Cosmo [†] Orbüs

La gueule de l’emploi

Peter Dinklage, un acteur dans le vent.

[Quand on a le physique d’un emploi, on en a l’âme.
– Guy de Maupassant]

Qui prétend ne pas juger autrui sur son apparence est un menteur. Nous jugeons tous, toujours, nos semblables avant même de les avoir entendu parler ou de leur avoir adressé un seul mot. Comme disait Paul Watzlawick dans sa théorie sur la communication, chacun de nous envoie en continu des signaux -volontaires et involontaires- à son entourage, qui les interprète aussitôt de manière consciente ou pas selon ses références et ses valeurs. Ces signaux sont verbaux lorsqu’on parle, et non verbaux dans nos attitudes, nos absences d’attitude et bien-sûr notre apparence physique. Il est impossible de ne pas envoyer de signaux, tout est potentiellement interprétable par notre entourage.

Chaque société conçoit à sa manière l’idée de beauté au travers des normes qui lui sont propres. Les goûts, les valeurs et les références évoluent avec les époques et les lieux. Des silhouettes bien en chair de la Renaissance aux squelettes anorexiques d’aujourd’hui, les modes sont changeantes par définition. En guise de modèles majoritaires (et j’insiste sur ce point), nos sociétés actuelles n’inventent pas grand-chose et récupèrent leurs références auprès des influenceurs forts classiques : le cinéma, la presse, la télévision, la publicité et toute cette animalerie que l’on nomme « people« .

Seulement voilà. Si la beauté est une chose, non seulement elle est bien subjective, mais plus encore il ne faudrait pas la confondre avec le talent, que ce soit au cinéma ou dans la musique d’ailleurs. A force de caster les acteurs (et les actrices encore plus) sur leur tronche plutôt que sur leurs talents, les films privilégient l’esthétisme de manière systématique et finissent par ressembler à de gros spots de publicité à l’image si léchée qu’elle en devient totalement fausse.

Le cinéma possède une dimension narrative évidente en plus de son côté esthétique, dimension que toutes ces Barbies et ces Kens sont logiquement bien en peine d’incarner dans toute sa richesse. Pour porter Le Trône de Fer à l’écran, mieux valait éviter de faire appel à un parterre de mannequins. Et en l’occurrence, la galerie de gueules impayables de Game of Thrones rencontre un succès mondial, sans faire valoir l’argument physique.

En jeu de rôles également, je plaide toujours pour la conception de personnages typés. Tendre vers un idéal fantasmé de jeune (h)éros de 25 ans athlétique, intelligent et charismatique est non seulement impossible dans la plupart des jeux qui demandent de choisir une hiérarchie dans les compétences, mais c’est également risquer de créer un personnage totalement insipide. De qui se souvient-on ? Ceux qui se démarquent par leurs aspérités, les gueules-cassées, les salauds, les lâches, ceux dont l’histoire et la psychée sont marqués par la vie ; autant d’éléments qui pourront servir de base d’interprétation et de scénario, autant de particularités qui commencent par l’apparence physique. La qualité du jeu d’acteur ne s’acquiert pas dans les salles de gonflette.

Aux mannequins plastifiés et bodybuildés, façonnés par le botox et les stéroïdes, je préfère les « gueules ». Ceux et celles qui se démarquent par un physique racé, caractéristique, reconnaissable. Bien évidemment, ils ne pourraient pas incarner tous les rôles, mais qui peut le prétendre ? J’aime Peter Dinklage, Dominique Pinon, Helena Bonham-Carter, Jacques Villeret, Mads Mikkelsen, tous ceux dont le physique n’est pas l’argument, et qui incarnent chacun à leur manière une certaine résistance au culte du faciès. Ils mettent ce qu’ils sont au service de leurs rôles et pas l’inverse. Ils sont différents, atypiques, variés et beaux. Dans la foule des beau-gosses insignifiants et interchangeables, ils sont même nécessaires.

-Saint Epondyle-

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