Cosmo [†] Orbüs

X-Men : Le Commencement | Énième préquelle

Le mauvais goût à un nom.

[La paix n’a jamais été une option.]

N’allez pas me demander ce qui m’a pris, nous avons tous nos moments de faiblesse. Toujours est-il que l’autre jour, je gâchais une occasion de voir un bon film en me projetant l’une des innombrables préquelles de la saga X-Men. J’imagine que mon côté masochiste l’a emporté sur ce coup là.

X-Men : Le Commencement retrace les débuts de personnages bien connus des amateurs, à savoir le professeur Charles Xavier et son futur ennemi Erik « Magneto ». Place aux vieux en quelque sorte, mais les vieux, jeunes. Attention de ne pas confondre avec l’autre préquelle X-Men Origins : Wolverine, qui retrace le parcours du personnage titre avant les événements de tous les autres films. C’est un peu technique.

Bref, nous nous retrouvons dans les années 1960 aux côtés de nos amis plongés dans la tourmente de la Guerre Froide, à laquelle s’ajoutent les problématiques de mutation humaine propres à la saga.

Le pitch du film est le suivant.

Les mutations génétiques sont méconnues et les mutants vivent en cachant leurs pouvoirs. Alors qu’Erik s’adonne à une activité enthousiasmante de chasseur de nazis, Charles prépare une thèse en bullshit scientifique et sa meilleure amie Raven est bleue, ce qui est bien suffisant.

Lorsqu’un grand méchant mutant décide de provoquer une guerre nucléaire mondiale en se basant sur l’idée discutable que « ce qui tue les humains nous rendra plus forts », Erik et Charles sont engagés par la CIA pour le contrer.

Malgré ce que mon ton un brin sarcastique pourrait laisser croire, X-Men : Le Commencement n’est pas un film aussi moisi que son illustre prédécesseur Origins. A vrai dire, il est même assez bien pourvu en idées originales, en rôles relativement profonds et en problématiques intéressantes. Et ce malgré un scénario fort bancal. Pour tout dire, c’est même l’un des meilleurs films de la saga, ce qui ne vaut certes pas tripette, mais qui a tout de même valeur de compliment.

Première originalité, l’essentiel du film tourne autour de la relation entre Charles et Erik, deux amis aux méthodes et aux conceptions du monde radicalement différentes. Alors que l’un prône le dialogue et la coexistence avec les humains, l’autre n’est assoiffé que de vengeance et recourt à la violence. Ce duo charismatique -et moins manichéen qu’il n’y parait- est interprété avec justesse par James MacAvoy et Michael Fassbender. La relation entre les deux est largement développée, son évolution tout au long du film posant les prémisses de leur affrontement futur. Tout l’intérêt du film est là, a défaut d’être ailleurs.

Le début de la confrontation.

La seconde originalité est sont cadre temporel inédit des années 1960. En effet, X-Men : Le Commencement initie le concept amusant de film de superhéros uchronique, tout comme le désastreux Captain America : First Avenger sorti la même année. La reconstitution historique est bien rendue au niveau esthétique, quoique la peinture de l’époque soit très caricaturale, Marvel-touch oblige.

Malheureusement, le contexte de Guerre Froide associé à des héros en lycra appelle immédiatement la comparaison avec un titan du genre, je veux parler de Watchmen. Et en l’occurrence, il serait fort malséant d’imaginer une seconde que le manque d’ambition narrative, la pauvreté visuelle et la vacuité de son propos puisse permettre à X-Men : Le Commencement de tenir la comparaison.

En effet, le film manque vraiment d’argument pour convaincre. Sorti du duo de tête, les autres personnages sont des huîtres entièrement dédiées au fan-service. Les méchants sont ridicules tant dans leurs motivations que dans leurs performances d’acteurs. Plus encore, la débauche de costumes risibles et de fourrure bleu n’aide pas à prendre le film au premier degré ;  ni l’idée scénaristique bancale qui voudrait que la CIA recoure à une clique de bras-cassés aux pouvoirs aléatoires pour sauver le monde libre. Et ce n’est pas le message de tolérance au rabais qui nous est martelé du début à la fin qui arrange quoi que ce soit.

