Cosmo [†] Orbüs

Matrix Reloaded | Andy & Lana Wachowski, 2003

Le trio de choc.

[Ceci est une guerre. Et nous sommes des soldats.]

C’est quatre ans après la sortie et la réussite justifiée du premier Matrix, que les frères Wachowski concrétisèrent l’idée assez attendue de réaliser une suite en deux volets. C’est ainsi qu’en 2003 sortit Matrix Reloaded, superproduction gonflée à bloc, qui ouvrit en même temps la porte en grand pour l’arrivée d’un dernier opus clôturant ce qui devint donc une trilogie culte de la culture geek.

Bien content de retrouver nos héros et l’univers de science-fiction si particulier du premier film, le spectateur indulgent fermera donc les yeux sur l’incohérence apparente du scénario qui voudrait que ce second film n’ait jamais existé. En effet, le premier Matrix se suffisait totalement à lui-même en utilisant une bonne part de suggestion dans son univers. Outre l’incohérence scénaristique (alors que le scénario est quand même une des marque de fabrique de la saga) c’est aussi par une envie coupable de tout montrer que Matrix Reloaded pèche en partie. Et une fois prise la décision d’envoyer du bois, les auteurs du film ont visiblement décidé de ne pas jouer dans la demi-mesure.

Or donc, le second film reprend là où s’achevait le premier, et sans qu’on s’embarrasse de nous introduire les personnages ou l’uinvers, qui est supposé être déjà connu des spectateurs. L’histoire redémarre au quart de tour dans un film au budget visiblement augmenté qui tient plus de la superproduction totale que de la grosse production intelligente qu’était le premier. Exit donc l’univers underground, les boîtes de nuit sado-masochistes et les geeks des 90’s qui hackent le monde sur un Internet plus proche du minitel que du facebook. Ici, les personnages se rencontrent dans de luxueux restaurants et châteaux plutôt que dans des stations de métro désaffectées ; la hausse du standing fait perdre une bonne partie de son cachet crasseux à l’esthétique du film.

Assez linéaire, le scénario de Matrix Reloaded navigue volontiers entre les différents niveaux de réalité de façon assez routinière là ou le premier film considérait chaque descente dans la matrice comme un évènement d’importance. Aussi paumé que nous, le groupe des personnages ère de baston en baston vers un but obscur auquel on comprend instinctivement que la survie de l’espèce est lié. Mais de l’aveu même des personnages au milieu du film, on ne comprend rien à leurs objectifs, ni à ceux des multiples personnages secondaires. Bien en dessous du premier à ce niveau également, Matrix Reloaded s’essaye à la pseudo philosophie dans un genre on ne peu plus confus.

« Rien ne sert d’ouvrir la porte, si le chemin est caché à celui dont la destiné n’est pas de savoir la vérité du chemin qui est derrière lui et qui ne fut pas dit pour qu’il le réalise, mais pour qu’il en fasse le choix. Et vice et versa. »

Au sujet des personnages secondaires, l’arrivée d’une kyrielle de nouvelles têtes très variées apporte une certaine fraîcheur et augmente sensiblement la taille de l’univers. J’apprécie notamment les personnages humains dans le monde réel tels que Niobe et les autres. Dommage quand même qu’on ne nous épargne pas les éternels poncifs du type « conseil des anciens » et autres nanardises directement pompées sur Star Wars. Dommage également que le plus remarquable des nouveaux antagonistes, « Le Mérovingien » soit ignoblement surjoué par un Lambert Wilson en roue libre, accompagné d’une Monica Bellucci sidéralement hors-sujet. Ces deux personnages n’ont absolument aucun intérêt dans l’histoire, si ce n’est celui d’être entouré d’une bande de vampires et de fantômes-rasta-trop-classes-ils-deviennent-transparents. Mais excusez-moi, je parlais d’histoire.

Finalement, Matrix Reloaded est l’illustration parfaite de l’exploitation commerciale d’un filon à succès, basé sur un premier film excellent. Mais là ou Matrix était l’aboutissement d’un énorme travail, plein de références et porteur d’un questionnement philosophique cohérent, son successeur n’est qu’une grosse production de plus, dont les auteurs se perdent en détours et en circonvolutions incompréhensibles, qui font perdre au film son propos initial.

