Cosmo [†] Orbüs

Pacific Rim | Guillermo del Toro, 2013

Le scénario en une image.

[Today we are canceling the Apocalypse !]

Prenez 180 millions de dollars, et donnez les à un réalisateur aussi geek qu’en manque cruel de reconnaissance. Puis autorisez-le à réaliser tout ses fantasmes d’ado sur le plan visuel. Vous obtiendrez Pacific Rim, le dernier né de Guillermo Del Toro, un improbable blockbuster en forme de remake d’un Goldorak versus Godzilla.

Hommage croisé aux genres très nippons du kaijū eiga et du mécha (respectivement les films de monstres et de robots), Pacific Rim était présenté par la critique comme un film original au succès incertain. A l’heure des superhéros, des métaphores de l’apocalypse, de la SF à très gros budget et des effets spéciaux numériques en pagaille, c’est sûr qu’on pouvait s’inquiéter… Ou pas.

L’humanité est en péril. Depuis des années, une faille sous-marine permet à des monstres titanesques de s’introduire dans notre dimension pour y semer le chaos. Pour contrer ces Kaijus, nous avons créé les Jaegers, des machines colossales conduites par deux pilotes en lien neuronal.

Cinq ans après avoir perdu son frère lors d’un combat contre un Kaiju, Raleigh Becket est débauché par son ancien marshall pour reprendre du service. Mais sans son frère pour piloter avec lui, la mission semble compromise.

En guise de résumé, on aurait aussi pu dire « robots géants contre monstres géants », le reste étant aussi anodin que foncièrement attendu. Alors effectivement le film aborde les poncifs des blockbusters avec une relative fraîcheur, et pousse même l’originalité jusqu’à situer l’action à Hong-Kong, tout en donnant le premier rôle féminin (le seul, en fait) à l’actrice japonaise Rinko Kikuchi. Pourtant, ni le concept de lien neuronal (plug and play), ni l’annulation du projet Jaeger par l’ONU, ni aucun autre élément d’ailleurs ne fait vraiment plus que de la figuration scénaristique.

Et à la fin, les américains sauvent le monde.

En plus, ils ne finissent pas ensemble. Non, je déconne.

Alors que dire de Pacific Rim ? Est-il légitime de hurler à la vacuité scénaristique là ou le film ne se targue absolument jamais d’être intelligent ? Ou faut-il se satisfaire du très grand spectacle et le savourer sans un regard pour ses absurdités ? Il y a là deux écoles. La première considérant qu’un film doit raconter une histoire -et donc se préoccuper un tant soit peu de sa logique- et la seconde affirmant que le principe même d’un blockbuster de cet acabit annihile d’emblée tout velléité de cohérence de la part de ses auteurs.

Mon avis se trouve un peu entre les deux. Du point de vue du strict divertissement, le film assure le spectacle à grand renfort de musique pompière et de bastons au corps-à-corps entre robots et monstres hauts comme des montagnes. L’image est léchée, réaliste, dommage qu’elle tourne en boucle. Car ces scènes dantesques et l’esthétique réussie quoiqu’un peu kitsch de Pacific Rim ne suffisent pas à en gommer les trop nombreuses lacunes. Les personnages sont insipides, leurs relations navrantes de prévisibilité et les acteurs tout juste passables. Pire : les quelques intrigues secondaires qui auraient du permettre d’approfondir un peu l’univers, n’en extirpent qu’un quasi-néant à grand renfort d’incohérence en pagaille.

Alors non, Pacific Rim n’est pas un film-choral aux relations inter-personnages ultra-travaillées. Non, ni Idris Elba ni Ron Perlman ne remontent le niveau des acteurs autant que certains on pu le dire. Et non, ni un ni dix robots géants ne sont un bon concept de film si on y ajoute pas un semblant d’histoire et un tout petit peu de cohérence. Pacific Rim est donc un film qui s’apprécie au second degré plus que certains de ses congénères, en ceci qu’il ne prétend pas à l’intelligence. Pourtant, difficile de ne pas ressentir après le film, et tout en ayant vu exactement ce à quoi on s’attendait, un vague sentiment d’arnaque.

