Cosmo [†] Orbüs

Princesse Mononoké | Hayao Miyazaki

L’affiche du film.

[Je dois porter sur le monde un regard sans haine.]

Le monde du film d’animation est petit, et malgré quelques succès nationaux récents, il reste largement dominé par le monstre sacré qu’est Walt Disney. Le renouvellement des studios américains par leur association avec Pixar a beau apporter un sang neuf très appréciable dans leurs réalisations, on reste encore dans une vision du monde et dans des standards essentiellement occidentaux, hollywoodiens, américains.

Pourtant, un studio d’animation résiste encore et toujours et propose une production au compte-gouttes exclusivement réalisée au Japon. Créé en 1985 par Hayao Miyazaki et Isao Takahata , le studio Ghibli est le producteur de tous les titres cultes réalisés par les deux compères. Le gros avantage de ces réalisations nippones est justement leur détachement par rapport à une média-culture occidentale hyper-standardisée. Ni tout-à-fait dessin animé classique, ni tout-à-fait manga, les films d’Hayao Miyazaki apportent tous une fraîcheur et une poésie à grand spectacle, vraiment dépaysante. Princesse Mononoké (もののけ姫) est le onzième long métrage d’animation de Miyazaki, et accessoirement un chef-d’oeuvre absolu. L’histoire est la suivante.

Dans le Japon du XVIème siècle, les esprits de la nature et les humains sont en guerre pour la survie. Alors que les dieux-animaux défendent leurs territoires et la nature inviolée, les humains s’industrialisent et gagnent sans cesse sur la forêt. D’une part, les esprits de la forêt sont menés par des dieux-animaux gigantesques et la princesse Mononoké (soit la « princesse des esprits vengeurs ») : cette fille de la forêt, humaine élevée par la déesse-louve Moro et donc entièrement dévouée à sa cause. D’autre part, les humains sont séparés en deux clans qui s’affrontent : les forges contrôlées par Dame Eboshi, qui extraient et fabriquent le fer, et l’armée du seigneur Hasano qui aimerait mettre la main sur les forges en question.

Le jeune prince Ashitaka, venu d’un pays lointain pour trouver le remède à une malédiction qui le frappe, se trouve mêlé à cette guerre qui n’est pas la sienne. Au lieu de prendre parti dans les affrontements, il décide de suivre sa propre voie et en portant « un regard sans haine sur le monde », d’amener les belligérants à la paix.

Princesse Mononoké est un film à la fois extrêmement bien écrit, bien réalisé et beau, doublé d’une fable écologiste et tolérante, engagée pour la coexistence des peuples et des écosystèmes. Malgré tout, et c’est là une des forces de son réalisateur, le film n’est jamais ennuyeux ou moralisateur. Il essaie simplement d’apporter un recul et une vision poétique de la question écologique sur la planète. Ce recul est permis par l’absence totale de manichéisme dans la représentation des personnages ou de leurs problématiques ; en effet, chacun a sa vision des choses et ses problèmes, personne n’est le gentil ni le méchant, et personne n’a plus raison qu’un autre. Le tout est de réussir à dialoguer.

La puissance narrative déployée tout au long du film atteint son paroxysme lors d’un final grandiose et totalement imprévisible. En effet, la culture japonaise qui baigne le tout rend le film assez imprévisible lors d’un premier visionnage, ce qui rend l’histoire d’autant plus passionnante. Pour nos esprit habitués à la culture d’Hollywood et à ses scénarios standardisés, un film comme Princesse Mononoké est un vrai bol d’air pur.  C’est d’ailleurs le cas avec beaucoup de films asiatiques, par exemple d’horreurs, qui réussissent à nous terrifier en prenant le contre-pied de ce à quoi nous sommes habitués.

Côté technique, l’animation est bien réalisée et malgré son âge, elle n’a rien perdu de sa qualité et de son dynamisme. Comme dans tous les films de Miyazaki, les décors sont magnifiques et les scènes d’action s’enchaînent avec une très grande fluidité. Contrairement à certaines productions du soleil levant (Naruto Shippūden pour ne pas le citer), l’animation et le graphisme ne font jamais brouillon et chaque personnage possède une vraie identité graphique propre. Encore une fois au contraire de certains dessins animés japonais, les combats sont très dynamiques et ne nous imposent jamais de longs dialogues typiquement « anime » lors desquels l’image est totalement figée (comme dans Saint Seiya ou Dragon Ball par exemple).