Dans son esthétique et son scénario X-Men : Le Commencement rappelle vraiment une séance de Donjons & Dragons. Sauf qu’une partie amusante ne fait pas toujours un bon film, loin de là ! Des personnages de mauvais goût aux pouvoirs bariolés courent le monde dans le but avoué de dézinguer des méchants manichéens ; musique pompière, fan-service, pouvoirs flashy, baston finale, rideau.

-Saint Epondyle-

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10 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Je ne dénierai pas à ta critique une certaine justesse, mais je trouve anormal de comparer Watchmen et X-Men : le commencement. D’une part parce que le propos seul n’est pas un motif de rapprochement, et d’autre part parce que le scénario de X-Men : le commencement reprend nombre d’éléments fondateurs de la saga X-Men en BD bien antérieurs à l’oeuvre d’Alan Moore. Bien sûr, il y avait matière à faire un meilleur traitement, mais ça n’a jamais été le parti pris de la licence qui préfère préserver le ton spectaculaire de la série à sa profondeur affichée.

    Je te rejoins sur le fait que c’est probablement le meilleur film de la licence. En revanche, étant moi-même un fan absolue des X-Men depuis ma prime enfance, je peux t’assurer que le soi-disant « fan-service » que tu décries est un échec. Au contraire, il aurait été bien plus satisfaisant de composer l’équipe X-Men d’origine avec ses véritables membres d’origine, ce qui n’est pas le cas ici. Quant à la première confrérie des mauvais mutant, l’insertion du Club des Damnés, l’introduction d’Emma Frost et Sebastian Shaw, ce sont juste des insultes à la mémoire de ces personnages, récupérés au hasard dans la galaxie de personnage Marvel en dépit du bon sens. Et faire de Sebastian Shaw un nazi, c’était atteindre le point Godwin avant même de commencer à raconter l’histoire…

    • Sur la comparaison avec Watchmen, je fais visiblement un tollé général auprès de toi et sur Facebook. Ceci dit, je ne peux pas m’empêcher -en voyant X-Men- de pouffer de rire en repensant à la critique amère et intelligente faite dans Watchmen des histoires de superhéros. La similarité d’époque joue évidemment à plein pour m’y faire penser, et j’ai peine à prendre au sérieux les X-Men si premier degré.

      Merci d’apporter un éclairage sur le fan-service. N’ayant pas cette culture là, je pensais que chaque perso répondait à une figure bien précise et attendue par les fans, comme c’est souvent le cas dans ce genre de film (cf Avengers). Et merci également de partager ton avis, je trouve ça important. :)

      Ceci étant, en attaquant Marvel je m’attend toujours à me prendre des beignes. J’ai l’habitude, car je n’aime pas trop les histoires de superhéros.

      • C’est plutôt bénéfique tant pour X-Men que pour Watchmen de ne pas chercher à comparer les 2 je trouve. Adaptation (très très libre pour une part) de deux média identiques (quoique Watchmen ne soit pas un comics à proprement parler, c’est un roman graphique réalisé dans le style comics) à deux époques totalement différentes, ces deux films n’ont en commun que le thème du super-héros. C’est un peu trop light pour regarder l’un et l’autre au même niveau et se dire que ça devrait se valoir. XMFC n’a clairement pas le même langage ni la même vocation cinématographique. En tant que pure oeuvre du 7ième art, je retrouve même d’ailleurs un écart similaire avec le média d’origine entre les 2 sujets.

        Je pense que ton attente sur XMFC n’est pas justifiée. C’est un pur divertissement fantastique comme pouvait l’être les comics Marvel de l’époque. Et il est bien fait. Il n’a pas satisfait les fans des X-Men aux origines du groupe, et n’est pas un sujet de sociologie et de politique comme peut l’être Watchmen. XMFC c’est une histoire de super-héros avec des bons et des méchants. Watchmen c’est une réflexion de société en costume de super-héros.