-Saint Epondyle-

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9 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • J’aime tes critiques car tu confirmes à chaque fois mon impression que je ne dois pas perdre de temps à regarder ce film. Mais ce serait plus rigolo si tu te lâchais plus sur le côté sombre merde infâme plutôt que d’être consensuel ;-)

  • L’archétype du film pour lequel les cinémas mettent des boîtes à cerveaux à disposition des spectateurs à l’entrée de la salle. Faut admettre que pour celui-ci, fallait même bien récurrer pour être sûr qu’il ne reste pas la moindre trace de matière grise dans la boîte crânienne.
    Cela dit, il en faut, car après tout, débrancher le cerveau et se laisser submerger de sensations primales peut parfois être bénéfique.

  • J’ai pourtant émis un avis très positif sur Pacific Rim. Mais depuis, j’ai quand même vu mieux, et par comparaison, il ne tient pas trop la route. Les raisons pour lesquelles j’ai encensé PR restent valables, mais ne le hissent pas au sommet des sorties de l’été, le faisant, à mes yeux, figurer en milieu de peloton. Je crois qu’il est important de considérer qu’au delà de son traitement et de sa vacuité, c’est l’originalité du film qui fait l’essentiel de sa force. Ce n’est pas une suite, pas une adaptation, pas un plagiat, bref, on ne peut pas dire « pfff, c’est du déjà vu » ou « le un était mieux » et ça, ça manque cruellement à Hollywood. Maintenant, je trouve que tu es toi-même assez prudent dans ta critique et je ne suis pas sûr qu’il le mérite.

  • Houla… Pacific Rim ? Gros dossier… en effet. Je te trouve même un tantinet trop gentil Surtout après avoir lu ta critique du dernier Rambo. Où là, seule la violence m’a posé problème… la trachée ouverte à main nue, bon, on frôle le gag (il est taquin ce Rambo quand même), mais des corps explosés au calibre 5O BMG était-ce vraiment nécessaire ? Enfin bon…

    Alors que pour PR, au-delà des incohérences et de la platitude d’un scénario (que mon gosse aurait pu écrire lui-même), j’ai vraiment été consterné par l’utilisation répétitive des habituels poncifs, clichés et stéréotypes frôlant la xénophobie…

    En fait je crois que rien que les incohérences toutes seules, j’aurai pu les supporter (on a l’habitude maintenant avec les blockbusters).

    ATTENTION JE SPOILE (ferme les yeux petit Calimero)

    Bon déjà, dès le début, le ton est donné, le robot des héros attend bien gentiment que le monstre arrive (faudrait pas le stresser le pauv choupinet), et y’a pas un couillon dans l’état major pour avoir l’idée d’épauler notre « robot luchador ». Je ne sais pas moi, une attaque aéroportée ? Un bombardement ? Ne serait-ce que pour l’affaiblir… un petit peu ? Non ? Bon tant pis…

    « Ta gueule Prince, c’est un blockbuster, c’est pas fait pour réfléchir »… autant pour moi !

    Après viens le meulage… ah chouette de l’action… ça fait déjà un bon moment que nos héros se battent et commencent même à prendre une branlée. Quand soudain ils utilisent un canon à plasma-energie-de-mes-burnes (que même Goldorak il en serait jaloux)… pour fumer le monstre…

    Attends… stop.. arrêt sur image… tu peux répéter steuplé ? Une arme à distance !? Après avoir foncé dessus comme des gorets ? Mais pourquoi ils l’ont pas utilisé avant ? Je ne sais pas moi, c’est comme filer un flingue à quelqu’un et l’entendre te dire : « chouette je vais pouvoir mettre des coup de crosse ! Youpi ! »…

    [Mode Nabila ON]
    Non mais allo quoi ? Allo ?! T’as un flingue, tu viens au contact et tu t’en sers pas… Allo ?
    [Mode Nabila OFF]

    « Prince ! »… oui je sais… ma gueule !

    Bref, tout le reste du film est du même niveau. Mais même ça j’aurai pu l’endurer sans sourciller. Mais là où MOI j’ai vraiment été choqué, c’est sur la présentation des personnages…

    Y a rien qui vous marqué à vous ?

