Cosmo [†] Orbüs

[Film] True Grit

[Punishment comes one way
or another]

Le dernier film des frères Coen, True Grit, abandonne l’époque contemporaine de leurs dernières réalisations, pour plonger dans l’univers poussiéreux (dans tous les sens du terme) du western. Après No Country For Old Men, qui nous emmenait également dans le décor de l’Amérique désertique mais de nos jours, le duo de réalisateurs frappe fort en s’attaquant à un des genres les plus classiques et codifiés du cinéma américain.

Basé sur le trio des personnages principaux, la fillette, le chasseur de primes et le ranger texan, le film nous entraîne dans un voyage à cheval dans les grands espaces ; à la recherche d’un meurtrier en fuite. Les trois personnages masculins sont d’ailleurs assez finement, les réincarnations du Bon, de la Brute, et du Truand. Ma culture en matière de western s’arrétant à peu près là, je ne me risquerai pas plus avant sur le sujet.

Du western, le film reprend tous les traits typiques, de la reconstitution de villes dans le désert, jusqu’aux lieux de tournage qui rendent un bel hommage à la nature titanesque des Etats-Unis. Le leitmotiv du scénario est également un classique (ô combien éculé) du cinéma hollywoodien, puisqu’il s’agit d’une chasse à l’homme.

Cet attachement à la simplicité rappelle d’autres titres plus ou moins classiques, dans lesquels les réalisateurs s’attachent plus à réussir une figure de style qu’à écrire un scénario complexe. Dans les deux cas une histoire est racontée, mais ici plus par une ambiance, une reconstitution, et une âme, que par un scénario capilotracté. En ceci, on pense bien sûr à Kill Bill, dans lequel Quentin Tarantino utilise un scénario de pur prétexte pour raconter une histoire d’arts-martiaux et de vengeance, en forme d’hommage à un style de cinéma (le cinéma de kung-fu hong-kongais en l’occurrence). De la même manière, les frères Coen imaginent dans True Grit une histoire des plus basiques, mais la mettent en relief par une réalisation parfaite, de multiples références au genre, et une qualité de jeu d’acteur sans tâche.

Cette façon de faire, dans le cas de Tarantino comme dans celui du duo dont il est question ici, est l’apanage des réalisateurs de talent, sûrs de leur effet, qui s’amusent avec leur art pour notre plus grand plaisir. C’est également un effet de style qui leur permet de tirer à l’envie sur les ficelles de l’humour, comme les mêmes frères Coen le firent dans Burn After Reading, et Tarnatino dans son athologique Inglorious Basterds.

A défaut d’une histoire particulièrement fascinante, c’est dans sa réalisation que True Grit joue sa carte, et y réussit avec brio. Et même si la storyline est assez basique, les réalisateurs ne se privent pas de nous surprendre en continue, grâce à de nombreux rebondissements vraiment inattendus. Les personnages ne sont pas épargnés, et mouillent la chemise dans des scènes de fusillades nombreuses, assez réalistes et parfois très gores. Une scène en particulier, se termine très brusquement et sans qu’on l’ai attendu, par la mort subite de plusieurs personnages.

Les acteurs principaux et secondaires sont excellents ; Jeff Bridges joue le rôle du roublard borgne, bourrin et imprévisible, Matt Damon (méconnaissable) celui du ranger droit dans ses bottes en friction constante avec le chasseur de primes, et la jeune Hailee Steinfeld celui de la fillette assoiffée de justice pour venger son père.

Les ambiances sont soignées puisque le voyage des protagoniste nous emmène autant qu’eux à travers les grands espaces. Cette immersion dans l’univers du film est d’ailleurs renforcée par le fait que les sens du spectateur sont souvent limités par ceux des personnages. Ainsi, on entend pas les dialogues des personnages lointains, on croit les reconnaître à leur silhouette mais sans certitude, on partage la vision du monde des personnages.

True Grit est un de ces films qu’on voit en ayant conscience de leur qualité générale, et qu’on apprécie pour des partis-pris risqués de leurs auteurs. Cette prise de risque est souvent valorisé par la maestria des acteurs et de la réalisation ; qui s’autorise à l’occasion un humour fin et subtil, sans transformer le film en comédie pour autant. Malgré tout, un regret teinte le film au niveau de sa bande sonore. Pour parfaire sa classification dans le genre du western auquel il rend hommage (et peut-être le rendre vraiment inoubliable), combien épique aurait été une bande sonore signée Ennio Morricone !

-Saint Epondyle-

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