Alors bien sûr, on prend un certain plaisir à regarder ce film qui s’affirme pourtant haut-la-main comme le plus mauvais d’une trilogie très inégale. Les très nombreuses scènes de combat, de poursuite et de pilotages dans les différentes sphères de réalité sont extrêmement bien filmées et confirment s’il le fallait le talent des frères Wachowski en temps que metteurs en scène. De plus, retrouver les personnages du premier opus est un plaisir comparable à celui de retrouver des amis que l’on connait depuis longtemps, quoique de courte durée. Car Matrix Reloaded est l’un de ces films qui représente un certain gâchis et qui aurait sans douté été meilleur s’il n’avait tout simplement pas existé, laissant au spectateur un peu frustré l’occasion d’imaginer les suites et les variantes possibles du premier opus.

Terminer un film culte et excessivement inventif sur une fin ouverte est à la fois une très bonne idée est un parti-pris assez frustrant. Obligé d’imaginer le monde qu’on ne lui montre pas, le spectateur devient alors acteur de l’histoire et y calque son propre imaginaire. Mais c’est -a mon sens- la fin sur laquelle auraient du rester les frères Wachowski. Et si je peux comprendre leur souhait de développer encore leur univers si passionnant, d’y ajouter des ingrédients et d’y apporter des modifications substantielles en termes de genre, je maintiens que ce n’était pas vraiment nécessaire.

-Saint Epondyle-

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6 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Ton point de vue étant en tout point égal au mien, je m’incline devant cet article ! Je vais regarder « Revolution » sous peu, mais j’espère que les scènes d’action sont moins redondantes, et les choix philosophiques des personnages un peu moins alambiqués !

    A bientôt donc, pour un article concernant le troisième opus ?

  • Reloaded se présente comme un déluge d’action surréaliste tel qu’on aurait du le « comprendre » dans le premier Matrix. Les Wachowski n’avaient cure de construire une suite cohérente tant qu’ils pouvaient l’habiller par le peps qui manquait au premier opus en montrant ce fameux super-héros qu’ils avaient créé. Je regrette moi aussi la construction pseudo-philosophique qui tente d’expliquer la manière dont l’histoire tourne en rond et la raison pour laquelle elle doit tourner en rond. Mais sur le fond, l’idée reste bonne. On ne peut hélas pas tout comprendre en se contentant de voir Reloaded et il faut enchaîner Révolution sans tarder si l’on veut saisir la subtilité et le questionnement intéressant qui l’accompagne.

    Le problème général de Reloaded et Révolution est qu’ils ont voulu en faire trop à tout point de vue. Avec moins d’action et un scénario mieux construit, ça aurait pu faire une suite très plausible et particulièrement intéressante. Mais ce n’était pas le critère principal de réalisation. C’est ce qui arrive quand on fait un film pour faire du fric et non pour l’art et c’est ce qui fait la différence entre Matrix et sa suite improbable.

    Malgré cela, j’ai été touché par le côté super-héroïque de l’histoire, car j’ai toujours aimé les super-héros et les scènes d’actions sont quand même splendides. Un gros bémol pour celle des doubles de Smith qui combattent en pagaille contre Néo, et qui après plusieurs visionnage apparaît trop pour ce qu’elle est surtout avec les progrès des images de synthèse depuis… Bref ça a très mal vieilli et cette scène fait finalement trop « jeu vidéo ».

    Pour la suite, faut aimer Dragon Ball Z… je n’en dis pas plus :)

    • Nous sommes en gros d’accord. Je n’ai jamais trop compris cette attirance folle pour les effets spéciaux de la part des réalisateurs de films. Maintenant qu’on a presque tout vu, vont ils repenser à leurs histoires ? La « nolanisation » actuelle pourrait le laisser croire.

  • Lu dans un article récent, le monde du FX est en pleine déconfiture. Et quand des productions comme Avengers ou Transformers en sont faite à 80%, on est en droit de se demander comment les choses vont évoluer :) . Une crise de plus, certes, mais peut-être profitable au 7ième art à terme.

    • Comme partout ailleurs, une économie basée sur une croissance exponentielle n’est pas viable (pour reprendre les termes de Muse : « Unsustainable ! ») Il faudrait que le cinéma, comme d’autres secteurs que sont l’automobile ou les TIC le comprenne.

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