        Puisque tu en parles, je trouve le fan-service sur The Avengers pas tellement meilleur, du moins pour un public français. Personnellement Captain America me donne des boutons, Hulk est moyennement intéressant, la Veuve Noire est une potiche, et Œil-de-Faucon qui n’est censé n’avoir aucun pouvoir a juste un potentiel de visée surhumain à la limite de l’absurde. Si j’apprécie fortement Iron Man et Thor, c’est l’un pour le personnage de Tony Stark absolument délicieux (note que je détestais Iron Man en BD :) ), et l’autre pour son côté brave mastodonte ampoulé qui jure avec le paysage. Je ne suis certes pas représentatif du point de vue franchouillard sur cette affiche et j’ai par ailleurs beaucoup aimé ce film. 0 réflexion, total action débridée garnie de FX. Tout ce que j’attendais de lui par ailleurs. Pour moi, c’est la signature d’un Marvel et je n’en attends pas autre chose, et je ne pense pas qu’il faille en attendre autre chose :)

        • Tu marques des points.
          En fait, je cherche presque toujours à aborder les films/livres/albums musicaux et autres avec les mêmes attentes. J’attend de voir où l’oeuvre cherchera à m’emmener, même si c’est impossible d’éviter les préjugés (et dans mon cas les préjugés positifs sont plus puissants que les négatifs). Ceci étant, je comprend l’idée qui revient souvent de la part de mes détracteurs qui consiste à dire qu’on doit attendre quelque chose de différent dans des cas différents.

          A vrai dire, je le fais forcément en partie. Mais je pense que notre bagage culturel et la force de l’instant influencent notre jugement d’une oeuvre. Etant totalement insensible à Marvel & co, j’ai forcément du mal à aimer les films de ce tonneau, et leurs défauts me sautent aux yeux… beaucoup plus que sur un film comme Sucker Punch par exemple, dont j’aime le côté nawak et dont je pardonne les écarts de cohérence par amour pour son réalisateur et ses productions passées.

          • Ta réponse m’interpelle. Si tu n’as aucune attirance pour Marvel & Co, à part dans un souci d’éclectisme culturel, quel est ton intérêt dans ces œuvres ? Parce que manifestement, tu ne trouveras aucune valeur ajoutée d’un point de vue cinématographique à du Marvel. Personnellement, je sais dire pourquoi je vais voir des films dont je devine à l’avance que je vais lui faire une mauvaise critique. Je pourrais te le dire quand tu auras répondu à ma question :)

            • C’est sans doute un peu par facilité et un peu par curiosité. Quand on veut voir un film a gros budget pas très intelligent. Et rigoler de sa médiocrité.
              Du coup, effectivement les préjugés jouent pas mal.

              Et toi ?

              • Parce qu’il m’importe de toujours me faire ma propre opinion, tout simplement. C’est même le plus important. Tout cela dans le but de renoncer à tout préjugé. Et ce n’est pas facile. Dans notre monde hyper-médiatisé, il n’est pas aisé de ne pas avoir entendu déjà moult opinion déguisée sur un film avant de le voir, même en faisant gaffe. Je ne choisis pas d’aller voir un film parce que la critique est bonne ou mauvaise, mais parce que dès que j’en ai eu connaissance, je savais si je voulais le voir ou pas, et rien ne m’en dissuade… la plupart du temps du moins. Si J’ai déjà renoncé à aller voir des films, c’était très rarement parce qu’une opinion m’en avait convaincu.

                Cela dit, je suis conscient que ça reste un vœu pieux. Je ne peux pas me faire une opinion sur tout, je suis donc formaté par la culture à laquelle j’accède. Mais au moins je n’ai pas d’a priori… enfin pas trop :)

              • Certes, mais en même temps j’imagine que tu ne vas pas voir la majorité des films (bouquins/albums…). Il faut bien faire un choix avant de vouloir se faire une opinion propre ; non ?

              • Je vais généralement voir ce que j’ai envie de voir comme je l’ai écris. Evidemment que je ne cherche pas à me faire une opinion personnelle sur tout. Je n’ai même jamais eu l’idée d’essayer, d’une part parce que l’éclectisme absolu n’existe pas, et d’autre part parce que dans le cadre d’un loisir, la démarche doit rester un plaisir.

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