    Les triplés chinois « Pim » « Pam » « Poum »… ben c’est bien connu mon bon monsieur, les chinois ils sont nombreux et se ressemblent tous… Et pis la Chine est communiste alors vazy pour de la lumière rouge sur eux (armure, visage), même quand le décor est d’une autre couleur…

    Les deux russes « philosophes » qui ont oublié que l’URSS était morte… on a même droit à un extrait du cœur de l’armée rouge quand ils passent à l’action… putain c’est trop subtil la mise en scène ! Cet amour pour l’étranger, cette subtilité dans le brossage de leurs portraits, c’est bien simple, c’est beau, on dirait du Zemmour…

    A ce moment là, J’aurai bien versé une larme d’émotion, mais je crois que j’étais occupé à tenter de voler la canette de ma compagne, pour m’ouvrir les veines…

    Et j’épargne mes commentaires sur les autres persos… et que dire de la suite incessante des absurdités ?

    « Quoi ? Faut de l’ADN alien pour passer le portail ? Tiens… tu vas t’agripper au monstre pour y aller.  »

    « Yesss ! C’est pas con ça… »

    « Pourquoi tu crois que je suis scénariste abruti ! »

    « Mais… si jamais je le lâche durant la bataille, logiquement je ne pourrai plus repasser dans le portail, et revenir, non ? »

    « Mais si… les spectateurs sont trop cons, c’est la fin du film, ils sont fatigués, on les a usé moralement jusqu’ici. Ils se rendront compte de rien… tu t’éjecte et HAPPY END, tout le monde est content… »

    « Quoi ? Je m’éjecte ?! Y’a des capsules d’éjection maintenant… mais… dans le script y’a mon supérieur qui meurt 5mn juste avant, tu crois pas que ça va rendre son sacrifice un tout petit peu débile ? »

    « Mais t’es vraiment idiot toi, la psychologie du personnage ça te dit quelque chose ? Il est triste, il est mourant, c’est une pure scène d’émotion ! Il se sacrifie… tu comprends ? »

    « Euh… oui… mais sans vouloir pinailler, son co-pilote je crois qu’à son dernier bilan sanguin tout allait bien. Et puis comme à deux reprises les robots se sont fait piloter tout seul. Moi quand mon frère est mort, et mon supérieur quand il a sauvé *Miss justification présence féminine*. Donc s’il voulait vraiment se faire mousser, il aurait pu se sacrifier tout seul non ? Et mon frère au début, du coup, avec cette histoire de capsule, je m’étais dit… tu crois… qu’on aurait pu le sauv… »

    « Bon t’es lourd maintenant… fais ce qu’on te dit !!! »

    Comme quoi, les robots géants, c’est comme les zombies parfois… « une arme de destruction massive » (des neurones) pour scénariste en manque d’idée.

    Mais il parait que la « beauté » du film est ailleurs… n’est-ce pas ? En même temps, il vaudrait mieux, sinon ce serait bien grave.

  • @ Red B… > C’est l’éternel dilemme entre le ciné-divertissant et le ciné-passion-culte-chef-d’oeuvre. En l’occurrence, PR peut briguer au maximum le titre le divertissement.

    @ L’Ours > « Depuis j’ai vu mieux » voilà qui fait mal pour un film de même pas 6 mois d’âge. J’ai l’impression que tous ces blockbusters nous ont tellement habitués à voir toujours pareil qu’on en devient experts pour leur excuser leur nullité grâce à de micro-innovations qui ne changent en fait quasiment rien au fond.
    Après, j’ai quand même passé un assez bon moment en prenant le truc au deuxième degré, ça serait malhonnête (et snob) de ne pas le reconnaître.

    @ Le Prince Noir > Et encore, tu as raté des incohérences dans ta liste ! Ce genre de film est tout à fait inapte à passer le test du réalisme, ceci étant il ne le revendique pas non plus.
    Dilemme dilemme, finalement je ne sais trop qu’en penser.

    Merci à vous de vos commentaires !

