Cosmo [†] Orbüs

[Série] Game of Thrones – Saison 1

[When you play the game of thrones, you win or you die.
There is no middle ground.

– Cersei Lannister, Game of Thrones]

L’adaptation en série télévisée de la saga littéraire du Trône de Fer de Georges RR Martin par la chaîne américaine HBO a provoqué chez moi un grand enthousiasme. J’en parlais avant la sortie, lors de chaque preview et à chaque nouveauté. A présent que les dix épisodes de la première saison sont terminés, l’heure est venue de faire un premier bilan.

L’histoire de Game of Thrones est pour le moment celle de la série littéraire en tous points. On se situe donc sur une fresque épique au sein du monde médiéval de Westeros. L’histoire se distingue des autres séries du genre comme l’Assassin Royal par exemple par sa profusion de personnages et son intrigue très orientée vers les affrontements entre familles nobles. Le Trône de Fer est une sorte de mix entre les Légendes de la Table Ronde et le Seigneur des Anneaux, avec son lot de chevaliers, de raclures, de rois, de querelles de successions et de quête épiques. Très fidèle, la première saison télévisée ne sabre ni le scénario, ni les intrigues secondaires, ni les nombreux personnages. Le fait de profiter de toute l’introduction de l’histoire nous permet de nous (re)plonger dedans et de nous attacher aux personnages. Ceux-ci d’ailleurs sont aussi nombreux que variés et attachants. Depuis les nobles Stark jusqu’aux barbares Dotharkis en passant par les fourbes Lannister, chacun des personnages est une figure à part entière, dôtée d’une personnalité et poursuivant des objectifs propres. Les acteurs ne sont pas très connus (mis à part un Sean Bean, excellent (voir affiche)) mais pourtant très bons dans leurs rôles. Même les enfants et les ados assez nombreux jouent bien mieux que ce que leur âge pourrait laisser supposer. Mention spéciale d’ailleurs à la jeune Maisie Williams qui interprète Arya Stark, et qui m’a épaté malgré sa dizaine d’années.

Ce talent des acteurs est servi avec brio par une réalisation technique renversante. Sans être au niveau du Seigneur des Anneaux, la  reconstitution est très belle autant au niveau des décors que des costumes. Le budget est sans conteste important et très bien utilisé (60 millions de dollars). Cette qualité visuelle est mise au service de la narration de l’auteur, et est plus qu’un simple hommage, elle lui donne vie dans une autre dimension.

Comme l’oeuvre originale, la série télévisée fait preuve d’une grande violence. D’une part, les combats et les scènes gores sont filmés de manière réaliste et ne cachent rien (ni ne laissent de doute sur le sort des personnage), de l’autre les scènes de sexe sont très explicites. Bref, c’est le moyen-âge pour de bon. Ceci étant, ce choix de la part de l’équipe de réalisation nous permet de nous hisser au dessus des univers pseudo d’époque dans lesquels les personnages agissent et raisonnent comme des américains puritains dans des mondes aseptisés (et non, je ne pense pas à Eragon. Quoique…) En l’occurrence, la mentalité de certains concernant la guerre, le rôle des femmes et la prostitution est bien cohérent avec cet univers qu’on pourrait appeller de « low dark heroïc fantasy ».

Une autre forme de violence existe dans la fragilité évidente des personnages. Un autre des aspects réalistes de l’oeuvre de RR Martin est sa capacité à trancher dans le vif de ses personnages sans hésiter. Qui aura lu les romans ou vu toute la saison 1 pourra voir a quoi je fais référence. En effet, le réalisme de l’histoire -qui est largement basée sur l’affrontement entre des groupes de personnages- provoque souvent la mort de certaines figures emblématiques. Plus que dans toute autre oeuvre de fantasy, la vie des personnages du Trône de Fer ne tient qu’a un fil. Il parait que certains téléspectateurs ont été scandalisés par la conclusion sanglante de la saison (ils n’avait pas lu les bouquins), mais personnellement j’adore quand des personnages importants meurent. Le trépas d’un personnage emblématique, c’est non seulement un tournant majeur de l’histoire (épique), mais c’est aussi la preuve que l’auteur maîtrise sa narration et qu’il sait ou il va.

Pour résumer on pourrait dire que Game of Thrones est une série sans concession. Pas de concession sur la reconstitution, pas de concession sur le scénario, pas de concession sur le jeu d’acteur, pas de concession non plus pour rendre le tout plus grand public (et donc plus bankable). L’ensemble à le même aspect que les êtres humains que sont les personnages. Il est profond.

