Cosmo [†] Orbüs

Poséidôme | David Uystpruyst

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La superbe affiche de la série, via Audiodramax

« Le ciel me manque. »
– Ambriosa

David Uystpruyst est un grand nom du petit monde de la fiction audio. Auteur, compositeur et designer sonore d’un certain nombre d’histoires à écouter, il reçut en 2013 le Grand Prix SGDL de la fiction radiophonique pour Poséidôme.

Si le format est aussi vieux que la radio elle-même (et les feuilletons radiophoniques de nos grands-parents), l’arrivée d’Internet a permis l’essor de cette forme de narration particulière, et l’arrivée d’auteurs indépendants dans le paysage sonore. Les sagas MP3 populaires de notre adolescence (Naheulbeuk, Reflets d’Acide…) ont ouvert la voie, et la fiction à écouter connait aujourd’hui un âge d’or aussi discret que bouillonnant de créativité. Personnellement, c’est un média que j’ai redécouvert à travers les Fragments hackés d’un futur qui résiste d’Alain Damasio et le site Audiodramax, diffuseur de Poséidôme.

Fiction sonore de près d’une heure et quinze épisodes, Poséidôme raconte les errances mentales du professeur Ambrosia. Seul passager de la station subaquatique éponyme et maître de son monde, celui-ci enregistre quotidiennement un bref journal de bord à l’oral. Au fond des abysses, le professeur mène une mission écologique en guidant -à l’aide d’un phare- les animaux marins vers des profondeurs plus accueillantes. Coupé de la vie terrestre (on ne sait rien de la surface), Ambrosia parle tout seul, confie ses doutes et sa solitude à l’oreille artificielle de son dictaphone. « J’espère que tout va bien là-haut… » se tourmente-t-il alors que sa mission, dans un monde qu’on devine en perdition, semble bien vaine.

Poséidôme est le récit minimaliste d’un seul personnage. Au fur et à mesure des épisodes, le monologue d’Ambrosia évoque sa vie sous-marine, confie ses doutes, et essaie de relativiser. La solitude lui pèse et rappelle le personnage de Moon dans un univers digne d’Abyss ou du jeu de rôle Polaris. L’existence sous-marine n’a rien à envier à l’ermitage des astronautes et le dôme ressemble autant à une prison qu’à une station spatiale.

Très poétique dans son écriture, Poséidôme est appuyé par un design sonore exceptionnel. La vie des profondeurs nous parvient par bribes, via le chuintement du matériel, les remous de l’océan ou le brame lointain de quelque baleine gigantesque. Abandonné à la solitude de sa mission, sans savoir si quelqu’un en attend encore quelque-chose, Ambrosia philosophe à voix haute et joue du piano dans les profondeurs du dôme pour ne pas devenir fou. Il décrit ce qu’il voit, dans l’obscurité du fond de la mer. Ses lignes mélodiques comme son journal de bord sont chargés de la nostalgie de la surface, et de métaphysique sur l’insignifiance de l’homme dans un écosystème qui le dépasse, et qu’il assassine pourtant à petit feu.

David Uystpruyst dresse dans Poséidôme un tableau profond, doté de fortes références sciences-fictionnelles. L’originalité du format induit celle du fond qui ne fait donc pas de redite par rapport à ses sources d’inspiration. Moi qui aime les fictions contemplatives et les circonvolutions psychologiques de personnages prise-de-tête, on peut dire que j’ai été servi. Au risque de me vanter (vivons dangereusement), j’ai apprécié cette ambiance très proche de mes propres récits, où d’uniques personnages se morfondent dans des univers inspirés du fantastique et de la science-fiction.

Le web participatif et la démocratisation des logiciels de création permettent à chacun de raconter des histoires. La fiction audio brise à peu de frais les standards imposés par le cinéma et la littérature. Nul besoin de gros moyens pour faire de la science-fiction, et forcément les récits se font moins standards, plus risqués. Poséidôme comme les Fragments hackés, sont de ceux là, dignes représentants d’une nouvelle génération de formats narratifs intimement liés au web, et plongées dans des univers de SF pas si représentés. Pour qui cherche à découvrir de nouveaux horizons, ce sont de parfaites portes d’entrée vers un monde entier. Un monde d’histoires à écouter.

-Saint Epondyle-

Pour écouter toute la série, c’est ici.

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