Cosmo [†] Orbüs

Oblivion | Bonne surprise post-apocalyptique

L’affiche du film, pas si représentative.

[Is it possible to miss a place
you’ve never been,
to mourn a time you’ve never lived ?]

C’est avec une certaine curiosité que j’avais entendu parler du dernier film de Joseph Kosinski : cet Oblivion qui semblait nous promettre les grands espaces post-apocalyptiques et Tom Cruise en combinaison blanche. Bien que sa sortie ait été un peu occultée par d’autres superproductions, l’esthétique du film semblait déjà promettre un petit je-ne-sais-quoi de plus que la routine.

C’est donc malgré un bon nombre de signaux d’alerte au nanar, que le film c’est imposé lorsqu’il nous a fallu choisir entre lui et Iron Man 3 lors de notre séance de cinéma de vendredi dernier. Bien que fortement risqué, Oblivion avait le mérite de conserver un potentiel de surprise non nul en comparaison des cabotinages de l’insupportable Robert Downey Jr. Pitchons.

La Terre, dévastée par une guerre nucléaire, a été abandonnée par ses habitants. Réfugiée sur la lointaine Titan, l’humanité ne doit sa survie qu’aux ressources en eau extraites de la planète bleue. Jack et Julia sont chargés de la maintenance des drones chargés de surveiller les installations.

La routine parfaitement huilée du petit couple en combinaison blanche est soudain mise à rude épreuve lorsqu’un vaisseau inconnu s’écrase dans leur zone d’activité. La suite des événements l’amènera à se rappeler des souvenirs effacés de sa vie d’avant.

C’est sur cette base d’univers sans originalité qu’Oblivion se propose de raconter l’histoire de Jack et de ses certitudes mises à mal par l’effroyable réalité. Autant dire que les premières minutes du film laissent un goût de cendres dans la bouche tant on s’attend à une rengaine absolument déjà-vue des mêmes poncifs de science-fiction grand public. Et pourtant, résumer le film à une bête redite serait à mon sens très réducteur. D’autant que les premières minutes en question sont l’occasion de découvrir une esthétique léchée quoiqu’assez artificielle. Entre technologie directement sortie de l’Apple Store le plus proche et vues panoramiques de la terre désertée depuis les nuages, l’image ravit l’oeil.

En fait, Oblivion ne nous sert pas de clichés que pendant les premières minutes. Tout le film est gangrené de scènes prévisibles à souhait et de dialogues interchangeables avec n’importe quel blockbuster sans âme. Les clichés les plus rabâchés du monde depuis L’empire contre-attaque le disputent à une prévisibilité crasse de plusieurs scènes dont on pourrait écrire les dialogues et l’issue à l’avance. Le tout en notant les franches inspirations de Half-Life, Matrix et même de The Island de Michael Bay tant au niveau scénaristique que visuel.

Du côté des acteurs, Oblivion se repose très largement sur un Tom Cruise plutôt convaincant sans trop se forcer, ainsi que sur quelques acteurs complémentaires plus ou moins connus, d’Olga Kurylenko à Morgan Freeman en passant par Nicolaj Coster-Waldau, déjà connu de nos services pour son rôle de Jaime Lannister dans la série Game of Thrones. Malgré tout, le casting ne brille pas vraiment et quoiqu’efficaces les acteurs ne font guère plus que le minimum légal. Et Tom Cruise fronce les sourcils.

Et pourtant.

iTom et ses jouets.

Pourtant, Oblivion réussit le tour de force d’intégrer à ce tableau assez peu flatteur un bon nombre de superbes trouvailles et de bonnes idées, tant dans son scénario que dans son univers et son aspect visuel. Même si en fin de compte le scénario catalogue presque tous les thèmes de la SF, les retournements de situation sont réellement bien faits et -personnellement- m’ont parfois vraiment surpris. Là ou l’on pouvait s’attendre à un concept de base et à de multiples scènes d’action censées cacher la misère scénaristique, Oblivion surprend en tapant très souvent à côté de là ou on l’attendait. Pour une surprise, c’est assurément une bonne surprise qui rattrape un peu les innombrables maladresses stylistiques. Au final les changements d’enjeux successifs sont bien amenés sur seulement deux heures de film, et donnent à Oblivion une saveur de SF à la Philip K Dick, c’est à dire un goût de film pas uniquement beau.

Et pourtant, beau le film l’est. L’image est magnifique et surtout superbement mise en valeur par la photographie de Claudio Miranda. Si effectivement l’ensemble ressemble parfois à une pub pour un produit technologique à valeur surévaluée, la sauce visuelle prend bien malgré tout. Et comme sur le reste du film, le meilleur côtoie le cliché -notamment dans le design des vaisseaux et des costumes. Un autre excellent point : la bande originale signée par Joseph Trapanese, qui réussit à illustrer le récit à la perfection sans tomber dans le pompier passe-partout réchauffé au micro-ondes.

