Cosmo [†] Orbüs

[Film] Wall-E

[Wâlly !]

Autant le dire tout net, je ne fais pas partie de ces gens qui, à plus de 20 ans, continuent de regretter et regarder les anciens dessin-animés de Walt-Disney. J’ai donc suivi avec assez peu d’enthousiasme et de précipitation le rapprochement du célèbre groupe avec Pixar, ce studio de films d’animations en 3D. Pourtant, j’ai été frappé de voir la qualité de certaines réalisations conjointes de ces deux marques aujourd’hui indissociables pour ce qui est du « dessin animé ». Bien que Les Indestructibles m’aient laissés un peu perplexe, j’ai vraiment adoré Là-Haut (Up), Ratatouille et Wall-E, que j’ai découvert récemment.

Wall-E (prononcer Wally) est un film d’animation en images de synthèse sorti en 2008 et réalisé par Andrew Stanton. Et alors que l’on croyait avoir tout vu en matière d’animation pour le jeune public, force est de constater que Pixar réussit dans ce film à renouveler le genre à tous les niveaux. Bien obligé de ranger mon esprit hyper-critique au tiroir pour une fois, mon haut niveau d’exigence est ici fois largement atteint.

Wall-E prend le parti très risqué de mettre en scène des personnages principaux robotiques, incapables de parler plus qu’un mot ou deux. Wall-E donc, le personnage principal, est un petit robot à chenilles qui arpente une terre post-apocalyptique aux environs de l’an 2600. Visiblement seul être capable de bouger (à défaut de vivre), il accomplit inlassablement sa mission de nettoyage depuis 500 ans. En effet, l’humanité à quitté la planète il y a bien longtemps, en laissant à une horde de droïdes la tâche de la rendre à nouveau habitable. Mais la mission a visiblement tourné court, et l’endroit reste extrêmement pollué et encombré par des montagnes d’ordures. Comme un fantôme mécanique, le petit robot rouillé arpente l’endroit en compactant les déchets de la manière dont il est programmé. Mais un jour, le quotidien bien huilé (oh oh !) du personnage principal va subir un changement majeur avec l’arrivée d’une robot-femelle autrement plus avancée technologiquement que lui, Eve, envoyée sur Terre pour remplir elle aussi une mission bien précise. S’ensuivront évidemment de nombreuses péripéties au cours desquelles Wall-E pourra rencontrer de nombreux autres robots, et des humains devenus totalement incapables de vivre par eux-mêmes, engoncés qu’ils sont dans un mode de vie sur-assisté. Bien entendu, et malgré la nature non-humaine des personnages principaux, une histoire d’amour ne tarde pas à naître entre Wall-E et Eve.

Pixar et Disney réalisent avec ce film une oeuvre absolument magnifique, autant visuellement que par la force poétique qu’elle dégage. Malgré des personnages à priori incapables d’éprouver des sentiments (et qui ne parlent pas, il fallait oser !), le film est touchant, sensible et engagé. Bien entendu, on est en présence d’un film « jeunesse » à défaut de dire « pour enfants » et l’intrigue, l’univers et les personnages se devaient d’être accessibles et compréhensibles facilement. L’histoire va donc assez vite en besogne et les personnages sont assez simples dans leurs attitudes. Pourtant, le scénario offre plusieurs revirements et rebondissements assez inattendus et appréciables.

Graphiquement, Wall-E est une des plus belles réalisations en images de synthèse de ces dernières années. C’est également l’une des seules à ma connaissance à mettre en scène une planète Terre ravagée et inhabitable. Les plans d’ensemble du début placent un décor grandiose de villes abandonnées et polluées à l’extrême, simplement hantées par le petit compacteur de déchets. L’animation est parfaite et les atmosphères lumineuses très soignées. Tout au long du film, la musique appuie avec brio l’ambiance visuelle. J’ai noté un clin d’oeil (volontaire ou pas, mystère) dans la musique écoutée par Wall-E durant ses longues journées de travail : le morceau de blues très typé de la musique américaine de la première moitié du vingtième siècle, associé au décor post-apocalyptique, m’a immédiatement évoqué l’excellent jeu Fallout 3.

Cet univers visuel et sonore créé une vraie poésie, bien loin de certains dessins animés stupides à l’humour douteux. Les personnages eux-mêmes semblent participer à cette poésie générale, en particulier Wall-E lui même. En effet, le petit robot collectionne les objets qu’il trouve pendant ses travaux et les range avec soin dans le conteneur ou il vit. Cet appartement de fortune est une sorte de caverne d’Ali-Baba ou sont rangées avec soin toutes les pièces de la collection du personnage, et cette preuve d’intelligence (artificielle) dénué du contexte utilitaire pour lequel il est conçu est déjà touchante en soi.

Enfin, Wall-E porte un message écologique et engagé évident quoiqu’assez simpliste. L’idée de la destruction de la planète par la pollution et la surabondance des déchets est on ne peut plus présente tout au long du film. D’autre part, la rencontre de Wall-E avec les humains nous montre des individus obèses, circulant sur des fauteuils à coussin d’air et dôté d’ordinateurs. Complètement hors du monde tangible, ils sont devenus inaptes à la vie normale et on même perdu l’habitude de la parole directe avec les gens qui les entourent. Cette aliénation physique et mentale par la technologie est une critique assez rare pour être notée.

En conclusion, je dirais simplement que le film d’animation pour jeune public semble avoir trouvé sa nouvelle forme. Assez éloignés des « classiques » sérieux et moralisateurs comme Le Roi Lion par exemple (qui ont aussi des qualités), les nouvelles réalisations sont plus légères, plus drôles, plus originales et plus poétiques. Aujourd’hui je pense qu’on peut le dire : Pixar a sauvé Disney.

-Saint Epondyle-

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