    • Veux-tu dire que plus le temps passe et moins on est objectif ou plus on l’est ? En ce qui me concerne, aucune opinion ne résiste au temps. Quand je dis que j’ai vu « mieux » depuis, ce n’est pas sur un seul critère, c’est un tout, et les raisons qui m’ont fait apprécier Pacific Rim ne sont pas caduques pour autant. Mais si je devais réécrire ma critique aujourd’hui, je ne dirai pas la même chose. Aurai-je été influencé par les opinions des autres ?, révisé mon propre avis à l’aune d’un second visionnage plus révélateur des forces et des faiblesses de l’oeuvre ?, convaincu que le contexte même de mon premier visionnage ne correspondant plus à mon état d’esprit du moment il m’est impossible de ressentir les mêmes émotions aujourd’hui ?…

      Un peu tout ça à la fois en fait. Et c’est ce qui me fait dire qu’une oeuvre est réussie ou non en somme. Si je ne peux pas ressentir exactement la même chose en face d’une oeuvre et ce quel que soit le contexte dans lequel je la regarde, c’est que l’essence de ce que je ressens ne vient pas d’elle. Prenons « V pour Vendetta », comme on en parlait sur face de bouc, je l’ai vu 4 fois. Et 4 fois j’ai ressenti exactement la même chose. Et à chaque fois que je l’évoque, chaque fois que je vois une critique dessus, même dûment étayée, et même contraire à mon opinion, mes émotions en ce qui concernent l’oeuvre ne changent pas. A ce stade, et même si je prends des pincettes pour l’affirmer, je pense ne pas me tromper en portant ce monument du 7ième art aux nues. Ce n’est clairement pas le cas de Pacific Rim pour lequel, en fin de compte, je n’ai pas la parfaite compréhension de ce que ça vaut.

      Il est possible en somme que nous ne cherchions pas spécialement à excuser la nullité l’oeuvre, mais que nous cherchions plutôt à retrouver l’émotion instinctive et primitive éprouvée au moment où nous l’avons vu, à mettre le doigt sur quelque chose d’immuable alors que ça ne l’est pas dans 99% des cas. Et c’est peut-être là le seul tort que j’ai, que toi aussi tu as peut-être, celui de restituer un instant dans l’éternité, alors que ce n’est pas nécessairement ce qui découle de l’oeuvre elle-même. Ou du moins, si ceci n’est pas un tort, le tort est de ne pas reconnaître que l’opinion émise à un moment donnée est purement contextuelle.

      Si je m’attache à ce que Pacific Rim m’a fait ressentir sur le moment, aussi abêtissant que cela paraisse, j’ai kiffé. Mais tout ce qui me reste objectivement est ce que j’en ai dit : c’était original.

  • Ha, j’ai enfin vu Pacific Rim ! Scénario imaginé en 30 secondes montre en main, avec le héros rebelle et sulfureux, son rival méchant mais pas si méchant qui a des daddy issues, sa copine fragile psychologiquement et lui qui la rassure. La bagarre entre les deux rivaux niveau cour de collège, la démarche de cow boy tout du long, le test de compétence au bâton, bref prenez tous les clichés du MONDE, tirez au hasard le temps au bout duquel il sortent dans le scénario et roule !

    Sérieusement, les scènes d’action en mettent plein a vue, mais tout le reste est tellement bidon qu’on aurrait limite pu se passer des acteurs et juste filmer des robots et des monstres pendant deux heures de film, avec une voix off qui raconte l’histoire, ça aurait été original et on nous aurait épargné les cabotinages horripilants des acteurs mauvais comme jamais, et on aurait squeezé ce scénario neuneu réchauffé au micro-onde. Et evidemment, je rejoins le prince noir sur les incohérences tactiques : les robots sont sous-optimisés, donner un gros coup de poing contendant est sûrement l’arme la moins efficace du monde, et pourquoi pas une corde de piano forùat Tour Eiffel pendant qu’on y est ?

    • Ah ah ah ! Oui bien vu.
      Avec le recul, c’est vrai que j’ai du mal à me souvenir de ce que j’ai pu apprécier un peu dans ce film. Sans doute que le voir au cinéma met plus en valeur le côté dantesque des effets spéciaux. Ceci n’excuse pas tout pourtant.

      Merci de ton commentaire Funk’. :D

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