Cosmo [†] Orbüs

[Film] Skyfall

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L’affiche en clin d’oeil à toute la saga.

Si j’ai toujours aimé le personnage et la mythologie de James Bond, c’est moins pour les valeurs qu’ils défendent que pour l’exercice de style qu’ils représentent. Tenir plus de vingt films d’espionnage étalés sur 50 ans dans le même genre décalé et avec le même personnage central est déjà une mission en soi ; et ce parti-pris unique dans l’histoire du cinéma m’a toujours plutôt plu. C’est donc armé du petit fond d’esprit critique qui ne me quitte jamais, et de l’oeil acéré de ma petite soeur que je suis allé voir le dernier film de la saga : Skyfall.

Le principe des films de la série est de mettre en scène le personnage de James 007 Bond, commandeur du MI6 et incarnation de la lutte secrète pour la protection de la couronne d’Angleterre. Quasiment seul, l’agent secret combat dans chaque film les desseins démoniaques d’un super-méchant aux moyens généralement surdimensionnés, et très motivé à perturber la paix mondiale. Stylistiquement parlant, le ton oscille entre le sérieux des classiques d’espionnage et le grand-guignolesque baston/séduction propre au style Bond.

La vingtaine de films (et quelques bouses) qui traitent du sujet mettent certes en scène un grand nombre de protagonistes et de thématiques différentes, quelques prérequis sont attendus pour tous films de la série parmi lesquels l’humour, la personnalité, le plan du méchant et bien entendu l’action qui se doit d’être nerveuse et créative. D’autre part, et cela vaut pour tout le cinéma en général, un nouveau film doit d’apporter quelque chose de neuf, sous peine d’inutilité. On notera que le scénario est alors moins important que la tenue générale et l’innovation dans l’exercice de style, puisque finalement ce dernier comporte trop de contraintes pour permettre une vraie liberté à ce niveau.

Dans l’ensemble de ses choix dans Skyfall, dont certains ont le mérite d’être réellement risqués, Sam Mendes relève à mon sens le défi. Le thème directeur de Skyfall étant la résurrection, le film s’attache à recycler (avec succès) les personnages et les concepts typiques de la série. A titre d’exemple (et pour ne pas dévoiler l’intrigue), le nouveau visage de Q en jeune hacker à lunettes est tout à la fois un renouvellement profond du personnage et un changement logique parfaitement adapté à l’air du temps. Ce parti-pris de renouvellement est d’ailleurs surprenant de clairvoyance après Quantum of Solace, l’échec risible du dernier Bond avec Daniel Craig.

L’heure est à la réinterprétation des classiques.

Et justement, si certains observateurs malveillants avaient enterré un peu vite le charismatique et musculeux James blond, ce nouvel opus prouve combien le costume de 007 lui sied. On est certes loin de la classe et du charme tout british des acteurs précédents, mais la grande violence qui semble contenue par l’acteur, associée au ton introspectif et sombre du film et à une touche de séduction plus brute lui permettent non seulement d’incarner le personnage, mais de poursuivre sa réinvention initiée depuis Casino Royale. Le débat fait rage parmi les fans, mais pour moi Daniel Craig est le meilleur James Bond jamais vu jusqu’alors, et accessoirement l’un des meilleurs acteurs de l’Hollywood d’aujourd’hui.

Dans un sens, Skyfall est un film très contemporain qui s’inscrit plus qu’aucun autre Bond dans la tendance de son époque. Avec le manque d’imagination et de prise de risque dans les sorties au cinéma de ces dernières années, l’heure est à la réinterprétation des classiques. Tout à fait dans le ton The Dark Knight Rises par exemple, Skyfall s’inscrit dans la « nolanisation » du cinéma américain : plus sombre, plus torturé, le film n’épargne pas ses personnages -y compris mythiques- et fait du neuf avec du vieux, très efficacement.

