vampire par rapport à son image classique créée dans Dracula de Bram Stoker. A noter au passage que la réinterprétation est jugée plus ou moins blasphématoire par les fans du genre concerné. Dans l’exemple précédent, pas de problème, mais de comparer avec Twilight, et vous verrez.
  • L’hybride, qui agrège les caractéristiques de plusieurs genres différents. On pourrait penser à Wild Wild West, a mi-chemin entre western et steampunk.
  • L’inclassable, qui fait bien en sorte de ne pouvoir être placé dans aucune case précise. C’est le cas de l’incroyable Scott Pilgrim vs. The World, pas tout à fait film d’action, pas vraiment romance, et complètement halluciné.

La propension de certains geeks à vouloir cataloguer avec précision toute leur culture dans les moindres détails est assez vaine. Mais comme le dis excellemment cet article de Traqueur Stellaire : « L’important n’est pas de jouer du dogme, mais de faire vivre chaque étiquette au travers de l’exercice littéraire.« 

A chaque groupe de fans alors de décider intelligemment de quelles genres relèvent les œuvres auxquelles ils ont à faire. Pour ce faire, je pense que l’idéal est de se mettre d’accord sur quelques genres principaux à la définition relativement vaste, et de ne pas essayer de s’enfoncer trop loin dans les détails du classement. Le cloisonnement à outrance risque tout simplement de casser notre créativité, et de ne pas nous la faire apprécier lorsqu’on y sera confronté. Et s’il y a bien un moteur commun à toute notre culture, c’est bien la créativité. Le reste n’est que littérature.

-Saint Epondyle-

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7 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Je pense que le réel problème ici c'est que tu proposes un modèle certes simplifié et plus généraliste, mais qui relève tout de même d'une démarche scientifique issue des "sciences inhumaines", ou sciences exactes (catégories à critères plus ou moins fermés, et relevant de l'objectif), alors que son sujet est issu de ce qu'on appelle vulgairement les sciences humaines, par définition floues et plus ou moins entremêlées au subjectif et à l'émotionnel.
    Pour faire simple, tu trouveras toujours un extrémiste qui te sautera à la gorge parce que tu as osé dire que Star Wars était une oeuvre fondatrice du Space Opera, alors que le sous-genre peut être rattaché en droite ligne avec certaines oeuvres écrites de l'époque des pulps, soit plusieurs dizaines d'années auparavant.
    Ce que je veux dire ici c'est que chacun, en fonction de ses connaissances plus ou moins vastes sur le sujet, mais aussi selon les souvenirs et les émotions qu'il attache à certaines oeuvres, sans oublier son degré d'exigence sur le style ou la cohérence, va établir ses propres catégories mentales pour classer tout ce fatras, et qu'il ne se reconnaîtra jamais dans un système de classement. Il va alors être tenté de reproduire ce système mais en le modifiant sur ses propres critères.
    C'est à cause de ce phénomène qu'on se retrouve avec des sous-sous-genre ultra obscurs du genre Diesel Punk, et que plus personne ne comprends rien sans un investissement minimum en temps de recherches.

    On retrouve le même phénomène dans pas mal de sujets affectifs, le pus évident étant la musique métal. Je défie quiconque de comprendre quelque chose aux subdivisions de genre. J'ai moi-même été frappé récemment par l'absurdité d'une affiche de groupe récemment qui proclamait être le meilleur groupe local de "Melodic Doom Death Metal".

    Sans vouloir trop m'avancer, mais pour proposer une piste de réflexion, j'ai l'impression que ça existe surtout dans les milieux qui sont et/ou se veulent "underground". Si on compare musique mainstream et musique métal, ou littérature mainstream et littérature du merveilleux, le constat est flagrant. Ça serait un sujet intéressant pour un sociologue, il y en a un dans la place ?

  • Le piège reste en effet de jargonner à tout va, il faut mieux se limiter aux plus utilisées sur son blog et les faire vivre par ses billets. Je fais ça pour la fantasy, je n'ai qu'un seul tag, car décliner tous les sous-genres serait un peu superflu pour quelqu'un comme moi qui lit plus de SF que de fantasy. Je me limite donc à discuter du sous-genre dans le billet, si je le peux, car des fois il n'y a pas à trop chercher compliqué non plus ^^

  • La catégorisation peut nous aider facilement à trouver, discuter d'un type de livre particulier. Contrairement à Clem, il me semble que c'est pareil partout que ce soit en littérature, art, musique, sexe, sciences, on peut grattouiller jusqu'à ce qu'il reste plus qu'une entité par genre : Qui peut me donner la différence entre la techno et la house ? (pas moi déjà, alors me demandez pas la trip hop espagnol) Quel est la différence entre le metal indus et le metal sympho ? (Demandez aux passants) Quel est la différence entre le pré-Raphaëlisme et le mouvement Esthétique ? (Je passe l’exemple sur la sexualité…) Déjà que c’est assez difficile de faire la différence pour un mec lambda, que dire de plus si j’avais pris des sous-ensemble des exemples que j’ai cité; je serai donc d'avis que c'est partout pareil, mainstream, underground ou avant-garde… Quant à moi, je suis plutôt modéré, je tolère la définition de chaque personne et a tendance à descendre à jusqu'à n+1, n+2 pour pouvoir communiquer facilement et éviter de perdre du temps, mais seulement avec une personne qui est en phase avec moi sinon je reste à n ou à n-1.

