Cosmo [†] Orbüs

Sous surveillance | Redford et les fantômes du passé

The company you keep, le titre d’origine est bien plus parlant que la version française très fade en comparaison.

[Nous avons commis des erreurs,
mais on avait raison.]

S’il faudrait être inculte pour ne pas connaître le nom de Robert Redford, force m’est de reconnaître que j’aurais eu bien du mal à situer l’acteur/réalisateur avant cette semaine. C’est donc en allant voir au cinéma son dernier film, maladroitement baptisé Sous surveillance en version française que j’ai pu le découvrir en même temps comme acteur et réalisateur.

Un peu réticent en général aux films trop codifiés de policiers et d’espionnage, j’ai néanmoins apprécié cette histoire qui aborde plusieurs thèmes intéressant avec efficacité. Bien que le film se déroule de nos jours, l’intrigue prend racine dans les événements politiques qui secouèrent les Etats-Unis à la fin des années 1960, c’est à dire pendant la guerre du Vietnam.

Trente ans après avoir commis une série d’attentats meurtriers, le groupe terroriste d’extrême gauche des Weather Underground a disparu dans la nature. Jusqu’au jour ou l’interpellation de l’une des activistes relance l’affaire.

Alors que le FBI cherche à retrouver les complices de l’ancienne terroriste, un jeune journaliste en quête de scoop décide de se lancer à la poursuite du passé… Jusqu’à Jim Grant, un avocat new-yorkais apparemment sans histoire.

Ce qui m’agace avec les polars et les films d’espionnage, ce sont les poncifs réchauffés à l’infini dans le but de sortir indéfiniment le même lot de scénarios générés aléatoirement. Ma surprise a donc été plutôt agréable de découvrir ici une intrigue originale quoiqu’elle utilise quelques leviers classiques. Loin du thriller machiavélique de course-poursuite entre les terroristes ultra-méchants et une police super-efficace prête à les arrêter de justesse, le film aborde ses problématiques à hauteur humaine. Les terroristes sont retirés depuis trente ans et ont refait leur vie, ils sont rattrapés par le passés et contraints de renouer leurs anciennes relations pour éviter d’être pris.

Vraiment réaliste, le film adopte plusieurs points de vue différents. D’abord celui du jeune Ben Shepard à la recherche du scoop journalistique qui lancera sa carrière ; puis celui des agents du FBI à la recherche des fugitifs ; et enfin le point de vue de ces derniers en cavale. Sans recourir aux grosses ficelles classiques du thriller de gare comme la course-poursuite ou le-méchant-qui-nargue-les-flics-au-téléphone, Robert Redford mène son récit avec intensité et sans aucun manichéisme. Chaque personnage poursuit ses objectifs propres et transmet ses enjeux au spectateur avec justesse. Finalement, on se prend de sympathie pour les anciens activistes en fuite et pour le jeune journaliste en quête de vérité.

Robert à pris un sacré coup de vieux.

Les personnages sont incarnés par des acteurs de plusieurs générations confondues. De Robert Redford et Susan Sarandon en anciens terroristes à Shia LaBeouf et Stanley Tucci en journalistes, chacun interprète son rôle avec une vraie présence qui rend bien hommage à des rôles souvent trop stéréotypés dans ce genre de cinéma. Seuls Anna Kendrick et Terrence Howard en agents du FBI n’arrivent pas à quitter leur statut d’images d’Épinal d’agents-en-costard-l’air-contrits-devant-Google-Maps. La bonne surprise du film est sans conteste Shia LaBeouf -connu de nos services pour avoir joué le rôle du bogoss dans la série des Transformers– qui arrive à imposer une vraie personnalité à son personnage somme toute très classique, et à en dépasser les clichés. Chapeau donc.

Bien qu’on ne l’attende pas nécessairement sur ce point, le film se distingue également par des choix vraiment réussis en termes de montage et de mise en scène. Même si les plans de caméra et les effets visuels sont réduits au strict minimum, j’ai trouvé le rythme du film réellement soigné et apte à transmettre l’état d’esprit de ses personnages. Mention spéciale à la scène de contemplation lorsque Robert Redford arrive dans une cabane de forêt dont on devine qu’elle est chargée de souvenirs. Alors que toutes les polices du pays sont à ses trousses et qu’il est livré à lui-même, le fugitif prend le temps de la contemplation et se repose un moment. Un îlot de calme, comme dans l’oeil du cyclone, admirablement rendu à l’écran grâce au travail du même Robert Redford, cette fois dans le rôle du réalisateur.

En conclusion j’ai vraiment apprécié de me laisser entraîner dans ce thriller réaliste qui troque avec bonheur les scènes d’action pour prendre le temps de se souvenir du passé et de questionner les thèmes de l’engagement, de la rédemption et du pardon. Bien qu’il aborde des situations exceptionnelles, le film reste à hauteur humaine et permet donc une bonne identification aux personnages. Sans doute plus adapté aux néophytes qu’aux experts de thrillers politiques, Sous surveillance est un bon film. Tout simplement.

-Saint Epondyle-

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