En plus du duo classique entre Daniel Craig et Judi Dench en M, le film met en scène une brochette de grands noms, comme Ralph Fiennes qui incarne Garreth Mallory le technocrate et surtout, surtout Javier Bardem en grand méchant aussi grandiloquent que mystérieux. Mis à part M, les rôles féminins sont distribués entre Naomie Harris et Bérénice Marlohe, qui incarnent les deux bondgirls du film de manière sérieusement moins nunuche que dans les précédents de la saga. Les acteurs sont très bons et savent jouer du cabotinage en dose suffisante pour donner un ton légèrement détaché et humoristique à l’ensemble, notamment par quelques répliques bien senties.

Javier Bardem en méchant psychopathe, juste ce qu’il faut.

Je le disais en ouverture, le point fort d’un James Bond est rarement son scénario. Pour autant, Skyfall marque des points en s’intéressant plus en détails à la personnalité de ses personnages, jusqu’à nous proposer une plongée dans le passé du héros. Rien de très original certes, mais les scénaristes savent atteindre leurs ambitions avec brio et jouent même avec le feu en évoquant les parents et l’enfance de James sans se brûler. La catastrophe est évitée (de justesse) et la conclusion du film en sorte de retour au pays est somme toute bien menée, à grand renfort de baston pyrotechnique.

De baston, le film n’en fait pas étalage. Les scènes d’action sont présentes dès le début, mais en nombre assez limité pour proposer chacune une vraie inventivité autant visuelle que narrative. Finalement, le film sait rester nerveux et intense sans excès d’action inutile mais tout en restant dans le ton du genre. A ce niveau d’ailleurs, Skyfall nous emmène tout autour du monde et jongle à la perfection avec les ambiances visuelles propres à chacune de ses destinations : des lumières de Hong-Kong au brouillard écossais en passant par la grisaille londonienne et le soleil d’Istanbul au tout début. La photographie très réussie rend l’image vraiment magnifique sur grand écran. Notons au passage que la bande originale signée Thomas Newman est à l’image du film et reprend allègrement la signature de la saga tout en y apportant une touche de nouveauté.

Je lisais dernièrement chez un confrère que « Skyfall, ce n’est pas un film de James Bond. C’est un film sur James Bond. Une analyse du mythe plus qu’une continuation de ses aventures. » L’analyse est parfaite, car il est totalement vain de chercher à comprendre le film sans considérer l’ensemble de la saga. Depuis 50 ans que le personnage cabotine sur nos écrans, sous les traits de différents acteurs, à différentes époques, dans différents contextes, il a eu largement le temps d’évoluer, et heureusement. Avec Skyfall Sam Mendes ne se contente pas de donner un coup de peinture au mythe de ce héros si particulier, il revient sur l’ensemble du personnage et de ses acolytes, déblaie le superflu et en extrait la substantifique moelle. Plus qu’un reboot ? Une résurrection.

-Saint Epondyle-

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2 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Parfaitement en accord avec ton analyse ainsi qu’avec celle de filmsactu, « c’est un film sur James Bond ».

    Attention aux spoils à suivre si vous n’avez pas vu le film.

    J’ai trouvé le film en lui-même très équilibré au niveau action (j’ai adoré la fameuse séquence nocturne sur le gratte ciel à Shanghai avec ses jeux d’éclairages saisissants et angoissants) et avec comme tu le dis, un touche sensiblement plus noire, James Bond et le MI6 était directement visés, vulnérables.

    En tant que fan inconditionnel de la série depuis ma tendre enfance, j’ai beaucoup apprécié de voir une véritable profondeur donné au personnage de James Bond, avec une aventure le touchant de manière très personnelle (sans rentrer dans le mauvais conte psychanalytique!). C’est avec joie que l’on peut voir ce James Bond usé par le poids des années et par les blessures (séquence jouissive des tests d’aptitude physique), qui parvient malgré tout à rebondir.
    C’est avec plaisir que l’on retrouve en fin de film les références à toute la saga (le « nouveau-ancien » M et son bureau, Miss moneypenny, etc…) et un clin d’oeil « James Bond est éternel »! Comme si la série et le personnage s’autojustifiaient.

    Du bon, du très bon, du bond! (désolé…)

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