HBO la chaîne américaine qui est à l’origine de cette adaptation, a su laisser à David Benioff et Dan Weiss (les créateurs) la liberté de réaliser quelque chose de vrai, d’authentique, et de magistral. Là ou on pouvait craindre un mauvais coup mercantile destiné à user jusqu’à l’os une grande oeuvre, Game of Thrones transcende la série originelle afin de créer quelque chose d’indépendant et de tout aussi puissant, sur un autre support. Selon un interview des auteurs de la série donné au Los Angeles Times et traduit par Kiss My Geek :

« Les romans sont pour ainsi dire notre Bible. Notre rôle consiste à trouver un équilibre entre le temps de présence à l’écran des personnages que les spectateurs ont découvert dans la première saison, et l’introduction de nouveaux personnages créés par George R. R. Martin dans le second roman, A Clash of Kings. Nous nous concentrons actuellement sur cet aspect du travail d’adaptation. Nous devons bien sûr écrire plusieurs versions des scénarios. Nous partons d’un récit ‘idéal’, le roman, puis nous devons faire avec la réalité, la production d’une série TV, et ainsi procéder à des ajustements. Nous sommes loin d’avoir terminé le travail d’écriture de la seconde saison, et le processus de casting ne fait que commencer. Dans la plupart des séries, si on vous commande une deuxième saison, vous avez déjà votre distribution. Aors que nous, nous avons de nombreux nouveaux rôles à attribuer… »

Reste à voir quels choix seront fait pour l’adaptation du scénario dans les futurs épisodes. A titre personnel, cette première saison m’a tout à fait convaincu par sa qualité et le profond respect dont elle a su faire preuve par rapport à l’oeuvre de RR Martin. Pourtant, l’usage dans les séries télévisée est en général de diminuer les budgets et le temps alloué au tournage au fur et à mesure de l’avancée dans l’histoire. Puisque les réalisateurs semblent animés par les meilleures intentions du monde, espérons que la production ne joue pas avec le feu au risque de briser le magnifique mais fragile château de cartes qu’elle a permis de construire pour le moment.

En se donnant les moyens de ses ambitions, HBO pourrait fort bien réussir à créer une oeuvre sans pareille qui réussirait à faire date pour longtemps. Comme le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson a su arriver à la gloire éternelle en son temps, Game of Thrones est aujourd’hui en mesure de suivre son exemple. Toutefois, l’exercice de l’adaptation est très difficile et les fans que nous sommes sont exigeants. Il appartient maintenant aux créateurs de la série de ne pas se brûler les ailes par trop, ou trop peu, d’ambition. La saison 2 est en cours de réalisation et sera probablement diffusée aux alentours du printemps 2012. Peut-on rêver mieux au sortir de l’hiver ?

-Saint Epondyle-

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3 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Je suis en désaccord en plusieurs point envers cet article :
    S'il est vrai que l'exercice est maitrisé (et d’ailleurs salué par la critique) on pourra toutefois regretté quelques longueurs. Il est certes très agréable de ne pas voir le scénario original tronqué et modifié mais l'adaptation se traine et manque parfois de rythme. Beaucoup d'éléments sont mis en place pour un scénario comportant de multiples facettes et personnages, toutefois le temps est parfois mal exploité. On passe des heures sur des scènes sans contenu alors qu'on ne s'arrête pas suffisamment sur des éléments qui "tiennent le scénario". Le jeu des acteurs est bon dans l'ensemble mais certains se distingues hélas par le bas, en jouant moins bien que les autres…On regrettera que des seconds roles jouent bien mieux que certains premiers rôle. Sexe et violence sont au rendez vous et la perfidie morale poussé comme il se doit dans ses limites et ça c'est chouette.
    Mon cher Epondyle écrit : "j’adore quand des personnages importants meurent. Le trépas d’un personnage emblématique, c’est non seulement un tournant majeur de l’histoire (épique), mais c’est aussi la preuve que l’auteur maîtrise sa narration et qu’il sait ou il va."
    –> peux tu m'expliquer en quoi tuer un des personnage principale assure que l'auteur maitrise sa narration ? C'est possible que oui, comme possible que non. Je ne vois pas pourquoi cet élément assurerait un gage qualitatif.
    Enfin pour ce qui est de l"œuvre sans pareil" supposé dans le dernier paragraphe… il y a une série appelé "band of brother" qui il me semble est une référence en terme de série a gros budget…. bien que le sujet soit-ou autre. Je souhaiterai donc que tu développes ce que tu entends par "sans précédent" afin qu'il n'y ai pas confusion…
    Dernière remarque mais cette fois-ci très très subjective donc à remettre dans son contexte : je ne trouve pas toujours la comparaison avec le seigneur des anneaux très juste en raison des différences de format, budget etc. Un comparatif ou une mise en relief avec des éléments plus concrets/objectif aurai en mon sens mieux valoriser la série et son ambiance.

    • C'est vrai que certains premiers rôles sont assez médiocres. Jon Snow en particulier d'ailleurs. à dessus je te rejoins totalement. Pour autant je n'ai pas trouvé de longueurs, mais sans doute le fait de connaitre l'intrigue par la lecture des bouquins m'a permis de mieux apprécier ces scènes. Dans ce cas, c'est en effet une faiblesse de la série que de ne pas s'autosuffire.

      Quand je dis que la mort de certains personnages importants est une preuve de continuité dans la narration, je veux dire que ça prouve que le scénario est écrit à l'avance et ne fait pas dans le marketing, en sauvegardant les têtes d'affiche bien appréciées du public et bankable, comme dans Naruto par exemple, ou tout le monde se bat, et personne ne meurt jamais.

      Sinon, je n'ai pas dit "sans précédent". Mais j'aurai pu le dire au sujet des séries de fantasy, qui a ma connaissance sont assez rares. J'ai vu Band of Brothers à l'époque, dans son genre elle était bien réalisée aussi.

      Merci de ton commentaire complet, en tous cas.

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