Bref, Princesse Mononoké est un chef-d’oeuvre à nul équivalent. Un peu comme Le Voyage de Chihiro ou Le Château Ambulant, c’est une réalisation qui a une âme, en plus d’être le plus aventureux des dessins animés du célèbre studio. Pour les Meujeux de Donj, c’est une aventure quasiment clés-en-main qui hurle à l’adaptation. Pour les fans de Miyazaki, c’est un classique absolu. Et pour les néophytes en matière d’animation nippone et de manga, c’est la plus belle porte d’entrée qu’on puisse imaginer.

-Saint Epondyle-

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2 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Bel hommage à Miyazaki, qui a signé ici un de ses oeuvres les plus matures et qui reste moderne grâce à sont intemporalité.

    Mais permet moi de mettre un bémol pour les studios Disney. Celui-ci est tombé dans la déchéance au début du XXIe siècle car il n'a pas réussi à se renouveler. Pixar qui ne fait pas partie des studios Disney mais appartient à la société Disney (comme ne pas confondre Vivendi et Activision Blizzard) a réussi grâce à la 3D et à la liberté des directeurs artistiques a renouveler le film d'animation. Disney a juste racheté le studio à coup de millions de dollars.

    La presque-fin des studios Disney a commencé par le film "la ferme se rebelle" qui fut un échec commercial, ensuite tous ses films sont sorti directement en DVD… Mais gardant la distribution des films Pixar en collant un petit logo Disney juste avant le passage au cinéma. On peut voir ici les films de Disney au XXIe, on ne s'en rappelle de quasi aucun : http://fr.wikipedia.org/wiki/Studios_Disney_de_19…. Seul le très récent Raiponce aura permis à renouveler le succès critique et public des films Disney.

    Pendant la mauvaise phase de chez Disney, les films d'animation n'ont jamais autant été aussi productif depuis le Roi et l'oiseau de Grimault en1980 où Miyazaki s'est largement inspiré. On peut regarder le succès du festival d'Annecy mais le mieux est de regarder la production actuelle qui certes reste sous l'égide d'un public averti : Valse avec Bachir, les triplettes de Belleville, Moi, moche et méchant, Persepolis, kirikou,Renaissance … pour les français et associés; la traversée du temps, akira, ghost in the shell, steamboy, summers wars, Perfect Blue … etc pour les japonais.

    On peut dire qu'il y a une sorte de démocratisation du genre, l'hégémonie de Disney fut ébranlé par Pixar et Shrek. Les américains gardent encore la main mais le reste est quand même de moins en moins restreint à un public d'initié. Il y a eut pas mal d'article dans les grand journaux autour du film d'animation français, l’illusionniste, par exemple, sur Tati ou autour de la bretonne qui a signé la bande original du dernier film Ghibli. Disney ne règne déjà plus en maître.

  • Au delà de ce qui a été dit dans l'article et dans le commentaire, je souhaite mettre en avant le rôle du film princesse mononoké qui a permit a Myasaki d'être connu aux yeux du grand public en Europe et non plus seulement d'un public spécialisé. Le japon est à la mode en europe et a trouvé en france une terre propice à l'export de ses productions. L’augmentation des mangas au rayon BD de nos magasins l'atteste parfaitement. Ce film à donc joué un rôle clé. Il a été salué par toute la critique européenne.
    Si vous voulez aller un peu plus loin dans l'analyse, sociale, politique etc. Je vous conseille ce très bon article. http://forum.cineastes.com/critiques-films-f24/pr
    Enfin, Il me parait essentiel et évident de parler du traumatisme Nucléaire après avoir vu cette oeuvre. En effet, cette oeuvre est surement l'une des plus belles expression d'une génération traumatisé. Sa force est d'avoir de très nombreux niveaux de lecture et d'être très complexe, comme accessible a presque tous ;-)
    Pour rappel Miyasaki avait 4 ans lors du drame des bombes Hiroshima et Nagazaki.

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