En résumé, Oblivion est un grand écart permanent qui arrive à conjuguer de vraies trouvailles scénaristiques, esthétiques et d’univers aux pires ramassis de clichés que nous inflige le mauvais cinéma depuis des éons. Ces deux extrêmes se côtoient en permanence, dans tous les aspects du film et parfois dans les mêmes scènes lorsque par exemple des dialogues conventionnels à l’extrême ponctuent de vrais retournements de situation. S’il est difficile de crier au génie étant donné les poncifs qu’il nous inflige, Oblivion reste malgré tout un bon film doté de ce qui fait bien souvent défaut à ses collègues de SF, d’Avatar à Prometheus : une bonne histoire. Grâce à ce film qu’il a écrit lui-même, Joseph Kosinski se hisse au rang des metteurs en scène à suivre. Ce qui est bien quand on est responsable de Tron Legacy, c’est qu’on ne peut que progresser.

-Saint Epondyle-

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16 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Je te trouve assez magnanime sur l’ensemble. Si l’esthétique épuré d’Oblivion est à mon sens son vrai point fort, il ne faut pas aller regarder à la loupe certains détails de la mise en situation et surtout pas faire une rétrospective du scénario sous peine de crever de honte devant l’incohérence qu’il représente.

    Mais bon, c’est à mes yeux la faiblesse de tous les blockbusters du moment depuis plusieurs années, pas un qui ne défende assez bien sa cohésion scénaristique à part quelques très rares exceptions (Cloud Atlas étant du nombre). Une marque de fabrique, au point où on en est.

    • Je trouve l’esthétique un peu réchauffée quand même. Ça ressemble vraiment à « The Island », mais en mieux. Après c’est vrai qu’on a pas mal d’incohérences et même de faux-raccords ce qui est quand même une honte pour ce genre de film.
      J’ai quand même bien aimé et été surpris par le twist final, notamment le « Tête ».

      • J’ai le sentiment que ce film nous ressort tout les clichés dont les plus récent c’est génial et on fini par un tete a TET avec le méchant de 2001 l’Odyssée de l’espace version MatriX ..consternant.

        Tom est a nouveau Jack Snyder guerre des mondes fronceur de sourcil ..aie.

        Comment du pourquoi c’est un bon film? Parcequ’on des gigas de donnée et la mémoire courte.
        Si vous avez tout zappé de la SF et jamais lu n’hésitez pas vous serez surpris.

        J’ai préféré Tron Legacy de loin, pour comprendre la jubilation que peu représenter ce film, il faut l’avoir attendu plus de 20 ans.

        Amateur de SF je vous recommande Moon et Solaris.

        • Ah ah ! Bon bah je suis le seul a avoir trouvé des qualités à ce film. Il faut croire que la médiocrité ambiante et les films de super-héros ont amoindri mon esprit critique.

          Quand à Tron, je maintiens mon avis. Qu’on l’ait attendu 20 ans ou pas, un joli clip/remake ne rattrapera jamais la vacuité totale de l’histoire.

  • On s’habitue à tout. Ceci étant, j’ai arrêté de lire l’Odieux Connard. Demander aux films de se renouveler ne vaut que si on les aborde avec un minimum de bienveillance quand même. La destruction systématique peut être drôle mais attention à la malhonnêteté intellectuelle.

    Enfin, je ne dis pas ça pour Oblivion. Je ne veux pas défendre ce film absolument non plus. Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit. :p

    • L’Odieux Connard ne se positionne pas comme critique éclairé ou constructif mais il s’assume parfaitement. Partant de là, il peut bien dire ce qu’il veut. C’est drôle la plupart du temps et sacrément observateur, car il y a tellement de contradiction et d’incohérence dans les sujets qu’il aborde que son travail est en considérablement simplifié. Cela dit, cela reste de la critique pour de la critique et c’est un point de vue intéressant pour ce qu’il révèle. Mais UN point de vue. Un angle possible.

      Quant au cinéma, s’il était un peu plus à l’écoute de ce genre de critique, il ne pourrait que s’améliorer et ça ne lui coûterait pas forcément plus cher. Je suis peut-être un jusqu’au-boutiste de l’art audio-visuel, mais c’est pour moi essentiel. « Me » plaire n’est pas le but du cinéma, mais ne pas respecter le public dont je fais partie est lassant au bout d’un moment. Le cinéma hollywoodien d’aujourd’hui ne nous respecte plus. Nous sommes les gens qui allons cracher 10€ pour le bénéfice des producteurs et non les yeux qui allons nous émerveiller devant un spectacle.

