Cosmo [†] Orbüs

[Film] The Expendables : unité spéciale

Un des visuels couillus du film.

[Lorsque les lumières de la salle s’illuminèrent, le public encore hébété jetait des regards alentours, comme pour palper l’opinion de la salle. En se redressant dans son fauteuil, chacun y allait de son commentaire ; une opinion principale ressortait : ça n’était pas un film de gonzesse.]

The Expendables : unité spéciale, est un film avec lequel j’entretiens une relation très particulière. Lors de sa sortie en août dernier, je professais une daube sidérale, en écrivait sur le sujet une note qui fut d’ailleurs l’une des premières de Cosmo. Fidèle à mon opinion initiale, je ne me déplaçais pas dans mon cinéma favoris pour m’infliger le film en question. Mes amis, qui profitèrent de leurs vacances pour aller le voir, dirent de lui qu’il s’agissait de la pire daube de l’année ; l’affaire semblait classée.

Toutefois, mon frère Frost revint du film plus enthousiaste que jamais. En affirmant qu’il s’agissait du plus grand navet du moment, d’une nanardise exquise à chaque seconde, à voir absolument. Avec un peu de temps, je laissais mûrir le sujet, ne comprenant pas comment un même film avait pu laisser de marbre les premiers, et enthousiasmer le second, pourtant particulièrement critique d’ordinaire et insensible aux films d’actions (mais maître-amateur en matière de navets). Avec un peu de temps, je résolus de me faire ma propre opinion, en m’infligeant The Expendables. En voici ma critique.

The Expendables est un film à sens de lecture unique. A chacun de décider à quel degré il souhaite l’appréhender. A l’heure ou de nombreux films d’action ne s’assument plus comme tels et essayent désespérément d’élargir leurs univers et leurs simili-scénars, comme c’est le cas de GI Joe, Le réveil du cobra par exemple mais également de tous les films de super-héros, ce film-ci retourne aux sources de l’action au cinéma et ne fait semblant ni d’avoir un scénar, ni d’avoir des acteurs dignes du genre, des vrais.

Car le cinéma d’action de nos jours est largement séparé entre les blockbusters qui se veulent intelligents, et parfois réussissent, comme Matrix ou Inception de Christopher Nolan par exemple ; et les les blockbusters qui diversifient leurs scènes d’action pour conquérir une certaine originalité. C’est le cas des films de super-héros, mais aussi des films inimaginatifs comme Jumper. Dans cette seconde catégorie, les héros sont plus volontiers des teenagers fringués à la dernière mode, un peu mal à l’aise dans leur vie (a cause de La Fille qui leur préfère un sportif), et qui ne choisissent pas d’être le centre d’une histoire qui peu ou prou, les amènera à sauver le monde ou les Etats-Unis ; ce qui équivaut. La figure du héros-malgré-lui est quasiment devenu la norme à Hollywood.

The Expendables sont exactement l’inverse de cette tendance. Non seulement notre joyeuse clique n’est pas héroïque, mais elle n’est pas plongée dans l’action malgré elle non plus. Ils sont des mercenaires, qui travaillent pour l’argent. Loin des teenagers mal dans leurs peaux, ce sont des pièces de viandes élevées aux amphétamines, taillées à vif dans un bloc de viande rouge, musclé, chauve et tatoué.

Pas de superpouvoir, de talent spécial ou de look très travaillé, on limite ici les fioritures au minimum, a l’opposé par exemple de l’équipe des X-Men. Ici, le talent partagé est de savoir utiliser tout le matériel de guerre possible et imaginable, d’être fort, musclé, viril et de savoir froncer arcade sourcilière et réduire la taille de ses yeux au minimum, en continu.

Le retour aux sources du film bourrin est donc largement accompli. Le simili-scénario est un prétexte à la castagne ; mais au moins, le film s’assume. On ne peut pas s’empêcher de repenser a la série des Rambo, mais également à Inglorious Basterds de Quentin Tarantino, qui met en scène très différement une escouade de soldats d’élite sur le front.

Mais alors, qu’en penser ?

A l’issue de cette expérience cinématographique, force est de reconnaitre que The Expendables n’est pas l’incommensurable daube que j’avais pensé, parce qu’en rendant un hommage testostéroné aux films de guerre et d’action d’antan, cette production évite les pièges du cinéma d’Hollywood d’aujourd’hui du style de « Nous sommes la seule chance de sauver les Etats-Unis » ou « Et si on ne t’avais jamais dit que les balles allaient tout droit, que ferais-tu ?« 

Car malgré tout, en ne prenant pas racine dans un quotidien qui pourrait être le notre, le film réussit à créer (ou recréer) un début d’univers et d’esthétique, basé sur les motos, les tatouages et les armes il est vrai, mais toujours préférable à l’absence totale d’idée de certaines productions. Il n’en demeure pas moins que The Expendables est un film bourrinissime sans l’ombre d’un scénario, dont les deux tiers sont occupés par de la baston à coup de fusils/pistolets/voitures/motos/couteaux/sabres/grenades/mitrailleuses/hélicoptères/éléments du décor/bazookas. On devient d’ailleurs sourd à partir de la moitié, lorsque toute la bande son est mobilisée jusqu’à la fin pour nous faire vivre en digital-HD-surround les centaines d’explosions, de coups de feu et de cris.

