Cosmo [†] Orbüs
geekopolis

Saison 3 : Génies du mal

Le Festival d’Angoulême a eu pas mal d’avantages, et notamment celui de me décider à aller « sur le terrain ». Ce qui, dans le cas des cultures de l’Imaginaire, ressemble bien souvent à d’immenses halls d’expositions saturés de minettes steampunk, rôlistes barbus et têtes d’affiches plus où moins connues.

Pour un maniaque de l’anonymat dans mon genre, le contact direct demande un travail sur soi pour se présenter en tant que blogueur, sous mon nom de Saint Epondyle. C’est en partie dans cette intention que je suis allé à Geekopolis cette année.

La cité des geeks

Festival geek généraliste, Geekopolis est un événement jeune et de très bonne réputation. Contrairement à l’étouffante Japan Expo, où aux plus spécialisées Imaginales (Epinal) et Utopiales (Nantes), c’est un happening riche et varié, dans une ambiance bon enfant. Pas de surcharge dans les allées, pas de files interminables… première bonne surprise.

Le festival est réparti en cinq zones principales plus un certain nombre d’ateliers, un espace de dédicace, des scènes et des salles de conférences. Les quartiers principaux sont Teklab (innovations, jeux vidéos, SF), Little Tokyo (culture japonaise), Avalon (artisanat médiéval, med-fan, fantasy), Metropolis (comics) et Nautilus (steampunk). On y retrouve une somme impressionnante d’exposants disparates qui participent à une joyeuse débauche d’activités geeks en tous genres. Ici on bêta-teste des jeux indépendants, là on assiste à une démonstration de robots où à des combats d’escrime médiévale. Entre deux conférences et ateliers, nous n’aurons guère le temps de nous ennuyer. Chose étonnante, le monde du livre est assez peu représenté sorti des quelques éditeurs présents. Le cosplay et le GN sont les activités les plus visuelles, qui teintent la foule bigarrée de l’atmosphère particulière des conventions geeks.

L’endroit est un improbable mélange de décors Star Wars en carton, d’explorateurs steampunk, de chevaliers en armures et de militaires d’Umbrella Corporation pas très marrants dans leurs armures de CRS. Entre l’association dijonnaise des fanatiques d’Equilibrium et l’école néoclassique de katana-laser appliqué aux GN postapocalyptiques, on peut découvrir le travail de vrais artisans, goûter à l’hydromel La Chaudasse, où admirer les magnifiques bijoux de Nous sommes des héros. Les très belles pièces uniques en galaxium sont fabriquées à la main, mais leur prix de bijouterie passe l’envie de se laisser tenter.

View this post on Instagram

Souvenir de #Geekopolis

A post shared by Saint Epondyle (@saintepondyle) on

Festival rôliste

Pour nous, ce Geekopolis aura été largement placé sous le thème du JdR. A midi nous nous incrustons en retard dans la salle de conférence Nyarlathotep pour assister à « Roman et JdR : Adaptation d’univers, de la jouabilité à la narration ». Les débatteurs sont les auteurs Alexy Flamand, Julien Morgan, Julien Pouard et la chroniqueuse de NoLife Sally Secardin. La discussion référencée explore un certain nombre de croisements possibles entre les univers littéraires et les pratiques rôlistes sur table et en GN, en passant par les murder-parties Vampire et le JdR écrit. J’en retire que tout créateur se nourrit de la fiction des autres avant de créer lui-même, et que la fluidité du jeu dédié au divertissement doit être profondément adaptée pour coller à la rigidité d’un récit littéraire. Les bons romans ne font pas de bonnes parties, et inversement.

