Cosmo [†] Orbüs

Old Boy | « Si tu veux vivre, libère-toi. »

C’est fou ce qu’on peut faire avec un bon marteau.

[Ris, tout le monde rira avec toi.
Pleure, tu seras seul à pleurer.]

Découvert par hasard à la télévision puis redécouvert sur le tard, Old Boy (올드보이) est pour moi un classique. Si le film s’inscrit dans un triptyque  sur la vengeance, réalisé par le coréen Park Chan-Wook, il n’en est pas moins une oeuvre unique et totalement indépendante des autres.

Adapté du manga éponyme du japonais Garon Tsuchiya, le film est un thriller implacable ancré dans la culture asiatique et très éloigné des standards occidentaux. A la fois simple et complexe, efficace et profond, c’est un objet cinématographique unique en son genre, une référence esthétique et une leçon de cinéma. C’est sans aucun doute un film culte, dans une trempe comparable à Fight Club.

Old Boy est un film ultracomplet, qui part d’une situation initiale simple pour développer un récit très riche sur le fond comme sur la forme.

Le pitch initial tient en quelques mots.

Oh Dae-Su, un homme ordinaire, est enlevé sans raison apparente. Il ignore totalement le motif et le commanditaire de son emprisonnement. Six mois, un an, cinq ans… quinze ans plus tard, Oh Dae-Su est relâché, toujours sans aucune explication.

L’homme nouvellement libre se lance alors dans une chasse au moindre indice, à la recherche de son tortionnaire, mais plus encore d’une réponse a ses questions.

Sur cette base quelque peu anxiogène, Old Boy raconte une histoire complexe aux implications multiples. Pour Oh Dae-Su, à qui on a fait subir quinze années d’isolement total, rien ne compte que de retrouver son bourreau. Entre détermination rationnelle et folie furieuse, ce personnage complexe est incarné à la perfection par un Choi Min-Sik exceptionnel. Avec un travail d’acteur saisissant, il contribue à donner au film son identité esthétique sans équivalent, surviolente, sombre et malsaine à souhait. Le retour à la vie civile d’Oh Dae-Su ne se fait pas sans mal -loin de là- et sa résurrection au monde entraîne un déchaînement de folie furieuse.

Grâce à un récit résolument non linéaire et construit de manière à ménager la surprise, le film joue avec nos nerfs en permanence, jusqu’à son dénouement totalement imprévisible. Plus le voile se lève -jamais là ou on l’attend- et plus le suspense devient insoutenable. Grâce a son talent de réalisateur hors-du-commun, Park Chan-Wook créé une tension permanente tantôt sourde et psychologique, tantôt crachée à l’écran avec une extrême violence. Chacun se souvient avec horreur des scènes impliquant notamment un marteau, des dents, des ciseaux et une langue.

« Nous sommes sur écoute, aidez-nous ». Oh Dae-Su et Mi-Do, sa nouvelle amie.

Car Park Chan-Wook est un vrai génie de la réalisation, capable d’inventer dans la prise de vue, la lumière et la musique avec une maîtrise totale, imaginant sans cesse de nouvelles façons de représenter visuellement les événements et les émotions des personnages. Grâce à de multiples trouvailles visuelles et narratives -comme les personnalités exacerbées des personnages ou la démesure de leurs actions- le film nous rappelle subtilement sa nature fictionnelle. Plus encore, il fait appel à des ficelles scénaristiques totalement improbables, mais toujours cohérentes dans une certaine logique. Je pense par exemple à la scène des raviolis.

Mais l’exemple le plus évident de cette démarche est sans doute la scène où Oh Dae-Su vainc plusieurs dizaines d’adversaires armés, seul, en un très long plan séquence filmé presque en 2D, sur une musique lancinante. Malgré les blessures et le surnombre de ses adversaires, le héros finit toujours par se relever et, tant bien que mal, par achever son combat. Plus que par leurs capacités martiales (tout sauf subtiles), les deux camps s’affrontent à grand coup de volonté, et parfois de marteau.

Malgré son réalisme apparent Old Boy a donc tout du Seinen, le manga sombre pour adultes. La bande dessinée de départ a visiblement été enrichie de culture coréenne, et navigue dans une ambiance très dépaysante pour les cinéphiles occidentaux dans mon genre. Bien au dessus des autres films de la même série, Sympathy for Mr Vengeance et Lady Vengeance ; a la fois haletant, philosophique et plein d’un humour très noir, c’est un film magnifique et dérangeant, le chef d’oeuvre de Park Chan-Wook. A déconseiller aux amateurs d’histoires manichéennes et stéréotypées comme aux âmes sensibles, c’est pour les autres une référence indispensable du cinéma coréen. A voir, absolument.

-Saint Epondyle- 

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