    Un des problèmes est que la définition est souvent floue, changeante, il n'existe pas d'instance officiel international et national, il n'y a que les pratiques et usages courantes qui vont graver la définition dans le marbre pour une génération donnée. Je me rappelle d'une interview de K. Dick qui qualifiait ses œuvres de fantastique et non de science-fiction, ce qui peut sembler paradoxal pour un auteur qu'on qualifierait tous de genre « science-fiction ». Un autre example (désolé Epondyle :D), l'Héroïc Fantasy qui pour moi n'a absolument rien à voir avec LOTR car j'ai appris à distinguer le medieval-fantasy de l'héroïc fantasy (cf. wiki pour la différence) quand j'étais petit; ensuite, après les films de Peter Jackson, les mœurs et coutumes, dictés par les médias "mainstream" qui ne faisaient pas la distinction, a fait qu’on parle d'Heroïc Fantasy dès qu’on voit un elfe, dès que c’est lié plus ou moins au moyen âge etc… Soit, je n’irai pas me battre puisque les mots changent au cours du temps, je m’adapterai à la personne en face, principe de la communication, non ?

  • Pour ne pas participer à ce débat futile, je dira qu' Aragorn n'est pas le seul personnage principal.

    Je rebondis sur le fait que de discuter sur quelque chose de futile comme la question du genre ou sur la différence technique des méchas MS-06F Zaku II et un MS-06J Zaku II dans la série Gundam n'est pas un signe de décrépitude intellectuel mais un signe de vitalité d'une communauté florissante.

    Pour rajouter de l'huile sur le feu, avant LOTR, il y a eut Conan qui est l'oeuvre fondatrice du LOTR-like d'aujourd'hui. Et avant Conan, quoi de mieux que la Bible ! Une chanson de Geste comme Roland, des épopées comme l'Odysée ou Gilgamesh ! Ok ça n'a pas les mêmes codes que le roman moderne mais quoi de mieux que le plus vieux récit épique du monde écrit y a plus de 4 millénaires ?

  • @Clem > Effectivement, tes arguments sont recevables. Et sur le besoin (ou l’envie) de cataloguer et de subdiviser dans les milieux « underground », elle s’explique peut-être par une volonté de se distinguer à tout prix. Si je suis alternatif, je ne tolère pas d’être dans le mainstream de l’alternatif. Je ne fais donc pas de heavy metal « normal » mais du « doom death melodic ». :p

    @Pix > Je suis assez d’accord également à l’exception de mon avis cité ci-dessus sur les milieux alter. Mais il est évident qu’on peut adapter le discours en fonction de l’interlocuteur pour soit vulgariser (n et n-1), soit creuser le sujet avec des gens réceptifs, soit aussi pour certain faire étalage de notre maîtrise du sujet face aux profanes. (Pas de quoi être désolé. :D)
    Je te rejoins aussi sur les « signes de vitalité d’une communauté florissante », mais attention à ne pas confondre dans certains cas avec de l’embourbement sans apport nouveau. Par exemple, si la communauté des fans de Star Wars est toujours vivace grâce à l’univers étendu (publications, jeux vidéos, sites internet…), celle du Seigneur des Anneaux ne peut pas compter sur de nouveaux apports maintenant que les histoires sont écrites, adaptées et terminées.

  • L’inter de Clem aurait pu être la mienne.
    Cependant, je crois ENTREVOIR une raison à cette balkanisation des genres un tant soit peu underground: devant la prolifération (des auteurs de fantasy, des groupes de metal, des kebabs dans Paris), l’utilisation d’une grille cartésienne est un atout précieux lorsqu’on recherche quelque chose de précis.
    Exemple: si j’ai envie d’écouter du metal super-brutal, mais lent, avec de la cornemuse et des paroles blasphématoires, je n’ai qu’à chercher des groupes de « unholy celtic black doom », et ça m’épargne de farfouigner parmi les milliers d’autres groupes qui ne m’intéressent pas.
    Cela dit, je crois qu’il ne faut pas aller au-delà d’un simple « outil de recherche », où une étiquette ne sera que la somme de critères, un raccourci, quoi.

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