« Clairement, le crowdfunding est en train de tout changer. »
– Nelyhann

A quinze heures, nous nous battons pour entrer dans l’atelier « Construire et publier une gamme de JdR » animé par Nelyhann des Ombres d’Esteren. Il nous relate son expérience de l’édition en JdR, de la conception du projet à son auto-édition sur un mode associatif. Plus que dans ses articles sur le sujet, Nel met l’accent sur la nécessaire professionnalisation qui attend les auteurs de jeux auto-édités. Pour lui, vivre du JdR en France est possible à condition de bien s’entourer et d’être prêt à assumer soi-même le rôle d’éditeur, de la conception des livres à leur distribution, en passant par la comptabilité et les aspects juridiques. Il insiste sur l’importance de bien s’entourer et de créer une communauté, notamment en allant à la rencontre des gens sur des salons. En l’occurrence, Geekopolis 2015 est la 158ème date de l’Esteren Tour. Chapeau bas !

Finalement, le temps passé en rencontres diverses m’a fait passer à côté de pas mal d’activités, et j’aurais aimé participer à plus de conférences, d’ateliers, de spectacles et pourquoi-pas prendre le temps d’un petit shopping. Deux jours n’auraient peut-être pas été superflus, mais il faut savoir ce que l’on veut.

View this post on Instagram

La gamme Esteren

A post shared by Saint Epondyle (@saintepondyle) on

Rencontres

Ce que je voulais, c’était rencontrer du monde dans la geekosphère. Mission accomplie d’abord avec les braves gens des Ombres d’Esteren, avec lesquels j’ai pu papoter suite à l’atelier de Nel. L’occasion d’échanger quelques coordonnées en vue de discussions futures, de découvrir la magnifique gamme en entier et même de craquer pour le jeu de société La Rose Noire, dédicacé par l’illustrateur Chris. Un jeu d’investigation dans l’univers d’Esteren, testé dès le lendemain avec les copains.

Toujours sur le stand des Ombres, je rencontre sa Majesté Pierre Rosenthal (un des pères du JdR français) et Jérémie Rueff des éditions rôlistes Les Écuries d’Augias. Lorsque je présente Cosmo on me répond « Ah oui ! » ; fierté immense, gonflage de chevilles, besoin de reconnaissance comblé. Nous discutons du monde du JdR, de si c’était mieux avant (la réponse est non), et je remarque avec amusement qu’il y a une énorme différence entre jouer et connaître le milieu ; qu’on peut pratiquer depuis dix ans, et ne connaître rien ni personne dans la mare-aux-canards de l’édition rôliste. Les contacts s’échangent et nous en reparlerons.

En fin de journée, vient arrive l’heure du rendez-vous avec les autres blogueurs. Pour la première fois, je me retrouve nez-à-nez avec Le Greg pirate belge, rôliste et auteur autoédité ; Alias le tonton genevois métalleux rôliste et grande-gueule notoire ; L’Ours dans son costard blanc très classe ; ainsi que Pouhiou créateur libriste polymorphe à l’ondulante mèche argentée. Nous échangeons nos impressions sur le salon, discutons plus ou moins de la même chose qu’en ligne. L’Ours m’appelle « Épone », et je dédicace mon livre pour Le Greg (fierté) ! C’est assez étrange de se retrouver comme ça, avec ces inconnus que l’on connait pourtant bien. C’est drôle comme Internet nous rapproche par nos centres d’intérêt et notre discours, plus que par nos points communs AFK. De bonnes rencontres, à renouveler autour d’une bière à l’occasion.

Finalement je retiendrai de ce Geekopolis 2015 un bel aperçu de la diversité des passions, un foutoir sympathique et convivial, qui permet d’accéder facilement aux gens pour engager la discussion. Cette énergie passionnée et hétéroclite pour l’imaginaire fait plaisir à voir. En fait, c’est même une bonne définition de la culture geek.

-Saint Epondyle-

Photo de couverture par Stéphane « Alias » Gallay, sous licence Creative Commons. (Galerie complète)

Soutenez Cosmo ^{;,;}^
Vous pouvez soutenir Cosmo en réagissant par un commentaire, en partageant les articles et/ou en m'offrant un café (tip tip !). C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup. Merci d'être là.

Devenez mécène

6 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

Laissez un commentaire ici plutôt que sur Facebook.