Alors que la production de navets est fournie mais généralement un peu trop stéréotypée, The Expendables : unité spéciale se démarque nettement en assumant un retour aux flingues et à la virilité machiste. En plus de ce parti-pris qui justifie le film à lui tout seul, son casting décérébré mais convainquant dans le rôle qui lui est taillé achève de faire apprécier ce qui peut maintenant être considéré comme un classique du cinéma d’action, et uniquement d’action.

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5 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Aha, je n'vais pas vu du tout le film sous cet angle. J'ai personnellement été très surpris, pensant avoir plus un rambo qu'autre chose.
    Il y a tout de même de gros trous dans le scénar, avec des mercenaires qui popent de nulle part (jme rappelle un gros black qui arrive à la fin juste pour tuer des gens, on l'a vu une ou deux fois avant…)

  • je pense que t'as bien résumé le film. Que dis-je? Ton analyse était excellente!
    Mais perso je ne suis pas d'accord pour ce qui est de la qualité du casting: c'est un casting d'anthologie avec les meilleurs acteurs (américains ou américani…sés…)de films d'action de ces dernières années. C'est d'ailleurs supposé être le ciment du film, il n'y a qu'à regarder les affiches promotionnelles (!). Mais évidememment comme leur domaine de prédilection est le combat et l'action en général, je comprends que tu ne te satisfasses pas de la décérébration :) . C'est en effet dommage qu'il n'y ait pas de côté "fais travailler ton coeur ou ton cerveau" dans le film mais bon c'est du stallone et ça aurait bien pu être le nouveau "Rambo" comme tu l'as fait remarquer. Donc je crois que les acteurs pour la plupart ne sont pas à blâmer, je crois qu'ils ont simplement été mal utilisés dans un scénario de merde. Surtout en ce qui concerne des acteurs de la trempe de Jason Statham et Jet Li. J'ai particulièrement été offensé de voir ce dernier, véritable héros vivant pour moi (seulement pour ses films américains et européens…) pour sa prestation dans "le baiser mortel du dragon" ou dans "Rogue" (avec aussi jason statham justement), rabaissé dans un rôle de seconde zone dans the expendables. Pire, même si c'est un as de l'autodérision, l'humour lié à son personnage dans ce film était de mauvais goût et pas amusant du tout… Bref un beau gâchi ce film.

  • Sim > Des trous dans le scénar, c'est évident. Le scénar entier est lui même est un gros vide. ^^
    As-tu été surpris en bien ou en mal, finalement ?

    Lando > A mon avis, c'est justement l'absence de "fais appel à ton coeur" qui suave un peu ce film. Si le scenar en était arrivé à de pareilles extrémités, on aurait pu le classer dans les pires navets. Là, c'est bourrin et sans morale, mais au moins c'est assumé.

    Quand à Jet Li, je n'ai pas vraiment été "offensé" par son petit rôle. Pour moi, qu'un acteur soit un professionnel des arts martiaux n'est absolument pas une plus-value.

    Soshi > Salut à toi, merci et bienvenue sur Cosmo !
    Tu as l'air fan de Weng-weng, je ne pensais pas que ça puisse exister. ^^ Moi j'apprécie les navets en général, c'est assez intéressant à analyser. Si le sujet t’intéresse, jette un coup d'oeil par ici : http://epondyle.wordpress.com/2010/09/09/navet-na

    • Félicitation Eponge pour tout ouverture d'esprit ;)

      Mais expendables c'est bien plus que ça :
      Pour le scénario, la répartition des rôles et l'action, ce que vous dites est vrai mais la puissance du film vient justement du fait qu'il reproduit exactement les stéréotypes les plus recherchés dans les classiques d'actions et les navets :
      – le scénario : forcément bidon, puisque des gros durs vénaux qui ont passé leur vie à massacrer des gens tombent tout à coup dans une extase philantropique pour aider des pov' indiens Morejos qui ne peuvent pas les payer.
      – la répartition des persos : idem ! le chinois est taciturne mais finalement cool et bon camarade, le black est un bourrin trop sympa, etc.

      Les grosses forces du film sont donc :
      1) le fait que contrairement à Epondyle, il ne se pose pas la question de savoir s'il doit être regardé au 1er ou 2nd degré. Stallone fait un film de Stallone, qui est un film d'action qui répond aux attentes du genre, Point. Ce n'est pas un Transporteur 2 qu'on est censés trouver stylé et réaliste, ni un Machete pour lequel on nous avertit qu'il faudra rire absolument à tous les trucs gore car on est branchés.
      2) le jeu d'acteur est le pivot qui soutien le flim. Avec en plus des dialogues taillés pour leurs acteurs, le fait de voir 8 mâles alpha qui se toisent et boivent des bières ensemble en conduisant des avions, ça nous change du sempiternel quattuor Bogoss / Bourrin-bon-compagnon / acolyte ridicule / nana-à-qui-on-la-fait-pas-mais-en-fait-si.

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