Cosmo [†] Orbüs
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« Hope is a mistake, you know ? »

C’est peu dire qu’on aura entendu parler de ce Mad Max: Fury Road. Quatrième volet de la série, semi-reboot du deuxième, ce fut en tous cas pour moi le premier contact avec ce grand nom du post-apocalyptique. Un contact qui aura eu au moins un mérite, celui de se hisser sans peine au rang de l’oeuvre la plus bruyante que j’ai jamais entendue.

« What a lovely day! »

Film d’action au croisement entre Conan le BarbareBoulevard de la Mort et Fallout, Fury Road a pourtant une identité particulière dans un univers minimaliste, intéressant dans ce qu’il laisse entrevoir. Bien après la chute de la civilisation, les survivants de l’Apocalypse trouvent refuge dans les clans guerriers menés par de sanguinaires chefs de guerre. C’est le cas des War Boys d’Immortan Joe, vénérant la bagnole, les armes et le gazole, au sein d’une parodie de religion où le culte de la personnalité mystique côtoie le fanatisme guerrier. Dans cet univers surviolent, les femmes sont soit traites à la pompe, soit violées pour perpétrer la dynastie dégénérée du chef de guerre.

Difficile de ne pas voir dans ce décor furieusement sympathique une allégorie grinçante des Etats-Unis, entre promesses « d’Aqua-Cola » et de « McFestin ». Le seul arbre est déraciné pour faire rouler le camion, et les deux animaux sont dévorés vivants. Pour autant, il serait exagéré de parler de Mad Max comme d’un film engagé tant le propos n’est pas là (et tant il semblerait que le tournage ait endommagé le désert namibien d’ailleurs).

Incontestablement, l’univers semble riche mais s’oublie dès la fin de la scène d’introduction lorsque les personnages prennent le large à la suite de l’Imperator Furiosa. On ne reviendra (presque) pas à la Citadelle, laissant derrière nous un nuage de poussière et l’essentiel de l’intérêt du film. Car en dehors de son univers délirant (dont la direction artistique refonde l’esthétique du genre) Mad Max: Fury Road est d’une platitude désertique.

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Le retour du cimmérien

Rapide et furieux

S’ensuivent deux heures de castagnes en camions blindés. Vrom vrom ! Bam bam bam tacatactactactac ! Bambambam Rrrrrrrrrrhhh ! Shlang ! Baf baf ! Vroooarmh ! Vrom vrom vrom ! Boum boum boum ! Incontestablement très bien filmé et rythmé, le film aligne sans effort deux heures de baston nerveuse et délirante. George Miller fait preuve d’une énorme créativité dans ses choix de mise en scène et d’esthétique. La course-poursuite initiale m’a scotché à mon siège par sa démence cataclysmique et son crescendo exponentiel dans la folie furieuse.

Dommage que cette scène d’action soit étirée sur la totalité du film, et que les avancées dans l’intrigue ne soient rythmées que par des heures de poursuites répétitives. D’accord on ne s’ennuie pas devant Mad Max, et pourtant l’action vient à lasser tant le choix radical d’un désert absolument plat ne donne pas (sorti des montagnes) d’accroches pour varier les scènes d’action. Autant dire que l’annonce d’un retour en arrière à la moitié du film accentue cette impression de redondance.

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Charlize a le gun prolixe

Même pas mâle

Dans ce cataclysme de tôle froissée et de gerbes de flammes, Max apparaît comme le Cimmérien anonyme, assez comparable à Conan dans les nouvelles de Howard. Sorti d’on ne sais-où, il reprend son chemin à la fin du film en fuyant les récompenses et les honneurs, tel un barbare post-apocalyptique uniquement préoccupé de sa propre survie. Aucune de ses actions n’est motivée par le moindre élan de bonté improbable, mais seulement par la rage de survivre. Avec ses cinq lignes de dialogue et son attitude chien acculé poussé à la violence, il sort paradoxalement de l’image traditionnelle du héros en ne cherchant pas la séduction. C’est une bête sauvage, agressive, qui en vient à aider Furiosa pour sauver sa propre peau et sans jouer de rôle moteur. Malheureusement, les nombreuses occasions de lever le voile sur les traumatismes de son passé sont laissées dans le flou, et même sa badassitude n’est réellement démontrée que dans la scène du brouillard, qui reste essentiellement frustrante.

Ce retrait relatif de Max se fait au profit de Furiosa, héroïne badass qui évite de tomber dans les innombrables pièges posés à son intention par Hollywood. Elle n’est pas amoureuse de Max, ne devient pas fragile ni sensible à son contact, ne détient pas le pouvoir de l’Amour, n’est pas source de vie. Ces rôles féminins archétypaux sont laissés aux autres femmes : les esclaves sexuelles et les matriarches. Dommage que, comme Max, on ne puisse que supposer ses motivations à risquer sa vie et en particulier qu’on ne sache pas pourquoi Immortan, qui lobotomise la terre entière, n’a pas réussi à étendre son emprise sur elle.

Il serait exagéré de dire que Mad Max est un film féministe, mais on peut tout de même lui reconnaître une représentation originale des stéréotypes sexuels. Un peu à la manière de Sin City, toutes les femmes incarnent des archétypes forts : femme d’action badass, greluche ultrasexuée, mamie résistante… qui ne se laissent pourtant pas enfermer dans leurs rôles de victimes d’une société machiste à l’extrême. Immortan Joe le seigneur maladif, incarne la tyrannie exercée sur la femme objet, dont Furiosa essaie désespérément de s’extraire. Au contraire, Max est l’adjuvant désintéressé (archétype de l’homme respectueux) qui collabore avec elle sans en espérer d’autre récompense que le but qu’ils se donnent à atteindre.

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La foire aux calibres

Mad Max: Fury Road est une réussite dans son genre, et deviendra probablement une nouvelle référence du post-apocalyptique d’action. Relativement original il n’est pourtant pas si innovant qu’on a pu le dire. Le glissement des rôles clichés vers des standards moins machistes, l’univers pas assez approfondi mais visiblement riche et surtout la mise en scène incroyable des scènes de bagnole l’élèvent au dessus des innombrables films d’action à deux balles qu’on nous sert chaque année.

Je n’irai pourtant pas jusqu’à dire de Fury Road qu’il est un film révolutionnaire, engagé, ou débordant d’inventivité. Car si l’on peut imaginer moult intentions a posteriori et faire fonctionner notre imagination de spectateur (pour un univers de JdR par exemple), ce serait se montrer très conciliant avec un film qui ne le mérite pas plus qu’un autre.

-Saint Epondyle-

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