      • D’accord, mais dans la prose de l’Odieux je vois quand même une critique en trame de fond. Je le préfère dans ses articles plus politiques, notamment lorsqu’il se confronte à des argumentaires assez irréfléchis comme Femen & co.
        C’est un point de vue intéressant et drôle, mais je m’en suis lassé car l’exercice de style est trop similaire à chaque fois.

        Je te rejoins sur l’idée que le cinéma (et pas que américain) aurait à gagner de ce genre de commentaire. Et en même temps, notre point de vue sur les scénar bancals et les clichés ressassés infiniment est -je crois- minoritaire. Car il reste une immense frange de la population qui se fout de l’originalité et veut simplement un divertissement non prise-de-tête. Ce que, pour le coup, l’Odieux Connard résume très bien en disant « C’est vrai qu’un bon scénario, ça gâche le film ».

        Et puis bon, on a quand même quelques films -y compris a gros budgets- intéressants. On peut citer Nolan par exemple, qui allie les deux avec succès la plupart du temps, et rencontre un succès mérité.

        • Sauf que selon moi, Nolan ne fait plus de « Nolan » depuis Inception. Ils finissent tous par se laisser aller à la facilité. Pourtant il a la chance de produire lui-même ce qu’il réalise et de chier sur les effets numériques, un des rares cas idéals dans la production américaine. Si M. Night Shyamalan n’avait pas tenté de faire un blockbuster tout pourri avec le Dernier Maître de l’Air, il aurait encore du crédit dans ces cas exceptionnels de la cinématographie.

          Je comprends bien le point de vue qui consiste à dire qu’on donne aux gens ce qu’ils veulent et basta, mais je ne l’accepte pas, car je ne suis pas convaincu que les gens en question aient véritablement consciences que cette notion du divertissement est juste abrutissante et destinée à faire marcher la pompe à fric… Ah mais attend, je suis sûr d’avoir déjà tenu un semblable discours sur un autre fil de commentaire dans tes pages ;) … Tudieu, je me répète !

          Enfin bon, même si je me sens Don Quichotte face à une armée de moulins à vent, je ne baisse pas les bras, et je continuerai à essayer de ne pas devenir un mouton décérébré sans le faire exprès. Vigilant il faut être ! :)

          • Certes ; et tant que j’y suis, je précise que moi non plus je ne cautionne pas la logique commerciale des majors. Bien au contraire.
            Attention Don Quichotte, à ne pas confondre tes amis avec tes ennemis. :D

      • Dans ce que j’ai vu « récemment », ils sont peu nombreux. Millénium, John Carter, The Avengers, Rebelle, Django Unchained et Le Hobbit sont probablement mes musts de fin 2011 à début 2013. Toutefois, ils sont tous en deçà d’Inception ou du SdA et parfois loin derrière.

        • Ah ! Je n’aurai pas du tout cités certains de ces films. Notamment Avengers dont ma critique avait créé un séisme sur Cosmo, Le Hobbit que je n’ai pas vraiment adoré et Rebelle (si on parle bien du Disney) qui est pour moi bien plus planplan que les Pixar précédents, et bien moins risqué en terme de thématique, que Là-Haut ou Wall-E par exemple.

          Pour Django et Millenium je suis d’accord. Mais pour John Carter (pas vu) je suis dubitatif, les critiques sont soit dithyrambiques soit misérables. Je crains qu’il ne faille bien connaitre l’univers de base pour apprécier, ce qui n’est pas mon cas.
          Ceci dit, je suis intrigué, d’autant qu’il a été cité a de nombreuses reprises dans les Top15 de films de SF proposés par les lecteurs de Traqueur Stellaire aujourd’hui même.

          • Non mais cherche pas. En matière de goûts, on ne se rencontrera pas sur tout, y compris sur le fait que certains des films cités ont des défauts qui m’aurait normalement fait les descendre en flamme dans une critique. Il y a une question de sensibilité importante dans mes opinions, car je suis un ours très émotif :) .

            Après, tu m’as demandé les films qui sortent du lot, mais je rappelle et précise qu’ils sortent du lot sans toutefois se hisser au niveau des productions plus anciennes. Pour moi, c’est le moins pire et non le meilleur. Mes critères d’excellence sont soit devenus trop haut, soit… enfin bon, tu m’as compris :)

            John Carter, on aime ou pas, mais pas de juste milieu de mon point de vue. Je n’ai pas lu le bouquin et on peut largement s’en passer. Par contre, ça sent la production Disney à plein nez, ça peut jouer. Mais dans l’ensemble, pour un film qui accueille une distribution sans super stars, avec une réalisation correcte, de très bons moyens et effets spéciaux et un scénario qui tient la route (même si un peu téléphoné), j’en ai pas vu beaucoup en 2012. Pour moi, c’est indéniablement une bonne distraction.

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