Cosmo [†] Orbüs

[Film] Shutter Island

Le couple Scorsese/DiCaprio est décidemment d’une efficacité sans borne ; Shutter Island est un thriller angoissant dans sa mise en scène et parfaitement infâme dans son déroulement jusqu’à la conclusion finale, prenant racine dans l’univers psychiatrique des années 1950 aux Etats-Unis. Film d’une rare violence psychologique et (moins) physique, cette œuvre magistrale agresse continuellement le spectateur de manière assez rare au cinéma : par le travail apporté au scenario, a l’ambiance, aux personnages.

Happé dès le début par une ambiance lourde et sordide, servie par une mise en musique atrocement efficace, le spectateur voit s’enchainer les scènes où s’accumulent les questions, ou arrivent peu à peu les réponses et dont on ne sort pas totu à fait indemne. A la fin, la conclusion réelle de l’histoire pourrait être assez claire, autant que surprenante, mais ouvre néanmoins à débat (Qui dit vrai ? Quelle est la bonne version ?) Sans déflorer le suspens, chose que je me permettrai sans doute plus avec un Eragon 2 ou un Transporters 3, rappelons simplement le « pitch » :

Années 1950 : Deux détectives sont envoyés sur une île de la baie de Boston sur laquelle l’institution psychiatrique locale a signalé l’évasion d’une « patiente ». Une fois sur place, ils constatent que les choses semblent plus complexes qu’elles en ont l’air, que les responsables de l’institution sont plus imperméables que prévus et que la surveillance est autant dirigée vers eux que vers les « patients ».

Si d’apparence le film semble aborder les thèmes chers à nous autres rôlistes lovecraftiens que constituent les hôpitaux psychiatriques, les fous et les médecins aliénistes, et ce à une époque comprise entre 1900 et 1980, les points communs entre Shutter Island et l’Appel de Cthulhu s’arrêtent là. En effet, le dernier Scorsese tient plus du huis-clos oppressant avec un petit nombre de personnages que du film de monstres poulpiques – puisqu’on ne compte ni monstre ni poulpe.

Néanmoins, le film peut vraiment inspirer joueurs et meujeux de l’Appel sur un point précis autant que central : jouer la folie. En effet, on dit généralement que le fou ignore son état et demeure persuadé d’être le seul sain d’esprit face aux autres qui, eux, sont perçus comme fous. Et justement, Shutter Island pose réellement cette question, y répond partiellement et sait s’en servir pour son intrigue et son ambiance.

Bref, sans être lovecraftien contrairement aux préjugés que l’on pourrait avoir, Shutter Island est un film unique, extrêmement agressif pour le spectateur – mais cette agression est justifié par la nature  du film – qui une fois de plus donne une preuve s’il en fallait une que certains [bons] réalisateurs  savent encore inventer.

Bref, le dernier Scorsese est le film idéal pour se plonger dans l’univers angoissant de la psychiatrie balbutiante de l’après-guerre, servi par une interprétation magistrale de la part de tous les acteurs à commencer par notre ami Léonard, en attendant l’Alice au Pays des Merveilles de monsieur Burton.

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5 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Me voilà ravie de l'avis que tu fournis sur Shutter Island, un des films que j'ai préféré voir ces derniers temps. Loin des conneries hypnotiques que j'aime tant regarder pour me vider la tête, ce film m'a bel et bien chamboulée. Et à chaque fois que je venais à croiser un autre amateur du genre, s'en suivait une longue discussion sur la logique du film, le jeu des acteurs, mais surtout, au grand damne des non-initiés nous entourant, sur la finalité du film. Et là, peu sont d'accord. Entre patients lobotomisés et inspecteurs paumés, on se demande si ce n'est pas nous, pauvre public, qui a été lobotomisé…

  • Pour ma part j'ai été très déçu par ce film.
    Etant pourtant amateur de tous les scorsese/Dicaprio, là j'ai été très déçu par le rythme très lent du film, et le dénouement se voulant renversant…
    J'ai failli m'arrêter en cours, même si le dénouement explique beaucoup de choses, j'ai l'impression qu'on a pris une ambiance glauque, une caméra, et on a écrit un scénario au fur et à mesure qu'on se balade dans l'île.
    En espérant que le prochain volume du duo corresponde mieux à mes attentes!

  • Le moins qu'on puisse dire c'est que vos avis sont à l'opposée ! Ceci dit, je comprend bien vos raisons.

    Sim > J'ai été un peu déconcerté aussi pendant la première moitié du film, c'est vrai qu'on ne comprend pas grand chose. J'en suis même arrivé à me demander comment l'histoire allait réussir à retomber sur ses pieds. Mais après le finish (et ses deux, voire trois issues possibles) j'ai été pleinement convaincu.
    Après, je peux comprendre que ça n'ait pas été ton cas.

    Une information sur la prochaine collaboration Scorcese/diCaprio ?

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